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un seul est le mot juste.

Monologue en vers· Comédie en un Acte

Poquelin, Père et Fils

Ernest d'Hervilly· créée en 1881, imprimée en 1887· 546 vers· 7 personnages

Représentée pour la première fois sur le théâtre national de l'Odéon, le 15 janvier 1881.

Personnages

  • JEAN POQUELIN, marchand tapissier, M. CORNAGLIA
  • MOLIÈRE, M. POREL
  • CLABAUD, garçon tapissier, M. KERAVAL
  • JACQUES ROHAUT, professeur ès mathématiques. M. REBEL
  • LUBIN, moucheur de chandelles, M. BOUDIER
  • JEANNOT, verdurier, M. PREVILLE
  • CHIFFONNE, filleule de J. Poquelin, MLLE. MADELEINE PLOUVIER
PRÉFACE

Le nombre des pièces de théâtre dont Molière a été le héros, le sujet ou le prétexte, est cent fois plus considérable que celui de ses chefs-d'oeuvre. Mis à la scène de son vivant par des critiques ou des jaloux, les apothéoses commencèrent au lendemain de sa mort, il y a deux cent quatorze ans. Depuis ce temps, nos grands théâtres littéraires n'ont pas laissé passer une seule fois l'anniversaire de sa naissance, le 15 janvier 1622, sans le célébrer par quelque hommage pieux, pièces de circonstance, compliments en vers, etc.. On en ferait une bibliothèque, qui comprendrait certainement plus de mille compositions diverses. Plusieurs d'entre elles, dues à de jeunes écrivains, qui, au début de leur carrière, se plaçaient sous le patronage du grand poète comique, ne sont pas indignes de survivre à l'occasion qui les vit naître.

Je dis cela particulièrement pour mon ami Ernest d'Hervilly qui, à cinq anniversaires différents, a célébré Molière, partageant le ferveur de son culte entre les deux temples consacrés, la Comédie-Française et l'Odéon.

C'est ainsi que le Malade réel, le Docteur sans pareil, le Magister, Poquelin père et fils et, en dernier lieu, Molière en prison, firent applaudir le nom d'Ernest d'Hervilly, qui d'ailleurs possède tant de titres à l'estime des lettrés. L'auteur de la Belle Saïnara, du Parapluie, et d'autres délicieuses comédies, pleines d'originalité, de grâce et d'esprit, n'a-t-il pas écrit des livres charmants, qui lui ont valu deux fois les palmes de lauréat de l'Académie française ; non moins que le titre, maintenu fort rare, d'officier de l'Instruction publique ? Parmi ces livres d'une lecture attrayante et souriante, il en est deux, les Contes pour les grandes personnes et Mesdames les Parisiennes, que de bons juges n'ont pas craint de comparer aux plus fines Sketches de Charles Dickens.

Il faut beaucoup d'esprit pour louer dignement Molière et aussi beaucoup de tact ; car ce grand génie, fait de haute raison et de bon sens, impose à ses admirateurs, avec le respect de ces qualités maîtresses, le souci de la langue et l'approbation des honnêtes gens.

En réunissant aujourd'hui le faisceau des compositions moliéresques d'Ernest d'Hervilly, son intelligent éditeur rend un véritable service non seulement aux admirateurs de Molière, mais aussi aux bibliothèques scolaires et aux théâtres de salon. Il n'est pas un seul de ces petits poèmes dramatiques qui ne réponde aux sentiments simples et touchants de la morale la plus pure. L'amour paternel et l'amour filial, l'enthousiasme de l'art et de la poésie, mis en lumière et aiguisés par les traits innocents d'un esprit vif et clair, ce sont là des tableaux et des idées qui sont assurés de plaire aux jeunes gens comme aux jeunes filles, à leurs grands parents comme à leurs éducateurs.

Ernest d'Hervilly, dont l'originalité personnelle est très accentuée et qui lui donne une parure sonore de rimes étincelantes, ne se contente pas d'admirer Molière en poète, il s'attache à le faire aimer ; en le montrant dans des situations, quelquefois inventées, il le peint tel qu'il fut réellement, éloquent, généreux, hardi dans ses conceptions, constant dans ses amitiés comme dans ses principes, adorable toujours, et, qu'on me passe le mot qui rend exactement ma pensée par une comparaison familière, bon comme le bon pain.

Auguste Vitu.

4 janvier 1887.

Dédicace

À POREL Directeur du théâtre national de l'Odéon.

AU VIEUX CAMARADE

À L'ARTISTE

Au Kami, PLEIN D'HUMOUR ET DE POÉSIE, DE "LA BELLE SAÏNARA"

POQUELIN PÈRE ET FILS

L'intérieur d'une boutique de marchand tapissier. Meubles, sièges, étoffes, çà et là. Au fond, à côté d'un escalier qui donne accès à l'étage supérieur, grand vitrage et porte d'entrée sur la rue. Portes latérales, deux à gauche, une à droite.

SCÈNE I.

Au lever du rideau, l'obscurité règne dans la boutique, les volets étant clos.

Les coups pressés d'une canne impatiente, puis une voix grondeuse se font entendre, à l'étage supérieur. Clabaud, puis Chiffonne, puis Jeannot ;

J. Poquelin, hors de scène.

LA VOIX DE JEAN POQUELIN

Clabaud !

Nouveaux coups.

Debout !

CLABAUD

Il entre par la porte de droite.

Il baille à se décrocher la mâchoire.

Voilà.

Il se dirige en chancelant vers la porte d'entrée, en retire les barres, et l'ouvre toute grande.

Le jour se fait dans la boutique.

Hélas ! Maudite aurore ! Hormis les coqs, et moi, tout Paris dort encore.

Il regarde dans la rue en bâillant.

Temps splendide !

Il bâille.

Il serait étonnant, après tout, Qu'il fût vilain et froid au milieu du mois d'août.

Il ôte les volets.

Là, maintenant, ouvrons les yeux à la boutique, En ôtant les volets...

Il bâille.

Et vienne la pratique !

Il s'installe dans un fauteuil et se dispose à dormir.

Nouveaux coups à l'étage supérieur.

Pratique : Méthode, manière de faire les choses. Se dit aussi de la chalandise des Marchands et des Artisans. [F]

POQUELIN

Clabaud !

CLABAUD, bondissant

Présent, patron !

CLABAUD, s'arme d'un marteau et en frappe quelques coups indolents sur un meuble quelconque

Oui, patron !

À part.

On n'a pas le réveil gai, là-haut.

Autres coups de canne à l'étage supérieur.

POQUELIN

Chiffonne !

Une jolie fillette montre sa figure fraîche à l'une des portes à gauche.

CHIFFONNE

Mon parrain ?

CHIFFONNE, froidement

Bonjour, bonjour, Clabaud...

CLABAUD

Cruelle ! Vous riez ! - L'amour, c'est son usage, Blesse et puis rit...

Apparition, à la porte d'entrée, de Jeannot en costume de marchand d'herbes.

Il crie à tue-tête.

JEANNOT

Holà !

CHIFFONNE

Il dort !...

POQUELIN, toujours hors de scène, avec colère

Je ne dors pas ! À vos pointes, Clabaud ! - À vos surjets, Chiffonne ! Quel tapage ! - Clabaud, offrez à la personne Qui me demande un siège. - Attendez, je descends.

Clabaud offre, naturellement, un siège sans fond à Jeannot qui manque de passer à travers.

JEANNOT

Aïe !

CLABAUD ET CHIFFONNE, riant

Ah ! Ah !

POQUELIN

Pourquoi ces rires indécents ?

Maître Jean Poquelin se montre au haut de l'escalier.

SCÈNE II. Les Mêmes, Jean Poquelin.

POQUELIN, lui faisant signe de parler plus bas

Après ?

CLABAUD, d'un air bon

Pauvres melons !

POQUELIN, furieux

Clabaud ! Faut-il que je vous rompe Une aune sur le dos ?

À Chiffonne qui rit.

Chiffonne, à vos surjets !

À Jeannot.

Achevez.

Aune : Bâton d'une certaine longueur qui sert à mesurer les étoffes, toiles, rubans, etc. Il se dit aussi de la chose mesurée. [L]

SCÈNE III. Clabaud, Chiffonne.

CLABAUD, sautant en l'air

Vacances !

CHIFFONNE, d'un petit air indifférent

Prenons l'air sur le pas de la porte.

CLABAUD

Il s'arrête au milieu de ses gambades.

Ah ! Chiffonne... C'est mal !

Un bruit cadencé se fait entendre dans la rue.

Que le diable l'emporte !

CLABAUD, solennel

Écoutez...

Le bruit cadencé se fait entendre plus distinctement.

CHIFFONNE, gracieusement

Nulle ici ne le nie...

CHIFFONNE, railleuse

Allez toujours, Clabaud.

CLABAUD

Eh bien ! J'en perds la tête...

Lubin vient en cet instant, se planter devant la boutique, et cherche à en examiner l'intérieur d'un air impudent.

CLABAUD, allant à la porte

C'est le roi des bélîtres Ou je me trompe fort.

Appelant.

Hé ! Là ! Que voulez-vous. Monsieur le drôle, avec vos airs pris chez les fous ?

Bélître : Coquin, gueux, homme de néant. [FC]

SCÈNE IV. LES MEMES, Lubin.

CLABAUD, avec un léger dédain

Ah ! Vous êtes le valet ?...

CHIFFONNE, à part, de sa table de travail

Un client de haut rang ! Quel bonheur !

LUBIN

Rohaut.

SCÈNE V. Chiffonne, Lubin.

CHIFFONNE, avec un aimable embarras

Eh bien, Monsieur...

LUBIN

Lubin.

LUBIN, avec regret

Hélas ! Que n'ai-je mis dans mes bottes du foin !

Foin : On dit, Il a bien mis du foin dans ses bottes, de la paille dans ses souliers, pour dire, Il s'est fort enrichi : ce qui ne se dit que de ceux qui font venus de bas lieu, qui ont fait de grandes fortunes. [F]

SCÈNE VI. Chiffonne, puis Jean Poquelin et Clabaud.

CLABAUD, avec entêtement

Non, c'est Rohaut, mon prince...

CLABAUD, entre ses dents

Rohaut.

POQUELIN

Lequel...

CHIFFONNE, avec hésitation

On a l'espoir d'une forte commande...

POQUELIN

Eh bien ?

POQUELIN

Quoi ?

CHIFFONNE, voulant embrasser son parrain

Oh ! Mon petit parrain !

POQUELIN, se dégageant

Quand il fera moins chaud.

CLABAUD, même geste que Chiffonne

Oh ! Mon petit patron !

SCÈNE VII. Les même, Molière.

MOLIÈRE, s'adressant à Clabaud, qui est pensif

Hé ! Jeune homme à l'oeil triste : Maître Jean Poquelin ?

POQUELIN, sortant de sa rêverie

Ah ! - bien...

Après avoir examiné le feint Rohaut, à part.

Il n'est pas du commun.

Avec politesse, lui indiquant un siège.

Veuillez, monsieur... - Je suis tout à votre service...

MOLIÈRE, saluant

Je suis Jacques Rohaut...

POQUELIN, triomphant à Clabaud

Ah ! !

MOLIÈRE, un instant surpris

Quatre sièges ?...

POQUELIN

Bon. Mon calepin, Clabaud ?

Maître Poquelin rassemble ses plumes et son écritoire.

Clabaud cherche le calepin.

CLABAUD, les mains jointes

Et moi je fais des voeux !...

POQUELIN

Bon.

POQUELIN

Longueur ?

MOLIÈRE, continuant

Tous ces meubles figurent dans l'inventaire dressé au logis de Molière après sa mort.

Bien garnie en damas cafard, d'un vert gai.

CLABAUD

Peste !

MOLIÈRE

Voilà tout.

CLABAUD

Patron !

POQUELIN

Allez Chez le drapier voisin emprunter quelques lés De damas cafard vert.

Lé : La largeur d'une toile, d'une étofe entre ses deux lisières. [FC]

Cafard : Hypocrite, cagot. On appelle damas cafard, une sorte de damas mêlé de soie et de fleuret. [FC]

Damas : étoffe faite de soie, qui a des parties élevées qui représentent des fleurs, ou autres figures. [F]

CLABAUD, avec joie

Tel un poète au Pinde, J'y cours !

Pinde : Montagne consacrée à Apollon et aux Muses. [L]

SCÈNE VIII. Molière, seul, puis Rohaut.

SCÈNE IX. Rohaut, J. Poquelin, Molière, caché.

ROHAUT, achevant de lire l'enseigne

Tapissier ?... C'est ici...

Il descend la scène et rencontre J. Poquelin qui sort de son magasin d'étoffes.

POQUELIN, lui offrant des étoffes avec satisfaction

Palpez l'échantillon.

ROHAUT, machinalement, bien que surpris

De la serge...

ROHAUT, tâtant les étoffes

Mais c'était en velours...

MOLIÈRE, caché, riant

Bon ! Je suis bien tombé !

POQUELIN

Oui.

ROHAUT

Moi ?

POQUELIN

Sans doute.

ROHAUT, à part

Il a bu.

POQUELIN, à part

C'est un fou.

MOLIÈRE, à part

Cela va tourner mal.

SCÈNE X. Jean Poquelin, Molière.

MOLIÈRE, d'un ton humble

À la longue, il n'est pas de cervelle qui n'use Un long rêve bâti sur une hypoténuse. Pardonnez au chercheur !... Pour la solution Que l'on poursuit avec ardeur d'un Ixion, On devient sourd au monde ; et, plus rétif qu'un zèbre, On n'a qu'un but : saisir l'Inconnue, en algèbre Oui, qu'on soit géomètre ou bien physicien, L'X d'un problème est tout, et le reste n'est rien ! C'est un mal pour lequel il est peu de remède : Dans Syracuse en flamme on tuait Archimède, Rencontré, tout pensif, les yeux sur un compas. Le savant voit la vie et ne s'en émeut pas : Eh ! Que lui fait un vers, fût-il dithyrambique, Alors qu'il va t'extraire, ô racine cubique ! Que lui fait la peinture, ou la danse, ou le son Du rebec, ou l'escrime à coup d'estramaçon, Et l'univers entier, oui, de l'hysope au cèdre, Quand il tient dans sa main tremblante un polyèdre ! Tout s'efface à ses yeux, tout devient chiffre ! Et puis...

Ixion : Roi des Lapithes en Thessalie, devait le jour à Jupiter et à la Nymphe Mélète, selon Diodore. [L]

Archimède : Archimède : savant grec tant en mathématiques qu'en physique ou en mécanique. Il inventa des machines de guerre pour résister à l'assaut des Romains lors du siège de Syracuse où il fut tué.

Rebec : Vieux mot qui signifiait autrefois violon à trois cordes. [F]

Estramaçon : . Coup qu'on donne du tranchant d'une forte épée, d'un coutelas, d'un cimeterre. On le dit aussi de l'arme même. [F]

Hysope : On dit proverbialement, Depuis le cèdre jusqu'à l'hysope, par imitation de ce qui est dit de la sagesse de Salomon, qui avait la connaissance de toutes choses depuis le cèdre jusqu'à l'hysope, c'est à dire, des plus grandes choses et des plus petites. [F]

POQUELIN, lui offrant des étoffes

Allons, venez tâter cette serge !

POQUELIN, avec contentement

Maintenant, celle-ci ?

MOLIÈRE, désignant un morceau d'étoffe

Je veux une teinte plus douce ; Celle-ci ?

POQUELIN, riant

Sans que l'un de nous deux soit par l'autre étranglé !

Il se lève, Molière le retient.

MOLIÈRE

Maintenant, donnez-moi quelques instants encore.

Poquelin s'assied.

J'ai su, pendant ma vie, à la dure pécore Qu'on nomme la Fortune, arracher quelques sous. Économe, prudent et sage... comme vous, J'ai donc un peu d'argent qui dort dans ma cassette, Naïf comme un enfant qui joue à la fossette. Je veux, mais en lieu sûr, le placer cet argent !

Pécore : Bête, stupide qui a du mal à concevoir quelque chose. Il ne sert de rien d'envoyer ce garçon au Collège, c'est une grosse pécore qui n'a point d'esprit, qui n'apprendra jamais rien. [F]

Fossette : Petit creux que les enfants font en terre, pour jouer à qui y fera tenir plus de noix, de noisettes, ou de pièces de monnaie, etc. Jouer à la fossette. [FC]

POQUELIN

Ah !

POQUELIN, étourdi

Huit ?

POQUELIN, très ému

Monsieur !

MOLIÈRE

Eh bien ?

POQUELIN

J'accepte...

MOLIÈRE

Dix !

SCÈNE XI.

MOLIÈRE, seul

Ô mon père ! Ô mon père implacable, et que j'aime ! Ainsi donc il me faut user d'un stratagème Pour que l'argent d'un fils arrive jusqu'à toi ? Il me faut t'abuser - quelle ironique loi ! Au moyen de cet art que ton coeur fier méprise, Pour que ton enfant puisse, en une heure de crise, Comme c'est son devoir, venir à ton secours, Et rendre le repos enfin à tes vieux jours ! Hélas ! - Comédien qu'un père répudie, Pour un père, je viens jouer la comédie ! Sort bizarre ! - Aujourd'hui le mensonge et les jeux Du théâtre auront fait à ce père ombrageux De l'acteur qu'il dédaigne accepter les services... Oui, mais l'aide donnée avec ces artifices, Cet argent qui le sauve au moment du danger C'est parce qu'il les croit tenir d'un étranger, Qu'il consent d'en user avec orgueil et joie ! S'il découvrait soudain la ruse que j'emploie ; Si même il soupçonnait la source de ce prêt, Trouvant à ses ennuis présents un doux attrait, Son âme s'armerait des rigueurs paternelles Qui, depuis mes débuts à la porte de Nesles, Voilà plus de vingt ans, ne m'ont point pardonné ; Et ton or te serait froidement retourné Avec un dur merci, mon pauvre Jean-Baptiste ! Ô douleur inconnue au coeur de l'égoïste, Souffrance qui me tue en ce riant Paris : J'aime ! Et suis repoussé par ceux que je chéris !... Allons ! N'y pensons plus. Achevons mon ouvrage. Puis courons chez Rohaut pour prévenir l'orage... Donc, sous l'habit d'autrui, le front couvert de fard, Comme un autre Jacob je trompe ce vieillard ! Mais le Jacob nouveau ne vient frustrer personne : Et ce qu'il veut, c'est voir accepter ce qu'il donne. Ah ! Je me sens ému comme un petit enfant ! Oui, ce coeur vulnérable et que rien ne défend, Que l'âge et les soucis ont laissé simple et tendre ; Oui, ce coeur tout blessé me fait encore entendre Les battements divins de ma jeunesse, ici : Coeur qui saigne, et par qui je reste bon, merci !

SCÈNE XII. Molière, Clabaud, Rohaut.

Clabaud ramène Rohaut par le bras.

ROHAUT, se défendant

Il criait fort !...

CLABAUD

Allons !

MOLIÈRE, les apercevant

Ah ! Je suis pris Cette fois !

CLABAUD, voyant Molière

Ciel !

MOLIÈRE, lui mettant la main sur la bouche

Silence !

MOLIÈRE, même geste que plus haut

Chut !

CLABAUD, agitant les étoffes qu'il rapportait

Auquel des deux offrir mon damas cafard vert ?

MOLIÈRE, poussant Rohaut

Rohaut, allez-vous-en...

ROHAUT, ahuri, et se prenant la tête à deux mains

Ah ! - Mais quels sortilèges Me firent envoyer ici mes quatre sièges !

MOLIÈRE, lui criant dans l'oreille

Je suis Molière...

Clabaud se met à genoux.

ROHAUT, stupéfait

Oh ! Bon !

ROHAUT

Un mot ?

MOLIÈRE, le relevant, en riant

Je t'ôte la parole, Imbécile ! - Tais-toi.

CLABAUD, avec enthousiasme

Quel acteur !

SCÈNE XIII. Molière, Clabaud, Jean Poquelin.

POQUELIN, sur les dernières marches de l'escalier, une pile de registres sous le bras

Enfin ! Je les ai tous.

SCÈNE XIV. Les mêmes, Chiffonne.

CHIFFONNE, entrant par la porte de gauche

Venez dîner, parrain.

CHIFFONNE, courant à Molière, puis s'arrêtant confuse

Ah ! Monsieur, voulez-vous que... que je vous embrasse ?

CLABAUD, à J. Poquelin

Il sanglote.

Patron, voyez la trace De mes larmes, ici.

Il montre le coin de son oeil.

Cher patron, laissez-moi Vous embrasser en fils ?

CLABAUD, à Jean Poquelin qui le fuit

Un tapissier en pleurs vous en prie à mains jointes !

Clabaud et Chiffonne au cou de Jean Poquelin.

MOLIÈRE, sur le seuil de la porte

Au revoir, mes amis, et que Dieu vous bénisse !

546 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica