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un seul est le mot juste.

Dialogue en vers

L'Enrôleur Politique [dialogue]

Victor Hugo, Léopold Hervieux· imprimée en 1885· 182 vers· 2 personnages

Personnages

  • L'ADEPTE
  • L'ENRÔLEUR

L'ENRÔLEUR POLITIQUE

Et la lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas comprise.

L'ENRÔLEUR

Tout beau (ces jeunes gens ont grand besoin d'avis !) Tu connais donc bien peu l'heureux siècle ou tu vis ! L'on dédaigne les arts ?... Et cent routes nouvelles S'ouvrent aux vrais talents pour fuir les vieux modèles Voyons, quel est ton genre ? Écoute, et tu vas voir Qu'en travaillant un peu l'or sur toi va pleuvoir. Es-tu peintre ? Transmets à la lithographie Nos modernes exploits que Clio te confie. Pour éclipser les faits du preux de Roncevaux, Le brasseur Rossignol t'offre ses grands travaux. Crois-tu que ces guerriers, tous morts aux Thermopyles, Près de nos fédérés auraient dormi tranquilles ? Et que ce général qui battit du tambour Ne vaut pas bien Condé sous les murs de Fribourg ? Réponds ! Mais, je le vois, peu sensible à la gloire, Tu ne peux t'élever aux grands travaux d'histoire ; Descends donc aux portraits. D'un grand homme ignoré Peins-nous le noble front de rayons entouré ; Ou, moderne Callot, dévoue au ridicule Ces vieux sujets du roi dont la France pullule, Fous qui, dans leurs aïeux, osent encor vanter De gothiques vertus qu'ils surent imiter. Crois-moi, suis mes conseils, dans peu de temps sans doute Tu seras de ces gens qu'on flatte et qu'on redoute, Et ton nom, étalé dans plus d'un cabinet, Deviendra quelque jour fameux chez Martinet. Es-tu littérateur ? Une plus vaste arène Semble encore appeler ta muse citoyenne. Tu peux des esprits forts fabriquer les anas, Ou toi-même inventer de nouveaux almanachs ; Ainsi, dans chaque mois, grâce à de doctes plumes, Nous voyons les guerriers succéder aux légumes La botanique, hier, fut à l'ordre du jour, Il est juste aujourd'hui que l'histoire ait son tour. Vois ce livre, heureux fruit d'un siècle de lumière Il montre au bon bourgeois l'éloquence guerrière ; Fais m'en donc un pareil ; mêle, choisis en gros Le cri d'un soldat ivre ou le mot d'un héros ; Et donne au bon Henri quelque place modeste Entre deux bulletins, ou près d'un manifeste. Surtout, si tu décris nos revers, nos succès, Songe qu'un vendéen ne peut être français. Songe encor que ce roi, d'orgueilleuse mémoire, Louis, n'a jamais su ce que c'est que la gloire ; Que Vendôme et Villars, qu'on se plaît à vanter, Sont loin de maint héros que tu pourrais citer. Luxembourg comptait-il ses soldats morts par mille ? Qu'est-ce que Catinat ? Brûla-t-il une ville ? Une fois, il est vrai, surpassant Catinat, Turenne mit en feu tout le Palatinat. Mais tout cela n'est rien ; qu'on songe à la Vendée, Et d'un bel incendie on aura quelque idée ; Vois Moscou, vois Berlin, et du sud jusqu'au nord De cent vastes cités les murs fumants encor. Qu'en dis-tu ?. Prouve aussi que, bien qu'il fût despote, Ce Louis, après tout, n'était pas patriote. A-t-il, pour mériter qu'on lui fût si soumis, Construit une colonne en canons ennemis ? À cet enseignement dont notre âge raffole Jamais ce prince ignare ouvrit-il une école ?... Il est bon, vois-tu bien, d'avoir à rapporter Des faits sûrs, de ces faits qu'on ne peut contester. Ne crains pas les brouillards, car toujours la_Minerve Tiendra pour te défendre une lance en réserve ; Et, si tu sais venger d'une odieuse loi Ces innocents bannis qui n'ont tué qu'un roi ; Si tu sais, du parti digne et généreux membre, En citoyen zélé chérir l'heureux septembre, On te verra dans peu de tes mâles écrits À la face du monde enrichir L_homme_gris Et, grâce aux souscripteurs, affrontant les amendes Saper les vieux abus dans les Lettres_Normandes. Est-ce assez ?

182 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica