Comédie en vers· Comédie en une Scène et en vers
Sur la Lisière d'un Bois
Personnages
- LÉO
- , LÉA.
- UN SATYRE
SUR LA LISIÈRE D'UN BOIS
LÉO
Ô charme tout-puissant de la pudeur farouche ! Ma bouche ne doit pas même effleurer ta bouche ; Ta robe est le rideau du temple, et je ne veux D'aucun souffle approchant trop près de tes cheveux ; Tiens ton voile baissé, Léa. Je te respecte. Ne crains rien de moi.LÉO
Cache ta beauté, viens, et, si je m'échappais Jusqu'à regarder, fais le voile plus épais. Tout ce que ton fichu couvre, je le devine ; Mais va, je n'oserais toucher ta chair divine, Comme on n'ose toucher l'aile d'un papillon. Tu laisses dans mon âme un lumineux sillon ; Tu semblais une rose ouverte dans des flammes ; Envolons-nous ; mêlons les ailes de nos âmes ; Soyons un couple honnête et céleste, et si pur Qu'on ne nous puisse plus distinguer de l'azur. Restons dans l'idéal. Je t'adore.LÉA
Je t'aime.LE SATYRE
Et creux.LÉO
Aimer, c'est oublier la terre ; c'est refaire L'Éden rose au-dessus de cette sombre sphère. Oh ! L'amour est un ange.LE SATYRE
Et c'est un chenapan.LE SATYRE
Pan.LÉA
On frappe.LE SATYRE
Toi qui crées.LE SATYRE
Encore ! Ah ! La pauvre petite !LE SATYRE
Bérénice avec Tite.Référence à deux pièces de théâtre qui se firent concurrence : une de Pierre Corneille et l'autre de Jean Racine.
LÉO
Dieu fit ton âme ainsi que l'abeille son miel ; Avec toutes les fleurs. Oh ! la mer et le ciel S'unissent pour former Cythérée Aphrodite ; Tout l'univers pensif et doux la prémédite ; Et pour faire un chef-d'oeuvre aussi complet que toi. Il faut à Dieu, dans l'ombre où tremble notre foi, L'éternité.LE SATYRE
Le temps de fumer un cigare.LE SATYRE
Gare !LÉA
Je t'aime.LE SATYRE
Des nids.LE SATYRE
Une bohémienne.LÉO
Tu serais dans la chambre à côté de la mienne, La nuit, seule en ton lit, eh bien, il suffirait Pour m'empêcher d'entrer dans ton réduit discret Que j'eusse, ô ma Léa, présente à la pensée Ta candeur d'un regard trop amoureux froissée, Ta grâce, ta beauté fraîche comme le jour...LÉO
La femme contient Dieu. Tout nous vient de toi, femme ! Nous t'empruntons l'amour, nous t'empruntons la flamme, Nous le prenons le vrai, le juste...LE SATYRE
Et le menton.LE SATYRE
Goton.LÉO
Comme en avril la rose éclot dans les ravines, Toutes les vérités célestes et divines Fleurissent dans nos coeurs sitôt que nous aimons. Le haut des coeurs est blanc comme le haut des monts ; L'amour est ici-bas la grande cime humaine. Chaque pas fait vers Dieu vers la femme nous mène. Rien de mauvais peut-il nous venir d'elle ? Non La femme, sous la forme auguste de Junon, Dans cette vérité qu'on appelle la fable, Verse au zénith un flot de lueur ineffable ; Le ciel est étoile par ses seins immortels. Oh ! Dans le voisinage innocent des autels. Le feu charnel s'épure, et l'on devient deux anges. Sous les cloîtres croulants, pleins de clartés étranges L'ombre aime avoir un couple errer, tendre et charmant Les amours ont toujours hanté pieusement Les colonnes du temple.LE SATYRE
Et les piliers des halles.LÉA
Amour !LE SATYRE
Excepté quand il pleut.LÉO
Vivons ! Du pur amour serrons le chaste noeud. Oh ! Quel travail charmant ! Garder ton innocence ! L'adorer ! N'être plus qu'un esprit, qui t'encense ! Sonder tes yeux profonds ! Épier tes désirs ! T'inventer une suite aimable de plaisirs ! Baiser tes pieds, subir tous tes caprices, être Ton esclave fidèle et doux, ton chien, ton prêtre ! Vouloir ce que tu veux ! Se creuser le cerveau Pour l'offrir à chaque heure un délire nouveau ! T'ouvrir des paradis inconnus ! Faire éclore Sur ton front le sourire et dans ton coeur l'aurore ! Ne jamais oublier un instant le devoir De chercher ce qui peut te charmer, t'émouvoir. Te plaire ! Et tous les jours recommencer !LE SATYRE
Va, pioche.LÉO
Viens !LÉA
Où ?LÉA
Mais...90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica