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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dialogue en vers

Poinsinet et Molière

Barthélemy Imbert· créée en 1782, imprimée en 1772· 288 vers· 2 personnages

Représentée, pour la première fois, au Théâtre Français, le 9 Avril 1782.

Personnages

  • POINSINET
  • MOLIÈRE
Dédicace

ÉPITRE À M. PIRON.

Ô toi, qui rimes si gaîment, Qui, peu jaloux de nos suffrages, Oses conserver des vieux âges Et les vertus et l'enjouement ; Toi qui ris scandaleusement , Dans ce beau siècle, où chacun pense, Où l'on s'amuse gravement, Où l'on s'ennuie avec décence ! Lis ces vers, aimable Piron ; Ton suffrage que je révère Est pour moi, faible nourrisson , Une couronne littéraire , Une médaille d'Apollon. Mordu de la Métromanie, Je m'égare au sacré vallon ; Par toi, c'est en vain que Thalie Veut opérer ma guérison ; J'ai vu Damis, et sa folie N'a pu me rendre ma raison. Que dis-je ? En plaignant son naufrage, Ton Drame lui-même encourage À tenter le même hasard ; Comment ne pas aimer un Art, Qui fit naître un si bel ouvrage ? Ta Muse a triomphé du temps ; Son couchant est une autre aurore ; Grave, ou folâtre, elle est encore Ce qu'elle était dans son printemps, Ah ! Comme elle, vainqueur des âges, Toujours chéri, toujours heureux, Sois parmi nous et nos neveux , Immortel comme tes ouvrages. ? Personnage de la Métromanie,
Préface

De toutes les méthodes pour éclaircir une question, celle du Dialogue est, sans contredit, la plus commode et la plus agréable au Lecteur. L'alternative des objections et des réponses présente les objets sous toutes leurs faces, éclaire de tous côtés la route qui mène à la conviction, et ne laisse, pour ainsi dire, aucun nuage entre le Lecteur et la vérité. Nous nous sauvons par-là de la sécheresse et de l'ennuyeuse monotonie des dissertations. Nous semblons plutôt converser, que nous instruire avec l'Auteur, et raisonner , plutôt que lire. Nous adoptons les sentiments de l'un des interlocuteurs, nous combattons son adversaire, et nous triomphons de sa défaite.

Sans prétendre m'ériger en Réformateur, j'ai cru pouvoir exposer mes sentiments sur la Comédie. Le genre que j'attaque ici est protégé par des Auteurs justement célèbres, et c'est encore un malheur de plus. Leurs succès, trop bien mérités, ne font qu'accélérer la perte de la Comédie. Je vois avec douleur les talents, pour ainsi dire, conjurés contre le goût, et je suis fâché de me voir tristement endoctriné par un auteur, qui aurait pu me corriger, en me faisant rire.

POINSINET ET MOLIÈRE

DIALOGUE.

288 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica