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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Eugène

Étienne Jodelle· imprimée en 1574· 6 actes· 1 907 vers· 9 personnages

Personnages

  • EUGÈNE, Abbé
  • MESSIRE JEAN, Chapelain
  • GUILLAUME
  • ALIX
  • FLORIMOND, Gentilhomme
  • ARNAULT, Laquais
  • PIERRE, Homme de Florimond
  • HELENE, Soeur de l'Abbé
  • MATTHIEU, Créancier

PROLOGUE

PROLOGUE

Assez assez le Poète a pu voir L'humble argument, le comique devoir, Les vers demis, les personnages bas, Les moeurs repris, à tous ne plaire pas : Pour ce qu'aucuns de face sourcilleuse Ne cherchent point que chose sérieuse : Aucuns aussi de fureur plus amis, Aiment mieux voir Polydore à mort mis, Hercule au feu, Iphigène à l'autel, Et Troie à sac, que non pas un jeu tel Que celui-là qu'ores on vous apporte. Ceux-là sont bons, et la mémoire morte De la fureur tant bien représentée Ne sera point : mais tant ne soit vantée Des vieilles mains l'écriture tant brave, Que ce Poète en un poème grave, S'il eût voulu, n'ait pu représenter Ce qui pourrait telles gens contenter. Or pour autant qu'il veut à chacun plaire, Ne dédaignant le plus bas populaire, Et pour ce aussi que moindre on ne voit être Le vieil honneur de l'écrivain adextre, Qui brusquement traçait les Comédies, Que celui-là qu'ont eu les Tragédies. Voyant aussi que ce genre d'écrire Des yeux Français si longtemps se retire, Sans que quelqu'un ait encore éprouvé Ce que tant bon jadis on a trouvé, A bien voulu dépendre cette peine, Pour vous donner sa Comédie Eugène ; À qui ce nom pour cette cause il donne, Eugène en est principale personne. L'invention n'est point d'un vieil Ménandre, Rien d'étranger on ne vous fait entendre, Le style est nôtre, et chacun personnage Se dit aussi être de ce langage : Sans que brouillant avecque nos farceurs Le saint ruisseau de nos plus saintes Soeurs, On moralise un conseil, un erscit, Un temps, un tout, une chair, un esprit, Et tels fatras, dont maint et maint folâtre Fait bien souvent l'honneur de son théâtre. Mais retraçant la voie des plus vieux, Vainqueurs encor' du port oblivieux, Celui-ci donne à la France courage De plus en plus oser bien davantage : Bien que souvent en cette Comédie Chaque personne ait la voix plus hardie, Plus grave aussi qu'on ne permettrait pas, Si l'on suivait le Latin pas à pas. Juger ne doit quelque sévère en soi, Qu'on ait franchi du Comique la loi, La langue encore faiblette de soi-même Ne peut porter une faiblesse extrême : Et puis ceux-ci dont on verra l'audace, Sont un peu plus qu'un rude populace : Au reste tels qu'on les voit entre nous. Mais dires-moi, que recueilleriez-vous, Quels vers, quels ris, quel honneur, et quels mots, S'on ne voyait ici que des sabots ? Outre, pensez que les Comiques vieux Plus haut encor on fait bruire des Dieux. Quant au théâtre, encore qu'il ne soit En demi rond, comme on le compassait, Et qu'on ne l'ait ordonné de la sorte Que l'on faisait, il faut qu'on le supporte : Vu que l'exquis de ce vieil ornement Ore se voue aux Princes seulement : Même le son qui les actes sépare, Comme je crois, vous eût semblé barbare, Si l'on eût eu la curiosité De remouler du tout l'antiquité. Mais qu'est-ce ci ? Dont vient l'étonnement Que vous montrez ? Est-ce que l'argument De cette fable encore n'avez su ? Tôt il sera de vous aperçu, Quand vous orrez cette première Scène. Je m'en tairai, l'Abbé me tient la rêne, Qui là-dedans devise avec son prêtre De son état qui meilleur ne peut être. Jà jà marchant, enrage de sortir, Pour de son heur un chacun avertir : Et se vantant, si sa voix il débouche : De vous brider désire par la bouche : Et qui plus est sous la gaye merveille De dérober votre esprit par l'oreille.

Oblivieux : Néologisme tiré du latin. Qui produit l'oubli. [L]

ACTE I

SCÈNE I. Eugène, Abbé, Messire Jean, Chapelain.

EUGÈNE

Fortune assez d'heur me rassemble Pour me plaire en ce monde ici, Esclavant en tout mon souci : Sans travail les biens à foison Sont apportés en ma maison, Biens, je dis, que jamais n'acquirent Les parents qui naître me firent, Et qui ainsi donnés me sont Qu'à mes héritiers ne revont, Ains pour rendre ma seule vie En ses délices assouvie, Ce que nous pratiquons assez, Tant qu'il semble que ramassés Tous les plaisirs se soient pour moi. Les Rois sont sujets à l'émoi Pour le gouvernement des terres : Les Nobles sont sujets aux guerres : Quant à Justice en son endroit, Chacun est serf de faire droit. Le marchant est serf du danger Qu'on trouve au pays étranger : Le laboureur avecque peine Presse ses boeufs parmi la plaine : L'artisan sans fin molesté, À peine fuit la pauvreté. Mais la gorge des gens d'Église N'est point à autre joug soumise, Sinon qu'à mignarder soi-mêmes, N'avoir horreur de ces extrêmes, Entre lesquels sont les vertus : Être bien nourris et vêtus, Être curés, prieurs, chanoines, Abbés, sans avoir tant de moines Comme on a de chiens et d'oiseaux, Avoir les bois, avoir les eaux De fleuves ou bien de fontaines, Avoir les prés, avoir les plaines, Ne reconnaître aucuns seigneurs, Fussent-ils de tout gouverneurs : Bref, rendre tout homme jaloux Des plaisirs nourriciers de nous. Mais que servirait t'expliquer Ce que tu vois tant pratiquer, N'était que je me plais ainsi En la mémoire de ceci, Voulant les plaisirs faire dire. Où d'heure en heure je me mire ? Au matin, quoi ?

MESSIRE JEAN

Le feu léger, De peur que le froid outrager Ne vienne la peau tendrelette, Le linge blanc, la chausse nette, Le mignard peignoir d'Italie, La vêture à l'envi jolie, Les parfums, les eaux de senteurs, La cour de tous vos serviteurs, Le perdreau en sa saison, Le meilleur vin de la maison, Afin de mettre à val vos flumes : Les livres, le papier, les plumes, Et les bréviaires cependant Seraient mille ans en attendant Avant qu'on y touchât jamais, De peur de se morfondre : mais Au lieu de ces sots exercices, De la musique les délices Avant que monter à cheval, Et puis et par mont et par val Voler l'oiseau, se mettre en quête Bien souvent de la rousse bête : Ou bien par les plaines errant Suivre le lièvre bien courant, Pendant que moi Messire Jean Je sue auprès le feu d'ahan, De tâter les molles viandes, Pour vous les rendre plus friandes : Vous arrivez tous affamés, Les chaudeaux sont soudain humés, De peur de vicier nature : On fait aux tables couverture, On rit, on boit, chacun fait rage De babiller du tricotage. On est saoul, on se met en jeu, Et puis s'on sent venir le feu De la chatouillarde amourette, Soudain en la quête on se jette, Tant qu'on revienne tous taris Par ces pisseuses de Paris.

>Tendrelet : Un peu tendre. [L]

Flume : installations hydraulique pour transporter par flotaison le bois d'abattage.

Rousse bête : Bêtes rousses ou carnassières, les loups, les renards, les blaireaux, les fouines, les putois, etc. [L]

Ahan : Grand effort, tel que celui que fait un homme qui fend du bois ou soulève un fardeau pesant. [L]

Chaudeau : Sorte de brouet ou de bouillon chaud que l'on portait autrefois aux mariés. Toute boisson chaude. [L]

MESSIRE JEAN

Ô fort bien fait.

MESSIRE JEAN

Et quoi plus ?

MESSIRE JEAN

Ô doux martyre !

SCÈNE II.

MESSIRE JEAN

Ainsi, Dieu m'aime, on voit ici Maints aveuglés, qui sont ainsi Que les flots enflés de la mer, Qu'on voit lever, puis s'abîmer Jusques au plus profond de l'eau. Ceux-ci se fichant au cerveau Un contentement qu'ils se donnent, Dessus lequel ils se façonnent Le portrait d'une heureuse vie, Voyent soudain suivre l'envie Du sort bien souvent irrité, Rabaissant leur félicité. Songez à celui qu'avez vu, Ce brave Abbé tant bien pourvu Moins en l'Église qu'en folie : Songez dis-je, au mal qui le lie, Ains l'étrangle tant doucement D'un folâtre contentement : Il se fait seul heureux, en tout Il n'imagine point de bout, Il ne prévoit, et ne prévient Au malheur, qui souvent advient : Et qui pis est, voir il n'a su Qu'il est journellement déçu. L'aveuglement est le moyen De tourner un beaucoup en rien. Il est si fol, comme je vois, De penser, Alix est à moi, Et me tient seul ami certain : Alix dis-je plus grand putain Qu'on puisse voir en aucun lieu, Et qui veut sans crainte de Dieu Se bâtir aux cieux une porte, Par l'amour qu'à tous elle porte Exerçant sans fin charité. Assez longtemps elle a été À un Florimond, homme d'armes, Qui par avant sous les alarmes, Pae qui son amour l'asservit, Longtemps à Hélène servit, Soeur de ce bel Abbé mon maître, Sans par son pourchas jamais être Reçu au dernier point de grâce. Tant qu'étant vaincu de l'audace De sa maîtresse impitoyable ; Pour passer l'amour indomptable, Et amortir sa fantaisie, Fût par lui cette Alix choisie, Laquelle il entretint toujours, Non pas seul maître des amours, Jusques à ce camp d'Allemagne, Pour lequel se mît en campagne : Mêmes on m'a dit qu'un grand zèle Florimond avait envers elle. Mais qui veut bien aimer, ne fasse Aux Parisiennes la chasse : Et puis notre Abbé, notre brave Fol masqué d'un visage grave, Ce sot, ce messer coyon pense Avoir eu seul la jouissance, Et l'a mise en son mariage Afin qu'il fît un cocuage De mari et d'ami ensemble. Mais, je vous prie, que vous semble Des morgues, que je tiens vers lui ? S'il dit oui, je dis oui : S'il dit non, je dis aussi non : S'il veut exalter son renom, Je le pousserai par ma voix Plus haut que tous les cieux trois fois. Ainsi je fais un hameçon Pour attraper quelque poisson En la grand' mer des bénéfices, Sont mes états, sont mes offices, Et qui n'en sait bien sa pratique, Voise ailleurs ouvrir sa boutique.

Coyon : De l'Italien coglione. Coglione, c'est celui que les Athéniens appeloient lakkoskheas : cui semper laxus est testiculorum sacculus. Le Français dit couille-molle. [M]

SCÈNE III. Guillaume, Alix. Messire Jean.

ACTE II

SCÈNE I. Florimond, Gentilhomme. Pierre, Laquais.

FLORIMOND

Ores que je suis de retour, J'ai consumé quasi ce jour À contempler en cette ville De plusieurs la pompe inutile : Ceux qui naguères en la guerre Faisaient leur chevet d'une pierre, Et qui du long chemin grevés Avaient leurs harnois engravés À longues traces sur le dos, À qui presque on voyait les os, Ayant une face dépite, Du Soleil quasi demi cuite, Mêler en sueur et poudrière, Oubliant leur face guerrière Se sont parés si mollement, Qu'ils semblent venir proprement Des noces, et non de la guerre : Mêmes aucuns vendent leur terre, Les autres engagent leur bien, Les autres trouvent le moyen De recouvrer quelques deniers Pour enrichir les usuriers : Les autres vendent l'équipage, Harnois, chevaux, et attelage, Et tout pour dépendre en délices : Et au lieu des bons exercices Pour toujours assurer leur main, Le palais muguet en est plein, Où leurs parfums, et leurs civettes, Chose propre à leurs amourettes, Tirent les dames aux devis, Qui presque y courent aux envis, Au velours, au satin, à l'or, Et aux broderies encor, Nonobstant tout édit donné, Il est autant peu pardonné Qu'il serait même entre les Princes ; En pleine paix de leurs provinces. Mais quoi ? Comment ? Où est l'enseigne, Où est la bataille qui saigne De tous côtés en sa fureur. Où sont les coups, où est l'horreur, Où sont les gros canons qui tonnent, Où sont les ennemis qui donnent Jusques aux tentes de nos gens ? Ha nous deviendrons négligents, Et chasseront hors de mémoire Le désir qu'avons de la gloire. Je confère cette cité, À ce que l'on m'a récité Jadis de l'antique Capoue : Car sa friandise nous tue, Comme les soldats d'Hannibal. Quittons l'amour, laissons le bal, Oublions ces folles rencontres, Faisons tournois, faisons des monstres, Et pendons encores les prix Pour guerdonner les mieux appris. Estimez-vous l'ennemi mort ? Sachez que pour un temps il dort, Pour veiller plus longtemps après : Mêmes de jour en jour plus près Tâche s'approcher de nos forces : Et après les douces amorces, Penseriez-vous les maux souffrir Qui se viendront à nous offrir. Endureriez-vous seulement Les maux qu'eûmes dernièrement, Par trois jours le défaut de pain, Maint fâcheux mont, âpre et hautain, Ces gros brouillards, cette gelée, Et puis cette pluie écoulée Qui souvent servait de breuvage : Ce flux de sang qui fît outrage Sans épargner soldat ni Prince. Je trépigne, et les dents je grince, Quand je vois l'excessif et brave D'avoir un bel habit et grave, Bien découpé : ne passons pas Des Gentilshommes les états. Pour voir quelque dame connue Qu'on a devant la guerre vue : C'est raison de se rafraîchir Mais depuis qu'on vient à franchir, Fi fi de superfluité Mais jà trop me suis excité : Puis je vois mon homme venir, À lui voir ses gestes tenir Il querelle en soi quelque chose, Au fond de sa cervelle enclose. Ici le vais guetter de loin, Attendant que j'aie besoin D'aller avec ma bonne Alix Éprouver le branle des lits. Laquais, vois-tu pas bien les mines ?

Dépendre : v. Dépenser, consommer, dissiper. [SP]

Civette : Quadrupède carnivore semblable à une martre, dit aussi chat musqué. Substance onctueuse, d'une forte odeur de musc, sécrétée par des glandes situées au-dessous de l'anus de la civette. [L]

Envi : ou Devis. Autrefois, propos, discours, entretien familier. [L]

Guerdonner : Terme vieilli. Récompenser. [L]

Braver : Choquer, mépriser quelqu'un, le traiter de haut en bas, l'insulter, le gourmander. [T]

SCÈNE II. Arnault, homme de Florimond. Florimond.

ARNAULT

Pourtant Monsieur, Sauf toujours votre avis meilleur, Il me semble que c'est à ceux Qui n'ont point été paresseux De maintenir le droit de France, Opposant leur vie à l'outrance De ces aiglons Impériaux, Après tant et tant de travaux, D'avoir pour rafraîchissement En volupté contentement : Non pas à ces pourceaux nourris Dedans ce grand tect de Paris, Qui n'oseraient d'un jet de pierre Éloigner les yeux de leur terre : Non à plusieurs larrons honnêtes, Qui n'étant faits que pour des bêtes D'un visage humain emmasquées, Par pratiques mal pratiquées Despendent encor aujourd'hui Et le leur et celui d'autrui, En banquets, pompes, et délices, Pour souvent être appui des vices. Cependant même que le Roi Ayant ses Princes avec soi, Souffre maintes et maintes choses Pour garder ces bêtes encloses. Non à ces petits mugueteaux, Ces babouins advocasseaux, Qui pour deux ou trois lois rouillées De je ne sais quoi embrouillées, Chevauchent les ânes leurs frères, Avec leurs contenances fières, Mêlant la morgue Italienne, Afin qu'un gros sourcil s'en vienne Les demander en mariage. Ha ventrebieu quel badinage. Non pas, dis-je, à ces mercadins, Ces petits muguets citadins, Ces petits brouilleurs de finances, Qui en banquets, et ris, danses, En toutes superfluités Surmontent les principautés. Mais quant est de nos Gentilshommes, Qui est le propos où nous sommes, Bien qu'on croye toutes bravades Rendre les courages plus fades, Si celui-là qui est plus brave Entendait le battement grave D'un tambourin quasi tonnant, Ou bien d'un clairon étonnant, Il serait mieux encouragé, Et plus tôt en ordre rangé.

FLORIMOND

Va va.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Eugène, Hélène.

HÉLÈNE

Entrons.

ACTE III

SCÈNE I. Arnault, Florimond.

ARNAULT

A a Dieux, qui de notre entreprise, Par celle que notre maître prise, Sommes ores bien détournés ! Nous pourrait-on plus étonnés Rendre jamais tous deux ensemble ? Ô Ciel, ô terre, que te semble De chose tant mal ordonnée ? Toi-même maudit Hyménée Conducteur de trois cocuages Au lieu de tes saints mariages, N'as-tu rougi d'autoriser Ces noces tant à mépriser ? Ô vous, quelconques soyez-vous, Dieux célestes, qui entre tous L'ardeur des pauvres embrasés, De votre ciel favorisez, Voulez-vous ores vous garder De votre foudre en bas darder, Vu que meurtrir il conviendrait Ces transgresseurs de votre droit, Ces moqueurs de votre maîtrise, Laissant la femme mal apprise, Laissant cette infidèle dame ? Dame, mortbieu, vu tel diffame Le nom de dame n'y convient, Laissant la pute qui ne tient Compte de l'amant tant aimable, Lequel d'un vouloir immuable Lui avait dédié sa vie : Mais, peut-être, avez cette envie, Faisant tort au premier lien, Faire tort à l'aise et au bien De ce mien maître gracieux. Mais j'en renie tous les cieux, Si je ne fais tomber en bas Tant de jambes et tant de bras, Que Paris en sera pavé. En despecte, je suis crevé De dépit qui ne le serait Quand son maître on offenserait ? Ladre Abbé, meurtrier de vertu, Si je m'y mets. Mais quoi ? Veux-tu Pauvre Arnault, sans ton maître faire Ce qui lui pourrait bien déplaire ? En te fâchant tu es venu Jusqu'au lieu où il s'est tenu. Pendant ce malheureux voyage Je gage que nulle autre image, Étant même en ce dévot temple, Que celle d'Alix, ne contemple : Mais quand il saura la nouvelle, Ha charbieu qu'il la fera belle, Il m'épouvantera des yeux.

Despect : Perte du respect. [L]

Charbieu : Ce mot désigne une espèce de jurement. [SP]

FLORIMOND

Comment mal ?

FLORIMOND

Mari sangbieu.

Sanbieu : Jurement pour sang de Dieu. [SP]

SCÈNE II. Messire Jean, Eugène, Hélène.

MESSIRE JEAN

Tu Dieu je l'ai réchappé belle ! Sentit-on jamais frayeur telle Que ce brave nous la donnait ? Par ses paroles il tonnait, Et mêlant son Gascon parmi Nous faisait pâmer à demi. Encore tant ému j'en suis, Que presque parler je ne puis, Tant qu'il me faudrait emprunter Une autre voix pour raconter À notre Abbé telle vaillance. Mais encor en moi je balance Si je dois faire ce message : Florimond fera beau ménage, Si vers l'Abbé vient une fois. J'aimerais mieux tenir ma voix À tout jamais en moi renclose, Que de dérober quelque chose : Je suis aux coups trop mal appris. Et ceux-ci seront tous épris, Qu'ils ne pourront être qu'à peine Désenvenimés de leur haine, Que par l'épée vengeresse. Ô espérance tromperesse ! Pourquoi m'avais-tu jusque ici Allaité de ton lait ainsi, Pour tout soudain t'évanouir ? Pourquoi me faisais-tu jouir De tes promesses si longtemps ; Pour me mettre après hots du sens, Et me faire au désespoir proie, M'étranglant d'un cordon de soie ? A a pauvre et deux fois pauvre prêtre, N'eusses-tu pas trouvé bon maître, Qui t'eût nourri, qui t'eût vêtu, Qui t'eût fait ami de vertu, Sans le patelin contrefaire, Et en plaisant à Dieu déplaire, Pour tourner enfin en ma chance Si pauvre et maigre récompense. Adieu les complots et finesses, Adieu adieu larges promesses, Adieu adieu gras bénéfices, Adieu douces mères nourrices, En l'Abbé je n'ai plus d'espoir, Mais que tardai-je à l'aller voir ? « Qui se fait compagnon de l'heur, Se le fasse aussi du malheur. » Mais quoi ? Comment ? D'où vient cela ? Qui a-t-il de nouveau ? Voilà Notre malheureux maître Eugène Qui sort avec sa soeur Hélène. Je pense que si les hauts cieux S'apaisaient des larmes des yeux, Qu'Hélène plus en jettera Qu'il n'en faut quand ell' le saura.

Renclore : Il se conjugue comme clore. Enclore de nouveau, ou, simplement, enclore. [L]

Tromperesse : trompeuse.

SCÈNE III. Alix, Florimond, Guillaume, Arnaud, Pierre.

FLORIMOND

Sus en haut.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Matthieu, Créancier, Eugène, Guillaume, Hélène, Messire Jean.

SCÈNE III. Florimond, Arnault.

SCÈNE IV. Eugène, Messire Jean.

MESSIRE JEAN

Pourvoyez-y.

MESSIRE JEAN

Je le ferai.

ACTE V

SCÈNE I. Messire Jean, Eugène.

EUGÈNE

Ce m'était tourment sur tourment : Mais cestui est bien plus facile. Si n'ai-je pourtant croix ni pile.

Croix : Le côté d'une pièce de monnaie opposé à la face et marqué autrefois d'une croix. Croix ou pile. [L]

SCÈNE II. Guillaume, Matthieu, Hélène, Eugène, Messire Jean.

MESSIRE JEAN

Parbieu j'en vais faire ce saut. Que reste plus ?

Parbieu : Sorte de serment burlesque, et cependant inventé par une espèce de modestie pour éviter le véritable serment, Par Dieu. Voir Parbleu. [T]

HÉLÈNE

Vois vois.

SCÈNE III. Eugène, Matthieu, Guillaume.

MATTHIEU

Nenni.

MATTHIEU

Trois.

SCÈNE IV. Florimond, Arnault.

FLORIMOND

Je suis aimé.

ARNAULT

De qui ?

ARNAULT

Ô Idalienne Déesse, Saintement je t'adorerai.

Idalien : Appartenant ou issu du nom de montagne. Ida. Il y a eu anciennement deux montagnes célèbres de ce nom, l'une en l'Asie mineure, près de la ville de Troie, célèbre par le jugement de Paris. [T] Il s'agit de Vénus, la déesse de l'amour.

SCÈNE V. Alix, Messire Jean, Florimond, Arnault, Eugène, Hélène, Guillaume, Matthieu.

HÉLÈNE

Hâtez-les.

MESSIRE JEAN

Bon soit Messieurs.

MATTHIEU

Bon soir.

1 907 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0