Monologue en vers
Ah ! Mince !
Personnages
- LIBERT
AH ! MINCE !
Un soir, à la fêt' de Font'nay.
On tirait le feu d'artifice,
Pendant qu' la premièr' bombe tonnait,
Dans la foule, adroit'ment je m' glisse,
Non, tout' ma vi', j' m'en souviendrai !
On 'n n'a pas idée en province !.
Fallait voir c' qn'on était serré !....
Ah ! mince !
J'avais devant moi, par bonheur,
Un' bell' fille assez riche en graisse,
Et dont les form's plein's de rondeur
M' garantissaient contre la presse,
Tout près d'ell' j'étais p'letonné,
M' faisant tout p'tit d'peur qu'on n' m'évince.
Vrai, c' que c'était capitonné !
Ah ! mince !
En la r'gardant bien, j' m'aperçus
Qu'elle était d'une beauté rare,
Elle avait des appas cossus,
Des épaul's en marbr' de carrare,
Des bras couverts d'un' peau d' satin,
Un' taill' fine à ruiner un prince,
Et des yeux noirs, d'un libertin !
Ah ! mince !
Autour de nous, on la r'luquait.
J'en était jaloux, comm' on l'pense,
Justement, l'on tirait l'bouquet,
J'mets à profit la circonstance,
Tandis qu'éclataient les pétards,
Dans le dos, tout douc'ment, j'la pince.
EU' se r'tourne et m'iance un d'ces r'gards
Ah ! mince !
Bref, elle et moi, par le mêm' train,
De Paris, nous fim's le voyage,
A cause du monde le long du ch'min
Je m' montrai sag' comme une image.
Seul'ment, en passant dans un coin :
Désert comme une ru' d' province
Je lui donne un becot d' marsouin....
Ah ! mince !
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica