Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Tragi-Comédie

La Belle Esclave

Claude de L'Estoile· imprimée en 1643· 5 actes· 1 613 vers· 7 personnages

Personnages

  • LE ROI D'ALGER
  • LA REINE
  • ALPHONSE, Prince de Sicile, esclave
  • CLARICE, Princesse de Sicile, esclave
  • HALY, Capitaine du Palais
  • FERNAND, Gentilhomme Sicilien, confident d'Alphonse
  • SELIM, domestique de Haly
Monseigneur,

ÉPITRE À MONSEIGNEUR SEGUIER, Chancelier de France

Si toutes les hardiesses imprudentes ont d'ordinaire un mauvais succès, quel accueil dois-je attendre de votre Grandeur, en vous faisant un présent si peu convenable à cette haute Vertu, dont vous honorez aujourd'hui la première Charge du Royaume.

Certes, Monseigneur, c'est une incivilité bien audacieuse, que de vous inviter à descendre en ma faveur du trône de la Justice au Théâtre de la Comédie. Mais si les Scipions n'ont pas dédaigné de s'y trouver quelques fois à la prière des Térences, et d'embrasser mêmes la protection de leurs ouvrages ; J'espère, Monseigneur, que vous ne refuserez pas la vôtre à celui que je vous présente ; et que peut-être vous lui donnerez quelques-unes de vos heures, quoi qu'elles soient toutes précieuses. Vous n'y verrez pas, comme dans les leurs, tout ce qu'une langue a de plus pur et de plus fleuri, ni tout ce qu'un beau génie peut avoir de beaux sentiments ; mais vous y verrez quelques images, tantôt de ces charitables soins que vous prenez de l'Innocence opprimée, et tantôt de cette rare prudence, avec laquelle vous pénétrez si facilement jusques dans les coeurs, et tirez la vérité toute nue du fonds des abîmes. Vous l'en faites sortir tous les jours avec éclat ; et jamais homme dans cette éminente place que vous occupez si dignement, ne s'est mieux entendu que vous à tenir la Balance de la Justice. Aussi faut-il avouer que le plus juste des Rois n'a pas eu peu de Sagesse, de la mettre entre vos mains, ni la plus sage des Reines, peu de bonheur de l'y trouver. Mais qui ne sait que l'admirable secret de peser avec justesse toute sorte d'intérêts, est un don que le ciel a fait depuis plusieurs siècles à l'illustre race des SEGUIERS ? Il y a peu d'Histoires qui ne parlent des grands services que vos ancêtres ont rendus, et à l'Église et à l'État ; des fameux différents qu'ils ont accordés entre des Papes et des Rois (Jules III et Henry II), et des flambeaux de sédition qu'ils ont éteints, ou qu'ils ont empêché de s'allumer parmi les peuples. Mais une lettre n'est pas capable de contenir tout ce qu'ils ont fait de merveilleux, et dedans et dehors le Royaume : Et pour en consacrer la mémoire à la postérité, il serait besoin de cette éloquence qui vous a fait admirer tant de fois, et mêmes en des rencontres également importantes et inopinées. Aussi vous avez, Monseigneur, une présence d'esprit, qui trompe ses auditeurs, et qui leur fait prendre les belles choses que vous dites sur le champ, pour autant d'effets d'une profonde méditation. Vous disposez du coeur de quiconque vous prête l'oreille ; et changeant comme il vous plaît les volontés, vous faites connaître au besoin que pour maintenir les Peuples dans l'obéissance, la force du discours n'est pas moins puissante que celle des armes. Je m'étendrais davantage sur une matière si ample ; et ferais voir que vous éclatez de tant de lumières, soit naturelles, soit acquises, que de quelque côté qu'on vous regarde, on demeure comme ébloui. Mais cette agréable ennemie de vos louanges, et des siennes mêmes, votre modestie, Monseigneur, me ferme la bouche, et me permet seulement de vous assurer, que je suis avec autant de respect que de passion,

De votre grandeur,

Le très humble, très obéissant, et très obligé Serviteur,

De L'Estoile.

Monsieur,

LETTRE DE MONSIEUR LINAGE DE VAUCIENNES, à Monsieur de L'Estoile,

Je ne saurais m'empêcher de vous dire le plaisir que je reçus, il y a quelque temps, à la représentation de votre BELLE ESCLAVE. Ses chaînes ont tant d'éclat, et ses plaintes tant de charmes, qu'il ne fut jamais de captivité plus brillante, ni de tristesse plus agréable. Elle ravit également, et les yeux et les oreilles ; Et je pense qu'on peut dire d'elle sans flatterie, ce qu'on a dit autrefois de la belle Panthée ; qu'il se trouvait des amants de ses larmes, et des Adorateurs de son désespoir. Certes jamais scène ne fut si pompeuse ni si naturelle que celle de votre comédie ; l'Art et la Nature y étalent avec profusion leurs richesses ; et n'y voyant paraître que des objets d'étonnement, ou plutôt de merveille, je me figurais d'être au milieu de ce Temple d'Arcadie, où l'on avait appliqué si subtilement un miroir, que de quelque côté qu'on se tournât, on n'y voyait que des Dieux.

Mais il n'y a plus rien aujourd'hui, qui échappe à la censure des Critiques. Ils trouvent des taches en des corps qui ne sont que pureté et que lumière ; et disent qu'ils demeurent insensibles aux passions de votre héros et de votre héroïne, pour ce que les feintes ne les touchent point, et qu'ils savent bien que ce prince et cette princesse, n'ont jamais été en effet ailleurs que dans votre imagination.

Mais auraient-ils deviné non plus que moi, que leur histoire n'est qu'un conte fait à plaisir, si vous ne les en eussiez avertis vous-même ? Et vous auraient-ils attaqué, si vous ne leur eussiez donné des armes pour vous combattre ? Je pense être assez clairvoyant en cette matière, mais je n'en fais pas le fin, votre adresse m'a trompé ; oui, Monsieur, la vraisemblance et la suite inviolable de vos feintes aventures abusèrent d'abord mon jugement. Je les croyais toutes véritables, et m'intéressais à tous coups dans les passions de vos Personnages, dont jamais les actions ni les paroles ne démentent la condition. Tantôt je vivais de leur espérance, tantôt je mourais de leur crainte ; Et ce Prince imaginaire, dont vous faites votre Héros, me semblait accompli, que si j'eusse été le plus grand Roi de la terre, j'eusse bien voulu me changer avec lui, quand même il m'aurait demandé ma couronne de retour.

Cependant quelques-uns vous blâment de n'avoir pas traité pour le Théâtre un sujet historique ; et nous veulent faire accroire que vous avez eu peu de peine à réussir en cet Art divin, qui forme mille différentes beautés, qui n'ont ni vérité ni corps, et qui ne laissent pas toutefois d'être prises pour de véritables merveilles de la Nature. Ils disent qu'il est plus aisé de suivre nos inclinations que celles d'autrui, et de nous faire des bornes de notre caprice, que d'en recevoir de l'Histoire ; que nous faisons naître, quand nous voulons, des Alexandres, pour remettre Abdolonyme sur le trône de ses pères ; et que travaillant ainsi sur une matière susceptible de toutes sortes d'impressions, nous pouvons donner a cette terre obéissante telle figure qu'il nous plaît. Mais ils assurent au contraire, que l'Histoire est comme un marbre, difficile a manier, et auquel il est besoin de donner adroitement un nombre infini de coups de marteau, pour le mettre en oeuvre ; au moins nous veulent-ils persuader qu'elle ne fait monstre que de statues tronquées par l'insolence des temps, à qui malaisément on peut rendre ce qui leur manque ; Que la difficulté de les rétablir les rend illustres, et qu'on a plutôt fait un nouveau miracle, qu'on n'a réparé leurs défauts. Que si d'aventure elle nous en fait voir quelqu'une, dont la rigueur des âges ait épargné les attraits, et qui soit encore en son entier, ils nous disent qu'elle est semblable à celle que fit autrefois Pygmalion, qui certainement était si belle, qu'il en devint amoureux, mais qui n'eût jamais eu pourtant ni d'âme ni de voix, si Jupiter même, pour perfectionner ce bel Ouvrage, ne lui eût inspiré la vie et la parole. Enfin, Monsieur, si nous les en voulons croire, il faut un Dieu pour achever ce qu'un Homme a commencé.

Ces raisons véritablement ont beaucoup d'apparence, mais peu de solidité ; ce sont vapeurs enflammées qu'ils nous veulent faire passer pour des Astres ; et si nous suivons ces ardents, ils nous conduiront dans le précipice.

N'est-il pas vrai qu'une belle Fable coûte à l'esprit un nombre infini de profondes méditations ? Que tout ce qu'il a de forces est trop faible, pour pénétrer les obstacles qui s'opposent à son dessein, et qu'à moins que d'être éclairé d'une lumière purement céleste, il est malaisé qu'il se fasse jour dans les ténèbres dont son imagination l'enveloppe ? Elle se forme mille desseins, et sans règle et sans suite ; et si la Raison ne réprime ses saillies, il est d'elle comme de la Vigne, qui n'étant pas taillée jette du bois en confusion, et n'apporte d'ordinaire que de mauvais fruit.

Certes de toutes les choses du monde la plus difficile à mon avis, est d'inventer avec grâce, ou de faire passer aux yeux des Sages, une feinte pour une vérité. L'or faux impose facilement à la vue, mais malaisément à la coupelle ; Et les raisins de ce fameux Peintre de l'Antiquité, avoient bien la forme et la couleur des véritables, mais ils ne trompaient guère que les oiseaux.

Quelle gloire mérite donc, Monsieur, celui qui comme vous, trompe si adroitement ses auditeurs, qu'il leur fait passer des mensonges agréables pour des vérités historiques ? Certes après de si rares productions de votre esprit, je ne m'étonne plus si nos pères ont dressé des statues aux inventeurs des belles choses, ni s'ils les ont tenus pour des Dieux, ou du moins pour des personnes extraordinaires ; Mais je ne puis assez m'étonner de l'aveuglement de ces esprits, qui se figurent qu'il y a moins de difficulté de mettre au jour ce qui n'est point, que d'ajouter à ce qui est déjà fait : Il faut qu'ils confessent eux-mêmes, que l'Histoire est un excellent crayon, où la posture des personnages est déjà naturellement exprimée, si bien qu'il ne reste plus qu'à y donner le coloris, pour en faire un admirable tableau.

Mais nous ne tirons pas ce secours des pièces que nous inventons : ce ne sont que formes sans formes, qu'espaces vides, que nous devons remplir de choses qui ne sont point en l'être des choses ; notre esprit n'y trouve ni modèle, ni soutien : il s'appuie sur ses propres forces, et il est tout ensemble, et le peintre et le tableau de ses ouvrages ; enfin il fait en soi-même ce que Dieu fit autrefois hors de soi ; il donne l'être à des merveilles qu'il appelle du néant, et tire de soi sans nul secours ce que sa raison débite à tous les hommes.

Est-il donc possible, Monsieur, que vos Censeurs se persuadent, qu'il n'y a presque ni peine, ni gloire à faire une chose qui nous égale en quelque sorte à la Toute puissance ? Certes, il ne fut jamais de créance plus erronée que la leur : mais il ne s'en faut pas étonner ; l'esprit a ses maladies comme le corps, et la plus incurable de toutes est l'opinion. Toutefois s'ils désirent de sortir d'erreur, ils n'ont qu'à travailler à l'invention de quelque beau sujet de théâtre ; ils reconnaîtront bientôt la difficulté de l'Ouvrage par la faiblesse de l'Ouvrier. Ils broncheront à chaque pas, n'étant plus appuyer de l'Histoire ; et ces Anthées perdront l'haleine si tôt qu'ils perdront la Terre. Alors ils quitteront leurs sentiments, pour prendre les miens, ou confesseront que LA BELLE ESCLAVE ne vous a pas coûté si peu comme ils se figurent. Les chefs d'oeuvres ne se font pas facilement ; et je ne m'y connais point, ou jamais il n'en fut un plus achevé que celui-ci. Mais employer des couleurs si sombres que les miennes à peindre en raccourci dans une Lettre cette adorable Captive, c'est imiter les Astrologues, qui mesurent la Lune par l'ombre de la terre, et la terre par un point.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Alphonse, Fernand.

SCÈNE II. Le Roi, Alphonse, Fernand.

SCÈNE III. Le Roi, Alphonse, Clarice, Haly, Fernand.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Clarice, Haly.

SCÈNE II. Alphonse, Clarice, Haly, Fernand.

SCÈNE III. La Reine, Alphonse, Clarice, Haly, Fernand.

SCÈNE IV. Alphonse, Clarice, Fernand.

CLARICE

La Mort.

SCÈNE V. Alphonse, Clarice, Haly, Fernand.

SCÈNE VI. Alphonse, Fernand.

FERNAND

Mais...

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, La Reine.

SCÈNE II. Le Roi, La Reine, Alphonse, Fernand.

ALPHONSE

Hé ! Bien, Sire, il est vrai, je vous ouvre mon coeur, Ma maîtresse est Clarice, et Clarice est trop belle, Pour ne confesser pas que je brûle pour elle ; Et que depuis cinq ans mes voeux et mes travaux Disputent sa conquête à cent fameux rivaux ; L'amour ayant enfin conclu notre hyménée, Allait en célébrer l'agréable journée, Et nous joindre elle et moi de ce lien si fort, Qu'il ne se rompt jamais, si ce n'est par la mort ; Ce n'étaient plus que jeux, que musique et que danse : Mais, ô faibles projets de l'humaine prudence ! La Guerre est arrivée, et l'orage a détruit, Ce qu'un printemps de fleurs nous promettait de fruit. Voyant doncque Mégare à deux doigts de sa perte, Déjà par le canon en mille endroits ouverte, Nous convînmes tous deux de nous nommer ainsi, Afin que si le sort nous conduisait ici, Nous pussions nous parler avec plus de franchise, Si quelque liberté nous en était permise. De plus, nous avons crû que votre Majesté La traiterait peut-être avec indignité, Si ces noms supposez et de soeur et de frère Ne vous cachaient qu'Alcandre avait été son père. Alcandre qui jamais n'eut d'esprit ni de mains, Que pour les employer contre les Africains ; Mais puisque c'en est fait, et qu'il faut qu'à cette heure La Tombe ou le sérail lui serve de demeure, Je vous dis de quel lieu cette merveille sort, À dessein de sauver son honneur par sa mort. Vengez-vous, vengez-vous du père sur la fille, Et par elle achevez de perdre la famille.

LE ROI

Mais...

LE ROI

Alphonse en me louant m'apprend bien que la gloire Est le fruit le plus doux qu'apporte la Victoire ; Ce qui m'a fait pourtant si puissamment armer, N'est point un vain désir de me faire estimer, D'agrandir ma fortune, et la voir enrichie Par le fameux débris de quelque monarchie ; Je fuis l'ambition, ce monstre factieux, Qui, s'il avait la Terre, échellerait les Cieux, Qui ne saurait souffrir, ni compagnon, ni maître, Qui jamais ne vieillit, et ne cesse de croître ; Aussi ne m'a-t'on vu sur la terre et les eaux Mettre un nombre infini d'hommes et de vaisseaux, Que pour tirer raison de votre injuste Prince, Qui nouveau conquérant envahit ma Province ; Et m'a déjà surpris des villes et des forts, Où sa main a couvert la campagne de morts. Il n'est rien de pareil aux peines qu'il se donne, À dessein d'entasser couronne sur couronne ; Mais je trouve la mienne assez lourde à porter, Sans y vouloir encor des brillants ajouter ; Et si j'ai mis à sac sa ville capitale, C'est afin qu'à l'affront la vengeance s'égale, Et que nous le forcions d'éteindre le flambeau, Dont la guerre conduit nos peuples au tombeau. Un sceptre sans la Paix vaut moins qu'une houlette ; Elle est l'unique bien qu'au monde je souhaite ; Mais qui vous jette, Alphonse, au trouble où je vous vois ?

Écheler : Escalader en appliquant l'échelle. [L]

L'original graphie crestre au lieu de croître ce qui permet la rime avec maître.

Houlette : Bâton que porte le berger. [L]

SCÈNE III. Le Roi, Alphonse, Haly, Fernand.

ALPHONSE

Hélas !

SCÈNE IV. Alphonse, Fernand.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Alphonse, Fernand.

SCÈNE II. Haly, Selim.

SELIM

Non.

SELIM

De qui ne sera point votre amour condamnée ? Sitôt que dans ces lieux vos soins l'ont amenée, N'avez-vous pas appris que ses attraits charmants L'avaient fait destiner au Roi des Ottomans ? À l'instant votre feu devait devenir glace, Et l'amour au respect abandonner la place. Vous n'avez pas pourtant laissé de l'adorer ; De nourrir un serpent qui vous va dévorer ; Et d'oser feindre encor une mort effroyable, Pour faire un vol secret de ce monstre agréable : Mais puisqu'un accident qu'on ne pouvait prévoir A découvert la ruse, et trahi votre espoir, Sa mort à votre vie est un mal nécessaire, Et sans plus consulter il vous en faut défaire. Je déplore son sort, que je m'en vais finir ; Mais il faut jeter bas ce qu'on ne peut tenir ; Causer la mort d'autrui, pour éviter la nôtre, Et faire un crime enfin pour en cacher un autre, J'immolerai sa vie à notre sûreté ; Cependant de ce pas voyez sa majesté, Sans qu'espoir de pardon, ni crainte de supplice, Vous fassent confesser un si grand artifice. Pour feindre, n'épargnez ni serments ni sanglots ; Et trouvez s'il se peut des larmes à propos. Qui dissimule bien n'a pas peu de science, Et rien n'est plus semblable à la même innocence, Qu'est semblable le crime étant bien déguisé. Mais je cours accomplir le dessein proposé, Mettre fin à sa vie, et la jeter dans l'onde Pour mieux cacher sa mort aux yeux de tout le monde. Ainsi chez vous Alphonse en vain la cherchera, Ainsi sans vous convaincre il vous accusera, Et passera partout pour homme à rêverie.

SCÈNE III. Le Roi, Alphonse, Haly, Fernand.

Le Roi et Alphonse entrent sur le Theatre par deux costez differents.

HALY

Moi !

ALPHONSE

Vous.

SCÈNE IV. Le Roi, Haly.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Alphonse, Fernand.

SCÈNE II. Le Roi, Alphonse, Haly, Fernand.

SCÈNE III. Le Roi, La Reine, Alphonse, Haly.

LA REINE

Je vous aurais plutôt mis cette Histoire au jour, N'était que mon esprit tâchait par artifice, À forcer ce menteur d'avouer sa malice : Écoutez donc, Seigneur, un tragique accident, Qui du courroux céleste est un signe évident, Capable d'effrayer cette aveugle impudence, Qui nous dépeint là haut un Dieu sans providence, Un Dieu qui des mortels ne daignant s'offenser, Ne prend soin de punir, ni de récompenser, Et qui les bras croisés laisse aux causes secondes La conduite des Cieux, des terres, ou des ondes. Quand Alphonse tantôt m'a dit sa vision, Je l'ai prise d'abord pour une illusion : Mais de quelques transports qu'il eut l'âme comblée, Voyant que sa raison n'en était point troublée, Que Clarice était belle à pouvoir tout charmer, Que Haly n'était pas incapable d'aimer, Et que l'endroit du bois, où sitôt à sa vue Ce Prince m'assurait qu'elle était disparue, Menait sous ce Palais dans cet antre écarté, Quels soupçons n'ai-je pris de sa fidélité ? Certes il m'est d'abord tombé dans la pensée, Que peut-être d'amour la sienne était blessée, Qu'il adorait Clarice, et cachait à nos yeux, Dans ces lieux souterrains un chef d'oeuvre des Cieux : Aussitôt désirant d'éclaircir tous mes doutes, J'ai fait à petit bruit par de secrètes routes, Descendre là-dedans quelques hommes armés, Et d'autres qui tenaient des flambeaux allumés : Mais comme apercevant ce miracle du monde, Ils couraient pour l'ôter de la grotte profonde, Selim s'approchait d'elle, et sans un prompt secours, Ou la corde, ou le fer eût terminé ses jours.

SCÈNE IV. Le Roi, La Reine, Alphonse, Clarice, Haly, Fernand.

LE ROI

Quel dédale est ceci ! Ses détours sont sans nombre, Et la nuit où j'étais a redoublé son ombre : Haly vous a sauvée !

Dédale : Lieu où l'on s'égare, à cause de la complication des voies et des détours. [L]

1 613 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica