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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Jeanne Reine d'Angleterre

Gautier de Costes de La Calprenede· créée en 1648, imprimée en 1638· 5 actes· 1 687 vers· 16 personnages

Réprésenté pour le première fois en 1638 à Paris.

Personnages

  • MARIE, Reine d'Angleterre
  • ÉLISABETH, Soeur de Marie
  • JEANNE, Reine d'Angleterre
  • GILFORT, Mari de Jeanne
  • LE DUC DE NORTHBELANT
  • LE DUC DE NOLFOK
  • LE COMTE DE CLOCETRE
  • LE COMTE D'ERBY
  • LE COMTE D'ARONDEL
  • LE MARQUIS DE VINCESTE
  • LE COMTE DE PEMBROX
  • ÉLÉONOR, suivante de Jeanne
  • LE CHANCELIER D'ANGLETERRE
  • LE CAPITAINE DES GARDES
  • UN ANGLAIS
  • LES SOLDATS
MONSIEUR,

MONSIEUR L'ABBÉ D'ARMENTIÈRE.

L'estime dont je vous ai vu honorer cette pièce autorise en quelque façon, ou excuse tout à fait la hardiesse que je prends de vous l'offrir, et le dessein de satisfaire à la volonté de l'Auteur, m'impose l'heureuse et agréable nécessité de le faire. Car si feu Monsieur de la Calprenède avait jeté les yeux sur toute la France, il n'aurait pu rencontrer un plus digne appui de sa renommée, et de la gloire de son poème. En effet, Monsieur, il serait difficile de trouver une personne dans la Cour dont l'esprit fut plus généralement estimé que le vôtre, de qui les lumières pénétrantes peuvent découvrir des taches dans les choses les moins défectueuses, et qui montrez que la jeunesse et la vertu ne sont pas incompatibles. Ainsi, Monsieur, j'ai fait deux choses, j'ai mis Jeanne dans la plus illustre protection qu'elle pouvait espérer, et je me suis acquitté de mon devoir, en vous témoignant que je suis,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Ant. de Sommaville.

ACTE I

SCÈNE I. Le Comte de Clocestre, Le Comte d'Arondel, Un Anglais.

LE COMTE DE CLOCESTRE

Invincibles Anglais, peuple jadis fidèle, Et maintenant ingrat, pardonnez à mon zèle, Le devoir d'un sujet anime mon courroux, Et de vos actions me fait rougir pour vous, Oui peuple, je rougis de honte et de colère, Et cette lâcheté si visible et si claire, Qui vous laisse survivre à vos Princes trahis, Me défend aujourd'hui d'avouer mon pays : Cette fidélité si rare et si connue, Par qui cette couronne autrefois maintenue, Bravait, en sûreté ses plus grands ennemis, Consent-elle aux forfaits que vous avez commis ' Cependant qu'une femme abat ce grand courage, Qu'un lâche usurpateur vous retient en servage, Votre Reine campée au bout de vos fossés Attend votre secours, et vous la repoussez ; Elle vous tend les bras, vous somme et vous accorde Ce que vous refusez de sa miséricorde. Ô piété bannie ! Ô foi que nous devons Aux Princes souverains de qui nous relevons ! Ô Majesté jadis si sainte et si sacrée, Faut-il que ta grandeur soit si peu révérée ' Qu'un traître réussisse en ses lâches projets, Qu'il s'arme contre toi de tes propres sujets, Et que ceux que le Ciel a fait Dieux de la terre, Soient chassés et bannis dans la seule Angleterre. Je m'emporte, il est vrai, mais dans ce souvenir À peine mes amis me puis-je retenir, Quand cette trahison revient à ma mémoire, Et que je suis témoin d'une action si noire, Que je vous vois subir une honteuse loi, Je ne vous connais plus, ou je vous méconnais : En un mot de sujets si vaillants et si braves, Par votre lâcheté vous vous rendez esclaves, Et je croirais encor votre sort assez doux Si vous n'étiez sujets d'un sujet comme vous : Le Duc de Northbelant par ses trames perfides Impose un joug honteux à vos âmes timides, Élevant une femme à ce superbe rang, Où son ambition veut élever son sang. Sur sa tête coupable il a mis la couronne, Et d'un commun accord le peuple la lui donne, Il accepte le joug, et n'en murmure pas. Ha ! Vous deviez plutôt souffrir mille trépas, Et pour ne perdre point votre gloire passée Punir les déloyaux de la seule pensée, Étouffer les auteurs de la rébellion, Et couper en naissant la tête à ce Lyon : Mais puisque du passé le repentir vous touche, Comme mon compagnon l'a su de votre bouche, Et comme votre front me le témoigne assez, Vous pouvez réparer tous les crimes passés, Implorer seulement la merci de la Reine, Elle est juste, il est vrai, mais non pas inhumaine : Allez sans craindre rien embrasser ses genoux, Et vous en recevrez un traitement si doux Que vous condamnerez vos dernières folies, Qui dans vos repentirs seront ensevelies : Si vous vous résolvez à deux doigts de la mort Londres ne sera plus après ce grand effort, Qui fera trébucher ses superbes murailles, Qu'un théâtre sanglant de mille funérailles. Amis opposez-vous à des malheurs si grands, Conservez vos maisons, vos fils et vos parents, Et ne permettez pas qu'une insolente armée Avare de butin, et de meurtre affamée, Dans les premiers transports d'une juste fureur Remplissent vos maisons de misère et d'horreur, Prévenez ce malheur, et courez au remède, Pour moi dans ce besoin je vous donne mon aide, Votre soumission détournera ce mal, Et je promets à tous un pardon général.

SCÈNE II. Le Milord Gilford, Jeanne dans sa chambre.

JEANNE

Hélas ! Que ton esprit est ridicule et vain, Et que tu juges mal de ces armes si basses, D'un Protée inconstant, d'un monstre à mille faces. D'un faux Caméléon dont le corps décevant Change en mille façons et se repaît de vent : Le peuple a de tout temps cette lâche maxime Qu'avecque la fortune il peut changer sans vivre, Et qu'au moindre péril qui menace son sort, Il doit suivre toujours le parti le plus fort, Tu verras bientôt une nouvelle face, Tu verras cette faible et vile populace D'un ennemi plus fort embrasser les genoux, Et faire en sa faveur ce qu'elle a fait pour nous.

Protée : Terme du polythéisme. Divinité de la mer qui, lorsqu'on la saisissait endormie pour lui faire prédire l'avenir, se changeait en toute sorte de formes effrayantes ; c'était le pasteur des animaux marins. Fig. Homme qui joue toutes sortes de personnages. [L]

Caméléon : Espèce de lézard auquel on attribuait la faculté de changer de couleur selon les objets qui l'entouraient. Fig. Celui qui change indifféremment pour complaire à qui peut servir ses intérêts. Des caméléons politiques. [L )

SCÈNE III. Le Duc de Northbelant, Jeanne, Gilfort.

LE DUC DE NORTHBELANT

Madame tout va mal.

SCÈNE IV. Un Soldat, Jeanne, Gilfort, Le Duc de Northbelant.

LE DUC DE NORTHBELANT

Parle, dis qui t'amène.

LE DUC DE NORTHBELANT

Sais-tu le nom du Chef '

SCÈNE V.

JEANNNE, seule

Arbitre des humains, puissance souveraine, Qu'on se sert vainement de la prudence humaine Devant tes jugements si grands et si profonds, Qui découvrant nos coeurs en pénètrent le fonds : Bien que le plus souvent ta justice diffère Aux crimes les plus noirs une peine exemplaire, Ta foudre est toujours prête, et l'on travaille en vain Pour détourner le coup de ta puissante main. Dans la condition où je me vois réduite Par le mauvais conseil de ceux qui m'ont séduite, J'éprouve des malheurs qui nous font assez voir Cette grande justice, et ce divin pouvoir : L'autorité des miens m'a fait commettre un crime, J'ai chassé d'un État la Reine légitime : Mais si je le puis dire en cette extrémité, J'eus moins d'ambition que de facilité ; Le pouvoir absolu d'un époux et d'un père Me firent embrasser une grandeur légère Sue l'espoir incertain de mille faux appas, Qu'on croit à la Couronne, et qu'on n'y trouve pas. Charmeresse des sens, dangereuse Méduse ; Vaine et folle grandeur dont l'éclat nous abuse, Mer, qui toujours sujette à l'injure du temps Ne nous peux présenter que des bonheurs flottants, Inévitable écueil, fameux de cent naufrages, Polipe, qui trahis sous mille faux visages, Miroir, qui ne fais voir qu'un objet décevant, Jouet de la fortune, ombre, chimère, vent, Malheureux est celui se qui l'espoir se fonde Sur votre vanité qui trompe tout le monde.

Polipe : Mot qui vient du Grec et qui signifie aussi une sorte de poisson qui a plusieurs pieds. Pline l. 9. c. 10. Quelques Auteurs qui ont parlé des poissons l'appellent poulpe. [R]

SCÈNE VI. Le Duc de Northbelant, Jeanne, Gilfort.

GILFORT

Hélas ! C'est à ce coup que la ville est rendue, Et que dans ce Palais nous sommes enfermés Par un nombre infini de Citoyens armés Dont l'effort insolent ne respecte personne. Mais j'entends un grand bruit dont le degré résonne.

Degré : Chacune des parties qui dans un escalier servent à monter ou à descendre. Le premier degré, le deuxième degré. Marches qui servent d'entrée à un édifice. [L]

SCÈNE VII. Le Duc de Northbelant, Le Comte de Clocestre, Jeanne, Gilfort.

LE COMTE DE CLOCESTRE

Et de la vôtre aussi.

ACTE II

SCÈNE I. Marie, Le Duc de Nolfoc, Élisabeth, Le Comte de Clocestre.

MARIE

Le Ciel qui m'a rendu la fortune prospère, Me guidant par la main au trône de mon père, Qui me fait réussir dans de si grands projets, Et me redonne enfin tant d'illustres sujets, Lui qui force pour moi toute sorte d'obstacles, Et qui pour la justice a fait tant de miracles, Ne me peut empêcher de me ressouvenir Que c'est de vous aussi que je dois tout tenir. Oui, la reconnaissance aujourd'hui me l'ordonne, C'est de vous et du Ciel que je tiens la Couronne, Que je veux recevoir et du Ciel et de vous Pour vous voir plus heureux sous un règne plus doux. Un beau jour à la fin dissipe nos tempêtes, La paix va ramener le calme sur vos têtes, On verra la vertu du vice triompher, Et rendre un siècle d'or pour un siècle de fer. De mes prédécesseurs la sanglante mémoire, Qui dans le coeurs Anglais est encore si noire, Tant de lâches partis, et tant de trahisons, Qui comblèrent d'horreur nos illustres maisons, Disparaissent d'un Ciel plus serein et plus calme, Et vos tristes Cyprès se vont changer en palme. Oui, fidèles sujets, j'ai le Ciel pour témoin, Que le soin de mon peuple est mon inique soin, Et que plus que mon bien votre repos m'inspire De prendre de vos mains les rênes de l'Empire Aussi ne craignez point que mon coeur offensé Garde le souvenir de ce qui s'est passé, Et qui veuille punir par une tyrannie Une rébellion que vous avez punie. Non, je n'abuse point d'un absolu pouvoir Sur un peuple qui craint, et rentre en son devoir : Soyez donc assurez des bontés d'une Reine, Qui ne reçoit de vous la grandeur souveraine, Que pour vous témoigner par sa protection, Et sa reconnaissance, et son affection.

ÉLISABETH

N'appelle pas leur chute une chute commune, Elle est un coup du Ciel, et non de la fortune Et ne les traitez pas comme des ennemis Que le sort du combat à vos pieds eût soumis, Qui se seraient armés dans une juste guerre Pour conserver leurs droits, ou défendre leur terre : Mais comme des sujets traîtres, lâches, ingrats, Indignes d'un pardon qu'ils ne prétendent pas, Le temps a-t-il sitôt de votre âme effacées, Et leur rébellion, et nos peines passées, Et dans ce changement ne vous souvient-il plus De ce que vous étiez, et de ce que je fus : Aussitôt qu'Édouard eut perdu la lumière, On suscite à nos yeux cette belle héritière : Le Duc de Northbelant ingrat, et déloyal L'élève insolemment sur le trône Royal, Assemble les États, les contraint à l'hommage, Tandis que pour nous mettre à l'abri de l'orage, Et chercher à nos jours un peu de sûreté, À peine trouvons-nous un endroit écarté ' À peine dans le sein de toute l'Angleterre Trouvons-nous pour asile, un petit coin de terre ' Ô mémoire honteuse à cet ingrat pays ! Mais sans être contents des sceptres envahis, Les filles de Henry honteusement bannies Leur semblèrent encor trop doucement punies, Il fallait redoubler des maux si violents Par des arrêts cruels, par des édits sanglants, Qui souillaient notre nom d'opprobres, et de crimes, Et qui nous déclaraient filles illégitimes, Indignes pour jamais de la succession. Madame pardonnez à cette passion, À ce ressouvenir il faut que je m'emporte, Tandis que vos sujets vous traitaient de la sorte, Vous n'aviez de recours dans de si grands malheurs Que de lever au Ciel vos yeux mouillés de pleurs : Et le Ciel à la fin fut touché de vos larmes Contre vos ennemis il nous donna des armes, Et presque en un moment il les précipita De ce faîte, insolent, où leur orgueil monta. Maintenant que sa main met en votre puissance, Ceux qui vous ont traitée avec tant d'insolence, Pouvez-vous plus longtemps porter d'un même front Le noir ressouvenir d'un si sensible affront.

SCÈNE II. Marie, Jeanne.

JEANNE

J'obéis à votre Majesté. Madame cette juste et divine puissance, Qui remet cet État sous votre obéissance, Et par un coup du Ciel vous a sitôt rendu Le bien qu'on usurpait, et qui vous était dû : Cet esprit qui pénètre aux fonds de mes pensées, Qui connaît l'avenir, et les choses passées, Qui lit dans votre coeur, et dans le mien aussi, Connaît bien le dessein qui me conduit ici, Je le conjure aussi par sa bonté suprême De faire qu'à mon front vous le jugiez de même, Ou qu'il vous fasse voir au-dedans de mon coeur Quel est le sentiment que j'ai de mon malheur, Si l'on peut écouter une bouche coupable, Si je puis être encor criminelle, et croyable, Et si vous ne jugez, ou que mon repentir, Ou que mon intérêt m'obligent à mentir, Madame que le Ciel, s'il est encor possible, Ajoute à mes malheurs un malheur plus sensible, Si le regret que j'ai me vient d'avoir perdu Le sceptre que j'avais, et qu'il vous a rendu. Non, Madame, jamais je ne me suis fondée Sur une Royauté que j'ai si peu gardée, Et j'ai toujours prévu dans mon aveuglement Qu'elle durerait peu sur un tel fondement : Quelque vaine grandeur dont je fusse charmée, J'ai jugé que bientôt elle irait en fumée. Aussi je perds bien peu lorsque je perds le bien, Qui fut vôtre en naissant, et ne fut jamais mien : Bien loin de soupirer après votre Couronne, Je bénis avec vous la main qui vous la donne, Et me veux soulager par sa rare bonté D'un fardeau si pesant, et si peu mérité : Tout le regret que j'ai c'est de m'être approchée De ce Trône élevé, dont je suis trébuchée, Et d'avoir aux dépens de votre Majesté Offensé mon devoir, et ma fidélité. Oui, Madame, croyez que je mourrais contente Si j'avais le bonheur de mourir innocente, Et que si je pouvais revenir à ce point : Dans mes autres malheurs je ne me plaindrais point : Mais puisque maintenant il ne m'est pas possible, Et que pour la nier ma faute est trop visible, Que l'honneur et le sang m'empêchent d'accuser Ceux de qui le pouvoir me pourrait excuser, Je n'abuserai point d'une douceur extrême, Qui m'écoute, me voit, et me souffre de même, Et je confesserai que mon ambition Est digne de reproche, et de punition, Que je suis criminelle, ingrate, déloyale, Et qu'ayant usurpé la dignité Royale, Cette marque suprême, et cet auguste nom, Je ne puis mériter ni grâce, ni pardon : Mais si le souvenir de ma faute passée Me peut encor permettre une telle pensée, Du moins que cet espoir ne me soit pas ôté, Qu'on aura quelque égard à notre qualité, Et que je pourrai perdre une coupable vie Sans que ma mort de honte, et d'opprobre suivie Fasse finir mes jours avec indignité, C'est tout ce que j'attends de votre Majesté.

Trébucher : Ne pas garder l'équilibre en marchant. Quand on veut marquer l'action, trébucher se construit avec avoir : Il a trébuché contre une pierre. Mais, quand il exprime l'état de chute, il se construit avec être : Cette personne est trébuchée sur l'herbe. [L]

MARIE

Bien que dans mon esprit votre sort déplorable Imprime pour vos maux un regret véritable, Que parmi les grands coeurs il ne soit pas permis De fouler lâchement ses plus grands ennemis, Et redoubler encor leur mauvaise fortune D'un reproche insolent, et qui les importune : Ne trouvez pas mauvais que sans aucune aigreur Devant vous seulement je décharge mon coeur, Et que je vous remette aux yeux de la pensée, Sans haine et sans courroux votre faute passée, Et sans aucun dessein d'aggraver vos malheurs, Puisque je participe à vos justes douleurs. Ce démon ennemi du repos de nos âmes, Qui souffle dans nos coeurs ces dangereuses flammes, Et qui le prévenant de mille passions Dérobe à notre esprit toutes ces fonctions. Ce monstre qui nous charme, et dont l'âme aveuglée, Suit une ambition trompeuse, et déréglée, S'était-il tellement emparé de vos coeurs Qu'il ne vous permit point de prévoir vos malheurs Et qu'il est dessus nous des puissances plus hautes Qui lisent dans nos coeurs, et punissent nos fautes, Vous faisant embrasser un bien pernicieux, Pour les événements vous fermait-il les yeux ' Et ne jugiez-vous point que cette félonie Ne pouvait pas longtemps demeurer impunie ' Que quand tout l'Univers en serait diverti, Le Ciel à son défaut prendrait notre parti. Ha ! Madame, pour lors était-il bien possible Qu'à ce raisonnement vous fussiez insensible, Et pussiez consentir à cette trahison Sans laisser un moment agir votre raison. Pourquoi ce bel esprit que tout le monde estime Ne pouvait-il prévoir sa perte dans ce crime, Et que vos Conseillers prononçaient votre arrêt, Non pas pour votre bien, mais pour leur intérêt ' Je veux bien avouer, puisqu'il est véritable, Que de votre malheur vous êtes moins coupable, Ayant eu seulement trop de facilité, Que l'ayant entrepris de votre volonté : Je sais que les conseils d'un insolent beau-père Mirent dans votre esprit ce dessein téméraire, Et que ce Duc ingrat régnait absolument, Lorsque vous ne régniez que de nom seulement : Vous ne saviez trouver de prétexte valable, Non, ne l'excusez point, il n'est point excusable, Et vous vous feriez tort de défendre un parti Où contre votre humeur vous avez consenti.

ACTE III

SCÈNE I. Jeanne, Éléonor.

SCÈNE II. Gilfort, Jeanne.

GILFORT

Ah ! Madame, étouffer cette vaine espérance, Et ne vous flattez plus d'une fausse apparence Si je n'avais tant vu de signes évidents, D'un coeur victorieux de tous les accidents, Et que vous démentez en grandeur de courage À ma confusion, votre sexe, et votre âge, Je ne vous ferais pas de funeste rapport, Ceux qui vous ont flattée ; ont conclu votre mort, Et la civilité que vous avez reçue De qui les faux appas vous ont si tôt déçue, Outre qu'on la devait à votre qualité Témoigne leur adresse, et non pas leur bonté : Cette nouvelle Reine eût été mal instruite Si dans cette grandeur, où le sort l'a conduite Et dans le propre jour de son couronnement : Vous eussiez reçu d'elle un mauvais traitement : Lorsqu'un Prince commence à porter la couronne On reçoit aisément l'impression qu'il donne Et lors pour attirer le coeur de ses sujets, Il charme leur esprit de mille faux objets, Et les éblouissant d'une adroite malice, Il cache ses défauts, et déguise son vice Pour empêcher le peuple à son avènement De craindre son humeur, et son gouvernement. C'est par cette raison que la Reine vous traite À ce premier abord en illustre sujette : Mais sa bonté contrainte avec ce feint respect Me rend de plus en plus son procédé suspect. Je connais bien Marie ; elle n'est pas si bonne, Outre qu'elle est d'un sang qui jamais ne pardonne, Et que son naturel n'est pas encor guéri Des cruelles leçons de son père Henry. Et quand pour nos malheurs, ce qui n'est pas croyable, Cet esprit orgueilleux se rendrait pitoyable, Madame quel espoir nous peut être permis, Puisque ses Conseillers sont tous nos ennemis ' Si le Duc de Nolfoc possède son oreille, Jugez si ce cruel nous rendra la pareille, Et s'il peut oublier les maux de sa prison Contre le Duc mon père, et contre sa maison. Après tant de raisons, considérez, Madame, Quel espoir désormais peut rester dans votre âme, Et si sans vous flatter par un déguisement Je puis dissimuler mon juste sentiment, Non de quelque regret que ce discours me touche, L'arrêt de votre mort doit sortir de ma bouche, Et ma fidélité vous croirait offenser, Si je craignais encor de vous le prononcer.

SCÈNE III. Le Comte d'Arondel, Jeanne, Gilfort.

LE COMTE D'ARONDEL

Oui, la Reine elle-même.

SCÈNE IV. Le Duc de Nolfoc, et les Barons Anglais.

SCÈNE V. Le Chancelier d'Angleterre, Le Duc de Northbelant, le Duc de Nolfoc, Le Marquis de Vincestre, Le Comte de Clocestre, Gilfort.

LE DUC DE NORTHBELANT

Je n'espérai jamais, mes Juges équitables, Que la faveur du Ciel assistât les coupables, Et que je pusse encore implorer la bonté, Et des Barons Anglais, et de sa Majesté. Mais parmi tant de maux, et dans un précipice, Où l'on m'a vu tomber avec tant de justice Dans les remords d'un crime et l'horreur du trépas. J'ai ressenti des coups que je ne craignais pas. Non, jamais cette peur ne vint à ma pensée, Quoi qu'on peut redouter d'une Reine offensée, Qu'on eut voulu traiter avec indignité Un Prince de mon âge, et de ma qualité, Et je ne crus jamais qu'une si juste Reine Eut encore ajouté cette honte à ma peine De voir le plus cruel de tous mes ennemis Élevé sur un trône où ma chute l'a mis, Qu'elle eut remis ma tête en des mains si cruelles, Et le couteau Royal pour venger ses querelles. Si le Duc de Nolfoc n'a pu par le passé Punir un ennemi qui l'avait offensé, La Reine, et son malheur lui donnent la matière : D'assouvir contre lui sa rage toute entière, Et le pied sur la gorge il lui peut aujourd'hui Reprocher à sa mort qu'il se venge de lui. Ah ! Certes, quelque crime, et quelque grande offense, Dont on m'ait vu choquer la Royale puissance, La Reine pouvait bien me punir autrement, Et je méritais d'elle un autre traitement. J'ai failli, je l'avoue, et je suis punissable, Mais on sait qui je suis, bien que je sois coupable, Les marques dont ce corps n'est pas encor guéri, Le sang que j'ai perdu pour son père Henry, Mon illustre naissance, et ce poil qui grisonne Dans les plus hauts degrés qui suivent la Couronne, Et mille autres raisons la devaient obliger À choisir parmi vous quelqu'un pour me juger.

LE DUC DE NOLFOC

Bien que vous nous donniez une preuve assez forte Que dans votre discours la haine vous emporte, Et que dans un état si digne de pitié Vous persistez encor dans votre inimitié, J'aurai bien le pouvoir de retenir ma langue Contre les traits piquants d'une injuste harangue, Et ne vous ferai point des serments superflus, Que pour nos démêlés il ne m'en souvient plus : Pour me justifier il suffit que la Reine Qui nous connaît tous deux, et qui sait votre haine, Entre tant de Seigneurs de même qualité M'ait donné cet honneur contre ma volonté. Mais puisque sa grandeur m'en a jugé capable, Envers sa Majesté je me rendrais coupable, Si commis à juger des intérêts plus grands, Je ne parlais ici que de nos différents. Donc puisque ce courroux ne sert qu'à vous confondre, Que je dois demander, que vous devez répondre, Dans ma commission ne m'interrompez plus, Et lavez-vous ici de ce qu'on vous met sus. Vous êtes accusé d'avoir trahi la Reine, Et que pour envahir la grandeur souveraine Après la triste mort de notre défunt Roi, Contre le droit Divin, et contre votre foi, Vous étant allié par le noeud d'Hyménée, Vous avez mené Jeanne, et l'avez couronnée : Que vous avez de plus porté ce jeune esprit À faire prononcer ce rigoureux édit Qui chassant les deux soeurs de leur natale terre, Les privait pour jamais du sceptre d'Angleterre, Et que depuis le jour de son couronnement Elle a toujours suivi vos conseils seulement. Un peuple qui se plaint de votre tyrannie Vous accuse aujourd'hui de cette félonie : C'est à vous maintenant à répondre pour vous, Et de vos actions vous purger devant nous.

LE DUC DE NORTHBELANT

Esprit du grand Henry, dont la haute mémoire Règne encor dans mon coeur avecque tant de gloire, Regrette dans le Ciel l'état où tu me vois Pour t'avoir obéi plus que je ne devais. Je ne saurais nier mes actions passées Devant ceux qui jadis lisaient dans mes pensées, Aux yeux de tout le monde elles ont trop paru, Et par tout l'Univers le bruit en a couru : Il est vrai que suivant la volonté dernière Du feu prince Édouard qui fit Jeanne héritière, Je lui gardai les biens que le Roi lui donna, Et j'exécutai tout comme il me l'ordonna, Oui, oui, j'ai tout commis : mais, ô souverains Juges ! Si je meurs pour ce crime, où seront vos refuges ' Et de quel front enfin me voulez-vous nier ' Qu'entre les criminels je ne sois le dernier, Quand j'élevai mes yeux à ces grandeurs légères, Qui devait obliger vos âmes mercenaires À me persuader avecque tant d'ardeur Ce que vous condamnez avec tant de rigueur. Ai-je couronné Jeanne ' Ai-je entrepris la guerre Que par la volonté des Barons d'Angleterre ' Et vous qui nous traitez comme vos prisonniers, Ne me l'avez-vous pas conseillé les premiers ' Vous Comte d'Arondel, vous Marquis de Vincestre, Vous, comte de Pembrox, vous Comte de Clocestre, Et vous qui devenu par un coup si soudain D'un de mes Conseillers mon Juge souverain, Avez déjà la foudre et la sentence prête, Pour la faire éclater sur ma coupable tête N'avez-vous pas vous-même aggravé mes péchés, Et causé les malheurs que vous me reprochez '

ACTE IV

SCÈNE I. Marie, Élisabeth, Le Duc de Nolfoc, Le Comte de Clocestre.

LE DUC DE NOLFOC

Je n'en parlerai point.

SCÈNE II. Éléonor, Marie.

ÉLÉONOR

Celle que maintenant je sers dans la prison Comme ayant eu l'honneur d'être de sa maison, M'a commise (Madame) à porter cette lettre, Que si votre bonté vous peut encor permettre De recevoir ces mots, et jeter l'oeil dessus, Elle ajoute ce bien à ceux qu'elle a reçus.

Lettre de Jeanne à Marie, qu'elle lit.

Si parmi les douleurs que le remords imprime ; Et la honte d'un crime, Il m'est encor permis d'implorer la bonté D'une Reine si juste, et si fort offensée, Excusez ma pensée, Et souffrez que j'espère en votre Majesté. Je ne lui ferai point une injuste requête Pour garantir ma tête Des injures du Ciel, qui s'arme contre nous, Et je verrai la mort avec la même face, Si j'obtiens cette grâce De sauver en mourant mon innocent époux. Si dans mon intérêt ma bouche était croyable, D'un rapport véritable, Et si mes sentiments m'étaient encor permis, Je prendrais à témoin la Divine puissance, Et de son innocence, Et des lâches complots de tous ses ennemis. Dans les grandeurs que j'eus pour le prix de ma faute, Et la Majesté haute, Qui comme un prompt éclair parut et disparut, Jamais l'ambition, ne pût vaincre sa flamme, Et faire qu'en son âme Pour cette passion la première mourut. Il faisait moins d'état du sceptre d'Angleterre, Et de toute la terre, Que des biens innocents de nos chastes amours, Et quand il obéit aux volontés d'un père, Le respect lui fit faire Ce que dans son esprit il condamna toujours. Ce n'est pas que choquant cette grandeur Auguste Sa peine ne fut juste, Et qu'il ne fut puni pour l'avoir mérité : Mais bien que le respect de ce degré suprême Rende son crime extrême, Il est moindre que vous, et que votre bonté. Je vous conjure donc par vos jours pleins de gloire, Par la haute mémoire, Et le nom redouté du glorieux Henry ; Par celle d'Édouard encore si révérée, Et sa cendre sacrée, De conserver la vie à mon pauvre mari. Qu'ainsi le Ciel rende vos jours plus calmes, Et plus couverts de palmes Que des plus fortunés qui régnèrent jamais, Que tout puisse ployer sous votre obéissance, C'est la reconnaissance Que j'espère de vous, et que je vous promets.

Marie poursuit.

Certes la plus sauvage et plus fière tigresse Pour un amour si belle aurait de la tendresse, Et je croirais avoir une âme de rocher, Si la compassion ne la pouvait toucher. Oui, la pitié que j'ai d'une amitié si sainte Donne dans mon esprit une si vive atteinte, Qu'il ne sentit jamais par mon propre malheur Une si violente et si vive douleur. Dure raison d'État que tes lois sont barbares, Que je digère mal ce que tu me prépares, Et que ta tyrannie et tes ordres secrets Vont soumettre mon âme à d'extrêmes regrets : Ma fille, vissiez-vous comment je serais prête, S'il dépendait de moi, d'accorder sa requête : Mais selon la Coutume, et la rigueur des Lois, Elle ne dépend plus que des Barons Anglais, Je ne m'en mêle plus, et je m'en suis démise Pour leur remettre un droit que le temps autorise. Que s'il m'était permis, comme je le voudrais, Vous seriez le témoin de ce que je ferais : Assurez toutefois cette pauvre Princesse De la part que je prends dans le mal qui la presse, Et pour la consoler sachez que je ferai Pour elle et pour les siens tout ce que je pourrai.

SCÈNE III. Gilfort, Le Duc de Northbelant, Le Capitaine des Gardes.

LE CAPITAINE DES GARDES

Monsieur nous tardons trop.

SCÈNE IV. Jeanne, Gilfort, Le Capitaine des Gardes, Éléonor.

JEANNE

Hélas !

LE CAPITAINE DES GARDES

Allons, Monsieur, allons.

ACTE V

SCÈNE I. Jeanne, Éléonor.

JEANNE, dans sa prison

Ces consolations te rendent criminelle, Et tu ne peux tromper une flamme si belle, Bien que ton amitié te porte à ce dessein, Crois que c'est me donner d'un poignard dans le sein. Que mon amour reçoit une éternelle tache, D'écouter sans mourir un sentiment si lâche, Et que si je pouvais la soupçonner encor, J'ai droit de soupçonner la foi d'Éléonor. Oui, trop fidèle esprit, te serais-je déloyale Et je croirais trahir l'amitié conjugale, Si contre les serments d'une éternelle foi, J'écoutais les conseils qui m'éloignent de toi : Si je pouvais changer le dessein de te suivre À de lâches désirs d'espérer et de vivre, Et si t'ayant perdu je différais un jour À renouer au Ciel une innocente amour. De ces vaines grandeurs mon âme détachée Force cette prison qui la tenait cachée, Et d'un vol courageux s'élevant aisément, Va chercher près de toi son premier élément : C'est là que ton amour lui conserve une place, Et que la recevant d'une joyeuse face, Tu lui donnes sa part des plaisirs glorieux, Que parmi les élus tu goûtes dans les Cieux : Là tu la garantis des rigueurs de Marie, Et des lâches complots d'une ingrate patrie, Et n'ayant le souci de ces frêles honneurs, Tu lui fais ressentir de solides bonheurs. Vaine félicité, que mon âme a songée, Que tes illusions me laissent affligée, Et lorsque je reviens de cette douce erreur, Que pour de si grands biens tu me laisses d'horreur. Quelque espoir de bonheur que la mort me présente, Je ne connais que trop que je reste vivante, Et bien que mon esprit erre parmi les morts, Et n'en reste que trop pour animer ce corps. Belle âme à qui toujours mon âme fut ouverte. Oui, tu vois que je vis pour survivre à ta perte, Et pour la déplorer former un large étang, Et de larmes d'amour et de larmes de sang. Du moins si ces cruels, dont le pouvoir injuste Abusa lâchement d'une grandeur auguste, M'eussent encor permis de te fermer les yeux, Et sur ta lèvre morte imprimer mes adieux : Je t'eusse ranimé par un baiser de flamme, Et dans ton pâle corps j'eusse inspiré mon âme : Mais avec tous mes biens ceux-là me sont ravis. En un mot, cher époux, tu n'es plus, et je vis : Cette belle union qui joignait nos deux âmes, A permis aux couteaux de séparer nos trames, Et bien qu'un seul esprit animât nos deux corps, L'un a perdu le jour sans que tous deux soient morts : Mais si dans cet État et cette haute gloire De nos feux innocents tu gardes la mémoire, De ce brillant éclat détourne un peu les yeux, Et d'un de tes regards fends la voûte des Cieux. Si tu gardes pour moi tes premières tendresses, Regarde avec pitié l'état où tu me laisses, Tu n'as pas oublié le chemin de mon coeur, Vois dedans cher esprit, vois quelle est ma douleur, Il me semble déjà qu'au son de ces paroles, Ton amour se réveille, et que tu me consoles, Je te vois, ce me semble un visage riant, Mais qui dans son bonheur paraît impatient, Cette félicité d'éternelle durée, Par ton impatience est un peu modérée : Tu brûles du désir de m'attirer à toi, Et déjà ton amour intercède pour moi. Et bien, ô cher esprit, rends-moi ce bon office, Fais que nos ennemis avancent mon supplice, Et que pour te rejoindre en cet heureux séjour, Je meure par raison, ou d'État, ou d'Amour.

SCÈNE II. Jeanne, Le Comte d'Erby, Éléonor.

SCÈNE III. Le Capitaine des Gardes, Éléonor, Jeanne.

LE CAPITAINE DES GARDES

Madame.

ÉLÉONOR

Juste ciel !

SCÈNE IV. Élisabeth, Marie, Le Comte de Clocestre, Le Duc de Nolfoc.

SCÈNE V. Le Comte d'Erby, Marie.

LE COMTE D'ERBY

Puisque vous l'ordonnez, il faut que j'obéisse, La crainte de la mort, et l'horreur du supplice, Qui peuvent ébranler les plus faibles esprits, N'ont trouvé dans le sien qu'un généreux mépris, Qui lui fait recevoir mon funeste message, D'une constance égale, et d'un même visage, Après des mouvements de tendresse et d'amour, D'un pas majestueux elle sort de la tour. Certes jamais mon oeil ne la trouva si belle, Sa grâce surpassait toute beauté mortelle, Son front était serein, son port plus glorieux, Un éclat tout divin faisait briller ses yeux, Et dans la vanité de la pompe romaine, Jamais le plus superbe et plus grand Capitaine Sur un char triomphant ne se vit emporté. Avec tant d'assurance et tant de majesté, Elle marche à la mort comme au but de sa gloire, Regarde un échafaud comme un champ de victoire, Et monte ces degrés avec un front égal À celui qu'elle avait sur le trône Royal. Le murmure confus de toute l'assistance L'oblige quelque temps à garder le silence. Elle déclare enfin d'un esprit tout remis Comme elle pardonnait à tous ses ennemis, Qu'elle se dépouillait de colère et de haine, Et ne murmurait point des arrêts de la Reine, Qui lui faisaient attendre un éternel repos : Et pour conclusion elle ajoute ces mots. Je reçois la mort qu'on me donne Comme une peine due à mon ambition, Non pas que cette passion Ait porté mon esprit à ravir la Couronne : Mais pour n'avoir pas rejeté Un sceptre qu'on m'a présenté. Elle achève ces mots avecque tant de charmes, Qu'à ce funeste objet le peuple fond en larmes, Et pousse dans le Ciel un mélange confus, De cris et de sanglots qu'on ne discerne plus. Madame vous croiriez la voyant si constante Que tous sont criminels, et qu'elle est assistante : Son courage jamais ne la porta si haut, Et vous la jugeriez dessus un échafaud, Pour avoir le plaisir d'une belle carrière, Ou pour donner le prix d'un combat de barrière. Mais croyant à la fin qu'elle perdrait le temps, Et que cette longueur lassait les assistants, Elle veut de ses mains rajuster sa coiffure, Et mettre en liberté sa belle chevelure, Qui forçant ses liens échappe à gros bouillons, Et comme des flots d'or tombe sur ses talons. Mais l'ayant ralliée, elle-même l'arrête, Par un noeud qu'elle fait au sommet de la tête : Et par un doux regard, prenant congé de tous, Elle fait sa prière, et se met à genoux : L'exécuteur approche, et sa main déjà prête, D'un si beau corps sépare une si belle tête, Qui dessus l'échafaud bondit deux ou trois fois, Et ceux qui sont plus près entendent une voix, Qui murmure en mourant une basse parole, Le corps tombe sanglant, et son âme s'envole.

1 687 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica