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Tragédie en vers

Zaïde

Jean de La Chapelle· créée en 1681· 5 actes· 1 460 vers· 9 personnages

Représentée pour la première fois le 26 Janvier 1681 au Théâtre Guénégaud.

Personnages

  • ABDERAMEN, roi de Grenade
  • FATIME, princesse de Grenade
  • ZAIDE, princesse de Grenade, de la famille des Zegris, déguisée sous le nom de Zulemar
  • ALAMIR, chef de la famille des Abencerrages
  • OSMAR, capitaine des gardes du Roi
  • ABENDAX, confident de Zaïde
  • GAZUL, confident d'Alamir
  • ZINDARIZE, confidente de Fatime
  • GARDES
Préface

Cette Pièce est d'un caractère si singulier, qu'il y avait lieu de craindre qu'elle ne fût pas au goût de tout le monde ; il est aisé de se perdre lorsqu'on veut s'écarter des routes ordinaires : cependant je dois être assez content du succès de Zaïde.

Ce n'est pas qu'on n'ait fait beaucoup de remarques très judicieuses, et qu'il n'y ait beaucoup de fautes que j'ai connues moi-même et dont je suis tombé d'accord avec les gens de bonne foi ; mais je ne pense pas que quelques légères imperfections doivent faire condamner un ouvrage.

Quelques-uns m'ont reproché que j'ai mal suivi mon histoire, et ils n'ont pas pris garde que je n'ai point d'autre histoire que celle que j'ai voulu me faire. Zaïde est une pure invention, dont il n'y a aucun fondement dans l'Histoire de Grenade. Les noms des Zegris, et des Abencerrages, et cette haine célèbre entre leurs deux familles sont les seules choses qui ont quelque apparence de vérité ; tout le reste est imaginé. J'ai cru que je pouvais hasarder cette espèce de roman sur le théâtre, où il y a longtemps qu'on est ennuyé de ne voir que des Romains et des Grecs : J'ai choisi la nation la plus aventurière du monde, afin que la vraisemblance ne fut point blessée par la nouveauté d'un rôle de femme en homme qui soutient toute une pièce.

D'autres dont le métier est fort opposé à la profession des belles lettres, et qui ont pourtant dans leurs jugements toute la fierté qui accompagne d'ordinaire les demi-savants, se sont élevés contre les sacrifices, les Dieux et les prêtres, expressions poétiques et figurées, dont j'ai voulu orner cette pièce : S'imaginent-ils que je n'aie pas su quelle était l'origine des Maures de Grenade, peuples sortis de l'Arabie, où la première Religion était la païenne. Le Mahométisme succéda au culte des faux Dieux, mais il ne l'abolit pas si entièrement qu'il n'en restât encore dans les derniers siècles quelques vestiges, même à Grenade. De là vient que presque tous les vieux romanciers, qui ont parlé des Grenadins, les ont fait païens, et leur ont donné plusieurs Dieux, dont ils en nomment même quelques-uns de noms assez bizarres. J'ai cru que leur exemple m'autorisait assez dans une pièce, où comme j'ai déjà dit, il n'y a rien d'historique, et où les faux Dieux et l'idée des sacrifices font un assez agréable ornement.

Voilà les deux objections qui ont fait le plus de bruit dans le monde. Je pense y avoir assez bien répondu, et je crois qu'on me dispensera volontiers de faire une grande dissertation pour répondre aux autres qui m'ont paru de moindre conséquence : Les préfaces ne sont guère de mon goût, et il me semble que celle-ci est déjà trop longue.

ACTE I

SCÈNE I. Zulemar, Abendax, Osmar.

SCÈNE II. Zulemar, Abendax.

ZULEMAR

Hélas !

ZULEMAR

Écoute, et me laisse parler. Je pénètre, je vois ce qui peut te troubler : Ce fut toi qui pris soin d'élever mon enfance, Mais mon père aisément trompa ta vigilance, Déjà vieux, sans enfants, seul du nom de Zegris ; Dans un fécond hymen il crut trouver un fils, Et d'Armire à la sienne unit la destinée ; Je fus l'unique fruit de ce triste hyménée. Ma mère dont encor, je pleure le malheur, En me donnant la vie, expira de douleur. Mon père qui voyait d'un fier Abincerrage Ses biens par ce revers devenir le partage, Cacha son désespoir, et mon sexe avec soin. De ma triste naissance un esclave témoin, Fut le seul confident de ce vain artifice, Dont aujourd'hui les Dieux confondent l'injustice : Enfin de cent héros on me crût l'héritier, Tu m'appris à dompter un superbe coursier. Tous les jours au travers d'une épaisse poussière, On me voyait fournir une noble carrière . La chasse était l'objet de mes plus chers désirs. L'arc et les javelots faisaient tous mes plaisirs. Je vivais dans les bois, et souvent croyais être Ce que même à tes yeux j'affectais de paraître. Je trompai tes regards, ceux du Roi, de la Cour, Heureuse si j'avais aussi trompé l'amour. Mais je vis Alamir dans ce jour plein de gloire... Jour qui sera longtemps présent à ma mémoire. Il revenait suivi d'ennemis enchaînés, De généraux captifs, de Princes détrônez. Ses Soldats à l'envi sur leurs armes brillantes, Étalaient des vaincus les dépouilles sanglantes. Il marchait entouré de faisceaux, d'étendards ; Fier sans être orgueilleux, tel qu'on peint le Dieu Mars. Auguste dans son port, sans arrêt sans contrainte, Imprimant aux mortels le respect et la crainte. Il n'était point chargé d'un vain ajustement ; Son nom fameux était son unique ornement. Abendax, je le vis, je sentis dans mon âme... Que dis-je, en le voyant j'appris que j'étais femme.

SCÈNE III. Abderamen, Zulemar, Abendax.

SCÈNE IV. Le Roi, Zulemar.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Zulemar, Fatime.

SCÈNE VII. Zulemar, Abendax.

ACTE II

SCÈNE I. Alamor, Gazul.

SCÈNE II. Alamir, Farime, Gazul.

SCÈNE III. Alamir, Gazul.

SCÈNE IV. Alamair, Gazul, Osmar.

ALAMIR

À moi ?

SCÈNE V. Alamir, Zulemar, Osmar, Gazul.

SCÈNE VI. Zulemar, Abendax.

SCÈNE VII. Zulemar, Fatime, Abendax.

ZULEMAR

Madame....

ACTE III

SCÈNE I. Zulemar, Abendax.

SCÈNE II. Alamir, Zulemar.

SCÈNE III. Abderamen, Alamir.

ALAMIR

Seigneur, je ne veux point chercher pour ma défense Tout ce qui peut ici demander ma présence ; J'aurais mille raisons pour me justifier, Si sur de tels secours je voulais m'appuyer ; Je l'avoue, et ma gloire en ce moment blessée Ne me punit que trop d'une ardeur insensée... J'aime : si de l'amour les trop puissantes Lois, Dans toutes leur rigueur pressaient le coeur des rois ; Si de son ascendant vous connaissiez l'empire, Pour paraître innocent je n'aurais rien à dire. Oui, Seigneur, entraîné par ce fatal pouvoir, J'ai violé les lois, j'ai trahi mon devoir ; J'ai mérité la mort, et perds toute espérance, Si la justice en vous ne cède à la clémence, Peut-être aurais-je pu, fier d'un peu de bonheur Raconter mes exploits pour toucher votre coeur ; Vous dire que mon bras, grâces aux Dieux propices, A su rendre à l'État d'assez heureux services, Et que mon sang pour vous répandu mille fois Doit affranchir mon sort de la rigueur des Lois. Mais qu'ai-je fait, Seigneur, dont l'honneur de le faire Dans le même moment, n'ait été le salaire. Vos ordres, il est vrai, me pressaient de partir, Mais à ne vous point voir je n'ai pu consentir. Non, Seigneur, qu'obstiné dans ma coupable audace, J'aie approuvé mon crime, et refusé ma grâce ; Votre seul intérêt a pu dans votre Cour Pour quelque temps encor prolonger mon séjour. Objet infortuné d'une haine trop juste, Malheureux et privé de votre aspect auguste. Aurais-je osé, Seigneur, commander vos soldats ? Auraient-ils désormais voulu suivre mes pas ? Lors qu'un camp empressé nous sert et nous révère, C'est vous seul, c'est son Roi qu'en nous il considère, Et qui d'un favori veut bien suivre les lois, D'un malheureux banni me connaîtrait la voix.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Alamir, Fatime.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Alamir, Osmar, Gardes.

SCÈNE VIII. Alamir, Zulemar, Osmar, Abandax, Gardes.

SCÈNE IX. Zulemar, Abendax.

ACTE IV

SCÈNE I. Fatime, Zindarise.

ZINDARISE

Oui, Madame, avec soin les portes sont gardées D'armes et de Soldats, les places sont bordées, Les courtisans confus, les ministres troublés, Les princes interdits, les juges assemblés. Le Roi même inquiet fuyant l'aspect du monde, Jette dans les esprits une terreur profonde. Il marche environné de chefs et de soldats. Un gros de sénateurs accompagne ses pas, Tristes, épouvantés, leurs visages sévères N'ont point de leur vertu les marques ordinaires. Ces mortels redoutés qui tiennent dans leurs mains, La puissance des Rois, et le sort des humains, Semblent craindre aujourd'hui l'ordre qui les assemble : Tout garde le silence, autour du Roi tout tremble. Au milieu de la place un échafaud dressé, Attire les regards d'un grand peuple amassé, Qui pâlit, et qui craint de voir tomber la tête, Que menace aujourd'hui cette horrible tempête. De ses propres emplois abandonnant le soin, Chacun de ce grand jour veut être le témoin. Tout frémit : Cependant parmi cette tristesse On voit encor briller des marques d'allégresse. Les temples sont ouverts, les autels sont ornez : Les prêtres revêtus, et de fleurs couronnés, Étalent l'appareil des plus célèbres fêtes ; L'encens fume partout, les victimes sont prêtes. D'un juste étonnement les esprits occupés, Sur tant d'objets divers dont les yeux sont frappés, En discours superflus se lassent et s'épuisent, Inventent des raisons qu'aussitôt ils détruisent, Et plus à s'éclaircir ils veulent s'efforcer, Plus ils trouvent d'horreurs qu'ils ne sauraient percer.

SCÈNE II. Abaramen, Fatime, Zindarise.

SCÈNE III. Abderamen, Zulemar, Fatime.

ZULEMAR

Seigneur.

SCÈNE IV. Fatime, Abderamen, Osmar, Zulemar, Gardes.

SCÈNE V. Adbaramen, Zulemar, Fatime.

SCÈNE VI. Abderamen, Alamir.

ACTE V

SCÈNE I. Zulemar, Abendax.

SCÈNE II. Zulemar, Fatime, Abendax, Osmar.

SCÈNE III. Zulemar, Fatime.

SCÈNE IV. Alamir, Zulemar.

ZULEMAR

Hélas !

SCÈNE V. Alamir, Zulemar, Osmar.

SCÈNE VI. Abderamen, Alamir, Zulemar, Osmar.

1 460 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0