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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Eunuque

Jean de La Fontaine· imprimée en 1654· 5 actes· 1 864 vers· 16 personnages

Cette oeuvre n'a pas été représentée.

Personnages

  • CHERÉE, amant de Pamphile
  • PARMENON, esclave et confident de Phédrie
  • PAMPHILE, maîtresse de Cherée
  • PHÉDRIE, amant de Thaïs
  • THAÏS, maîtresse de Phédrie
  • THRASON, capitan, et rival de Phédrie
  • GNATON, parasite, et confident de Thrason
  • DAMIS, père de Phédrie et de Cherée
  • CHREMÈS, frère de Pamphile
  • PYTHIE, femme de chambre de Thaïs
  • DORIE, servante de Thaïs
  • DORUS, eunuque
  • SIMALION, soldat de Thrason
  • DONAX, soldat de Thrason
  • SYRISCE, soldat de Thrason
  • SANGA, soldat de Thrason
AVERTISSEMENT AU LECTEUR

Ce n'est ici qu'une médiocre copie d'un excellent original : peu de personnes ignorent de combien d'agréments est rempli l'Eunuque latin. Le sujet en est simple, comme le prescrivent nos maîtres, il n'est point embrassé d'incidents confus, il n'est point chargé d'ornements inutiles et détachés ; tous les ressorts y remuent la machine, et tous les moyens y acheminent à la fin. Quand au noeud, c'est un des plus beaux, et des moins communs de l'antiquité. Cependant il se fait avec un facilité merveilleuse, et n'a pas une seule de ces contraintes que nous voyons ailleurs. La bienséance et la médiocrité que Plaute ignorait, s'y rencontre partout, "le Parasite" n'y est point goulu par delà la vraisemblance, "Le Soldat" n'y est point fanfaron jusqu'à la folie, les expressions y sont pures, les pensées délicates ; et pour comble de louange la nature y instruit tous les personnages, et ne manque jamais de leur suggérer ce qu'ils ont à faire et à dire. je n'aurais jamais fait d'examiner toutes les beautés de "L'Eunuque", les moins clairvoyants s'en sont aperçus aussi bien que moi ; chacun sait que l'ancienne Rome faisait souvent les délices de cet ouvrage, qu'il recevait les applaudissements des honnêtes gens et du peuple, et qu'il passait alors pour une des plus belles productions de cette Venus africaine, dont tous les gens d'esprit sont amoureux. Aussi Térence s'est-il servi des modèles les plus parfaits que la Grèce ait jamais formés ; il avoue être redevable à Ménandre de son sujet, et des caractères du Parasite et du Fanfaron : je ne le dis point pour rendre cette comédie plus recommandable ; au contraire je n'oserais nommer deux si grands personnages, sans crainte de passer pour profane, et pour téméraire, d'avoir osé travailler après eux, et manier indiscrètement ce qui a passé par leurs mains. À la vérité, c'est une faute que j'ai commencée, mais quelques-uns de mes amis me l'ont fait achever : sans eux elle aurait été secrète, et le public n'en aurait rien su : je ne prétends pas non plus empêcher la censure de mon ouvrage, ni que ces noms illustres de Térence et de Ménandre lui tiennent lieu d'un assez puissant bouclier contre toutes sortes d'atteintes ; nous vivons dans un siècle et dans un pays où l'autorité n'est point respectée ; d'ailleurs l'État des Belles-Lettres est entièrement populaire, chacun y a droit de suffrage, et le moindre particulier n'y reconnaît pas de plus souverain juge que soi. Je n'ai donc fait cet avertissement que par une espèce de reconnaissance ; Térence m'a fourni le sujet, les principaux ornements, et les plus beaux traits de cette comédie : pour les vers et pour la conduite, on y trouverait beaucoup plus de défauts, sans les corrections de quelques personnes dont le mérite est universellement honoré. Je tairai leurs noms par respect, bien que ce soit avec quelque sorte de répugnance ; au moins m'est-il permis de déclarer que je leur dois la meilleure et la plus saine partie de ce que je ne dois pas à Térence : quant au reste, peut être le lecteur en jugera-t-il favorablement : quoiqu'il en soit, j'espérerai toujours davantage de sa bonté, que de celle de mes ouvrages.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Phédrie, Parménon.

PARMENON

Plus ce dépit est grand, plus il marque d'amour. Croyez-moi, j'ai de l'âge et quelque expérience : Vous l'irez tantôt voir, rempli d'impatience ; L'amour l'emportera sur cet affront reçu ; Et ce puissant dépit, que vous avez conçu, S'effacera d'abord par la moindre des larmes Que d'un oeil quasi sec, mais d'un oeil plein de charmes, En pressant sa paupière, elle fera sortir, Savante en l'art des pleurs, comme en l'art de mentir. Et n'accusez que vous si Thaïs en abuse, Qui, dès le premier mot de pardon et d'excuse, Lui direz bonnement l'état de votre coeur ; Que bientôt du dépit l'amour s'est fait vainqueur ; Que vous en seriez mort s'il avait fallu feindre. Quoi ! deux jours sans vous voir ? Ah ! C'est trop se contraindre, Je n'en puis plus, Thaïs : vous êtes mon désir, Mon seul objet, mon tout ; loin de vous, quel plaisir ? Cela dit, c'en est fait, votre perte est certaine. Cette femme aussitôt, fine, adroite et hautaine, Saura mettre à profit votre peu de vertu, Et triompher de vous, vous voyant abattu. Vous n'en pourrez tirer que des promesses vaines, Point de soulagement ni de fin dans vos peines, Rien que discours trompeurs, rien que feux inconstants ; C'est pourquoi songez-y tandis qu'il en est temps : Car, étant rembarqué, prétendre qu'elle agisse Plus selon la raison que selon son caprice, C'est fort mal reconnaître et son sexe et l'amour ; Ce ne sont que procès, que querelles d'un jour, Que trêves d'un moment, ou quelque paix fourrée, Injure aussitôt faite, aussitôt réparée, Soupçons sans fondement, enfin rien d'assuré. Il vaut mieux n'aimer plus, tout bien considéré.

Rembarquer : se dit aussi figurément en morale. Il s'était bien tiré de cette affaire, de cette ferme, mais il s'y est rembarqué tout de nouveau. [F]

PHÉDRIE

Ah !

PARMENON

Quoi mais ?

PHÉDRIE

La voici.

SCÈNE II. Phédrie, Thaïs, Parménon.

PHÉDRIE

Adieu.

THAÏS

Là, tandis que leurs soins étaient de m'élever, On leur fit un présent d'une fille inconnue Qui dans Rhodes était pour esclave tenue. Bien qu'elle fût fort jeune, et n'eût lors que quinze ans, Elle nous dit son nom, celui de ses parents, Qu'on l'appelait Pamphile, et qu'elle était d'Attique, Que ses parents avaient encore un fils unique, Qu'il se nommait Chromer, que c'était leur espoir. C'est tout ce que l'on put à cet âge en savoir. Chacun jugeait assez qu'elle était de naissance ; Son entretien naïf et rempli d'innocence, Mille charmes divers, sa beauté, sa douceur, Me la firent chérir à l'égal d'une soeur. Dès qu'elle fut chez nous, on eut soin de l'instruire. Pour moi, comme j'étais d'un âge à me conduire, À peine on eut appris qu'on me voulait pourvoir, Qu'un jeune homme d'Attique, étant venu nous voir, Me recherche, m'obtient, m'amène en cette ville, Où, lorsque je croyais notre hymen plus tranquille, Il mourut ; et, laissant tout mon bien engagé, De mille soins fâcheux mon coeur se voit chargé. Ils accrurent le deuil de ce court hyménée ; Et, comme on voit aux maux une suite enchaînée, Le sort, pour m'accabler de cent coups différents, Causa presque aussitôt la mort de mes parents : Un mal contagieux les eut privés de vie, Avant que de ce mal je pusse être avertie. Leur bien, jusques alors assez mal ménagé, D'un oncle que j'avais ne fut point négligé ; Avec nos créanciers il en fait le partage, Et sut de mon absence avoir cet avantage. Je l'appris sans dessein de l'aller contester : L'ordre que dans ces lieux je devais apporter (Bien moins que le regret d'une mort si funeste) Fit qu'en perdant les miens, j'abandonnai le reste. J'en observai le deuil qu'exigeait mon devoir : Tout un an se passa sans qu'aucun pût me voir. Enfin, notre soldat vint m'offrir son service ; Loin de me consoler, ce m'était un supplice. Vous savez qu'on ne peut le souffrir sans ennui ; Je l'ai pourtant souffert, espérant quelque appui.

Attique : contrée orientale de la Mer Egée dont Athènes est la capitale.

THAÏS

Je vous aime, et pour vous je souffre cette injure.

Souffrir : Se dit en un sens moins étendu, en parlant de ce qui déplaît, de ce qui fait quelque peine au sens, ou à l'esprit. [F]

THAÏS

Ou trois.

PHÉDRIE

Adieu.

SCÈNE III. Phédrie, Parménon.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Phédrie, Parménon.

PHÉDRIE

À te dire le vrai, ce seul penser me tue, Et vois bien qu'il vaut mieux m'éloigner de leur vue. Adieu.

Penser : au XVIIème siècle, "Pensée" est souvent masculin.

PARMENON, voyant Phédrie s'en aller

Que de desseins en l'air son ardeur se propose !

PHÉDRIE

Garde bien au retour de m'en rendre une obole.

Obole : monnaie de cuivre valant une maille ou deux pites, la moitié d'un denier. [F]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

GNATON

Que le pouvoir est grand du bel art de flatter ! Qu'on voit d'honnêtes gens par cet art subsister ! Qu'il s'offre peu d'emplois que le sien ne surpasse, Et qu'entre l'homme et l'homme il sait mettre d'espace ! Un de mes compagnons, qu'autrefois on a vu Des dons de la fortune abondamment pourvu, Qui, tenant table ouverte, et toujours des plus braves Voulait être servi par un monde d'esclaves, Devenu maintenant moins superbe et moins fier, S'estimerait heureux d'être mon estafier. Naguère en m'arrêtant il m'a traité de maître ; Le long temps et l'habit me l'ont fait méconnaître, Autant qu'il était propre, aujourd'hui négligé : Je l'ai trouvé d'abord tout triste et tout changé. « Est-ce vous ? » ai-je dit. Aussitôt il me conte Les malheurs qui causaient son chagrin et sa honte ; Qu'ayant été d'humeur à ne se plaindre rien , Ses dents avaient duré plus longtemps que son bien, Et qu'un jeûne forcé le rendait ainsi blême. « Pauvre homme ! n'as-tu point de ressource en toi-même ? Manque-t-il au besoin d'adresse et de vertu ? Compare à ce teint frais ta peau noire et flétrie ; J'ai tout, et je n'ai rien que par mon industrie. À moins que d'en avoir pour gagner un repas, Les morceaux tout rôtis ne te chercheront pas. Enfin veux-tu dîner n'ayant plus de marmite ? Ai-je répondu lors ; et ton coeur abattu Imite mon exemple, et fais-toi parasite ; Tu ne saurais choisir un plus noble métier. - Gardez-en, m'a-t-il dit, le profit tout entier : On ne m'a jamais vu ni flatteur, ni parjure : Je ne saurais souffrir ni de coup, ni d'injure ; Et, lorsque j'ai d'un bras senti la pesanteur, Je ne suis point ingrat envers mon bienfaiteur. D'ailleurs faire l'agent, et d'amour s'entremettre, Couler dans une main le présent et la lettre, Préparer les logis, faire le compliment ; Quand Monsieur est entré, sortir adroitement, Avoir soin que toujours la porte soit fermée, Et manger, comme on dit, son pain à la fumée ; C'est ce que je ne puis, ni ne veux pratiquer. Adieu. » Moi de sourire, et lui de s'en piquer. « Il s'en trouve, ai-je dit, qu'à bien moins on oblige Et c'est là le vieux jeu qu'à présent je corrige. On voit parmi le monde un tas de sottes gens Qui briguent des flatteurs les discours obligeants : Ceux-là me duisent fort ; je fuis ceux qui sont chiches, Et cherche les plus sots, quand ils sont les plus riches. Je les repais de vent, que je mets à haut prix ; Prends garde à ce qui peut allécher leurs esprits ; Sais toujours applaudir, jamais ne contredire ; Être de tous avis, en rien ne les dédire ; Du blanc donner au noir la couleur et le nom ; Dire sur même point tantôt oui, tantôt non. Ce sont ici leçons de la plus fine étoffe ; Je commente cet art, et j'y suis philosophe : Le livre que j'en fais aura, sans contredit, Plus que ceux de Platon, de vogue et de crédit. » Nous nous sommes quittés, remettant la dispute ; J'ai quelque ordre important qu'il faut que j'exécute : De la part d'un soldat, que je sers à présent, Je vais trouver Thaïs, et lui faire un présent ; Il est tel que mon âme en est presque tentée : C'est une jeune esclave à Rhodes achetée : L'âge en est de seize ans, l'embonpoint d'un peu plus, La taille en marque vingt ; et pour moi je conclus Qu'elle soit, et pour cause, en vertu d'hyménée, Aux désirs d'un époux bientôt abandonnée, Ou je crains fort d'en voir quelque autre possesseur. Ce grand abord de gens au logis de sa soeur, Le scrupule des noms d'ingrate et de cruelle, De ces coeurs innocents la pitié criminelle, Cent autres ennemis d'un honneur mal gardé, Marquent le sien perdu, du moins fort hasardé. Mais entre eux le débat. N'étant point ma parente, La suite m'en doit être au moins indifférente ; L'exposant au danger sans crainte et sans souci, Je m'en vais la quérir dans un lieu près d'ici ; Et plût à quelque dieu qu'en passant par la rue, Du rival de mon maître elle fût aperçue ! Voici son Parmenon qui s'avance à propos ; Pour peu qu'il tarde ici, nous en dirons deux mots.

Estafier : grand valet de pied qui suit un homme à cheval, qui lui tient l'étrier. [F]

Duire : Dresser, accoutumer à quelque chose. Il ne se dit plus guère en ce sens qu'au participe. Signifie aussi, être propre à quelqu'un l'accommoder. [F]

SCÈNE II.

SCÈNE III. Parménon, Gnaton conduisant Pamphile.

GNATON

Ni nuits à faire guet avec tes yeux d'Argus.

Argus : personnage de la mythologie grecque qui possédait cent yeux.

GNATON

Pamphile.

SCENE IV. Chérée, Parménon.

PARMENON

Comment ?

PARMENON

Qui ?

PARMENON

Et qui ?

PARMENON

Hé bien ?

PARMENON

Peut-être.

CHERÉE

Aussi peu.

PARMENON

Son logis ?

PARMENON

Son habit ?

CHERÉE

Fort usé.

PARMENON

Leur train ?

Train : se dit aussi de l'équipage ou de la suite d'un chef de famille, d'un seigneur. [F]

CHERÉE

Qui ?

PARMENON

Elle-même.

PARMENON

Je le sais.

PARMENON

Vous préservent les dieux d'un heur pareil au sien ! Ce serait pour Pamphile un mauvais entretien.

Heur : rencontre avantageuse. (...) [F] [antonyme de malheur]

CHERÉE

Tu ris ?

ACTE III

SCÈNE I.

THRASON

Il faut dire le vrai, j'en voulais à Pamphile ; Et, bien que pour Thaïs une amour plus facile Étouffât celle-ci presque encore au berceau, Sans mentir j'ai regret de perdre un tel morceau. Je ne sais quel remords tient mon âme occupée ; Mais encore être ainsi de mes mains échappée, C'est le comble du mal, et souffrir qu'un enfant Des lacs d'un vieux routier se sauve en triomphant. Me préservent les dieux d'une beauté naissante ! Il n'est point de méthode en amour si puissante Qui ne fût inutile à qui s'en piquerait ; Souvent ces jeunes coeurs sont plus durs qu'on ne croit ; Pour gagner son amour, je ne sais point de voie : C'est un fort à tenir aussi longtemps que Troie. J'aurais, sans me vanter, depuis qu'elle est chez moi, Réduit à la raison quatre filles de roi. J'eusse pu l'épouser, mais je fuis la contrainte ; Le seul nom de l'hymen me fait frémir de crainte ; Et je ne voudrais pas que mon coeur fût touché De l'espoir d'un royaume à Pamphile attaché. Rien n'est tel, à qui craint une femme importune, Que de vivre en soldat, et chercher sa fortune. On se pousse partout, on risque sans souci, Et qui n'y gagne rien n'y peut rien perdre aussi. Mais rarement Thrason se plaint-il d'une dame ; Jusqu'ici peu d'objets ont régné sur son âme Sans payer son amour d'une ou d'autre façon. Phédrie en pourrait bien avoir quelque leçon ; Je n'en pense pas plus, n'étant point d'humeur vaine. Voyons si notre agent aura perdu sa peine : Le voici qui s'approche.

SCÈNE II. Thraston, Gnaton.

THRASON

Nous étions régalés du satrape Orosmède, Chacun avait sa nymphe : alors un Ganymède Approchant de la mienne, aussitôt je lui dis Que les restes de Mars seraient pour Adonis.

Satrape : Gouverneur de province chez les anciens perse. La roi Darius marchait accompagné par ses principaux seigneurs et satrapes. [F]

THRASON

Je t'aime.

SCÈNE III. Thaïs, Thrason, Gnaton.

SCÈNE IV. Thaïs, Gnaton, Parménon amenant Cherée, Thrason.

SCÈNE V. Thrason, Gnaton, Parmenon.

SCÈNE VI.

PARMENON, demeuré seul

Ceci pour notre eunuque assez bien se prépare. Pendant qu'ils dîneront, il faut qu'il se déclare, Prenne l'occasion et ne perde un moment À pousser des soupirs et languir vainement Non que parlant d'amour il rencontre oeuvre faite : Alors qu'on en vient là, toutes ont leur défaite : Tel souvent en a peu qui croit en avoir tout, Et même va bien loin sans aller jusqu'au bout. Que Pamphile d'ailleurs volontiers ne l'écoute, Toute sage qu'elle est, je n'en fais point de doute : C'est le propre du sexe, il veut être flatté, Et se plaît aux effets que produit sa beauté. Puis notre homme a de quoi charmer la plus sévère : Il est jeune, il est beau, toujours prêt à tout faire ; En dit plus qu'on ne veut, sait bien le débiter, Est d'humeur libérale, et donne sans compter. Si par ces qualités d'abord il ne la touche, Le temps, qui peut gagner l'esprit le plus farouche, Ne lui permettra pas d'y faire un long effort, Et ce peu de loisir m'embarrasse très fort : je crains notre vieillard, qu'on attend d'heure en heure. Il n'a jamais aux champs fait si longue demeure ; Quelque charme puissant l'y retient arrêté ; S'il revient une fois, le mystère est gâté. Ô dieux ! C'est fait de nous, le voici qui s'avance ; Je ne sais quel frisson m'annonçait sa présence. Parmenon, cependant que tout seul il discourt, Va te précipiter, ce sera ton plus court ; Qui pourrait toutefois choisir une autre voie ? Le vieillard est plus doux qu'il ne veut qu'on le croie : L'amour pour ses enfants, qu'il laisse à l'abandon, Fait qu'il me reste encor quelque espoir de pardon ; Usons à cet abord d'un peu de complaisance.

SCÈNE VII. Damis, Parmenon.

PARMENON

Je ne sais.

ACTE IV

SCÈNE I. Cherée, déguisé en eunuque ; Pamphile.

CHERÉE

Moi-même.

CHERÉE, baisant la main de Pamphile

Que je jure en vos mains une amour éternelle !

SCÈNE II.

SCÈNE III. Thaïs, Pythie.

THAÏS

Qui ?

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Phédrie, Thaïs, Pythie ; Dorus, Véritable eunuque ; Dorie.

PHÉDRIE

Le voilà.

SCÈNE VI. Phédrie, Thaïs, Pythie.

SCÈNE VII. Phédrie, Thaïs, Pythie, Dorie.

SCÈNE VIII. Chranès, Pythie.

CHREMÈS, lui voulant mettre la main au sein

Souffriras-tu ceci ?

PYTHIE

L'aîné.

CHREMÈS, tirant de son doigt un diamant, et le présentant à Pythie

Pour me mieux expliquer, tiens, veux-tu cet anneau ?

PYTHIE, le recevant, et l'ayant regardé

Je ne m'engage à rien, quoiqu'il me semble beau.

CHREMÈS, lui voulant mettre la main au sein

Si veux-je pour ce coup que ma main se hasarde.

PYTHIE, se retirant, et repoussant sa main

Il vous faut des tétons ! vraiment on vous en garde !

SCÈNE IX. Chremès, Pythie, Dorie.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE. II Damis, Parmenon.

SCÈNE III. Chremès, Phédrie, Chérée, Parmenon.

PARMENON

Il sait aussi le vôtre ; Et comme on peut tomber d'un discours en un autre, M'ayant de vos amours longtemps entretenu, À des propos d'hymen il est enfin venu : Qu'il se voyait déjà presque un pied dans la tombe ; Qu'au faix de tant de biens chargé d'ans il succombe ; Que, pour courir à tout n'étant plus assez vert, Il se veut désormais tenir clos et couvert ; Caresser, les pieds chauds, quelque bru qui lui plaise ; Conter son jeune temps ; banqueter à son aise : « C'est là, ce m'a-t-il dit, le seul but où je tends ; S'ils veulent voir mes jours plus longs et plus contents, Il faut qu'un prompt hymen me délivre de crainte. Non que je leur impose une aveugle contrainte ; Pour plus tôt les réduire à suivre mon désir, Je leur laisse à tous deux le pouvoir de choisir (Citoyenne, j'entends), du reste il ne m'importe : Ennuyé des chagrins que l'âge nous apporte, Je ne demande plus qu'un entretien flatteur Qui dessus mes vieux jours me mette en belle humeur. Que l'un ou l'autre enfin choisisse une maîtresse. L'amour de ces objets qu'on suit dans la jeunesse Ne produit rien d'égal aux plaisirs infinis Que cause un sacré noeud dont deux coeurs sont unis. Tu sais que les douceurs jamais ne s'en corrompent ; Au lieu que ces amours, dont les charmes nous trompent, Jamais à bonne fin ne peuvent aboutir. On verra mon aîné trop tard s'en repentir : J'en ai su le retour aussitôt que l'absence ; Ce changement soudain, cette molle impuissance, M'empêchent d'espérer qu'il s'accorde à mes voeux ; Mais, le cadet encor n'étant pas amoureux, C'est là qu'il faut tourner l'effort de la machine ; Et de peur que Thaïs, ou quelque autre voisine, Par son civil accueil ne l'aille retenir, Sans perdre un seul moment il le faut prévenir. S'il se pouvait, ô dieux ! que j'aurais d'allégresse ! Tu sais qu'il a longtemps voyagé par la Grèce : À peine en revient-il, et depuis son retour Je ne vois point qu'encor il ait conçu d'amour. Ses plaisirs ont été les chevaux et la chasse : Avant qu'une maîtresse en son coeur ait pris place, Peut-être son devoir ailleurs l'aura porté. » À ces mots le vieillard, en pleurant, m'a quitté. C'est un père, après tout, il faut qu'on lui complaise.

SCÈNE IV. Damis, Chremès, Phédrie, Cherée, Parmenon.

CHERÉE, bas à Chremès

Vite, car il s'approche.

SCÈNE V. Thrason, Gnaton, Chramès, Phédrie, Cherée, Parmenon, Syrisce, Donax, Sanga, Simalion, et autres personnages muets.

CHERÉE, sortant d'où il était caché avec sa troupe

Je n'en puis plus souffrir l'insolente bravade.

THRASON

Mon bien.

THRASON

Pamphile.

PHÉDRIE

Hé bien ?

PHÉDRIE

Comment ?

SCÈNE VI. Damis, Chremès, Thaïs, Phédrie, Cherée, Pamphile, Parmenon.

DAMIS, présentant Pamphile à Cherée

Mon fils, je te la rends, tu peux l'entretenir ; Et je trouve Pamphile et si sage et si belle, Que, si je ne savais que tu brûles pour elle, Je t'y voudrais porter ; mais son oeil trop charmant En a su prévenir le doux commandement. Les dieux en soient loués, et fassent que son frère Achève sans tarder l'hymen qu'il prétend faire ! Je donne vingt talents.

Talent : Fameux poids et monnaie des Anciens qui était de différente valeur selon les pays. Le talent hébraïque, persique et babylonien, valait 70 mines attiques, ou 700 écus de France. (...) [F]

1 864 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica