Comédie en vers
L'Eunuque
Cette oeuvre n'a pas été représentée.
Personnages
- CHERÉE, amant de Pamphile
- PARMENON, esclave et confident de Phédrie
- PAMPHILE, maîtresse de Cherée
- PHÉDRIE, amant de Thaïs
- THAÏS, maîtresse de Phédrie
- THRASON, capitan, et rival de Phédrie
- GNATON, parasite, et confident de Thrason
- DAMIS, père de Phédrie et de Cherée
- CHREMÈS, frère de Pamphile
- PYTHIE, femme de chambre de Thaïs
- DORIE, servante de Thaïs
- DORUS, eunuque
- SIMALION, soldat de Thrason
- DONAX, soldat de Thrason
- SYRISCE, soldat de Thrason
- SANGA, soldat de Thrason
AVERTISSEMENT AU LECTEUR
Ce n'est ici qu'une médiocre copie d'un excellent original : peu de personnes ignorent de combien d'agréments est rempli l'Eunuque latin. Le sujet en est simple, comme le prescrivent nos maîtres, il n'est point embrassé d'incidents confus, il n'est point chargé d'ornements inutiles et détachés ; tous les ressorts y remuent la machine, et tous les moyens y acheminent à la fin. Quand au noeud, c'est un des plus beaux, et des moins communs de l'antiquité. Cependant il se fait avec un facilité merveilleuse, et n'a pas une seule de ces contraintes que nous voyons ailleurs. La bienséance et la médiocrité que Plaute ignorait, s'y rencontre partout, "le Parasite" n'y est point goulu par delà la vraisemblance, "Le Soldat" n'y est point fanfaron jusqu'à la folie, les expressions y sont pures, les pensées délicates ; et pour comble de louange la nature y instruit tous les personnages, et ne manque jamais de leur suggérer ce qu'ils ont à faire et à dire. je n'aurais jamais fait d'examiner toutes les beautés de "L'Eunuque", les moins clairvoyants s'en sont aperçus aussi bien que moi ; chacun sait que l'ancienne Rome faisait souvent les délices de cet ouvrage, qu'il recevait les applaudissements des honnêtes gens et du peuple, et qu'il passait alors pour une des plus belles productions de cette Venus africaine, dont tous les gens d'esprit sont amoureux. Aussi Térence s'est-il servi des modèles les plus parfaits que la Grèce ait jamais formés ; il avoue être redevable à Ménandre de son sujet, et des caractères du Parasite et du Fanfaron : je ne le dis point pour rendre cette comédie plus recommandable ; au contraire je n'oserais nommer deux si grands personnages, sans crainte de passer pour profane, et pour téméraire, d'avoir osé travailler après eux, et manier indiscrètement ce qui a passé par leurs mains. À la vérité, c'est une faute que j'ai commencée, mais quelques-uns de mes amis me l'ont fait achever : sans eux elle aurait été secrète, et le public n'en aurait rien su : je ne prétends pas non plus empêcher la censure de mon ouvrage, ni que ces noms illustres de Térence et de Ménandre lui tiennent lieu d'un assez puissant bouclier contre toutes sortes d'atteintes ; nous vivons dans un siècle et dans un pays où l'autorité n'est point respectée ; d'ailleurs l'État des Belles-Lettres est entièrement populaire, chacun y a droit de suffrage, et le moindre particulier n'y reconnaît pas de plus souverain juge que soi. Je n'ai donc fait cet avertissement que par une espèce de reconnaissance ; Térence m'a fourni le sujet, les principaux ornements, et les plus beaux traits de cette comédie : pour les vers et pour la conduite, on y trouverait beaucoup plus de défauts, sans les corrections de quelques personnes dont le mérite est universellement honoré. Je tairai leurs noms par respect, bien que ce soit avec quelque sorte de répugnance ; au moins m'est-il permis de déclarer que je leur dois la meilleure et la plus saine partie de ce que je ne dois pas à Térence : quant au reste, peut être le lecteur en jugera-t-il favorablement : quoiqu'il en soit, j'espérerai toujours davantage de sa bonté, que de celle de mes ouvrages.
ACTE I
SCÈNE PREMIÈRE. Phédrie, Parménon.
PARMENON
Hé bien ! On vous a dit qu'elle était empêchée : Est-ce là le sujet dont votre âme est touchée ? Peu de chose en amour alarme nos esprits. Mais il n'est pas besoin d'excuser ce mépris ; Vous n'écoutez que trop un discours qui vous flatte.PHÉDRIE
Quoi ! Je pourrais encor brûler pour cette ingrate Qui, pour prix de mes voeux, pour fruit de mes travaux, Me ferme son logis, et l'ouvre à mes rivaux ! Non, non, j'ai trop de coeur pour souffrir cette injure ; Que Thaïs à son tour me presse et me conjure, Se serve des appas d'un oeil toujours vainqueur, M'ouvre non seulement son logis, mais son coeur. J'aimerais mieux mourir qu'y rentrer de ma vie. D'assez d'autres beautés Athènes est remplie : De ce pas à Thaïs va le faire savoir, Et lui dis de ma part...PARMENON
Adieu, jusqu'au revoir.PARMENON
Peut-être pour cent ans prenez-vous cent journées ; Peut-être pour cent jours prenez-vous cent moments ; Car c'est souvent ainsi que comptent les amants.PARMENON
Plus ce dépit est grand, plus il marque d'amour. Croyez-moi, j'ai de l'âge et quelque expérience : Vous l'irez tantôt voir, rempli d'impatience ; L'amour l'emportera sur cet affront reçu ; Et ce puissant dépit, que vous avez conçu, S'effacera d'abord par la moindre des larmes Que d'un oeil quasi sec, mais d'un oeil plein de charmes, En pressant sa paupière, elle fera sortir, Savante en l'art des pleurs, comme en l'art de mentir. Et n'accusez que vous si Thaïs en abuse, Qui, dès le premier mot de pardon et d'excuse, Lui direz bonnement l'état de votre coeur ; Que bientôt du dépit l'amour s'est fait vainqueur ; Que vous en seriez mort s'il avait fallu feindre. Quoi ! deux jours sans vous voir ? Ah ! C'est trop se contraindre, Je n'en puis plus, Thaïs : vous êtes mon désir, Mon seul objet, mon tout ; loin de vous, quel plaisir ? Cela dit, c'en est fait, votre perte est certaine. Cette femme aussitôt, fine, adroite et hautaine, Saura mettre à profit votre peu de vertu, Et triompher de vous, vous voyant abattu. Vous n'en pourrez tirer que des promesses vaines, Point de soulagement ni de fin dans vos peines, Rien que discours trompeurs, rien que feux inconstants ; C'est pourquoi songez-y tandis qu'il en est temps : Car, étant rembarqué, prétendre qu'elle agisse Plus selon la raison que selon son caprice, C'est fort mal reconnaître et son sexe et l'amour ; Ce ne sont que procès, que querelles d'un jour, Que trêves d'un moment, ou quelque paix fourrée, Injure aussitôt faite, aussitôt réparée, Soupçons sans fondement, enfin rien d'assuré. Il vaut mieux n'aimer plus, tout bien considéré.Rembarquer : se dit aussi figurément en morale. Il s'était bien tiré de cette affaire, de cette ferme, mais il s'y est rembarqué tout de nouveau. [F]
PARMENON
Appelez-vous ainsi des faveurs incertaines ? Et, si près de l'affront qui vous vient d'arriver, Faites-vous cas d'un bien qu'on ne peut conserver ?PHÉDRIE
Si Thaïs dans sa flamme eût eu de la constance, J'eusse estimé ce bien plus encor qu'on ne pense, Et, bornant mes désirs dans sa possession, J'aurais jusqu'à l'hymen porté ma passion.Hymen : mariage.
PARMENON
Vous, épouser Thaïs ! Une femme inconnue, Sans amis, sans parents, de tous biens dépourvue, Veuve ; et contre le gré de ceux de qui la voix Dans cette occasion doit régler votre choix ! Ce discours, sans mentir, me surprend et m'étonne. Je n'ai pas entrepris de blâmer sa personne : Elle est sage ; et l'accueil qu'en ont tous ses amants N'aboutit, je le crois, qu'à de vains compliments. Mais...PHÉDRIE
Il suffit, le reste est de peu d'importance. Thaïs, quoique étrangère, est de noble naissance. Qu'importe qu'un époux ait régné sur son coeur ? Sa beauté, toujours même, est encore en sa fleur. Quant aux biens, ce souci n'entre point dans mon âme ; Et je ne prétends pas me vendre à quelque femme Qui, m'ayant acheté pour me donner la loi, Se croirait en pouvoir de disposer de moi. En l'état où les dieux ont mis notre famille, Je dois estimer l'or bien moins qu'un oeil qui brille. Aussi le seul devoir a contraint mon désir, Sans que je laisse aux miens le pouvoir de choisir. Sans doute à l'épouser j'eusse engagé mon âme : Ne cachons point ici la moitié de sa flamme ; C'est à tort que des miens j'allègue le pouvoir, Et je cède au dépit bien plus qu'à mon devoir.PARMENON
Vous cédez à l'amour plus qu'à votre colère ; Ce courroux implacable en soupirs dégénère ; Vous faisiez tantôt peur, et vous faites pitié. Votre coeur, sans mentir, est de bonne amitié ; Ce qu'il a su chérir, rarement il l'abhorre : Il adorait ses fers, il les respecte encore. Ces fers à leur captif n'ont rien qu'à se montrer : Qui n'en sort qu'à regret est tout près d'y rentrer.Fers : liens entravant un prisonnier ; ici les liens de l'amour et du mariage.
PARMENON
Que vous faites bon guet !PHÉDRIE
Si c'était ma cruelle ?PARMENON
Déjà vôtre, bons dieux !PHÉDRIE
Ah !PARMENON
Retenez vos pleurs.PHÉDRIE
Je sais qu'elle est perfide ; et je l'aime, et je meurs, Et je me sens mourir, et n'y vois nul remède, Et craindrais d'en trouver, tant l'amour me possède.PARMENON
Si je les voyais seul, encor seriez-vous sage ; Mais cette femme en voit autant ou davantage, Et connaît votre mal ; non pas pour vous guérir.PHÉDRIE
Je ne vois rien d'aisé comme d'en discourir ; Mais, si tu ressentais une semblable peine, Peut-être verrais-tu ta prudence être vaine.PARMENON
Au moins, s'il faut souffrir, endurez doucement ; L'amour est de soi-même assez plein de tourment, Sans que l'impatience augmente encor le vôtre. Au chagrin de ce mal n'en ajoutez point d'autre : Aimez toujours Thaïs, et vous aimez aussi.PARMENON
Quoi mais ?PHÉDRIE
La voici.SCÈNE II. Phédrie, Thaïs, Parménon.
THAÏS
Ah, Phédrie ! Hé bons dieux ! Quoi, vous voir en ce lieu Vraiment vous avez tort : que n'entrez-vous ?PHÉDRIE
Adieu.PHÉDRIE
Me gardiez-vous, ingrate, un refus pour salaire ? Après tant de bienfaits, après tant de travaux, M'exclure, et recevoir je ne sais quels rivaux !THAÏS
Vous êtes délicat, et facile à piquer. Écoutez mes raisons d'un esprit plus tranquille : Pour quelque autre dessein l'excuse était utile, Et vous l'approuverez vous-même assurément.THAÏS
Pour vous mieux débrouiller le noeud de cette affaire, Je prendrai de plus haut le récit qu'il faut faire. Quoiqu'on ignore ici le nom de mes parents, Ils ont en divers lieux tenu les premiers rangs : Samos fut leur patrie, et Rhodes leur demeure.Samos, Rhodes : îles Grècques de la Mer Egée, Samos est l'un des Sporades.
PARMENON
Tout cela peut passer, je n'en dis rien pour l'heure : Il faut voir à quel point vous voulez arriver.THAÏS
Là, tandis que leurs soins étaient de m'élever, On leur fit un présent d'une fille inconnue Qui dans Rhodes était pour esclave tenue. Bien qu'elle fût fort jeune, et n'eût lors que quinze ans, Elle nous dit son nom, celui de ses parents, Qu'on l'appelait Pamphile, et qu'elle était d'Attique, Que ses parents avaient encore un fils unique, Qu'il se nommait Chromer, que c'était leur espoir. C'est tout ce que l'on put à cet âge en savoir. Chacun jugeait assez qu'elle était de naissance ; Son entretien naïf et rempli d'innocence, Mille charmes divers, sa beauté, sa douceur, Me la firent chérir à l'égal d'une soeur. Dès qu'elle fut chez nous, on eut soin de l'instruire. Pour moi, comme j'étais d'un âge à me conduire, À peine on eut appris qu'on me voulait pourvoir, Qu'un jeune homme d'Attique, étant venu nous voir, Me recherche, m'obtient, m'amène en cette ville, Où, lorsque je croyais notre hymen plus tranquille, Il mourut ; et, laissant tout mon bien engagé, De mille soins fâcheux mon coeur se voit chargé. Ils accrurent le deuil de ce court hyménée ; Et, comme on voit aux maux une suite enchaînée, Le sort, pour m'accabler de cent coups différents, Causa presque aussitôt la mort de mes parents : Un mal contagieux les eut privés de vie, Avant que de ce mal je pusse être avertie. Leur bien, jusques alors assez mal ménagé, D'un oncle que j'avais ne fut point négligé ; Avec nos créanciers il en fait le partage, Et sut de mon absence avoir cet avantage. Je l'appris sans dessein de l'aller contester : L'ordre que dans ces lieux je devais apporter (Bien moins que le regret d'une mort si funeste) Fit qu'en perdant les miens, j'abandonnai le reste. J'en observai le deuil qu'exigeait mon devoir : Tout un an se passa sans qu'aucun pût me voir. Enfin, notre soldat vint m'offrir son service ; Loin de me consoler, ce m'était un supplice. Vous savez qu'on ne peut le souffrir sans ennui ; Je l'ai pourtant souffert, espérant quelque appui.Attique : contrée orientale de la Mer Egée dont Athènes est la capitale.
THAÏS
Au bout de quelque temps Thrason fut en Carie ; Et vous savez qu'à peine il était délogé, Qu'on vous vit à m'aimer aussitôt engagé. Vous me vîntes offrir et crédit et fortune : J'en estimai dès lors la faveur peu commune ; Et vous n'ignorez pas combien, depuis ce jour, J'ai témoigné de zèle à gagner votre amour.Carie : ancienne contrée de l'Asie Mineure (Turquie), bordée par le Lydie au nord, à l'est par la Pisidie et la Lycie. Villes principales : Hallicarnasse, Milet.
THAÏS
Écoutez-moi, de grâce, encore un seul moment. Thrason notre soldat, battu par la tempête, Au port des Rhodiens jette l'ancre et s'arrête, Va voir notre famille, y trouve encor le deuil, Mes parents depuis peu renfermés au cercueil, Mon oncle ayant mes biens, cette fille adoptive Prête d'être vendue, et traitée en captive. Il l'achète aussitôt pour me la redonner, Puis fait voile en Carie, et, sans y séjourner, Revient en ce pays, où quelque parasite Lui dit qu'en son absence on me rendait visite ; Que, s'il avait dessein de me donner ma soeur, À présent méritait quelque insigne faveur.THAÏS
Je me résous à suivre un conseil plus utile. Vous savez qu'en ce lieu je n'ai point de parents, Qu'il me peut chaque jour naître cent différends ; Et, bien que vous preniez contre tous ma défense, Souvent un contre tous peut manquer de puissance. Souffrez donc que je cherche un appui loin des miens : Je n'en saurais trouver qu'en la rendant aux siens. Je ne puis l'obtenir sans quelque complaisance : Il faut donc vous priver deux jours de ma présence ; La peine en est légère, et, ce temps achevé, Le reste vous sera tout entier conservé. Gagne cela sur toi, de grâce, je t'en prie. Tu ne me réponds rien, dis-moi, mon cher Phédrie ?PHÉDRIE
Que pourrais-je répondre, ingrate, à ces propos ? Voyez, voyez Thrason : je vous laisse en repos ; Faites-lui la faveur qu'un autre a méritée ; C'est où tend cette histoire assez bien inventée : « Une fille inconnue est prise en certains lieux ; On nous en fait présent, elle charme nos yeux ; Thrason vient à m'aimer, vous me rendez visite, Il me quitte, il apprend nos feux d'un parasite ; Les miens perdent le jour, mon oncle prend mes biens, Vend la fille à Thrason, je la veux rendre aux siens » ; Et cent autres raisons l'une à l'autre enchaînées ; Puis, enfin, « de me voir privez-vous deux journées ». C'était donc là le but où devait aboutir La fable que chez vous vous venez de bâtir ? Sans perdre tant de temps, sans prendre tant de peine, Que ne me disiez-vous : « J'aime le capitaine ; N'opposez point vos feux à cet ardent désir. Vous aurez plus tôt fait d'endurer qu'à loisir Je contente l'ardeur que pour lui j'ai conçue. Dites, si vous voulez, que la vôtre est déçue ; Prenez-en pour témoins les hommes et les dieux : Pourvu qu'incessamment il soit devant mes yeux, Il m'importe fort peu de passer pour parjure. »Fable : Fiction d'un entretien de deux ou plusieurs animaux, ou de choses inanimées d'où on tire quelque morale ou plaisanterie. (...) Se dit aussi de la fiction qui sert de sujet aux poèmes épiques et dramatiques, et aux romans. [F]
THAÏS
Je vous aime, et pour vous je souffre cette injure.Souffrir : Se dit en un sens moins étendu, en parlant de ce qui déplaît, de ce qui fait quelque peine au sens, ou à l'esprit. [F]
PHÉDRIE
Vous m'aimez ! c'est en quoi mon esprit est confus : L'amour peut-il souffrir de semblables refus ?THAÏS
Je ne vous réponds point, de peur de vous déplaire ; Il faut que ma raison cède à votre colère. je ne veux point de temps, non pas même un seul jour, Je renonce à ma soeur plutôt qu'à votre amour.PHÉDRIE
J'aurai lieu d'en douter si, ce terme fini, Tout autre amant que moi de chez vous n'est banni.THAÏS
Quel terme ?PHÉDRIE
De deux jours.THAÏS
Ou trois.PHÉDRIE
Cet « ou » me tue.THAÏS
Ôtons-le donc.PHÉDRIE
À ce que vous savez aujourd'hui j'ai pourvu. Votre soeur peut avoir un eunuque auprès d'elle ; J'en viens d'acheter un qui me semble fidèle, Et tantôt Parmenon viendra pour vous l'offrir. Souffrez votre soldat, puisqu'il faut le souffrir ; Mais ne le souffrez point sans beaucoup de contrainte : Donnez-lui seulement l'apparence et la feinte. Pendant vos compliments, songez à votre foi ; De corps auprès de lui, de coeur auprès de moi, Rêvez incessamment, chez vous soyez absente.Eunuque : (...) ce mot vient du grec eunuchus (...). C'était les eunuques qui gardaient les femmes, et qui avaient soin du lit. [F]
PHÉDRIE
Adieu.THAÏS
Comment ! Si tôt ?SCÈNE III. Phédrie, Parménon.
PARMENON
Est-il dans l'Univers innocence pareille ? Qui la condamnerait en lui prêtant l'oreille ? Que Thaïs a sujet de se plaindre de moi ! C'est un chef-d'oeuvre exquis de constance et de foi.PHÉDRIE
N'as-tu pas vu ses yeux laisser tomber des larmes ? Pour guérir mon soupçon qu'ils employaient de charmes !PARMENON
En matière de femme, on ne croit point aux pleurs : Un serpent, je le gage, est caché sous ces fleurs.PHÉDRIE
Non, non, pour ce coup-ci je dois être sans crainte : Ce qu'en obtient Thrason marque trop de contrainte ; Peut-être le voit-elle afin de l'épouser ; En ce cas, c'est moi seul que je dois accuser. Que n'ai-je découvert le fond de ma pensée ? Dans un plus haut dessein je l'eusse intéressée ; Elle aurait bientôt su m'assurer de sa foi, Bannir tous ses amants, ne vivre que pour moi, Puisque sans cet espoir tu vois qu'on me préfère. Les deux jours expirés, je propose l'affaire ; Il faut ouvrir son coeur, et ne point tant gauchir.PARMENON
Que diront vos parents ?PHÉDRIE
On pourra les fléchir : Du moins nous attendrons que la Parque cruelle M'ait, par un coup fatal, rendu libre comme elle. Éloignent les destins ce coup qu'il faudra voir, Et fassent que d'ailleurs dépendent mon espoir ! D'une ou d'autre façon je suivrai cette envie, Dont tu vois que dépend tout le cours de ma vie. Censure mon projet, ravale sa beauté, Dis ce que tu voudras, le sort en est jeté. Montre-lui cependant l'eunuque sans remise ; Et de peur qu'à l'abord Thaïs ne le méprise, Soigne, avant que l'offrir, qu'il soit mieux ajusté, Et que par ton discours son prix soit augmenté. Dis qu'on l'a fait venir des confins de l'Asie, Qu'on l'a pris d'une race entre toutes choisie, Qu'il chante et sait jouer de divers instruments. Accompagne le don de quelques compliments : Jure que pour maîtresse il mérite une reine ; Que Thaïs l'est aussi, régnant en souveraine Sur tous mes sentiments ; et mille autres propos.Parques : divinités des Enfers chargées de filer la vie des hommes, étaient au nombre de trois, Clotho, Lachésis, Atropos : Chlotho préside à la naissance et tient le fuseau, Lachésis le tourne et file, Atropos coupe le fil. [B]
PHÉDRIE
S'il se peut ; mais aux champs aussi bien qu'à la ville Je sens que mon esprit est toujours peu tranquille : Il me faut toutefois éprouver aujourd'hui Ce qu'ils auront d'appas à flatter mon ennui.PARMENON
Allez, je vous entends.SCÈNE IV.
PARMENON, seul
Ah ! combien l'amour change un homme en peu de temps Devant que le hasard eut offert à sa vue Les fatales beautés dont Thaïs est pourvue, Cet amant n'avait rien qui ne fût accompli ; De louables désirs son coeur était rempli ; Il ne prenait de soins que pour la République ; Et même le ménage, où trop tard on s'applique, De ses plus jeunes ans n'était point négligé. Aujourd'hui qu'une femme à ses lois l'a rangé, Ce n'est qu'oisiveté, que crainte, que faiblesse : Le nombre des amis, la grandeur, la noblesse, Et tant d'autres degrés pour un jour parvenir Au rang que ses dieux ont jadis su tenir, Sont des noms odieux, dont cette âme abattue A toujours craint de voir sa flamme combattue ; Et quelque bon dessein qu'enfin il ait formé, Il ne saurait quitter ce logis trop aimé. Ne s'en revient-il pas me changer de langage ?SCÈNE V. Phédrie, Parménon.
PARMENON
Sans mentir, c'est à vous d'entreprendre un voyage. Quoi déjà de retour ! Vous savez vous hâter.PARMENON
Du lieu d'où vous venez dites-nous quelque chose : Les champs auraient-ils fait une métamorphose ? Et depuis le long temps que vous êtes parti, Ce violent désir s'est-il point amorti ?PHÉDRIE
Pourquoi s'embarrasser d'un voyage inutile ? Si Thrason dès l'abord fait présent de Pamphile, Thaïs ayant sa soeur peut lui manquer de foi.PARMENON
Mais s'il retient aussi Pamphile auprès de soi, Connaissant de Thaïs les faveurs incertaines ?PARMENON
Deux jours sans vous montrer ?PHÉDRIE
Quatre, s'il est besoin.PHÉDRIE
À te dire le vrai, ce seul penser me tue, Et vois bien qu'il vaut mieux m'éloigner de leur vue. Adieu.Penser : au XVIIème siècle, "Pensée" est souvent masculin.
PHÉDRIE, revenant :
J'omettais, en effet, qu'il te faut souvenir De m'envoyer quelqu'un, si Thaïs me rappelle ; Mais que le messager soit discret et fidèle, Et surtout diligent, c'est le principal point : Pour toi, prends garde à tout, et ne t'épargne point.PHÉDRIE, revenant
À propos, prends le soin de bien styler notre homme.PARMENON
Quel homme ?PHÉDRIE
Notre eunuque.PARMENON
À servir d'espion ?PARMENON, voyant Phédrie s'en aller
Que de desseins en l'air son ardeur se propose !PHÉDRIE, retournant, et donnant une bourse à Parmenon
Je savais bien qu'encor j'oubliais quelque chose : Aux valets de Thaïs, tiens, fais quelque présent ; C'est de tous les secrets le meilleur à présent.PARMENON
Est-ce là le dépit conçu pour cette injure ? N'avez-vous fait serment que pour être parjure ?PHÉDRIE
Vraiment je suis d'avis qu'un esclave me joue, Qu'il tranche du railleur, qu'il fasse l'entendu.PHÉDRIE
Garde bien au retour de m'en rendre une obole.Obole : monnaie de cuivre valant une maille ou deux pites, la moitié d'un denier. [F]
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE.
GNATON
Que le pouvoir est grand du bel art de flatter ! Qu'on voit d'honnêtes gens par cet art subsister ! Qu'il s'offre peu d'emplois que le sien ne surpasse, Et qu'entre l'homme et l'homme il sait mettre d'espace ! Un de mes compagnons, qu'autrefois on a vu Des dons de la fortune abondamment pourvu, Qui, tenant table ouverte, et toujours des plus braves Voulait être servi par un monde d'esclaves, Devenu maintenant moins superbe et moins fier, S'estimerait heureux d'être mon estafier. Naguère en m'arrêtant il m'a traité de maître ; Le long temps et l'habit me l'ont fait méconnaître, Autant qu'il était propre, aujourd'hui négligé : Je l'ai trouvé d'abord tout triste et tout changé. « Est-ce vous ? » ai-je dit. Aussitôt il me conte Les malheurs qui causaient son chagrin et sa honte ; Qu'ayant été d'humeur à ne se plaindre rien , Ses dents avaient duré plus longtemps que son bien, Et qu'un jeûne forcé le rendait ainsi blême. « Pauvre homme ! n'as-tu point de ressource en toi-même ? Manque-t-il au besoin d'adresse et de vertu ? Compare à ce teint frais ta peau noire et flétrie ; J'ai tout, et je n'ai rien que par mon industrie. À moins que d'en avoir pour gagner un repas, Les morceaux tout rôtis ne te chercheront pas. Enfin veux-tu dîner n'ayant plus de marmite ? Ai-je répondu lors ; et ton coeur abattu Imite mon exemple, et fais-toi parasite ; Tu ne saurais choisir un plus noble métier. - Gardez-en, m'a-t-il dit, le profit tout entier : On ne m'a jamais vu ni flatteur, ni parjure : Je ne saurais souffrir ni de coup, ni d'injure ; Et, lorsque j'ai d'un bras senti la pesanteur, Je ne suis point ingrat envers mon bienfaiteur. D'ailleurs faire l'agent, et d'amour s'entremettre, Couler dans une main le présent et la lettre, Préparer les logis, faire le compliment ; Quand Monsieur est entré, sortir adroitement, Avoir soin que toujours la porte soit fermée, Et manger, comme on dit, son pain à la fumée ; C'est ce que je ne puis, ni ne veux pratiquer. Adieu. » Moi de sourire, et lui de s'en piquer. « Il s'en trouve, ai-je dit, qu'à bien moins on oblige Et c'est là le vieux jeu qu'à présent je corrige. On voit parmi le monde un tas de sottes gens Qui briguent des flatteurs les discours obligeants : Ceux-là me duisent fort ; je fuis ceux qui sont chiches, Et cherche les plus sots, quand ils sont les plus riches. Je les repais de vent, que je mets à haut prix ; Prends garde à ce qui peut allécher leurs esprits ; Sais toujours applaudir, jamais ne contredire ; Être de tous avis, en rien ne les dédire ; Du blanc donner au noir la couleur et le nom ; Dire sur même point tantôt oui, tantôt non. Ce sont ici leçons de la plus fine étoffe ; Je commente cet art, et j'y suis philosophe : Le livre que j'en fais aura, sans contredit, Plus que ceux de Platon, de vogue et de crédit. » Nous nous sommes quittés, remettant la dispute ; J'ai quelque ordre important qu'il faut que j'exécute : De la part d'un soldat, que je sers à présent, Je vais trouver Thaïs, et lui faire un présent ; Il est tel que mon âme en est presque tentée : C'est une jeune esclave à Rhodes achetée : L'âge en est de seize ans, l'embonpoint d'un peu plus, La taille en marque vingt ; et pour moi je conclus Qu'elle soit, et pour cause, en vertu d'hyménée, Aux désirs d'un époux bientôt abandonnée, Ou je crains fort d'en voir quelque autre possesseur. Ce grand abord de gens au logis de sa soeur, Le scrupule des noms d'ingrate et de cruelle, De ces coeurs innocents la pitié criminelle, Cent autres ennemis d'un honneur mal gardé, Marquent le sien perdu, du moins fort hasardé. Mais entre eux le débat. N'étant point ma parente, La suite m'en doit être au moins indifférente ; L'exposant au danger sans crainte et sans souci, Je m'en vais la quérir dans un lieu près d'ici ; Et plût à quelque dieu qu'en passant par la rue, Du rival de mon maître elle fût aperçue ! Voici son Parmenon qui s'avance à propos ; Pour peu qu'il tarde ici, nous en dirons deux mots.Estafier : grand valet de pied qui suit un homme à cheval, qui lui tient l'étrier. [F]
Duire : Dresser, accoutumer à quelque chose. Il ne se dit plus guère en ce sens qu'au participe. Signifie aussi, être propre à quelqu'un l'accommoder. [F]
SCÈNE II.
PARMENON
Notre amant, ayant dit mille fois en une heure : « Quoi ! s'éloigner des lieux où mon âme demeure ! N'irai-je pas ? Irai-je ? » Enfin s'est hasardé. Et mille fois encor m'a tout recommandé : Que je prenne bien garde au nombre des visites Qu'on peut rendre en personne ou bien par parasites ; Qu'aux environs d'ici nul ne fasse un seul tour Dont mon livre chargé ne l'instruise au retour ; Et que, si je surprends le soldat auprès d'elle, Je tienne des clins d'oeil un registre fidèle ; Écrive leurs propos de l'un à l'autre bout, Ne laisse rien passer, et sois présent à tout : Car le sage ne doit qu'à soi-même s'attendre. C'eût été pour quelque autre un plaisir de l'entendre ; Moi, qui sans cesse marche, et qui trotte, et qui cours, Je ne ris qu'à demi de semblables discours, Et je souhaiterais, du fond de ma pensée, Que le dieu Cupidon eût la tête cassée : Cela ferait grand bien aux pieds de cent valets. J'approche de Thaïs, et voici son palais. Quoi ! j'aperçois aussi notre flatteur à gage !SCÈNE III. Parménon, Gnaton conduisant Pamphile.
PARMENON
Avance, homme de bien !GNATON
Contemple ce visage.PARMENON
Des fous, cela s'entend.PARMENON
En quel art ?GNATON
De goinfrer.PARMENON
Je le trouve très beau. Si tu peux y savoir quelque secret nouveau, Il n'est point d'industrie à l'égal de la tienne.PARMENON
Volontiers : mais dis-moi, sans me mettre en suspens, Quelle est cette beauté qu'en triomphe tu mènes.GNATON
Celle qui va bientôt t'épargner mille peines. Je te trouve honnête homme, et suis fort ton valet. D'un mois, par mon moyen, ni lettre, ni poulet, Ni billet à donner, ni réponse à prétendre.GNATON
Ni nuits à faire guet avec tes yeux d'Argus.Argus : personnage de la mythologie grecque qui possédait cent yeux.
GNATON
Comment ?PARMENON
De grâce, achève.GNATON
Pour un homme subtil, et si plein de conduite, Tu devrais pénétrer et voir un peu plus loin : Je veux, encore un coup, te délivrer de soin. Thrason voyant Thaïs, ceux dont elle est aimée Peuvent tous s'assurer que sa porte est fermée : Ton maître comme un autre ; et tu n'entendras plus Ni souhaits impuissants, ni regrets superflus, Ni :« Quel est ton avis ? » ni : « Fais-lui tel message. »PARMENON
Ah ! Combien voit de loin l'homme prudent et sage ! J'avais peine à comprendre où tendait ce propos ; Mais, grâce aux Immortels, j'aurai quelque repos.GNATON
Dis : grâces à Gnaton.PARMENON
Et rien pour cette belle ?PARMENON, voulant toucher Pamphile :
Ô dieux ! qu'elle est rebelle Du bout du doigt à peine on ose lui toucher.PAMPHILE
Dieux ! Quelle patience il faut pour les entendre ! Gnaton, conduis-moi vite, et ne te raille point.GNATON
Dis ce que tu voudras.PARMENON
Quel est son nom ?GNATON
Pamphile.PARMENON
Point d'autre ?GNATON
Que t'importe ?GNATON
Ton caquet m'étourdit.PARMENON
Saurai-je son pays, son âge ?GNATON
Est-ce tout dit ?PARMENON
Ton bon vouloir mérite un ample grand-merci : Un jour nous t'en rendrons quelque digne salaire.GNATON
Tiens-toi donc à la porte, Et garde qu'on ne laisse entrer dans la maison Quelque autre messager que celui de Thrason ; Je t'en donne l'avis, comme ami de ton maître : Et peut-être qu'un jour il saura reconnaître De quelque bon repas ce conseil important.PARMENON
Non, non, je te rendrai ces mots avec usure, Dans deux jours au plus tard.Avec usure : avec intérêt.
GNATON
Nous le verrons. Adieu.SCENE IV. Chérée, Parménon.
PARMENON
Où courez-vous, Cherée ?PARMENON
Comment ?PARMENON
Qui ?CHERÉE
Ô dieux ! Mais où chercher ? Que le maudit procès Puisse avoir quelque jour un sinistre succès !PARMENON
Comment ? Quoi ? Quel procès ?CHERÉE
Ah ! Si tu l'avais vue !PARMENON
Et qui ?PARMENON
Hé bien ?CHERÉE
Tu l'aimerais, et cet objet charmant Ne peut souffrir qu'un coeur lui résiste un moment. Ne me parle jamais de tes beautés communes ; Leurs caresses me sont à présent importunes, Rien que de celle-ci mon coeur ne s'entretient.PARMENON
Vraiment ! C'est à ce coup que le bon homme en tient. L'un de ses fils aimait ; l'autre, plein de furie, Passera les transports de son frère Phédrie. De l'humeur dont je sais que le cadet est né, Ce ne sera que jeu, dans deux jours, de l'aîné.PARMENON
Peut-être.CHERÉE
En doutes-tu ?PARMENON
Tout beau, demeurons là, ne marchons pas si vite : Où prétendez-vous donc ce soir aller au gîte ?CHERÉE
Tu ris et je me meurs.CHERÉE
De ce mot de remède en vain tu m'entretiens, Si par tes prompts efforts bientôt je ne l'obtiens. Tu m'as dit tant de fois : « Essayez mon adresse ; Votre âge le permet, aimez, faites maîtresse. » J'aime, j'en ai fait une : achève, et montre-moi Que mon coeur se pouvait engager sur ta foi.PARMENON
Je l'ai dit en riant, et sans croire votre âme, Pour un discours en l'air, susceptible de flamme.CHERÉE
Qu'il ait été promis ou de bon ou par jeu ; Si tes soins, Parmenon, ne me livrent dans peu Cette même beauté qui captive mon âme, Je ne vois que la mort pour terminer ma flamme.PARMENON
Dépeignez-la-moi donc.PARMENON
Celui qui la menait ?CHERÉE
Je ne le connais point.PARMENON
Le nom d'elle ?CHERÉE
Aussi peu.PARMENON
Son logis ?CHERÉE
Tout de même ?PARMENON
Vous ne savez donc rien !CHERÉE
Tandis qu'elle arrêtait mes sens et mes esprits, Notre hôte Archidemide, avec son front sévère, Est venu m'aborder, et m'a dit que mon père Ne faillît pas demain d'être son défenseur Contre l'injuste effort d'un puissant agresseur ; Et, comme les vieillards sont longs en toute chose, D'un récit ennuyeux il m'a déduit sa cause, Tant qu'après notre adieu je n'ai plus aperçu L'objet de ce désir qu'en passant j'ai conçu.PARMENON
C'est être malheureux.PARMENON
Vous l'avez bien mauditPARMENON
Il se rencontre ainsi des malheurs imprévus. Celui qui la menait - est quelque homme de mine ?CHERÉE
Rien moins. Tu le croirais un pilier de cuisine ; Et lui seul, sans mentir, est aussi gras que deux.PARMENON
Son habit ?CHERÉE
Fort usé.PARMENON
Leur train ?Train : se dit aussi de l'équipage ou de la suite d'un chef de famille, d'un seigneur. [F]
CHERÉE
Je n'ai vu qu'eux.PARMENON
C'est elle assurément.CHERÉE
Qui ?CHERÉE
L'as-tu vue ?PARMENON
Elle-même.CHERÉE
Et tu sais son logis ?PARMENON
Je le sais.CHERÉE
Parmenon, dis-le-moi.PARMENON
Chez Thaïs. Comme ils venaient d'entrer, je vous ai vu paraître ; C'est un don que lui fait le rival de mon maître.CHERÉE
Il doit être puissant.PARMENON
Plus en bruit qu'en effetPARMENON
On vous croit sans jurer.PARMENON
Mais qu'en pense Phédrie ? Je n'y vois point pour lui sujet de raillerie. Qui saurait son présent le plaindrait beaucoup plus.CHERÉE
Quel présent ?PARMENON
Un vieillard impuissant et perclus, Sans esprit, sans vigueur, sans barbe, sans perruque, Un spectre, un songe, un rien, pour tout dire un eunuque, Dont encore il prétend, contre toute raison, Pouvoir contrecarrer le présent de Thrason. Si l'on nous laisse entrer, je veux perdre la vie.PARMENON
Vous préservent les dieux d'un heur pareil au sien ! Ce serait pour Pamphile un mauvais entretien.Heur : rencontre avantageuse. (...) [F] [antonyme de malheur]
CHERÉE
Quoi ! garder une fille et si jeune et si belle, Coucher en même chambre, et manger auprès d'elle, La voir à tout moment sans crainte et sans soupçon, Tu ne voudrais pas être heureux de la façon ?PARMENON
Vous pouvez aisément avoir cette fortune : La ruse est assurée autant qu'elle est commune. D'un voyage lointain depuis peu revenu, Sans doute chez Thaïs vous êtes inconnu : Il faut prendre l'habit que notre eunuque porte : Vous passerez pour lui, déguisé de la sorte. Votre menton sans poil y doit beaucoup aider.CHERÉE
Tu ris ?PARMENON
Des vains projets où l'amour vous emporte. Vous vous croyez dedans avant qu'être à la porte : Et, sans savoir encor quelle est cette beauté, D'un espoir amoureux votre coeur est flatté : Il faut auparavant s'acquérir une entrée.PARMENON
Oui, s'il se pouvait faire.CHERÉE
À d'autres, Parmenon !CHERÉE
Tout de bon ou par jeu, derechef il n'importe ; Et, si je ne l'obtiens, ou d'une ou d'autre sorte, Je suis mort.CHERÉE
Trop de raisonnement peut nuire en telle affaire : L'occasion se perd tandis qu'on délibère Un autre la prendra, j'en aurai du regret.CHERÉE
Ne crains rien.ACTE III
SCÈNE I.
THRASON
Il faut dire le vrai, j'en voulais à Pamphile ; Et, bien que pour Thaïs une amour plus facile Étouffât celle-ci presque encore au berceau, Sans mentir j'ai regret de perdre un tel morceau. Je ne sais quel remords tient mon âme occupée ; Mais encore être ainsi de mes mains échappée, C'est le comble du mal, et souffrir qu'un enfant Des lacs d'un vieux routier se sauve en triomphant. Me préservent les dieux d'une beauté naissante ! Il n'est point de méthode en amour si puissante Qui ne fût inutile à qui s'en piquerait ; Souvent ces jeunes coeurs sont plus durs qu'on ne croit ; Pour gagner son amour, je ne sais point de voie : C'est un fort à tenir aussi longtemps que Troie. J'aurais, sans me vanter, depuis qu'elle est chez moi, Réduit à la raison quatre filles de roi. J'eusse pu l'épouser, mais je fuis la contrainte ; Le seul nom de l'hymen me fait frémir de crainte ; Et je ne voudrais pas que mon coeur fût touché De l'espoir d'un royaume à Pamphile attaché. Rien n'est tel, à qui craint une femme importune, Que de vivre en soldat, et chercher sa fortune. On se pousse partout, on risque sans souci, Et qui n'y gagne rien n'y peut rien perdre aussi. Mais rarement Thrason se plaint-il d'une dame ; Jusqu'ici peu d'objets ont régné sur son âme Sans payer son amour d'une ou d'autre façon. Phédrie en pourrait bien avoir quelque leçon ; Je n'en pense pas plus, n'étant point d'humeur vaine. Voyons si notre agent aura perdu sa peine : Le voici qui s'approche.SCÈNE II. Thraston, Gnaton.
THRASON
Hé bien, qu'as-tu gagné ?GNATON
Que de peine, Seigneur, vous m'avez épargné ! Je vous allais chercher au port et dans la place.THRASON
Enfin le don lui plaît ?GNATON
Non tant pour la valeur, Que pour venir de vous ; c'est là ce qui la touche, Et ce qu'à tous moments elle a dedans la bouche, Comme un des plus grands biens qu'elle ait jamais reçus. Vous ririez de loisir triompher là-dessus.THRASON
Ce qui vient de ma part cause ainsi de la joie ; J'ai cent fois plus de gré d'un bouquet que j'envoie, Qu'un autre n'en aurait de quelque don de prix, Fût-ce même un trésor.GNATON
Vivent les bons esprits ! Il n'est, à bien parler, que manière à tout faire. D'un travail de dix ans ce que le sot espère, L'honnête homme, d'un mot, le lui viendra ravir.THRASON
Aussi le roi m'emploie, et j'ai su le servir À la guerre, en amour, auprès de ses maîtresses, Quoique j'eusse souvent ma part de leurs caresses.GNATON
C'est fait en homme sage.Tout bas, se tournant.
Il l'a dit à cent autres.Haut.
Le roi n'agréait donc autres soins que les vôtres ?THRASON
Que les miens ; et parfois se trouvant dégoûté Du tracas importun qui suit la royauté, Comme s'il eût voulu... tu comprends ma pensée ?THRASON
Cela même. Aussitôt il m'envoyait quérir : Seuls, ainsi nous Passions les jours à discourir De cent contes plaisants que je lui savais faire ; Et s'il se présentait quelque importante affaire, Après avoir le tout entre nous disposé, Son conseil n'en avait qu'un reste déguisé ; Et Souvent, malgré tous, ma Voix était suivie.THRASON
Et Thrason de s'en rire.GNATON
À l'oreille du roi ?THRASON
Qui peut te l'avoir dit ?THRASON
Sur ce propos, un jour qu'il remarquait leur peine, Le chef des éléphants, appelé Métasthène, Des plus considérés près du prince à présent, Ne se put revancher d'un trait assez plaisant. Il mâchait de dépit quelque mot dans sa bouche, Et me tournant les yeux : « Qui vous rend si farouche ? Sont-ce les bêtes, dis-je, à qui vous commandez ? »THRASON
Nous étant regardés, Il ne put à la fin s'empêcher de sourire. Je dis, sans vanité, peu de mots qu'il n'admire.THRASON
Peu d'hommes ont, de vrai, l'esprit aussi joli : Surtout il s'entend bien à placer son estime..THRASON
Nous étions régalés du satrape Orosmède, Chacun avait sa nymphe : alors un Ganymède Approchant de la mienne, aussitôt je lui dis Que les restes de Mars seraient pour Adonis.Satrape : Gouverneur de province chez les anciens perse. La roi Darius marchait accompagné par ses principaux seigneurs et satrapes. [F]
GNATON
Le jeune homme rougit ?THRASON
Belle demande à faire ! il rougit, et d'abord fut contraint de se taire : Depuis chacun m'a craintTHRASON
Je t'en conterais cent ; mais changeons de matière Thaïs, comme tu sais, est femme assez altière, Jalouse, et d'un esprit à tout craindre de moi : Dois-je, en quittant sa soeur, lui confirmer ma foi ?GNATON
Rien moins. Il vaut bien mieux la tenir en cervelle. Ayez toujours en main quelque amitié nouvelle De ce secret d'amour l'effet n'est pas petit ; C'est par là qu'on maintient les coeurs en appétit Et qu'on accroît l'amour au lieu de le détruire. Mais je fais des leçons à qui devrait m'instruire.GNATON
Des soins plus importants pouvaient vous occuper ; Vous rêviez, je m'assure, à quelque haut fait d'armes.THRASON
Il est vrai que la guerre a pour moi de tels charmes Qu'ils me font oublier tous les autres plaisirs.THRASON
Entre Mars et Vénus mon coeur se sent suspendre, Est recherché des deux, ne sait auquel entendre. Laissons là leur débat. Quel traité m'as-tu fait ?GNATON
Tel qu'un plus amoureux en serait satisfait ; Thaïs se veut purger de tous sujets de plainte : Deux jours, par mon moyen, sans rival et sans crainte Vous lui rendrez visite en dépit des jaloux.THRASON
Je t'aime.SCÈNE III. Thaïs, Thrason, Gnaton.
THRASON
Sais-je faire un présent ?THRASON A Thaïs :
Plus rare et d'autre prix je vous l'aurais donnée.GNATON
Toujours en compliments il se passe une année ; Le dîner nous attend, hâtons-nous, c'est assez.SCÈNE IV. Thaïs, Gnaton, Parménon amenant Cherée, Thrason.
PARMENON
Un mot auparavant.GNATON
Nous voici, grâce aux dieux, aussi prêts que devant : Je dînerai demain, s'il plaît à la fortune. Fais vite, Parmenon, ta harangue importune.PARMENON
Mon maître, par votre ordre absent de ce séjour, Avecque ce présent vous offre le bonjour. Je ne veux point passer la loi qui m'est prescrite, Ni parler de ses pleurs quand il faut qu'il vous quitte : De vous-même à son mal vous pouvez compatir, Et le croire affligé sans l'avoir vu partir. Faisant un don plus riche, il eût eu plus de joie ; Mais au moins de bon coeur croyez qu'il vous l'envoie.THRASON
Le présent peut passer.PARMENON
On l'appelle Doris : et quant à son adresse, En tout ce que l'on doit apprendre à la jeunesse On l'a, dès son jeune âge, instruit et façonné. À quoi que de tout temps il se soit adonné, Soit aux arts libéraux, soit aux jeux d'exercice, A sauter, à lutter, à courir dans la lice, Il a toujours passé pour un des plus adroits. Enfin, permettez-lui de parler quelquefois, Vous l'entendrez bientôt en conter des plus belles ; Il vous entretiendra de cent choses nouvelles. Mon maître cependant n'exige rien de vous : Vous ne le trouverez importun ni jaloux ; Il ne vous contera ni bons mots, ni faits d'armes ; Et vous pourrez, Thaïs, disposer de vos charmes Sans craindre qu'il s'offense et vous tienne en souci, Comme un de vos amants qui n'est pas loin d'ici. Faites entrer chez vous soldats et parasites : Pourvu qu'il puisse rendre à son tour ses visites (J'entends quand vous serez d'humeur ou de loisir), Il se tiendra content par-delà son désir.GNATON
Seigneur, épargnez-vous.THAÏS
Quand on voudra.SCÈNE V. Thrason, Gnaton, Parmenon.
PARMENON
Pour un entremetteur, on te fait trop attendre : Ce n'est point là le gré que tu pouvais prétendre ; Et si j'avais reçu tel présent par Gnaton Il se verrait à table assis jusqu'au menton. On ne devrait ici rendre aucune visite Sans avoir un billet signé de Parasite ; Il lui faut cependant mettre tout son espoir À courir tout le jour pour déjeuner au soir. Pour moi, je ne crois pas qu'autre chose il attrape, Si ce n'est que son roi le fasse un jour satrape, Ou que, las de courir et battre le pavé, Plus haut que son mérite, il se trouve élevé. Que dis-tu de ces mots ? Ai-je su te le rendreSCÈNE VI.
PARMENON, demeuré seul
Ceci pour notre eunuque assez bien se prépare. Pendant qu'ils dîneront, il faut qu'il se déclare, Prenne l'occasion et ne perde un moment À pousser des soupirs et languir vainement Non que parlant d'amour il rencontre oeuvre faite : Alors qu'on en vient là, toutes ont leur défaite : Tel souvent en a peu qui croit en avoir tout, Et même va bien loin sans aller jusqu'au bout. Que Pamphile d'ailleurs volontiers ne l'écoute, Toute sage qu'elle est, je n'en fais point de doute : C'est le propre du sexe, il veut être flatté, Et se plaît aux effets que produit sa beauté. Puis notre homme a de quoi charmer la plus sévère : Il est jeune, il est beau, toujours prêt à tout faire ; En dit plus qu'on ne veut, sait bien le débiter, Est d'humeur libérale, et donne sans compter. Si par ces qualités d'abord il ne la touche, Le temps, qui peut gagner l'esprit le plus farouche, Ne lui permettra pas d'y faire un long effort, Et ce peu de loisir m'embarrasse très fort : je crains notre vieillard, qu'on attend d'heure en heure. Il n'a jamais aux champs fait si longue demeure ; Quelque charme puissant l'y retient arrêté ; S'il revient une fois, le mystère est gâté. Ô dieux ! C'est fait de nous, le voici qui s'avance ; Je ne sais quel frisson m'annonçait sa présence. Parmenon, cependant que tout seul il discourt, Va te précipiter, ce sera ton plus court ; Qui pourrait toutefois choisir une autre voie ? Le vieillard est plus doux qu'il ne veut qu'on le croie : L'amour pour ses enfants, qu'il laisse à l'abandon, Fait qu'il me reste encor quelque espoir de pardon ; Usons à cet abord d'un peu de complaisance.SCÈNE VII. Damis, Parmenon.
DAMIS
En ma maison des champs je trouve un goût exquis, Et ne fis jamais mieux qu'alors que je l'acquis.DAMIS
Les voir changer d'humeur n'est pas ce que j'espère : Bien loin de se réduire au champêtre séjour, Ma femme aime à causer, mon aîné fait l'amour.PARMENON
Cette façon d'agir plairait à peu de pères : Quand il s'agit d'amour, presque tous sont sévères ; À cet âge impuissant lorsqu'ils sont arrivés, Ils donnent des conseils qu'ils n'ont point observés.DAMIS
Quant à moi, je me rends plus juste et plus commode : Non qu'il faille en tout point que l'on vive à sa mode ; Mais aimer quelque peu ne fut jamais blâmé, Et moi-même autrefois je m'en suis escrimé. Il est vrai que le gain n'en vaut pas la dépense : Aux uns il faut présents, aux autres récompense, Corrompre les valets, et les entretenir ; Mais les dieux m'ont toujours donné pour y fournir. Si je fais peu d'acquêts, que mes fils s'en accusent ; C'est eux, et non pas moi, qu'après tout ils abusent. Ayant connu d'abord mon esprit indulgent, L'aîné va, ce me semble, un peu vite à l'argent ; Des beautés de Thaïs son âme est fort touchée ; Et bien qu'il m'ait tenu cette flamme cachée, J'en sais plus qu'il ne croit, et le souffre aisément : Thaïs vaut qu'on l'estime, à parler franchement ; Peu voudront toutefois qu'elle entre en leur famille : Veuve, on la doit priser un peu moins qu'une fille ; Notre ville est féconde en partis bien meilleurs, Et mon fils, après tout, doit s'adresser ailleurs. Pour un choix plus sortable il faut qu'il se dispose : Je t'en veux, Parmenon, proposer quelque chose. Mais où sont mes enfants ? Je les voudrais bien voir.PARMENON
Je ne sais.ACTE IV
SCÈNE I. Cherée, déguisé en eunuque ; Pamphile.
CHERÉE
C'est trop rêver, Pamphile, et mon zèle indiscret Ne saurait plus souffrir cet entretien secret. Dans quelques doux pensers qu'une âme soit plongée, Souvent elle a besoin d'en être dégagée, Et, lorsqu'on l'abandonne à ce triste plaisir, Elle songe à ses maux avec plus de loisir. Souffrez donc...Penser : nom masculin au XVIIème pour « pensée ».
PAMPHILE
C'est assez, et ta bonté m'oblige, Quoique le noir chagrin qui sans cesse m'afflige Empêche mon esprit d'en pouvoir profiter.CHERÉE
Et qu'auriez-vous, Pamphile, à vous tant attrister ? Vous êtes jeune et belle, et, si je l'ose dire, Ce sont les seuls trésors où toute femme aspire.PAMPHILE
Je suis jeune, il est vrai ; pour belle, on me le dit : Ce discours près du sexe est toujours en crédit ; Mais quand de pareils dons le Ciel m'aurait comblée, À peine en verrais-tu mon âme moins troublée ; L'objet de mes malheurs me touche beaucoup plus. Les dieux nous vendent cher tous ces biens superflus ; Souvent par mille maux nous en payons l'usure.CHERÉE
C'est que l'esprit humain en prend mal la mesure ; Injuste en son estime autant qu'en ses désirs, Il compte les douleurs, sans compter les plaisirs.PAMPHILE
Ne me crois pas, Doris, d'une âme si légère : Sans amis, sans parents, et partout étrangère, J'ai sujet de rêver, et tu n'en verras point Que le sort obstiné persécute à tel point.CHERÉE
Chacun pense le même, et moi comme tout autre ; Le mal d'autrui n'est rien quand nous parlons du nôtre. Vous vous croyez en butte aux plus sensibles coups ; Je sais tel qui pourrait en dire autant que vous. Celui dont je vous parle est un autre moi-même ; Il me ressemble assez, et souffre un mal extrême Pour certaine beauté qui vous ressemble aussi. Et qui fuit, comme vous, l'amour et son souci.CHERÉE
Qui vous dirait ceci pour préparer votre âme ? Tout de bon, si quelqu'un vous découvrait sa flamme, N'étant rien ici-bas qui ne puisse arriver (J'entends à quelque fin que l'on doive approuver), Agréeriez-vous son offre ? et votre âme touchée Prendrait-elle plaisir à s'en voir recherchée ?CHERÉE
Je le suppose riche, honnête, assez bien fait, D'âge au vôtre sortable, enfin tel, à tout prendre Qu'aux partis les plus hauts il ait droit de prétendre.PAMPHILE
J'aime ces qualités dont il serait pourvu ; Mais, pour en bien parler, il faudrait l'avoir vu.CHERÉE
Vous le voyez, Pamphile, et vous allez connaître Un feu qui ne peut plus s'empêcher de paraître. Par un excès d'amour, sous cet habit trompeur Je me suis pour esclave offert à votre soeur ; Né libre cependant, on m'appelle Cherée ; La noblesse des miens ne peut être ignorée : Peu de partis ici voudraient me refuser ; Mon zèle est toutefois plus que tout à priser ; Ne le dédaignez point. Quoi ! Vous fuyez, Pamphile ?PAMPHILE
Qui t'a fait entreprendre un coup si hasardeux ? En vain tu fais servir ces honneurs à ta flamme : L'espoir d'y prendre part n'aveugle point mon âme ; Le Ciel m'a faite esclave, il est vrai ; mais crois-tu Que cette qualité répugne à la vertu ?CHERÉE
Qui le croirait, Pamphile, après vous avoir vue ? Les sévères appas dont vous êtes pourvue Désespèrent les coeurs qu'ils viennent d'enflammer ; Mais sous le nom d'hymen s'il est permis d'aimer, Loin de votre pays, esclave et délaissée, Où pourriez-vous ici porter votre pensée ? Par là je n'entends point mépriser vos appas : Le mérite en est grand ; mais l'heur n'y répond pas. Tant que l'effort des ans en détruise l'empire, Assez d'amants viendront vous conter leur martyre ; Assez d'amants aussi, d'un discours mensonger, Vous offriront un coeur toujours prêt à changer. Devant que vous soyez à leurs voeux exposée, Prévenez le dépit de vous voir abusée ; Faites un choix plus sûr, il vous est important.PAMPHILE
Ah ! cesse d'employer le secours de leurs charmes, Ôte-moi ta présence, engage ailleurs ta foi ; Veux-tu rendre mon coeur plus esclave que moi ? Va, ne réplique point, étouffe ton envie ; Crains d'attacher tes jours aux malheurs de ma vie ; Va-t'en, laisse-moi seule et me plaindre et souffrir.PAMPHILE
Ce n'est point l'intérêt qui me rendra facile ; Et si je cède... hélas ! achève pour Pamphile. Que sert de m'expliquer ? Tu lis dedans mon sein.PAMPHILE
Je ne sais, je crains tout, je suis irrésolue ; Va briguer quelque voix sur mon coeur absolue.PAMPHILE
Sans l'aveu de Thaïs je ne te promets rien ; Elle a sur mes désirs une entière puissance : Ce que j'aurais aux miens rendu d'obéissance, Je le dois à ses soins, par qui j'espère enfin Retrouver mes parents, et changer de destin.CHERÉE
Pamphile, songez-y, la chose est importante ; Et puisqu'en vos malheurs un moyen se présente, Ne le rejetez pas : il est en votre main.CHERÉE
Moi-même.PAMPHILE
Un tel garant n'assure point mon âme : Quand vous voulez montrer l'effet de votre flamme, Un parent, un tuteur, un ami bien souvent, Font que de tels projets il ne sort que du vent ; Quelquefois, pour changer, ils vous servent d'excuse.CHERÉE
Contre ces lâchetés, dont chacun nous accuse, Je n'oppose qu'un mot : dans trois jours au plus tard, Si l'effet ne s'en voit ou d'une ou d'autre part, Vous pourrez m'accuser de parjure et de feinte ; Mais aussi jusque-là suspendez votre crainte, Et faites de mes voeux un meilleur jugement.PAMPHILE
Le terme n'est pas long, j'y consens aisément. Mais je vous interdis cependant ma présence, Comme un juste moyen d'expier votre offense.CHERÉE
L'arrêt est rigoureux, le crime étant léger : J'obéirai pourtant ; mais, pour m'encourager, Adoucissez la peine à ma ruse imposée : Cette faveur m'importe, et vous est fort aisée.PAMPHILE
Que me demandez-vous ?CHERÉE
Je partirai content après un tel salaire ; Cependant joindrez-vous vos voeux à mon transport ?CHERÉE, baisant la main de Pamphile
Que je jure en vos mains une amour éternelle !CHERÉE
Ah ! dieux ! quelles douceurs où mon âme se noie ! Soulagé du tournent, je me meurs de la joie ; Au prix de vos baisers tout me semble commun : Pamphile, seulement encor la moitié d'un.PAMPHILE
Vous promettez beaucoup.CHERÉE
Je ferai beaucoup plus. Sans employer le temps en discours superflus, Je m'en vais de ce pas en parler à mon père : Dès demain vous saurez ce qu'il faut que j'espère. Et quand, par une humeur sévère ou d'intérêt, Il aurait contre nous prononcé quelque arrêt, Nous pourrions passer outre, et fléchir son courage : Il sera fort aisé de calmer cet orage.SCÈNE II.
PAMPHILE
Je ne puis trop priser son ardeur généreuse ; Loin des miens, après tout, la rencontre est heureuse : Je dis loin, quoique ici l'on m'ait donné le jour, Et que tous mes parents y fissent leur séjour. Ô dieux ! si mon soupçon se trouvait véritable, Si j'étais pour Cherée un parti plus sortable, Et qu'à cette beauté, dont il me semble épris, L'éclat de la naissance ajoutât quelque prix, Serait-il une fille au monde plus heureuse ? Peu s'en faut que déjà je n'en sois amoureuse. J'entends du bruit, sortons ; on peut nous écouter.SCÈNE III. Thaïs, Pythie.
PYTHIE
Ah ! que j'ai de secrets, Madame, à vous conter ! Mais ne le dites pas, vous me feriez querelle. Ma foi, le compagnon nous l'a su donner belle.THAÏS
Qui ?THAÏS
C'est assez.PYTHIE
Ceci nous doit ravir. Vous n'aviez qu'à moitié des gens pour la servir, Il fallait un eunuque ; et le bon de l'affaire Est que l'on n'a pas dit tout ce qu'il savait faire.PYTHIE
Me le demandez-vous ?PYTHIE
Votre soeur a tantôt, pour ne rien déguiser, Laissé prendre à Doris sur sa main un baiser. Savez-vous quel baiser ?PYTHIE
En bonne foi, j'ai cru qu'il y prendrait racine : Ce n'était point semblant, car même il a sonné. Si par mon serviteur un tel m'était donné, je n'en fais point la fine, il me rendrait honteuse. Enfin, de ce baiser la suite est fort douteuse.THAÏS
Tu t'alarmes en vain, c'est marque de respect ; Puis cela vient d'un lieu qui ne m'est point suspect : Les baisers de Doris sont baisers sans malice, Il en faudrait beaucoup pour guérir la jaunisse.PYTHIE
Pas tant que vous croyez, ou je n'y connais rien. Ah ! que n'ai-je entendu leur premier entretien ! Mais, au cri de Pamphile étant vite accourue, Comme en quelques endroits la porte était fendue, Il m'est venu d'abord un désir curieux D'approcher d'une fente et l'oreille et les yeux. Ils ont dit quelques mots d'amour, de mariage ; Que votre soeur ne peut prétendre davantage ; Que Doris est pour elle un assez bon parti ; Tant qu'enfin au baiser le tout est abouti.PYTHIE
Aussi ne pouvait-on qu'à moitié les entendre. Voilà ce que j'en sais, fondez votre soupçon. Doris n'est point esclave, au moins à sa façon : Je ne sais quoi de grand paraît sur son visage ; Tels valets ne sont point sans doute à notre usage. À force d'y rêver, mon esprit s'est usé. Madame, si c'était quelque amant déguisé ! Telle fourbe en amour souvent s'est publiée.PYTHIE
En ce monde il ne faut jamais de rien jurer : Les prudes bien souvent nous trompent au langage.PYTHIE
Il a troussé bagage.PYTHIE
C'est ce que j'oubliais, tant j'ai bonne mémoire : À peine vous sortiez qu'il m'est venu trouver.PYTHIE
Il en vient d'arriver. « De longtemps, m'a-t-il dit, je connais ton adresse ; Tu sais la passion que j'ai pour ta maîtresse : De m'en priver deux jours hier au soir je promis, Et crus qu'allant trouver aux champs quelques amis, Ils pourraient de ce temps adoucir l'amertume ; Mais à nul autre objet mon oeil ne s'accoutume, De nul autre entretien mon esprit n'est charmé. Je pourrais vivre un siècle avec elle enfermé ; Vivre sans elle un jour m'est un trop grand supplice, Et je ne suis pas sûr que ceci s'accomplisse Sans que vous y perdiez la fleur de vos amis. Si de ce long exil un jour ne m'est remis, Je ne donnerais pas un denier de ma vie. Pour le souffrir je crois que tu m'es trop amie : Fais valoir cet ennui qui cause mon retour ; Dis que Thrason pour elle a beaucoup moins d'amour, Qu'il prescrit trop de lois et se rend incommode. Je t'abrège ceci, pour l'étendre à ta mode. » Voilà ce qu'il m'a dit, et tiens qu'il a raison. Plutôt que de me voir caresser par Thrason, J'aimerais cent fois mieux que l'autre m'eût battue. Le soldat est trop vain, sa présence me tue : Il n'a qu'une chanson dont il nous étourdit ; Et, hors de ses exploits, c'est un homme interdit ; Puis, qu'on soit toute à lui : ma foi, l'on s'y dispose.PYTHIE
Ne dissimulez plus, vous avez votre soeur Mais devrais-je parler avecque tant d'ardeur Pour ce donneur d'eunuque à la mode nouvelle ?SCÈNE IV.
THAÏS
À l'entendre parler, elle en doit être crue ; Qu'un esclave pourtant se soit fait écouter, A moins que l'avoir vu, j'ai sujet d'en douter : Ma soeur fit toujours cas d'une vertu sévère. Ceci n'est point d'ailleurs arrivé sans mystère ; Phédrie ou Parmenon m'ont joué quelque tour ; Mais quoi ! la tromperie est permise en amour. Je ne dois seulement accuser que Pamphile : Aux désirs d'un amant se rendre si facile Ni grâces ni faveurs ne savoir ménager, Ce n'est pas le moyen de pouvoir l'engager : Trop d'espoir à l'abord en étouffe le zèle. Ah ! que si j'eusse été fille encore comme elle !... Mais ne nous plaignons point, et laissons tous ces voeux. Ne pouvoir disposer d'un seul de ses cheveux, D'un seul de ses désirs, d'un moment de sa vie, N'est pas une fortune à donner de l'envie : Les maris sont jaloux, ou bien sans amitié. Tel qui ne nous voyait, disait-il, qu'à moitié, Quand il est possesseur, cherche ailleurs sa fortune Une femme en deux jours leur devient importune ; Il faut, sans murmurer, souffrir leur peu de foi, Et c'est là le plus dur de cette injuste loi. Ce n'est qu'avec regret qu'en perdant ma franchise Pour la seconde fois on m'y verra soumise ; Et je crains que ma soeur n'en dise autant aussi. La pourvoir d'un époux est mon plus grand souci : Ce qui convient à l'une est à l'autre incommode ; Et si c'est mon talent que de vivre à la mode, Dans un autre dessein je dois l'entretenir.SCÈNE V. Phédrie, Thaïs, Pythie ; Dorus, Véritable eunuque ; Dorie.
PYTHIE
Dorie est de retour, vos gens S'en vont venir ; Les voici. Mais quel homme accompagne Phédrie ? Est-ce pour se moquer, ou pour nous faire envie ? Ô l'agréable objet, et digne d'être vu !PHÉDRIE
Mon retour en ces lieux est peut-être imprévu ; Vous ne n'attendiez pas après tant d'assurances.PYTHIE
Toujours de la façon trompez nos espérances. La surprise nous plaît pourvu que le soldat Laisse passer le tout sans bruit et sans éclat.THAÏS
Vous a-t-on pas prié d'amener cet esclave Que pour servir ma soeur vous aviez acheté, Et que votre valet m'a tantôt présenté ?PHÉDRIE
Le voilà.PHÉDRIE
Je n'en sache point d'autre, ou les miens m'ont trompé Mais pourquoi jetez-vous cet éclat de risée ?PYTHIE
L'autre a le teint plus frais qu'une jeune épousée ; Il ne saurait avoir que vingt ans tout au plus, Et vous nous amenez un vieillard tout perclus.THAÏS, regardant Dorus
Ce que cet homme en sait, il faut qu'il le déclare.PHÉDRIE, à Dorus
Es-tu double ? Viens çà, réponds sans hésiter.PHÉDRIE
Quoi prêter ?DORUS
Mon habit.PHÉDRIE
À quel homme ?DORUS
À Cherée.PHÉDRIE
D'où saurais-tu son nom ?DORUS
Pannenon me l'a dit.PHÉDRIE, à Dorus
Va, retourne au logis, et ne t'éloigne point.SCÈNE VI. Phédrie, Thaïs, Pythie.
PHÉDRIE
Que direz-vous enfin de ma foi violée ? Si l'aise de vous voir pour un peu reculée A rendu mon esprit toujours inquiété, Si le jour, loin de vous, me paraît sans clarté, Si je veille au plus fort de l'ombre et du silence, Jugez ce que ferait u . ne plus longue absence ; Et si mon amour craint le seul éloignement, Jugez ce que ferait un triste changement.THAÏS
Il faudra toutefois y résoudre votre âme ; Nous verrions à la fin soupçonner notre flamme : Mon coeur accorde mal ce différent souci ; Et si vous m'êtes cher, l'honneur me l'est aussi.PHÉDRIE
Cette vertu me charme en redoublant ma peine : Vous méritez, Thaïs, une amour plus certaine ; Dans une autre saison je saurais y pourvoir ; Mon coeur, comme le vôtre, a soin de son devoir. Je ne vous aime pas pour faveur que j'obtienne : L'aveu de mes parents, ou leur mort, ou la mienne, Feront voir que ce coeur, prêt à se déclarer, S'il ne doit avoir tout, ne veut rien espérer.THAÏS
De quoi me peut servir cette ardeur généreuse ? Pour plaire à vos parents, je suis trop malheureuse ; Se fonder sur leur mort est un but incertain : On se trompe souvent aux ordres du destin. Le reste me fait peur, et jusque-là mon âme Voyait avec plaisir l'effort de votre flamme ; Faites un choix plus sûr, suivez votre devoir, Et croyez que je puis vous aimer sans vous voir.SCÈNE VII. Phédrie, Thaïs, Pythie, Dorie.
THAÏS
C'est Chremès, car voici deux jours que je le mande. Qu'il monte ; et toi, Pythie, entretiens-le un moment. Nous, allons voir ma soeur sur cet événement.PHÉDRIE
Que tu fais la sucrée !SCÈNE VIII. Chranès, Pythie.
CHREMÈS
Que me veut donc Thaïs ?PYTHIE
Elle s'en va descendre.CHREMÈS
Je ne me lasse point jusqu'ici de l'attendre : Me pût-elle deux jours laisser seul avec toi !PYTHIE
Si vous prenez plaisir à vous moquer de moi, Exercez votre esprit, n'épargnez point Pythie : Elle souffrira tout, de peur qu'il vous ennuie.CHREMÈS, lui voulant mettre la main au sein
Souffriras-tu ceci ?PYTHIE
Monsieur, arrêtez-vous. Que ces hommes, voyez, sont fins au prix de nous ! Ils songent dès l'abord toujours à la malice ; Je suis pour tels galants trop simple et trop novice : Une autre fois, Monsieur, vous ne m'y tiendrez pasPYTHIE
Assez dans votre sexe on se meurt de parole ; Je crois que vous allez chacun en même école, Rien qu'un même discours ne vous sert sur ce point. Tandis qu'ils sont vermeils et remplis d'embonpoint, Messieurs sèchent sur pied, du moins à ce qu'ils disent ; En avons-nous pitié, les galants nous méprisent.PYTHIE
Quand Madame le dit, quelquefois je l'entends ; Ce sont propos d'amour trop fins pour ma boutique, Et je n'en sus jamais le train ni la pratique.CHREMÈS
À propos de Madame, a-t-elle encor Thrason ? Je suis, comme tu sais, ami de la maison ; Pourquoi ne veux-tu pas renouer connaissance ?PYTHIE
Mais, à propos aussi, d'où vient la longue absence Dont vous avez payé l'accueil qu'on vous faisait ?PYTHIE
Peut-être.PYTHIE
L'aîné.CHREMÈS
Tu ne te plaindrais pas, si j'étais en sa place ; Et j'ai quelque présent qu'il faut que je te fasse.PYTHIE
Faites, vous n'oseriez.CHREMÈS
Aussi, pour m'en payer...CHREMÈS, tirant de son doigt un diamant, et le présentant à Pythie
Pour me mieux expliquer, tiens, veux-tu cet anneau ?PYTHIE, le recevant, et l'ayant regardé
Je ne m'engage à rien, quoiqu'il me semble beau.CHREMÈS, lui voulant mettre la main au sein
Si veux-je pour ce coup que ma main se hasarde.PYTHIE, se retirant, et repoussant sa main
Il vous faut des tétons ! vraiment on vous en garde !SCÈNE IX. Chremès, Pythie, Dorie.
CHREMÈS
Que je monte ?DORIE
Oui, Monsieur.ACTE V
SCÈNE I.
GNATON, sortant de chez Thaïs
Tu me fais donc chasser, femme ingrate et sans foi ! Est-ce ainsi que l'on traite un agent comme moi ? Quoi ! respecter si peu ce sacré caractère ! Le nom d'ambassadeur, que partout on révère, Est ici méprisé par ce sexe inhumain, Qui même sur l'autel irait porter sa main ! Est-il chose assez sainte à l'endroit d'une femme ? Ni respect, ni serment, ne peut rien sur son âme ; Elle viole tout sans honte et sans souci. À moins que d'apporter, je n'ai que faire ici : À peine a-t-on reçu le présent de mon maître, Qu'aucun de ce logis ne le veut plus connaître. Si pourtant mon avis n'en est point dédaigné, On l'y verra tantôt, et bien accompagné. Mais j'aperçois Damis ; aurait-il pu m'entendre ? Adieu, pauvre logis, tu n'as qu'à nous attendre !SCÈNE. II Damis, Parmenon.
DAMIS
Depuis qu'encore enfant tu me fus présenté, Ton zèle à me servir s'est toujours augmenté ; Aussi t'ai-je donné mes deux fils à conduire : Parmenon, si tu peux à l'hymen les réduire, Pour prix de tes travaux, je te veux affranchir. Peut-être que l'aîné ne se pourra fléchir ; Son amour pour Thaïs est encore un peu forte ; Entreprends mon cadet : qui des deux il n'importe. Dès lors que j'en verrai l'un ou l'autre soumis, Tu te peux assurer de ce qu'on t'a promis.PARMENON
Je ne refuse point un si digne salaire ; Mais rien que mon devoir ne m'excite à bien faire ; Vous m'y voyez, Monsieur, déjà tout préparé. Non que je m'en promette un succès assuré : Il est des plus douteux du côté de Phédrie, J'ai beau parler d'hymen, c'est en vain qu'on le prie ; Tout autre m'entendrait, lui seul me semble sourd.DAMIS
Je m'en promettais mieux, lorsque son prompt retour A détruit mes projets fondés sur son voyage.PARMENON
On n'en rencontre point qui tiennent leur courage ; Tous ces fréquents dépits font peu pour ce regard. Riottes entre amants sont jeux pour la plupart ; Vous les trouverez tous bâtis sur ce modèle : Un mot les met aux champs, demi-mot les rappelle ; Et, tout considéré, ce qu'on peut faire ici, C'est d'en remettre au temps la cure et le souci. Quant à votre cadet, j'en espère autre chose.Riotte : Petite querelle ou difficulté qui arrive souvent dans le ménage, ou dans les sociétés. [F]
DAMIS
Qu'il s'assure de moi quelque objet qu'il propose. Un autre aurait voulu s'en réserver le choix ; Mais n'étant pas d'humeur à prendre tous mes droits, Si la beauté lui plaît, j'entends qu'il se contente, Et la dot d'une bru ne fait point mon attente. Il me peut satisfaire et suivre son désir, Pourvu que de naissance il sache la choisir. Ceci les réduirait, s'ils étaient tous deux sages. J'ai du bien, grâce aux dieux, assez pour trois ménages ; Il ne m'est plus besoin de former d'autres voeux Que de me voir bientôt renaître en mes neveux, Et qu'un petit Cherée entre mes bras se joue.PARMENON
Vous le verrez aussi, dormez en assurance ; Je ne suis pas devin, mais j'ai bonne espérance. Qui vous en parlerait Monsieur, dès aujourd'hui ?DAMIS
Agis, parle, dispose ainsi qu'il te plaira ; Tâche à me rendre heureux par un double hyménée : Si l'aîné pour Thaïs tient son âme obstinée, Je consens qu'il l'épouse avant la fin du jour. D'abord il te faudra combattre son amour, Et, s'il ne se rend point, lui redonner courage. Tu me vois, grâce aux dieux, assez sain pour mon âge ; Mais si la mort nous trompe, et rend libre mon fils, Il conclura l'affaire, ou peut-être encor pis. Je remets, Parmenon, le tout à ta prudence. De leurs plus grands secrets ils te font confidence : Ménage ton crédit, et m'avertis de tout ; Il n'y faut plus penser, si tu n'en viens à bout. Je m'en vais cependant trouver Archidemide : Par des tours de chicane un voisin l'intimide ; Tu peux en voir l'avis qu'il me vient d'envoyer. À les mettre d'accord on devrait s'employer : Il ne s'agit enfin que de fort peu de chose. Cette lettre contient un récit de la cause, Mais si long, si confus, que je veux, sans tarder, M'en instruire aujourd'hui, pour demain la plaider.PARMENON
Dites-lui qu'il abrège, et que votre présence Ne nous manque au besoin par trop de complaisance.PARMENON
Gardez de l'être, aussi.PARMENON, seul
Les voilà bien ensemble, et je tiens que le nôtre À rebattre un discours l'emporte dessus l'autre. Pour moi, j'ai de la peine à souffrir cet excès : Quand un plaideur s'en vient m'enfiler son procès, Quelque excuse aussitôt m'épargne un mal de tête, De peur d'être surpris la tenant toujours prête : D'un « Mon Maître m'attend » j'interromps leur caquet. Qu'Archidemide vienne, il aura son paquet, Fût-il plus révérend cent fois qu'il ne nous semble.SCÈNE III. Chremès, Phédrie, Chérée, Parmenon.
PARMENON
Tous deux fort à propos je vous rencontre ensemble ; Mais ce lieu m'est suspect, tirons-nous à l'écart.PHÉDRIE
Vous pouvez demeurer, je sais votre prudence ; On se peut devant vous ouvrir en confidence. Ne crains point, Parmenon.PHÉDRIE
Je savais son retour.PARMENON
Il sait aussi le vôtre ; Et comme on peut tomber d'un discours en un autre, M'ayant de vos amours longtemps entretenu, À des propos d'hymen il est enfin venu : Qu'il se voyait déjà presque un pied dans la tombe ; Qu'au faix de tant de biens chargé d'ans il succombe ; Que, pour courir à tout n'étant plus assez vert, Il se veut désormais tenir clos et couvert ; Caresser, les pieds chauds, quelque bru qui lui plaise ; Conter son jeune temps ; banqueter à son aise : « C'est là, ce m'a-t-il dit, le seul but où je tends ; S'ils veulent voir mes jours plus longs et plus contents, Il faut qu'un prompt hymen me délivre de crainte. Non que je leur impose une aveugle contrainte ; Pour plus tôt les réduire à suivre mon désir, Je leur laisse à tous deux le pouvoir de choisir (Citoyenne, j'entends), du reste il ne m'importe : Ennuyé des chagrins que l'âge nous apporte, Je ne demande plus qu'un entretien flatteur Qui dessus mes vieux jours me mette en belle humeur. Que l'un ou l'autre enfin choisisse une maîtresse. L'amour de ces objets qu'on suit dans la jeunesse Ne produit rien d'égal aux plaisirs infinis Que cause un sacré noeud dont deux coeurs sont unis. Tu sais que les douceurs jamais ne s'en corrompent ; Au lieu que ces amours, dont les charmes nous trompent, Jamais à bonne fin ne peuvent aboutir. On verra mon aîné trop tard s'en repentir : J'en ai su le retour aussitôt que l'absence ; Ce changement soudain, cette molle impuissance, M'empêchent d'espérer qu'il s'accorde à mes voeux ; Mais, le cadet encor n'étant pas amoureux, C'est là qu'il faut tourner l'effort de la machine ; Et de peur que Thaïs, ou quelque autre voisine, Par son civil accueil ne l'aille retenir, Sans perdre un seul moment il le faut prévenir. S'il se pouvait, ô dieux ! que j'aurais d'allégresse ! Tu sais qu'il a longtemps voyagé par la Grèce : À peine en revient-il, et depuis son retour Je ne vois point qu'encor il ait conçu d'amour. Ses plaisirs ont été les chevaux et la chasse : Avant qu'une maîtresse en son coeur ait pris place, Peut-être son devoir ailleurs l'aura porté. » À ces mots le vieillard, en pleurant, m'a quitté. C'est un père, après tout, il faut qu'on lui complaise.PHÉDRIE
Vraiment vous en parlez tous deux bien à votre aise ; Si l'amour en vos coeurs régnait pour un moment, Je vous verrais bientôt d'un autre sentiment.PARMENON
Contre moi sans raison vous entrez en colère : D'interprète, sans plus, je sers à votre père ; Quoique vous m'entendiez parler en précepteur, De tout ce long discours je ne suis point l'auteur ; Vous voyez que ceci tient beaucoup de son style.PHÉDRIE
Tu ne l'es pas non plus de la fourbe subtile Dont mon frère, en eunuque aujourd'hui déguisé, A chacun du logis par sa feinte abusé ? Qui t'a rendu muet ? cherches-tu quelque excuse ?CHERÉE
C'est à moi qu'il vous faut imputer cette ruse ; Assez pour m'en distraire il s'est inquiété. Enfin n'en parlons plus, c'est un point arrêté : Gardez votre Thaïs, laissez-moi ma Pamphile ; Et pendant que mon père est d'humeur si facile, Allons lui proposer le choix que j'en ai fait.PARMENON
Croyez-vous que d'abord il en soit satisfait ? N'étant que ce qu'elle est, j'en aurais quelque crainte.CHERÉE
Pamphile est citoyenne.CHERÉE
Et Chremès est son frère. Te conter en détail comment il s'est pu faire Demanderait peut-être un peu plus de loisir : C'est assez que la chose, au gré de mon désir, S'est naguère entre nous pleinement avérée. Outre que de sa soeur la foi m'est assurée, Chremès ne me tient pas un homme à dédaigner ; Il ne nous reste plus que mon père à gagner.PARMENON
Je vous le veux livrer au plus tard dans une heure. Du vieillard au procès savez-vous la demeure ? C'est là qu'il nous attend.PHÉDRIE
Que mon frère est heureux De se voir possesseur aussitôt qu'amoureux ! Chacun s'oppose au bien que mérite ma peine. Thaïs n'a plus en moi qu'une espérance vaine : Ne pouvant de discours plus longtemps l'amuser, J'ai promis de mourir, ou bien de l'épouser. Mourons, puisque l'on n'ose en parler à mon père ; Ce n'est que pour moi seul qu'il se montre sévère. Adieu, je vais mourir.PARMENON
Attendez un moment. J'ai par son ordre seul harangué vainement, Et par son ordre enfin je vous rends l'espérance. Vous feriez beaucoup mieux d'user de déférence ; Mais puisque tant d'amour loge dans votre sein, Que cette amour d'ailleurs s'obstine en son dessein, Vous irez jusqu'au bout, j'ose vous le promettre. Obtenez de Chremès qu'il se veuille entremettre, Et, parlant pour tous deux, vous sauve un compliment Qui vous ferait rougir dans son commencement.CHREMÈS
Je me tiens tout prié.PARMENON
Il n'est pas encor temps.SCÈNE IV. Damis, Chremès, Phédrie, Cherée, Parmenon.
DAMIS
Je reviens faire un tour : Mon homme était absent, et j'attends son retour. Mais j'aperçois nos gens qui consultent ensemble.DAMIS
Qu'a de commun Chremès avec leur entretien ? Ce n'était qu'un, jadis, de son père et du mien : Peut-être mes enfants lui content leur affaire.CHERÉE, bas à Chremès
Vite, car il s'approche.CHREMÈS
Allez, laissez-moi faire.PARMENON, à Cherée
Ne sauriez-vous sans hâte attendre l'avenir ? Votre tête à l'évent ne se peut contenir ; D'un ton plus sérieux tâchez de lui répondre ; Ne l'interrompez point, parlez sans vous confondre.À Chremès
Vous, commencez le choc, et puis à notre tour Vous nous verrez tous deux appuyer son amour.DAMIS
Damis a fait son temps, d'autres fassent le leur. Mais à propos, Chremès, quand serai-je de fête ? Pour rire à votre hymen dès longtemps je m'apprête : C'est une honte à vous d'être si vieux garçon, Et je veux que mes fils vous fassent la leçon. Quand voulez-vous quitter cette humeur solitaire ?CHREMÈS
C'est de lui qu'il s'agit.CHREMÈS
Je ne veux point penser un parti qui me touche ; Ses louanges, Damis, siéraient mal en ma bouche ; Mais enfin l'alliance est assez à souffrir : En un mot, c'est ma soeur que je vous viens offrir.CHREMÈS
À l'âge de quatre ans elle fut enlevée ; On vient de me la rendre, et Thaïs l'a chez soi. Afin que l'on ajoute à ceci plus de foi, Dès lors que vous aurez achevé l'hyménée, La moitié de mes biens à ma soeur est donnée, Avec espoir de tout, mais après mon trépas. Quant à vous étaler tous ses autres appas, Je ne m'en mêle point ; c'est à ceux qui l'ont vue.PARMENON, à Damis
Vous-même en deviendrez, je le gage, amoureux : On ne s'en peut sauver, et fût-on tout de glace ; J'estime sa beauté, mais j'admire sa grâce Ne cherchez pas plus loin, Monsieur, et m'en croyez.CHREMÈS, à Damis
Vous n'en sauriez juger si vous ne la voyez ; Aussi bien faudra-t-il prouver cette aventure, Quoique mon bien promis assez vous en assure : Si ce n'était ma soeur, voudrais-je la doter ? Beaucoup d'autres raisons m'empêchent d'en douter : L'âge et le temps du rapt peuvent servir d'indice ; Ce qu'en dit mon valet, ce qu'en sait sa nourrice, Une marque en son bras, une autre sur son sein.CHREMÈS
Thaïs vous apprendra tout cet événement : Sans l'ardeur de son zèle envers notre famille, Je n'aurais point de soeur, vous n'auriez point de fille. Pamphile doit au soin que les siens en ont eu Tout ce qu'elle a d'esprit, de grâce et de vertu. Enfin, chacun de nous étant son redevable, Pour moi, de ce côté je me tiens insolvable ; Ma soeur ne l'est pas moins, son amant l'est aussi : Jugez qui de nous tous doit prendre ce souci.CHREMÈS
Que voulez-vous qu'il donne, ou du moins qu'il promette Car donner maintenant n'est pas en son pouvoir.DAMIS
Ce sera, je m'en doute, à Damis d'y pourvoir : J'en suis content, Chremès, et veux, sans répugnance, Marquer cet heureux jour d'une double alliance. Ma joie et vos conseils, tout parle pour Thaïs ; Nous n'avons à gagner que le coeur de mon fils : N'appréhendez-vous point l'effort qu'il faudra faire ?SCÈNE V. Thrason, Gnaton, Chramès, Phédrie, Cherée, Parmenon, Syrisce, Donax, Sanga, Simalion, et autres personnages muets.
CHERÉE, bas à sa troupe
Voici le capitan tout prêt de nous braver.THRASON
Simalion, Donax, Syrisce, suivez-moi : Tu sauras ce que c'est d'avoir faussé ta foi, Déloyale Thaïs, et d'aimer un Phédrie. Mais il nous manque ici de notre infanterie.GNATON
Très bien.THRASON
Et toi, Syrisce...SYRISCE
Au gros ?...THRASON
Non, conduis l'aile droite.THRASON
Donax, prends ce bélier, et marche avec le gros. Je ne vois point Sanga, vaillant parmi les brocs. Sanga !SANGA
Que vous plaît-il ?THRASON
Tu manques de courage !SANGA
La vaillance du chef et de ceux qu'il faut battre M'ont fait croire, Seigneur, qu'on en aurait besoin, Il faut pourvoir à tout.GNATON
Oui, Seigneur ; et sachant qu'une troupe affamée N'est pas de grand effet, j'ai laissé Sauvion Pour mettre ordre au souper, et garder la maison.THRASON
Un autre emploi, Gnaton, se doit à ta prudence ; Va commencer l'attaque, et montre ta vaillance Je donnerai d'ici les ordres du combat. Jamais qu'en un besoin le bon chef ne se bat ; Chacun commence à craindre aussitôt qu'il s'exposeCHERÉE, sortant d'où il était caché avec sa troupe
Je n'en puis plus souffrir l'insolente bravade.THRASON
N'entends-tu rien, Gnaton ? Dieux ! c'est une embuscade. Enfants, sauve qui peut ! car nous sommes trahis. D'où peut être venu ce secours à Thaïs ?THRASON
Il faut tout éprouver avant que de combattre : Le sage n'en vient point à cette extrémité, Qu'après n'avoir rien pu gagner par un traité ; Quant à moi, j'ai toujours gardé cette coutume.GNATON
Vous êtes pour le poil autant que pour la plume, Bon en paix, bon en guerre, enfin homme de tout.THRASON
Qui peut sans coup férir mettre une affaire à bout, Serait mal conseillé d'en user d'autre sorte.THRASON
Mon bien.CHERÉE
Quoi ! votre bien ?THRASON
Pamphile.CHERÉE
Est-elle à vous ? Je n'aime point à rire, et suis un peu jaloux Trêve de différend, ou vous verrez folie.THRASON
De grâce, contestons sans fougue et sans saillie ; C'est belle chose en tout d'écouter la raison. Je soutiens que Pamphile appartient à Thrason.CHREMÈS
Par quel droit ?THRASON
On m'a toujours tenu pour un homme obligeant, Je le veux être encore : allez, je vous la donne ; Mais j'entends, pour Thaïs, que l'on me l'abandonne.PHÉDRIE
Encor moins celle-ci.THRASON
Que sert donc notre accord ?PHÉDRIE
J'ai l'esprit trop jaloux, je vous l'ai dit d'abord, Et ne saurais souffrir seulement qu'on la nomme.GNATON
Pauvres gens, d'attirer sur vos bras un tel homme ! Vous feriez beaucoup mieux de l'avoir pour ami. Il ne sait ce que c'est d'obliger à demi.PHÉDRIE
Beaucoup mieux ! Et qu'es-tu pour parler de la sorte ? Si je te vois jamais regarder cette porte, M'entends-tu ? tu sauras ce que pèse ma main. Ne me va point conter : « C'est ici mon chemin, Et je ne saurais pas m'empêcher d'y paraître » Je ne veux voir autour le valet ni le maître ; Est-ce bien s'expliquer ?PHÉDRIE
Hé bien ?GNATON, bas à l'écart
Notre soldat a la bourse garnie, Vous le pouvez admettre en votre compagnie. Il n'est pas pour vous nuire auprès d'aucun objet ; Pour donner du soupçon, c'est un faible sujet. Si Thaïs l'a souffert, vous en savez la cause ; Sa présence d'ailleurs est bonne à quelque chose : Il peut, sans vous causer de crainte et de souci, Vous défrayer de rire, et de festins aussi.PHÉDRIE
J'accepte, au nom des trois, le parti qu'on nous offre ; Non que nous ayons peur de fouiller dans le coffre, Mais afin d'en tirer du divertissement. J'en vais dire à Chremès quatre mots seulement : Car, que d'aucun soupçon mon âme soit saisie, Le soldat n'est pas homme à donner jalousie ; Tout ce que j'en ai dit était pour l'abuser. Mais crois-tu qu'au hasard il se veuille exposer ?PHÉDRIE, à Chremès
Chremès, votre conseil est ici nécessaire ; Et vous aussi, mon frère, approchez un moment.GNATON, retourne vers Thrason
Seigneur, j'ai ménagé votre accommodement ; Chacun pourra servir cette femme à sa mode, Et crois que ce rival se rendant incommode, Thaïs le quittera pour être toute à vous. On ne trouve jamais son compte à des jaloux : Votre bourse d'ailleurs n'étant point épargnée, L'intérêt vous pourra donner cause gagnée ; Et, fût-elle d'humeur à le trop négliger, Votre mérite seul suffit pour l'engager.GNATON
D'abord à ces Messieurs vous devez rendre grâce, Et reconduire après vos troupes au logis, Où, comme en quelque port heureusement surgis, Après tant de travaux, de dangers, et d'alarmes, En beaux verres de vin nous changerons nos armes, Buvant à la santé de notre conducteur, Qui de cette victoire a seul été l'auteur.THRASON
Je crois que c'est le mieux que nous puissions tous faire.À Phédrie et à sa troupe :
Messieurs, ne suis-je point en ce lieu nécessaire.PHÉDRIE
Comment ?PHÉDRIE
Gnaton vous a-t-il dit ?...THRASON
Oui, Messieurs, c'est de quoi Je rends très humble grâce à Votre Seigneurie : De ma part, si jamais il survient brouillerie, En pièces aussitôt je consens d'être mis ; Et de l'heureux malheur qui nous rend bons amis, Il ne sera moment que le jour je ne chôme.CHERÉE, à Thrason
Il reste cependant querelle entre nous deux. Quoi ! vous vouliez tantôt en prendre une aux cheveux ! Il faut que je la venge au péril de ma vie.SCÈNE VI. Damis, Chremès, Thaïs, Phédrie, Cherée, Pamphile, Parmenon.
CHREMÈS
Damis a bien perdu : Que n'a-t-il un moment avec nous attendu ! Comme nous il eût eu sa part de la risée. Mais le voici qui vient avecque l'épousée.DAMIS, présentant Pamphile à Cherée
Mon fils, je te la rends, tu peux l'entretenir ; Et je trouve Pamphile et si sage et si belle, Que, si je ne savais que tu brûles pour elle, Je t'y voudrais porter ; mais son oeil trop charmant En a su prévenir le doux commandement. Les dieux en soient loués, et fassent que son frère Achève sans tarder l'hymen qu'il prétend faire ! Je donne vingt talents.Talent : Fameux poids et monnaie des Anciens qui était de différente valeur selon les pays. Le talent hébraïque, persique et babylonien, valait 70 mines attiques, ou 700 écus de France. (...) [F]
CHREMÈS
J'accepte le parti.CHREMÈS
Épargnez-lui, Damis, cet aveu de sa flamme Son front vous dit assez ce qu'elle a dedans l'âme ; Cette rougeur n'a point les marques d'un courroux.CHREMÈS, à Thaïs
C'est savoir ajouter trop de grâce au bienfait.CHREMÈS
Quel autre effet ma soeur en pouvait-elle attendre ? Vos soins à l'obtenir, vos bontés à la rendre, Et l'excès d'amitié que nous avons pu voir, Nous enseignent assez quel est notre devoir. Disposez de mes biens, de moi, de ma famille ; Tenez-moi lieu de soeur.1 864 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica