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un seul est le mot juste.

Ballet en vers

Les Rieurs du Beau-Richard

Jean de La Fontaine· imprimée en 1659· 182 vers· 6 personnages

Cette oeuvre n'a pas été représentée.

Personnages

  • LE SAVETIER
  • LA FEMME DU SAVETIER
  • UN MARCHAND DE BLÉ
  • UN NOTAIRE
  • UN MEUNIER, et son âne
  • DEUX CRIBLEURS

PROLOGUE.

Le théâtre représente le carrefour du Beau-Richard à Chateau-Thierry.

UN DES RIEURS parle

Le Beau-Richard tient ses grands jours Et va rétablir son empire. L'année est fertile en bons tours ; Jeunes gens, apprenez à rire. Tout devient risible ici-bas, Ce n'est que farce et comédie ; On ne peut quasi faire un pas, Ni tourner le pied qu'on n'en rie. Qui ne rirait des précieux ? Qui ne rirait de ces coquettes En qui tout est mystérieux, Et qui font tant les Guillemettes ? Elles parlent d'un certain ton Elles ont un certain langage Dont aurait ri l'aîné Caton, Lui qui passait pour homme sage. D'elles pourtant il ne s'agit En la présente comédie : Un bon bourgeois s'y radoucit Pour une femme assez jolie. « Faites-moi votre favori Lui dit-il, et laissez-moi faire. » La femme en parle à son mari Qui répond, songeant a l'affaire : « Ma femme, il vous faut l'abuser, Car c'est un homme un peu crédule, Sous l'espérance d'un baiser, Faites-lui rendre ma cédule. « Déchirez-la de bout en bout Car la somme en est assez grande Toussez après ; ce n'est pas tout : Toussez si haut qu'on vous entende. « Il ne faut pas tarder beaucoup De peur qu'il n'arrive fortune. Toussez, toussez encore un coup, Et toussez plutôt deux fois qu'une. » Ainsi fut dit, ainsi fut fait. En certain coin l'époux demeure, Le galant vient frisque et de hait, La dame tousse à temps et heure. Le mari sort diligemment, Le galant songe à s'aller pendre ; Mais il y songe seulement : Pour cela n'est-il à reprendre. Tous les galants craignent la toux, Elle a souvent trouble la fête. Nous parlons aussi comme l'époux, Autant nous en pend sur la tête.

Le théâtre représente la place du Marché de Château-Thierry. On y distingue, sur le devant, la boutique d'un savetier, peu éloignée du comptoir d'un Marchand de blé.

PREMIÈRE ENTRÉE.

SECONDE ENTRÉE. Le Marchand, deux Cribleurs.

TROISIÈME ENTRÉE. Le Marchand, un Savetier.

LE SAVETIER, sortant de sa boutique, et s'adressant au Marchand

Bonjour, Monsieur.

LE SAVETIER

Il est bien gris.

LE MARCHAND

Quarante écus.

LE SAVETIER

Faut six setiers.

QUATRIÈME ENTRÉE. Le Marchand, un Notaire ; le Savetier, vers la fin.

LE MARCHAND, au notaire

Mettez pour six setiers de blé. Mine dans muid.

Muid : grande mesure de chose liquide, le muid de vin de Paris mesure 280 pintes [F]. "Mine dans Muid" signifiait à Chateau-Thierry, deux bichets en sus du muid.

LE MARCHAND

Quarante écus.

LE MARCHAND

À la Saint-Jean.

La Saint-Jean est autour du 20 juin.

LE SAVETIER

Jean ne me plaît.

La Saint Nicolas est dans le première quinzaine de décembre.

LE SAVETIER

Oui.

LE NOTAIRE

Signez-vous ?

LE SAVETIER

Non.

LE NOTAIRE

A déclaré... La chose est faite.

Le Notaire présente l'obligation étiquetée au Marchand, et dit :

Tenez.

LE MARCHAND, donnant une pièce de quinze sous au notaire

Tenez.

LE NOTAIRE

Il ne faut rien.

LE NOTAIRE

C'est assez dire.

Le Notaire et le Savetier sortent. Le Marchand reste dans sa boutique.

CINQUIÈME ENTRÉE. Un Meunier, et son âne.

L'ÂNE, sentant une ânesse

Hin-han, hin-han.

LE MEUNIER

Que veut-il dire ? Hé quoi ! Mon âne, êtes-vous fou ? Vous brayez quand vous voulez rire !

Le Marchand fait délivrer du blé au Meunier : Celui-ci le paye, et tous deux sortent avec l'âne porteur des sacs de blé.

SIXIÈME ENTRÉE. La Femme du Savetier entre d'abord seule, et ensuite le Marchand de blé.

LA FEMME

Que mon mari fait l'assoté ! Il ne m'appelle que son âme ; Si j'étais homme, en vérité, Je n'aimerais pas tant ma femme.

Sur la fin du couplet de la Femme, le Marchand de blé entre, et dit à part en regardant la boutique du Savetier.

Assoter : Rendre sot, gouverner quelqu'un avec quel empire, qu'il en fasse rien de son chef. [F]

SEPTIÈME ENTRÉE. La Femme et le Marchand tous deux dans la boutique, et un Pâtissier qui apporte la collation.

LE PATISSIER

Monsieur un tel se met en frais...

Il aperçoit le Marchand qui caresse la Femme du Savetier et dit à part :

Oh ! Oh ! Voici bien autre affaire ; Mais ne faisons semblant de rien...

Il s'adresse au Marchand et à la Femme.

Bonjour, Monsieur ; bonjour, Madame.

LE MARCHAND

Mets sur ton livre, pâtissier. Je n'ai pas un sou de monnaie.

Le Pâtissier sort, et le Marchand buvant à la santé de la Femme, dit.

LE MARCHAND

À vous !

LE MARCHAND, montrant le papier qui contient l'obligation que le Savetier a souscrite à son profit

Le voilà.

LE MARCHAND, déchirant un petit coin de l'obligation

Crac...

LE MARCHAND, déchirant le papier en entier

Il est déchiré tout du long.

LA FEMME, toussant

Hem !

LA FEMME, toussant encore un coup

C'est le rhume. Hem !

HUITIÈME ENTRÉE.

LE SAVETIER, accourant en diligence au signal, et disant d'un air railleur et courroucé

Ah ! Monsieur, quoi ! Vous voir chez nous ? C'est trop d'honneur que vous nous faites.

LE MARCHAND, se levant

Argent ! Argent !

LE SAVETIER, d'un air menaçant et cherchant à prendre l'obligation que le Marchand tient a la main

Papier ! Papier !

LE SAVETIER, s'avançant furieux sur le Marchand

Ce n'est rien fait : point de quartier ! Je ne me laisse point surprendre.

Le Marchand remet le papier au Savetier, et sort de sa boutique et du théâtre. Le Savetier et sa femme éclatent de rire. L'on danse.

182 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0