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Comédie en vers· Ou l'Intrigue des Académies

La Joueuse Dupée

Jean de La Forge· créée en 1664· 593 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en 1664 au Théâtre du Marais.

Personnages

  • CLIDAMANT, amant de Cléonice
  • TURLUPIN, valet de Clidamant
  • LE MARQUIS, joueur
  • URANIE, joueuse
  • CLÉONICE, fille d'Uranie
  • LISETTE, suivante
  • POLIXÈNE, précieuse
  • VALÈRE, père de Cléonice
NOTICE SUR J. DE LA FORGE de Victor FOURNEL (1875)

On manque de renseignements précis sur J. de la Forge, l'auteur de la Joueuse dupée. Nous ne connaissons à peu près de lui que ses ouvrages, et ceux-là ne sont pas nombreux puisqu'ils ne comprennent que cette petite comédie, et le Cercle des femmes savantes, dialogue en vers héroïques, qu'il avait publié l'année précédente. Le Cercle des femmes savantes (Paris, P. Trabouillet, CG3, in-12) est un document précieux pour l'histoire de la société polie. La clef qui le termine donne les noms de soixante-sept savantes dont il y est question sous des noms empruntés et sous une forme élogieuse. C'est un véritable supplément au Grand Dictionnaire de Somaize. Il est dédié à la comtesse de Fiesque, nommée l'illustre Axiamire dans le cours de l'ouvrage, et qui était une célébrité du monde précieux. Jean de la Forge se rattachait probablement lui-même à cette société : il y tenait du moins par ses goûts et par ses protecteurs, sinon par des relations directes, car il n'est même pas mentionné dans le Grand Dictionnaire de Somaize.

La Joueuse dupée, ou l'intrigue des Académies, en un acte en vers, dédiée à M. le marquis Dubois (Paris, A. de Sommaville, 1664, in-12), appartient encore presque autant au genre du dialogue pur et simple qu'à celui de la comédie proprement dite. Elle fut cependant, selon le Dictionnaire manuscrit de H. Duval, jouée sur le théâtre du Marais au mois de juin 1664. Clidamant est amoureux de Cléonice, fille de la joueuse Uranie craignant de ne pouvoir l'obtenir de la volonté de ses parents ; il use d'adresse, et l'enlève pendant une partie qu'engage avec sa mère un faux marquis de ses amis, joueur de profession. Le père, qui les rencontre au moment ou ils prennent la fuite, les ramène et le mariage est décidé. Voilà toute l'intrigue, qui n'a pas du coûter un grand effort d'imagination à l'auteur. Elle n'a même point de situation, à proprement parler, et elle est tout entière dans les conversations des personnages. On y rencontre encore une précieuse, mais dont le rôle est très effacé, et J. de la Forge y a lancé contre Molière un ou deux traits émoussés et timides, telum imbelle sine ictu.

La Joueuse dupée est généralement d'une versification lâche, d'un style mou, négligé, parfois incorrect, supérieur pourtant à celle de quelques écrivains souvent joués alors et particulièrement sur la scène du Marais. Tout l'intérêt en git dans les renseignements qu'elle nous donne sur le jeu à cette époque, sur le développement extraordinaire qu'avait pris, même parmi les femmes, la passion des cartes et des dés, sur les moeurs et habitudes des joueurs et sur les tricheries usitées parmi la plupart d'entre eux, que le marquis vient raconter cyniquement sur la scène comme une chose toute naturelle. Ces divers points seront éclaircies et complétés par les notes.

La pièce est fondée sur l'usage ou étaient certains maîtres ou certaines maîtresses de maisons de tenir en quelque sorte chez eux Académie ouverte de jeu. La passion du jeu avait pris et devait prendre jusqu'à la fin du règne, même sous la Régence, des développements dont rien aujourd'hui ne peut donner une idée. Les Académies publiques contre lesquelles La Bruyère s'est élevé si rigoureusement quelques années plus tard, ne suffisaient plus à cette frénésie dont la cour donnait le premier exemple des particuliers ouvraient directement, ou sous le couvert de leur livrée, des maisons de jeu dans leurs hôtels, et ces particuliers étaient souvent de grands seigneurs, des hommes revêtus des premières charges de la cour, comme Livry, le duc d'Antin, le grand écuyer ; plus souvent encore des femmes dont quelques-unes appartenaient aux plus hautes classes. Ces joueuses et ces joueurs enragés y cherchaient non-seulement la satisfaction de leur goût, mais un profit, un bénéfice particulier, directement ou indirectement prélevé sur les habitués, comme J. de la Forge le fait d'ailleurs entendre dans sa première scène.

La Flavie des femmes coquettes (1670), de Raymond Poisson,

Donne de grands cadeaux, fait la grande joueuse En tient Académie,

et l'on voit sa maison hantée par des pipeurs à qui son mari est obligé dé faire rendre gorge. Dans sa satire X, Boileau n'a pas oublié ce type de la joueuse :

Chez elle en ces emplois l'aube du lendemain Souvent la trouve encor les cartes à la main Alors, pour se coucher,les quittant, non sans peine, Elle plaint le malheur de la nature humaine, Qui veut qu'en un sommeil où tout s'ensevelit Tant d'heures sans jouer se consument au lit. Toutefois en partant la troupe la console Et d'un prochain retour chacun donne parole.

Brossette nous apprend en note que ce portrait de la joueuse à été fait d'après nature sur Madame X....

L'auteur des "Conversations morales sur le jeu" (1685) parle aussi des dames qui donnent à jouer, "car, ajoute-il, ce sont elles particulièrement qui se piquent de recevoir bien le monde" et il nous apprend qu'elles faisaient payer les cartes un peu plus cher que dans les brelans proprement dits, qu'elles recevaient chez elles toutes sortes de personnes, se contentant de savoir leur nom, ou pourvu qu'elles fussent amenées par un habitué ; qu'on y perdait des sommes excessives, que leurs maisons servaient de lieux d'entrevue, etc. (p. 251-3).

La comédie, la satire, les moralistes de l'époque reviennent sans cesse à ce fléau [1]. La police avait l'oeil ouvert sur tous ces établissements publics et privés ; elle les surveillait de son mieux, elle en ordonnait souvent la fermeture. Le roi était obligé d'intervenir pour arrêter cette industrie exercée sans honte par des gens de qualité. En 1678, Colbert écrit de sa part à La Reynie de faire prévenir le prince d'Harcourt et le prince de Monaco qu'ils doivent veiller à ce qu'on n'établisse pas de jeu dans leurs hôtels à l'abri de leurs livrées. Un peu plus tard, Seignelay commande au lieutenant général de faire assigner les dames de Fleurs et de Caligny à la police pour avoir donné à jouer, en les avertissant qu'elles seront condamnées a la rigueur si elles recommencent. [2]

Malgré toutes les précautions et toutes les ordonnances de police, le même état de choses persista opiniâtrement on vit même des poètes s'en mêler et, comme Palaprat,

Donner aux Muses le matin Et l'après-dinée aux joueuses. [3]

La mort de Louis XIV n'y changea rien, ou plutôt la Régence donna encore un nouvel essor à cet usage. On jouait publiquement dans l'hôtel du duc de Tresmes, gouverneur de Paris, et chacun y pouvait aller tenter la fortune, soit aux dés soit à l'ombre, au pharaon, au lansquenet, au trictrac, car chacun de ces jeux avait ses salles particulières. C'est le comédien Poisson qui était à la tête de cette entreprise, moyennant un loyer de mille livres par mois au duc de Tresmes. En 1722, on permit également à Blouin, intendant de Versailles, d'avoir chez lui une assemblée de jeu. "Quelques gens de condition, écrit Nemeitz au commencent du siècle suivant dans son "Séjour de Paris" [4] n'ont pas honte de tenir de telles assemblées dans leurs maisons. De mon temps il y en avait chez l'Envoyé de Gênes et dans l'Hôtel du prince Ragotzy au faubourg Saint-Germain, comme ayant de la cour la permission de tenir chez eux table pour les jeux de hasard, d'autant qu'ils sont permis aux ministres et aux princes étrangers, pendant qu'ils sont défendus absolument aux sujets du roi."

Nous nous sommes laissés entraîner bien au delà de l'époque de cette pièce. Revenons à l'ouvrage de J. de la Forge. S'il n'a pas une grande valeur littéraire, on reconnaîtra sans doute qu'il n'est pas sans une certaine importance historique en prenant le mot dans son sens le plus large, et que sa rareté, comme la curiosité des renseignements qu'il donne, pouvait lui mériter d'être reproduit dans ce recueil.

1. Voir Brillon, "Le Théophraste moderne" (1699), ch. du Jeu ; Dancourt, la Désolation des joueuses, 1687, et la Déroute du Pharaon, etc.

2. Correspondance adminstrative de Louis XIV, t II, p. 563, 572.

3. Voir les deux pièces de Palaprat : À M. de la Chapelle, pour le prier de prévenir M. d'Argenson en ma faveur sur un jeu qui était chez moi. - Au comte de Maurepas, sur ce que Mgr de Pontchartrain m'avait fait ordonner... de faire cesser mon jeu (1698).

4. Traduction française, 1727, t. I, p.200.

SCÈNE PREMIÈRE. Lisette, Clidamant, Turlupin.

TURLUPIN

Que diable ! Ta maîtresse est longue à s'attifer !

Attifer (s') : Vieux mot qui signifiait autrefois, coiffer, parer la tête des femmes. On le dire encore dans le style simple et familier. [F]

LISETTE

Je n'y saurais que faire Aussi bien comme vous j'en suis toute en colère. Mais, dût-on enrager, je le donne au plus fin, Quand on se couche au jour, de se lever matin. Je ne m'étonne pas, après un tel supplice, D'où naissent sur mon teint ces marques de jaunisse. Et si, devenant maigre à vous faire pitié, Il me faut étrecir mon corset de moitié. Dieu merci, nous faisons un assez beau ménage Mais je veux bien mourir si j'y suis davantage C'est trop en endurer, ma constance est à bout N'avoir point de repos, ne dormir point du tout, Sans oser dire un mot, souffrir un froid extrême, En dépit de ses dents jeûner plus d'un carême Faire du jour la nuit, et de la nuit le jour, Vous en êtes témoin, grâce à vôtre amour Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous voyez la dame Passer toutes les nuits sans voir ni feu ni flamme. Être dans une chambre à croquer le marmot, Ne trouver au matin ni marmite, ni pot, C'est pour être joyeuse et devenir bien grasse Se mette qui voudra dans ma chienne de place, Qu'une autre que Lisette y serve de jouet : Si j'y demeure plus, je veux avoir le fouet.

Étrecir : rendre plus étroit, étrecir un habit. [L]

Croquer le marmot : On dit proverbialement, qu'un homme a été longtemps à croquer le marmot ; pour dire, qu'on l'a laissé longtemps à attendre sur les degrés, dans un vestibule. Ce proverbe vient apparemment des compagnons peintres, qui, quand ils attendent quelqu'un, se désennuient à tracer sur les murailles quelques marmots ou traits grossiers de quelque figure. [F]

LISETTE

Il est vrai car le gain monte haut Les doubles maltoutiers, avec leur monopole, Empêchent à présent qu'on ne gagne une obole. N'enragerait-on pas de voir que ces filous Ont voulu rehausser les cartes de deux sous ? Je ne suis pas ici la seule qui murmure ; Personne n'est exempt de leur maudite usure, Et je pense qu'un jour on les verra, les gueux, Enchérir sur les choux et tondre sur les oeufs. S'ils étaient tous pendus que j'en aurais de joie !

Maltoutier : maltotier. Celui qui fait la maltôte [qui est un] impôt levé sou Philippe le Bel, pour la guerre contre les Anglais ou la perception d'un droit qui n'est pas dû, ou encore tout espèce de perception d'impôt. [L]

Obole : Monnaie de cuivre valant une maille, ou deux pites ; la moitié d'un denier. Quelques-uns veulent que ce soit seulement la quart d'un denier, la moitié d'une maille. [F]

LISETTE

Non, non.

SCÈNE I.. Clidamant, Turlupin.

TURLUPIN

Mais vous ne dites pas que Turlupin enrage, Et que dans mon pourpoint je crève de dépit De ce que bien souvent notre ventre en pâtit. Il est bien employé si l'on vous prend pour dupe ; Vous avez de l'amour pour un moule de jupe, Et vos gens cependant, avec vos carolus, Prennent pour eux la belle et vous donnent du flux. Je vous l'ai déjà dit, et vous le dis encore, Que l'on vous croit céans une franche pécore, Et que, vous érigeant en galant tout nouveau, Vous êtes bonnement leur valet de carreau : Témoin le grand miroir, attaché par derrière, Qui pour voir votre jeu leur servait de lumière, Et dont la fine dame, habile à vous tromper, Se faisait un moyen à vous mieux attraper ; Témoin ce diamant qu'ils avaient pour indice, Quand ils vous ballottaient avec leur artifice, Et dont les as, marqués par un adroit complot, Vous rendaient en un coup pic, repic et capot ; Témoin ces tours de main, dont la carte battue Avec subtilité s'ôtait à votre vue, Qui changeaient les écarts, et qui plus d'une fois Vous ont fait régaler d'un franc pâté de Rois, Témoin ce coup du hoc où, de ma connaissance, De trois marques et plus on haussa la séquence , Et les adroits joueurs, empochant le teston, Sur votre argent défunt firent un beau fredon. Témoin ce coup enfin, à la dernière fête, Où votre sot amour vous fit faire la bête, Et par une renonce habilement surpris, Vous laissâtes manger le chat à la souris.

Carolus : Monnaie du règne de Charles VIII, qui était marquée de son nom et d'une croix couronnée d'une fleur de lys à ses quatre franches ; elle valait dix derniers d'argent. [L]

Pécore : Se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]

Valet de carreau : carte à jouer qui permet de couper dans le jeu du hoc.

Pic repic : On le dit quelquefois au figuré, faire pic et repic ; pour dire, avoir grand avantage sur un autre. [F]

Hoc : Jeu de cartes mêlé du piquet, du berlan et de la séquence, qu'on appelle ainsi, parce qu'il y a six cartes qui font hoc ou assurées à qui les joue, et qui coupent toutes les autres cartes. Ce sont les quatre as, la dame de pique, et le valet de carreau. [F]

Séquence : terme du jeu de Hoc, de l'impériale, et autre jeux de cartes. C'est une suite de cartes de la même couleur : ce qu'on appelle au piquet tierce, quarte et quinte, etc. [F]

Teston : Ancienne monnaie de France qui a valu 15 sols, 6 deniers et depuis 19 sols 6 deniers. On a commencé à les fabriquer sous Louis XII en 1513. [F]

Fredon : Est aussi un terme de jeu de cartes. Ce sont trois ou quatre cartes semblables, comme trois ou quatre Rois, trois ou quatre valets, trois ou quatre dix, etc. Par exemple, au jeu de Hoc trois valets, ou quatre valets font un fredon qu'on appelle fredon troisième, fredon quatrième.

SCÈNE III. Claidamant, Le Marquis, Turlupin.

LE MARQUIS, riant de toute sa force

Je n'en puis plus, cousin, laisse moi rire.

LE MARQUIS

Oui, mornon et de plus qu'on le loue.

Mornon : probablement une interjection pour l'abréviation d'un juron "mort nom de ma vie".

CLIDAMANT

La baronne ! Un tel nom doit me rendre surpris Il n'est plus de baronne à présent dans Paris.

Voir le Baron de la Crasse de Poisson, scène 2. [Victor Fournel]

LE MARQUIS

C'est la joueuse Aglante ; elle est demi marquise, Mais je me moque d'elle, et je la baronnise Et ne puis endurer qu'elle ose devant moi Se vanter qu'aux plus fins elle fera la loi. Par hasard au piquet ayant perdu contre elle, Le gain, quoique petit, lui troubla la cervelle, Et présumant tenir son homme dans un sac, Elle me proposa le jeu du tric-trac ; Je l'accepte, et d'abord je vois qu'elle s'amuse Au Janot vétilleux qu'elle croit une ruse, Et ne s'aperçoit pas que, pour l'entretenir, À ses cases d'en haut elle ne peut fournir. Ce mauvais coup d'essai me donna l'espérance De profiter bientôt de son peu de science, Et dès les premiers coups abattant tout mon bois, En dépit de son Jan, je prends mon coin bourgeois ; L'injuste opinion d'être la plus habile L'empêche d'aviser aux bandes que j'enfile, Lorsque, par un malheur, je frappe dans son jeu Et la case du diable et celle du milieu. Elle, honteuse alors de se voir découverte, À force de caser, croit réparer sa perte ; Mais pour l'en empêcher, prévoyant l'accident, Je frotte par dessous mes dés de vif argent. C'est en vain désormais qu'elle use de fallace Remuant le cornet d'une façon mollasse, Et rompant de la main tous ses coups à propos, Je demeure fixé dans mes coins de repos. Autrefois le mari conseillait à sa femme, Mais j'étais seul alors avec la bonne dame, Et je pris tant de peine à gagner mon argent Que, malgré ses efforts, je vous fis mon grand Jan Surprise d'un seul coup, elle maudit ma chance, Et pense m'attraper au Jan de récompense ; Mais ces soins sont perdus, et ne m'empêchent pas De la matter une heure avec mes ambesas, Il arriva pourtant que, par une bévue, Je retombai deux fois sur Margot la fendue, Et par deux fois encor dessus Jan qui ne peut , Car un homme en ce jeu ne fait pas ce qu'il veut. Mais enfin, dans la peur de perdre ses pistoles, Elle même se brouille, et me fait vingt écoles ; Et moi, pour la réduire avançant mon retour. Je fournis ma carrière et j'achevai mon tour.

Piquet : est aussi le plus fameux des jeux de cartes, qui se joue entre deux personnes. [F]

Tric-trac : Jeu fort commun en France, qui se joue avec deux dés, suivant le jet desquels chaque joueur ayant quinze dames, les dispose artistement sur les pointes marquées dans le tablier, et selon les rencontres gagne ou perd plusieurs points dont douze font gagner une partie et les douze partie le tour ou le jeu. [F]

Fallace : Terme de philosophie. Vice d'une argument captieux et sophistique. [F]

Faire son Grand-Jan : c'est avoir douze dames couvertes dans la seconde table du trictrac.

Ambesas : Terme de jeu de tricquetrac, se dit aussi quand le dé amène deux as. [F]

SCÈNE IV. Uranie, Clidamant, Le Marquis, Cléonice, Lisette, Turlupin.

CLIDAMANT

Et Phénice ?

SCÈNE V. Uranie, Polixène, La Marquis, Clidamant, Cléonice, Lisette, Turlupin.

LE MARQUIS

Volontiers.

POLIXÈNE

À l'Hôtel, chercher la comédie. Comment ! À ce seul nom vous semblez refroidie ? Est-ce au Palais-Royal que vous voulez aller ?

Hôtel : Théâtre de l'hôtel de Bourgogne, théâtre parisien.

Palais-Royal : Théâtre du Palais-Royal, théâtre parisien concurrent de l'Hôtel de Bourgogne.

URANIE

Tout à fait. Prenons place.

Uranie, Polixène et le Marquis se mettent à jouer, tandis que les autres continuent à s'entretenir.

LISETTE

Sortez, elle consent, puisqu'elle ne dit mot : Avec vos compliments c'est trop faire le sot. Nous allons demeurer pour faire bonne mine.

Cléonice et Clidamant sortent, et Lisette avec Turlupin demeurent, et se mettent au devant des joueuses, de peur qu'elles ne les voient sortir.

SCÈNE VI. Lisette, Turlupin, Uranie, Polixène, Le Marquis.

POLIXÈNE

Fort peu On en fait au théâtre, et l'on en fait au jeu, Et les auteurs du temps, se mettant sur leurs gardes, Se servent d'impromptus comme de hallebardes.

Hallebardes : Arme d'attitude offensive, constitué d'un long fût ou bâton d'environ cinq pieds, qui a un crochet ou un fer plat et échancré aboutissant en pointe, et au bout une grande lame de fer forte et aigue. [F]

URANIE, au Marquis

Ah ! Vous êtes pour nous un marquis trop adroit, Et votre as appointé m'a prise au trébuchet.

Trébuchet : Se dit figurément et bassement, en morale, de tout pièce ou embûche où les imprudents se trouvent pris. [F]

SCÈNE DERNIÈRE. Valère, Cléonice, Uranie, Clidamant, et le reste.

CLÉONICE

Vraiment oui.

593 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0