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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Ecole de la Raison

Antoine de La Fosse d'Aubigny· créée en 1739· 1 638 vers· 10 personnages

Représentée par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi, le 20 Mai 1739.

Personnages

  • LA RAISON
  • LA FOLIE
  • UN PETIT MAÎTRE
  • UN BOURGEOIS
  • UNE VEUVE
  • UN PHILOSOPHE
  • UN SUISSE
  • UNE MÈRE
  • SA FILLE
  • L'AMANT de la Fille
AVERTISSEMENT

Cette Comédie n'est pas imprimée précisément telle qu'elle a été Jouée. La Représentation d'une pièce de théâtre étant bornée à un certain espace de temps, j'ai été obligé de retrancher quelques scènes que je rétablis ici. Ce sont celle du Petit Maître qui se trouvera la troisième, et les deux qui composent la petite intrigue de la fin. Ce n'est qu'avec beaucoup de regret que j'ai consenti à la suppression de ces deux dernière scènes, où le principal personnage vaincu par les discours de la Raison, revient du préjugé où il était.

Je pressentais le reproche qu'on m'a fait, de n'introduire sur la scène aucun Personnage qui se corrigeât. Pour le prévenir, j'avais tâché de conserver le même point moral, en mettant les Vers suivants dans la bouche de la Raison, à la place de ceux qu'on verra dans l'impression.

Par une vive instruction, Je leur ai du moins fait connaître Quel est le vrai sentier de la droite raison ; Et tel a résisté peut-être, Parce qu'il tient encor à ses préventions, Qui réfléchissant seul sur ce qu'il vient d'entendre ; Pourra dès demain se rendre, Par ses propres réflexions.

Mais on a jugé avec justice que cette espérance était trop vague. On lira aussi dans la scène du Bourgeois quelques vers qui n'ont point été récités sur le théâtre ; elle est un peu longue à la vérité ; mais je n'ai pas pu faire autrement, c'est la matière de deux scènes que j'ai réduite en une seule pour éviter de faire paraître deux personnages différents ayant les mêmes motifs, qui sont l'établissement de leurs enfants.

Je donne cette Comédie telle que je l'ai faite, et dans le même ordre de scènes pour conserver la variété nécessaire en pareil cas ; c'est au Public à décider si je fais bien d'oser mettre sous ses yeux des Vers sur lesquels il n'a pas encore porté son jugement ; je ne le fais que par l'avis de personnes éclairées, que des auteurs consommés se font gloire de consulter.

SCÈNE PREMIÈRE. La Raison, La Folie.

SCÈNE II.

SCÈNE III. La Raison, Damon.

LA RAISON

Voyons.

LA RAISON

De rien ?

LA RAISON, souriant

Oh, oh !

LA RAISON

J'écoute.

DAMON

Il faut d'abord s'attacher à connaître L'objet qui vous fait soupirer, Coeur, caractère, enfin tout ce qu'il en peut être ; Surtout lui laisser ignorer La force de l'amour que ses yeux ont fait naître, Toujours un peu le déguiser. En le laissant trop paraître, Elle pourrait en abuser. Il faut se conformer à sa façon de vivre ; Suivant le temps, l'occasion, Marquer beaucoup de froid, ou de la passion ; En tous lieux paraître la suivre, Régler sur ses discours sa conversation ; Faire à propos une heureuse visite, Qu'elle semble toujours un effet du hasard ; Un peu plutôt, un peu plus tard, En fait souvent tout le mérite, Et c'est-là souvent le grand art : Mais c'est un embarras dont on est bientôt quitte, Lorsqu'on sait bien expliquer un regard. Ce n'est pas tout, il faut avec intelligence, Vous comporter suivant les différents objets, Et distinguer avec prudence La Femme instruite, de l'Agnès ; L'art met entre ces deux beaucoup de différence ! La Femme, dans l'instant, conçoit tous vos projets ; Et si vous lui plaisez dans cette circonstance, Tout réussit bientôt au gré de vos souhaits ; Mais pour l'Agnès il n'en est pas de même ; Quoique souvent son amour soit extrême, Elle veut toujours le cacher. Sa pudeur lui défend de dire, un je vous aime ; Et c'est cet aveu-là qu'il lui faut arracher, Elle sait bien qu'on l'examine, Elle peut composer ses gestes, ses discours, Elle a peur qu'on ne la devine ; Mais on la devine toujours. Auprès d'elle sans cesse, On profite de tout, on la prie, on la presse, L'amour qu'elle a plaidé pour nous ; Enfin la pauvre enfant, après un feint courroux, Avoue en rougissant que son coeur nous adore, Et l'air dont elle fait des aveux aussi doux, Les rends plus précieux encore.

Agnès : personnage de l'Ecole des Femmes de Molière.

LE BOURGEOIS

Mais .

LA RAISON

Non.

LA RAISON

N'y pensez pas.

LE BOURGEOIS

Comment ?

LE BOURGEOIS

Oh ! Oui.

LE BOURGEOIS

Mais, enfin

LE BOURGEOIS

Eh, quoi ?

LA RAISON

Bon. Fort bien.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. La Raison, Une Vieille Coquette.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. La Raison, Le Philosophe.

LA RAISON, à part

Sa modestie est peu commune.

LE PHILOSOPHE

Quoi ?

LA RAISON

Votre modestie.

LE PHILOSOPHE

Il faudrait le pouvoir. Les savants enivrés de leur vaste science, Ne rendent pas justice à tout autre savoir ; Penser autrement qu'eux, c'est leur faire un offense, Il faut leur céder tout, ou ne les jamais voir. Je ne fus jamais fait pour tant de déférence. Puis-je parler avec un Grand, Qui toujours enflé de son rang, Laisse tomber sur vous d'un air de nonchalance, Un regard de protection ? Qui croit que le savoir avilit la naissance, Et que les armes et la danse, Peuvent seules fixer la noble attention, D'un homme de condition ? S'il vous écoute, il se compose, Pour faire imaginer qu'il ne vous entend point, Et comme il rougirait de savoir quelque chose, Il ne daignerait pas contester un seul point. Qui peut avoir une âme assez Stoïque, Pour soutenir sans s'émouvoir, Certain homme bourru qui prétend tout savoir ? Le petit doigt chargé d'un brillant magnifique, Sans cesse s'admirant dans son habit tout neuf, Lui qui sait, tout au plus, que quatre et cinq font neuf, Il vient d'un air hautain, et d'un ton emphatique, Disputer avec vous, sur un point de Physique, Avec autant d'audace et de présomption, Qu'un savant de profession. Sera-ce avec un petit Maître Qui, si vous le mettez sur un sujet savant, Parce qu'il n'y peut rien connAître, Vous regarde comme un pédant ? Sera-ce avec des femmelettes, Qui ne peuvent juger du prix que vous valez, Qui vous préfèrent des fleurettes, De ces petits écervelés, Qui les accablent de sornettes, Où le sens et l'esprit sont toujours immolés ?

LE PHILOSOPHE

Mais

LE PHILOSOPHE

Comment donc ?

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Le Suisse, La Raison.

SCÈNE XII. La Raison, Une Mère et sa fille.

LA FILLE

Mais...

LA RAISON

Eh bien !

LA FILLE

Mais...

LA RAISON

Enfin...

LA RAISON

Comment ?

LA RAISON

Oui.

LA FILLE

Hélas !

SCÈNE XIII. La Raison, La Mère, sa fille et son amant.

LA MÈRE, à sa fille

Écoutez ?

LISE et son amant

À la mère.

Que de bonheur !

À La Raison.

Par quels remerciements !...

SCÈNE XIV ET DERNIÈRE. La Raison, La Folie.

LA RAISON

Mais enfin...

DIVERTISSEMENT.

VAUDEVILLE.

1 638 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0