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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Inès de Castro

Antoine Houdar de La Motte· créée en 1723· 5 actes· 1 266 vers· 13 personnages

Représentée pour la première fois le 06 avril 1723 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain par la troupe de la Comédie française.

Personnages

  • ALPHONSE, roi du Protugal, surnommé le Justicier
  • LA REINE
  • CONSTANCE, fille de la Reine, promise à Don Pedre
  • DON PEDRE, fils d'Alphonse
  • INÈS, fille d'honneur de la Reine, mariée secrètement à Don Pedre
  • DON RODRIGUE, prince du Sang du Portugal
  • DON ENRIQUE, grand du Portugal
  • DEUX GRANDS de PORTUGAL
  • L'AMBASSADEUR, du Roi de Castille
  • DON FERNAND, domestique de Don Pedre
  • La GOUVERNANTE
  • Deux ENFANTS
  • Un garde

ACTE I

SCÈNE I. Alphonse, la reine, Inès, Rodrigue, Henrique, et plusieurs courtisans.

SCÈNE II. Alphonse, la reine, Inès, Rodrigue, Henrique, et plusieurs courtisans, l'ambassadeur de Castille, et sa suite.

SCÈNE III. Alphonse, la reine, Inès.

SCÈNE IV. La Reine, Inès.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Inès, dom Pedre, dom Fernand.

ACTE II

SCÈNE I. Constance, Alphonse.

CONSTANCE

Un objet de mépris ! Hélas, s'il pouvait l'être ! Si moins digne, Seigneur, du sang qui l'a fait naître, Son hymen à mes voeux n'offrait pas un héros, J'attendrais sa réponse avec plus de repos. Mais, je ne feindrai pas de le dire à vous même, Je ne la crains, Seigneur, que parce que je l'aime. Souffrez qu'en votre sein j'épanche mon secret : Quel autre confident plus tendre et plus discret, Pourrait jamais choisir une si belle flamme ? L'aspect de votre fils troubla d'abord mon âme. Des mouvements soudains inconnus à mon coeur, Du devoir de l'aimer firent tout mon bonheur ; Et vous jugez combien dans mon âme charmée S'est accru cet amour, avec sa renommée. Quand on vous racontait sur l'Africain jaloux Tant d'exploits étonnants, s'il n'était né de vous, Par quels voeux près de lui j'appelais la victoire ! Par combien de soupirs célébrais-je sa gloire ! Enfin je l'ai revu triomphant ; et mon coeur S'est lié pour jamais au char de ce vainqueur. Cependant, malheureuse, autant il m'intéresse, Autant je me sens loin d'obtenir sa tendresse : Objet infortuné de ses tristes tiédeurs, Je dévore en secret mes soupirs et mes pleurs : Mais il me reste au moins une faible espérance De trouver quelque terme à son indifférence : Tout renfermé qu'il est, l'excès de mon amour Me promet le bonheur de l'attendrir un jour. Attendez-le, seigneur, ce jour, où plus heureuse, Je fléchirai pour moi, son âme généreuse ; Et ne m'exposez pas à l'horreur de souffrir La honte d'un refus dont il faudrait mourir.

SCÈNE II. Alphonse, dom Pedre.

ALPHONSE

Vos fureurs ne sont pas une règle pour moi : Vous parlez en soldat, je dois agir en roi . Quel est donc l'héritier que je laisse à l'empire ! Un jeune audacieux dont le coeur ne respire Que les sanglants combats, les injustes projets ; Prêt à compter pour rien le sang de ses sujets. Je plains le Portugal des maux que lui prépare De ce coeur effréné l'ambition barbare. Est-ce pour conquérir que le ciel fit les rois ? N'aurait-il donc rangé les peuples sous nos lois Qu'afin qu'à notre gré la folle tyrrannie, Osât impunément se jouer de leur vie ? Ah ! Jugez mieux du trône ; et connaissez, mon fils, À quel titre sacré nous y sommes assis : Du sang de nos sujets, sages dépositaires, Nous ne sommes pas tant leurs maîtres que leurs pères ; Au péril de nos jours il faut les rendre heureux ; Ne conclure ni paix, ni guerre que pour eux ; Ne connaître d'honneur que dans leur avantage : Et quand dans ses excès nôtre aveugle courage Pour une gloire injuste expose leurs destins, Nous nous montrons leurs rois moins que leurs assassins. Songez-y : quand ma mort tous les jours plus prochaine, Aura mis en vos mains la grandeur souveraine, Rappelez ces devoirs et les accomplissez. Aujourd'hui mon sujet, dom Pedre, obéissez ; Et sans plus me lasser de vôtre résistance, Dégagez ma parole en épousant Constance, En un mot je le veux.

La vers 446 est le même que le vers 600 du Cid de Corneille et le vers 188 d'Agnes de Chaillot de Biancolelli (1723), parodie d'Inès de Castro.

SCÈNE III. Alphonse, dom Pedre, la Reine, Inès.

ALPHONSE

Inès !

INÈS

Moi ?

SCÈNE IV. Alphonse, la reine, Inès.

SCÈNE V. La reine, Inès.

SCÈNE VI. La reine, Inès, Constance.

ACTE III

SCÈNE I. Alphonse, la reine.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Alphonse, Inès.

SCÈNE IV. La reine, Alphonse, Inès.

SCÈNE V. La reine, Inès.

SCÈNE VI. Don Pedre, Inès.

SCÈNE VII. Constance, dom Pedre, Inès.

SCÈNE VIII. Alphonse, Constance, dom Pedre, Inès, la reine.

ACTE IV

SCÈNE I. [Alphonse, Un garde].

ALPHONSE, à un garde

Qu'on m'amène mon fils. Que mon âme est émue ! Quel sera le succès d'une si triste vue ! Si toujours inflexible il brave encor mes lois, Je vais donc voir mon fils pour la dernière fois. N'ai-je par tant de voeux obtenu sa naissance ; N'ai-je avec tant de soins élevé son enfance ; Et formé sur mes pas au mépris du repos, Ne l'ai-je vu si tôt égaler les héros, Que pour avoir à perdre une tête plus chère ! N'était-il donc, ô ciel, qu'un don de ta colère ! Seul, tu me consolais, mon fils ; et sans chagrin, Je sentais de mes jours le rapide déclin : Dans un digne héritier je me voyais renaître : Je croyais à mon peuple élever un bon maître ; Et de ton règne heureux, présageant tout l'honneur, D'avance je goûtais ta gloire et leur bonheur ! Que devient désormais cette douce espérance ! Tu n'es plus que l'objet d'une juste vengeance. Ton père et tes sujets vont te perdre à la fois ; Ta mort est aujourd'hui le bien que je leur dois. Ta mort ! Et cet arrêt sortirait de ma bouche ! La nature frémit d'un devoir si farouche. Je dois te condamner : mais mon coeur combattu Ressent l'horreur du crime en suivant la vertu. Je ne sais quelle voix crie au fonds de mon âme, Te justifie encor par l'excès de ta flamme ; Me dit, pour excuser tes attentats cruels, Que les plus furieux sont les moins criminels. J'ai du moins reconnu que malgré ton ivresse, Tu n'as point pour ton père étouffé ta tendresse : J'ai vu qu'au désespoir de me désobéir, Tu mourais de douleur, sans pouvoir me haïr. Mais de quoi m'entretiens-je ? Et que prétends-je faire ? Au mépris de mon rang ne veux-je être que père ? Ah ! Ce nom doit céder au nom sacré des rois. Quittons le diadème, ou vengeons-en les droits. En pleurant le coupable, ordonnons le supplice ; Effrayons mes sujets de toute ma justice ; Et que nul ne s'expose à sa sévérité, En voyant que mon fils n'en n'est pas excepté.

SCÈNE II. Alphonse, dom Pedre.

DON PEDRE

Que faut-il ?

ALPHONSE

Obéir.

SCÈNE III. Alphonse, Rodrigue, Henrique, et les autres grands du conseil .

RODRIGUE

Le devrais-je, seigneur ? Je vous ai pour Inès fait connaître mon coeur. Peut-être, sans l'amour dont elle est prévenue, De vous-même aujourd'hui je l'aurais obtenue ; L'infant seul, de ma flamme, est l'obstacle fatal ; Et vous me commandez de juger mon rival ! Consultez seulement votre propre clémence. Ce que vous ressentez, vous dit ce que je pense. Pour ce cher criminel tout doit vous attendrir. Peut-on délibérer s'il doit vivre ou mourir ? Pardonnez mes transports ; mais c'est mettre en balance La grandeur de l'empire avec sa décadence : C'est douter si du joug il faut nous dérober, Et si vôtre grand nom doit s'accroître ou tomber. Eh ! Quel autre après vous en soutiendrait la gloire ? Qui, sous nos étendards, fixerait la victoire ? Vous ne l'avez point vu : mais vos regards surpris Auraient à tous ses coups reconnu votre fils ; Et sur quelque attentat qu'il faille ici résoudre, Dans ses moindres exploits, trouvé de quoi l'absoudre. Il ose, dites-vous, violer les traités ; Mais les traités des rois sont-ils des cruautés ? Faut-il aux intérêts, aux voeux de la Castille Immoler sans pitié votre propre famille ? N'avez-vous pas, Seigneur, par vos empressements Avec assez d'éclat dégagé vos serments ? Croyez que Ferdinand rougirait si Constance Ne tenait un époux que de l'obéissance, Tandis que l'amour peut la couronner ailleurs, Et lui promet partout des sceptres et des coeurs. Il force le palais : je conviens de son crime : Mais vous-même jugez du dessein qui l'anime. Il n'en veut point au trône ; il respecte vos jours ; Au seul danger d'Inès il donne son secours. Amant désespéré plutôt que fils rebelle, Mérite-t-il la mort d'avoir tremblé pour elle ! Daignez lui rendre Inès ; vous retrouvez un fils, Touché de vos bontés, et d'autant plus soumis. Je dirai plus encor : s'il le faut, qu'il l'épouse. Ce mot sort à regret d'une bouche jalouse ; Mais dussai-je en mourir, sauvez votre soutien ; Sa vie est tout, Seigneur, et la mienne n'est rien.

ALPHONSE

Achève.

HENRIQUE

Je ne puis.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Alphonse, Constance, la Reine.

ALPHONSE

Je l'ai dû.

SCÈNE VI. Constance, la Reine.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Constance, Inès.

ACTE V

SCÈNE I. La reine, Constance.

SCÈNE II. Alphonse, la Reine, Constance.

SCÈNE III. Alphonse, Inès, un garde.

INÈS, au garde

Revenez sans tarder.

SCÈNE IV. Alphonse, Inès.

SCÈNE V. Alphonse, Inès ; et ses deux enfants amenés par une gouvernante .

SCÈNE VI. Alphonse, Inès, dom Pedre.

DON PEDRE, tombant entre les bras de dom Fernand

Ah ! Tout mon sang se glace.

1 266 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica