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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Les Machabées

Antoine Houdar de La Motte· créée en 1721, imprimée en 1722· 5 actes· 1 439 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois le 6 mars 1721 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain par la troupe de la Comédie française

Personnages

  • ANTIOCHUS
  • SALMONÉE
  • THARÈS
  • BARSÈS
  • MISAEL
  • ANTIGONE
  • CÉPHISE
  • ARSACE
  • HIDASPE
  • Gardes

ACTE I

SCÈNE I. Antiochus, Salmonée, Tharès, Barsès, gardes.

SCÈNE II. Antiochus, Salmonée, Tharès.

SCÈNE III. Salmonée, Tharés.

SALMONÉE

Je les connais, Tharès ; une intrépide foi Pourra sur mes enfants ce qu'elle peut sur moi. Le dieu qui reçut d'eux le plus constant hommage, Est sans doute aujourd'hui leur force et leur courage. Ses yeux ne sont-ils pas ouverts sur Israël ? Le dirai-je pourtant ? Le jeune Misaël, Le dernier de mes fils, trouble encore mon âme. J'ai vu son coeur brûlant d'une coupable flamme ; D'un amour qu'il combat, il est toujours rempli ; Et s'il n'est pas vaincu, du moins est affaibli. Quand Apollonius dans Sion alarmée Du superbe tyran vint établir l'armée, Qu'au nom d'Antiochus vengeur des nations Il donna le signal de nos proscriptions, Misaël vit souvent Antigone sa fille, Digne d'un autre peuple et d'une autre famille. Il voulait pour les juifs obtenir sa pitié ; Par elle, des tyrans vaincre l'inimitié. Il ne suivait alors d'intérêts que les nôtres : Mais il pensa se perdre, en priant pour les autres. Antigone brillant de vertus et d'appas, Fit sur lui des progrès qu'il n'apercevait pas. Il les connut enfin ; et pour mieux s'en défendre, Son amitié naïve osa me les apprendre. Je lui représentai les lois de son devoir. Malgré nos intérêts, il cessa de la voir. Pour étouffer des feux dont notre loi s'offense, Lui-même il s'imposa la plus sévère absence ; Et son coeur, dont je dois encor me louer, Du moins, en les sentant, sut les désavouer. Mais, ma chère Tharès, il faut ne te rien feindre, Pour lui plus que jamais tout est encore à craindre. Cette même Antigone est près d'Antiochus. Les secrets du tyran dans son sein sont reçus. Il la laisse après lui maîtresse de l'empire. Misaël l'a revue, hélas, sans me le dire ! C'est pour nos intérêts, dit-il ; mais que je crains Qu'il ne donne ce nom à des feux mal éteints. Que je crains cet amour dont le conseil perfide, Au plus doux de nos rois inspira l'homicide ; Et qui plus loin encore étendant son poison, Du sein de la sagesse arracha Salomon ! Ah ! Mon cher Misaël, contre de telles flammes Te défendras-tu mieux que de si grandes âmes !

SCÈNE IV. Misael, Salmonée, Tharés.

SALMONÉE

Achève.

SCÈNE V. Misael, Salmonée, Tharés, Barsés.

ACTE II

SCÈNE I. Antigone, Céphise.

ANTIGONE

Je tremble.

SCÈNE II. Antiochus, Misael, Antigone, Céphise.

SCÈNE I.I. Antigone, Misael, Céhise.

ACTE III

SCÈNE I. Antiochus, Antigone.

SCÈNE I.. Antiochus, Antigone, Salmonée.

SCÈNE III. Antigone, Salmonée.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Antigone, Barsés.

ANTIGONE

Barsès ?

SCÈNE VI.

SCÈNE VI.. Antigone, Misael.

ACTE IV

SCÈNE I. Arsace, Antiochus.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Antiochus, Arsace.

SCÈNE IV. Antiochus, Salmonée, Tharés.

SCÈNE V. Salmonée, Tharés.

SCÈNE VI. Antiochus, Salmonée, Tharés.

SCÈNE VII. Antiochus, Hidaspe.

ANTIOCHUS

Parle.

HIDASPE

Ils touchaient déjà le pied des monts prochains, Lorsqu'au soleil naissant nous les avons atteints. Misaël et Barsès conduisaient Antigone. De vos propres soldats un corps les environne, Qui se voyant suivis, saisissent à l'instant D'un passage serré l'avantage important. Nous pensions sans effort dissiper les perfides ; Que par leur trahison devenus plus timides, Ils s'allaient, en fuyant, dérober à nos coups : Mais, loin de s'ébranler, ils s'encouragent tous, La peur du châtiment irrite leur audace ; Et du seul désespoir ils attendent leur grâce. Antigone à leurs yeux déployant ses trésors, Promet d'en partager le prix à leurs efforts : Mais ce qui plus que tout animait leur défense. C'était de Misaël l'héroïque vaillance. Vos yeux de son courage auraient été jaloux ; C'est de tous les mortels le plus grand après vous. Son bras de flots de sang fait ruisseler la terre ; Chacun pensait en lui voir le dieu de la guerre ; Et Barsès dans vos camps nourri jusqu'aujourd'hui, Ne paraissait qu'apprendre à combattre sous lui : Barsès tombe mourant : mais toujours invincible, Le magnanime hébreu n'en est pas moins terrible, Tant qu'enfin ses soldats par le nombre accablés, Expirent presque tous sous nos coups redoublés. Je fais en ce moment enlever Antigone ; Misaël qui le voit lui-même s'abandonne ; Il jette son épée ; et se livre en nos mains. Exécutez, dit-il, vos ordres inhumains ; Malgré tous mes efforts elle est votre captive ; Je n'ai pu la sauver ; il faut que je la suive. Enchaînés l'un et l'autre on les amène ici. Vous les verrez bientôt, Seigneur ; mais les voici.

SCÈNE VIII. Antiochus, Misael, Antigone.

ANTIGONE

Souffrez, Antiochus, que je me justifie ; Non, que je prenne encor aucun soin de ma vie, Que je prétende ici fléchir votre courroux ; Mais pour mon propre honneur, pour moi, plus que pour vous. De mon coeur dès longtemps Misaël est le maître ; Je brûlais d'un amour que Sion a vu naître ; Je le cachais toujours et n'en triomphais pas. Quand le ciel de mon père ordonna le trépas, Au sein de votre cour vous m'avez appelée. De toutes vos faveurs votre amour m'a comblée. Vos soins impatients prévenaient mes souhaits. Je n'avais plus de coeur à rendre à vos bienfaits ; Et je m'en suis tenue à la reconnaissance Que mon destin encor laissait en ma puissance. De vos seuls intérêts j'ai fait mon premier soin. Je voulais votre gloire ; et vous m'êtes témoin Que si vous aviez crû ce que j'osais vous dire, Si mes conseils sur vous avaient eu plus d'empire, Ils devaient prévenir ou suspendre le cours De tant de cruautés qui ternissent vos jours. Mais malgré mes conseils, mes soupirs et mes larmes, Votre orgueil a souillé le succès de vos armes. Vous chargez de vos fers toute une nation. Vous changez la victoire en persécution. Israël est proscrit par cet orgueil perfide ; Et pour lui votre règne est un long homicide. Mes yeux se sont enfin lassés de vos rigueurs ; Et ma fuite aujourd'hui m'associe à leurs pleurs. Leur magnanimité, leur longue patience Ont au dieu des hébreux gagné ma confiance ; Et j'ai crû que le dieu dont les secours puissants Soutenaient la vertu dans les coeurs innocents, Valait mieux que des dieux qui laissent impunie L'ivresse de l'orgueil et de la tyrannie. Vous connaissez pourquoi j'ai suivi Misaël. Je partage avec lui le destin d'Israël ; Et dussai-je irriter votre fureur jalouse, Je suis israélite et de plus son épouse.

ANTIOCHUS

Son épouse ! Grands dieux !

Voulant tirer son épée contre Misaël.

Ah ! Cruel, de ta vie...

SCÈNE IX.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Misael, Salmonée.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Antiochus, Salmonée.

SCÈNE V. Antiochus, Salmonée, Arsace.

ARSACE

Vos ordres sont remplis ; et je viens vous apprendre Le sort de deux grands coeurs qui ne sont plus que cendre. Sitôt qu'on vous a vu rentrer dans le palais, Du supplice fatal on hâte les apprêts ; On conduit au bûcher Antigone enchaînée ; Misaël soupirant y suit l'infortunée. Je ne vous tairai point le murmure et les pleurs D'un peuple consterné qu'accablent leurs malheurs. Chacun jette des cris : chacun se désespère De voir cette beauté qui vous était si chère, Par qui depuis longtemps sur vos heureux sujets Vous vous plaisiez vous-même à verser vos bienfaits, Que jusques-là, seigneur, si j'ose vous le dire, Votre amour et nos voeux appelaient à l'empire, Au lieu de ces grandeurs qui semblaient la chercher, Ne trouver aujourd'hui qu'un infâme bucher. Elle seule est tranquille ; elle seule demeure Insensible à des maux que tout le monde pleure ; Et loin de nous montrer un front épouvanté, Une modeste joie ajoute à sa beauté. L'erreur la rend ensemble impie et généreuse : Puissiez-vous vivre heureux comme je meurs heureuse, Nous dit-elle ; et soumis à de plus saintes lois, En quittant vos faux dieux, mériter de bons rois ! Puis avec un regard tout plein de sa tendresse, À son nouvel époux cette amante s'adresse : Que je bénis l'amour que tu m'as inspiré, Puisqu'à ton dieu par-là mon coeur fut attiré ! Ma foi, pour l'un et l'autre, aujourd'hui se signale : Ce bucher est pour moi la couche nuptiale ; Et ce trône de flamme où je m'en vais monter, Vaut mille fois celui que tu m'as fait quitter. Dans ses derniers adieux vingt fois elle l'embrasse, Et soudain au bucher vole prendre sa place. Alors selon votre ordre on retient Misaël, Qui, détournant les yeux du spectacle cruel, Les fixe vers le ciel, qu'à genoux il implore Pour cet objet chéri que la flamme dévore ; Et des mains des bourreaux dès qu'il peut s'arracher, Il s'élance lui-même au milieu du bucher, Où des feux irrités la prompte violence A bientôt par leur mort rempli votre vengeance. Oui ; vous êtes vengé, seigneur, ils ont vêcu.

SALMONÉE

Oui, superbe, tu l'es ; et ton pouvoir t'échappe ; Voilà le dernier coup dont le seigneur nous frape. Le sang de mes enfants vient de le désarmer. Ta rage contre nous a beau se ranimer, L'éternel à son tour va prendre sa vengeance. Notre opprobre finit, et ta honte commence. Dieu déploie à mes yeux l'avenir qui t'attend. Je vois du peuple élu le triomphe éclatant ; À leur tête je vois de nouveaux macchabées, Le renaissant appui de nos villes tombées, Marchant à la victoire, et prêts d'exécuter Les exploits que mes fils viennent de mériter. Les puissances du ciel à leurs côtés combattent ; Sous le glaive divin tes légions s'abattent ; Tout est frappé ; tout meurt ; et le juif glorieux Dans les murs de Sion rentre victorieux. Par ta confusion ta rage ranimée Menace le seigneur d'une plus forte armée ; Tu viens : mais il t'arrête ; et ses coups plus certains Te renversent toi-même avec tous tes desseins. Ton corps n'est bien-tôt plus qu'une honteuse plaie ; Tes amis, tes flatteurs, tout fuit, et tout s'effraye. Un dieu juste condamne, en terminant ton sort, Le coeur le plus superbe à la plus vile mort. Alors reconnaissant que tu devais le craindre, Tu cesses de braver ; tu ne sais que te plaindre ; Tu lui demandes grâce ; et prêt à l'adorer, Tu ne veux plus de jours que pour tout réparer : Mais ton faux repentir à ses yeux est un crime, Il ne t'écoute plus et tu meurs sa victime. Implacable tyran, voilà ton avenir. Ma voix te le révèle ; et tu peux m'en punir : Mais, si de ton courroux je ne deviens la proie, Je mourrai, malgré toi, de l'excès de ma joie.

1 439 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0