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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Hercule

Jean François Juvénon de La Thuilerie· créée en 1681, imprimée en 1682· 5 actes· 1 469 vers· 10 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de l'Hôtel Guénégaud le 7 novembre 1681.

Personnages

  • HERCULE
  • IOLE, Fille d'Euritus Roi d'OEcalie
  • DÉJANIRE, Femme d'Hercule
  • PHILOCTÈTE, Prince d'Eubée, Amant d'Iole
  • LYCAS, Capitaine des Gardes d'Hercule
  • CLÉON, Confident de Philoctète
  • PHÉNICE, Confidente de Déjanire
  • DIRCÉ, Confidente d'Iole
  • AGIS, un des gardes de Déjanire
  • SUITE
Madame,

À MADAME LA DAUPHINE

Je n'aurais jamais osé prendre la liberté de mettre votre auguste Nom à la tête de cette Tragédie, si vous ne m'eussiez fait l'honneur de me dire vous-même que la représentation ne vous en avait pas déplu. J'ai crû, Madame, qu'un Ouvrage d'esprit, qui avait pu occuper durant quelques moments une des plus grandes et des plus spirituelles Princesses du monde, n'était pas absolument sans quelque beauté ; et j'ai eu la vanité de m'imaginer que la lecture ne vous en serait pas désagréable. Mais je dois vous avouer, Madame, que le principal motif du Présent que j'ose vous faire, a été le désir de pouvoir mêler ma joie à celle que donne à tout le monde l'assurance de votre heureuse grossesse, qui promet des Héros à la France, des Fils au plus charmant Prince de la terre, et des neveux au plus grand Roi qui fut jamais. C'est-là, Madame, tout ce que j'ose vous dire ; et il ne me reste plus qu'à vous protester que je suis avec un profond respect,

Madame,

Votre très humble et très obéissant Serviteur,

LA THUILLERIE.

PRÉFACE

J'ai lieu d'être content du succès de cette Tragédie, quoiqu'elle ait eu pour ennemis des personnes, qui devant être les plus intéressées à la faire réussir, n'ont pas laissé de l'interrompre dans le plus fort de son cours ; mais enfin le bon goût de la Cour, et l'équité du Public, m'ont vengé de leur injustice.

Deux ou trois petits génies, qui n'ayant jamais pu faire d'eux-mêmes quelque chose qui méritât des applaudissements, n'ont pu souffrir ceux que cette Pièce m'attirait tous les jours ; et n'osant pas la condamner absolument, parce que des gens d'un goût exquis la trouvaient digne de leur estime, ils ont pris le parti de dire que je ne l'avais pas faite. En effet, ils n'ont pas manqué de répandre dans le monde que je n'avais fait que prêter mon nom à un homme d'esprit de mes amis, qui est véritablement le seul que je consulte, et qui est peut-être aussi honteux de voir qu'on lui attribue mes Ouvrages, que je dois être glorieux de savoir qu'on les estime assez pour croire qu'il en soit l'Auteur. Quoiqu'il en soit, ceux qui ont fait courir ce bruit, n'ont pu avoir jusqu'ici cet avantage, et on ne leur a jamais fait l'honneur d'attribuer à un autre le peu de méchantes choses qui ont paru depuis quelque temps sous leur nom.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Hercule, Lycas.

SCÈNE II. Hercule, Philoctète, Lycas, Cléon.

PHILOCTÈTE

Vous l'aimez ?

HERCULE

Je l'adore.

PHILOCTÈTE

Ah ! Seigneur.

SCÈNE III. Hercule, Philoctète, Lycas, Cléon, Agis.

PHILOCTÈTE

Qu'entends-je ?

SCÈNE IV. Hercule, Philoctète, Lycas, Cléon.

PHILOCTÈTE

Quoi, Seigneur...

PHILOCTÈTE, à part

Ô Ciel, en quelle gêne...

SCÈNE V. Philoctète, Cléon.

SCÈNE VI. Iole, Philoctète, Cléon, Dircé.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Hercule, Philoctète.

SCÈNE II. Hercule, Philoctète, Lycas.

SCÈNE III. Hercule, Déjanire, Phénice, Lycas.

SCÈNE IV. Hercule, Lycas.

SCÈNE V. Hercule, Iole, Lycas, Dircé.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Hercule, Philoctète, Lycas, Suite.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Déjanire, Phénice.

SCÈNE II. Déjanire, Phénice, Lycas.

DÉJANIRE

L'épouser !

SCÈNE III. Déjanire, Phénice.

SCÈNE IV. Hercule, Déjanire, Lycas, Phénice.

SCÈNE V. Hercule, Lycas.

SCÈNE VI. Hercule, Lycas, Iole, Dircé.

SCÈNE VII. Hercule, Philoctète, Lycas, Iole, Phénice.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Iole, Dircé.

SCÈNE II. Hercule, Iole, Dircé, Lycas.

SCÈNE III. Iole, Dircé.

SCÈNE IV. Philoctète, Iole, Dircé.

SCÈNE V. Iole, Dircé.

SCÈNE VI. Déjanire, Iole, Phénice, Dircé.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

DÉJANIRE, seule

Enfin quelques périls qui menacent ma flamme, Un rayon d'espérance éclaire encor mon âme ; Et du sang de Nessus le succès que j'attends, Peut fixer d'un époux les désirs inconstants. Favorable à mes voeux, quoiqu'un peu trop timide, Iole en ce moment tâche à me rendre Alcide. Elle a dû lui porter ce vêtement pompeux Dont le charme secret va rallumer ses feux ; Et Phénice attentive à cet heureux mystère, Me viendra dire ici ce qu'il fait que j'espère. Ô vous, qui tenez seul mon sort entre vos mains, Qui pouvez ou confondre, ou servir mes desseins, Jupiter, si sur vous rejaillit mon injure, Faites que votre Fils cesse d'être parjure. Mais que Phénice tarde à me faire savoir S'il faut que je bannisse ou la crainte, ou l'espoir ! Mon coeur en cet état rempli d'inquiétude Trouve un surcroît d'ennui dans son incertitude, Et cet espoir confus dont il se flatte en vain, Lui semble plus cruel, qu'un malheur plus certain. Hercule par un sort qui me poursuit sans cesse, N'aura point accepté le don de la Princesse : Ou peut-être elle-même oubliant mes avis, Dans ce grand embarras ne les a point suivis, Mais de quel sentiment suis-je préoccupée. Cette perfide, hélas, m'a peut-être trompée ; Elle n'a feint d'aimer Philoctète à mes yeux, De haïr mon époux, que pour me tromper mieux. Quoi, Junon avec lui ton coeur d'intelligence, Impuissant à le perdre, oublierait sa vengeance ! Eh bien, je suffirai, puisque tu ne peux rien, À venger aujourd'hui ton affront et le mien. J'y cours, et s'il est vrai qu'Iole me trahisse, Son sang commencera l'horreur du sacrifice ; Et du même poignard dont j'armerai ma main, De mon perfide époux j'irai percer le sein ; Et le tournant sur moi, pour couronner mes crimes, Je me sacrifierai moi-même à mes victimes.

SCÈNE II. Déjanire, Phénice.

DÉJANIRE

Ô Ciel !

SCÈNE III. Déjanire, Philoctète, Phénice, Cléon.

DÉJANIRE

Ciel !

PHILOCTÈTE

Ce Vainqueur Dans ce moment fatal sent dévorer son coeur, Il crie, il court, s'agite, et rien ne le soulage. Par des regards de flamme il exprime sa rage ; Et quand il veut parler, pour marquer ses douleurs, Par ses gémissements il glace tous les coeurs. Aux cris de ce Héros mille cris se confondent : Le Temple en retentit, les voûtes y répondent : Tout semble être d'accord dans ce jour malheureux Tour redoubler l'horreur de ce spectacle affreux. Tantôt sa Garde fuit, et tantôt se rassemble : Tout se trouble, et le peuple, et les prêtres, tout tremble. On voit même frémir les Images des Dieux. Celle de Jupiter a détourné les yeux : Oui, Madame, ce Dieu qu'un métal représente, Dans nos coeurs étonnés a jeté l'épouvante ; Et comme prenant part aux malheurs de son Fils, Des regards menaçants il nous a tous surpris. Ce Fils l'implore en vain : l'ardeur qui le consume, Coule de veine en veine, et toujours se rallume, De ces habits brûlants, le feu mystérieux L'irrite d'autant plus qu'il se cache à ses yeux. En vain pour les ôter il met tout en usage : De sa force épuisée il redouble sa rage ; Et plus il fait d'effort pour se les arracher, Plus il les sent sur lui s'unir et s'attacher. Il court plein de courroux, oubliant sa tendresse, De reproches sanglants accabler la Princesse, Qui promenant sur lui ses regards incertains, Lui dit qu'elle a reçu ce présent de vos mains. On s'aperçoit alors que son esprit se trouble : Son désespoir s'augmente, et notre effroi redouble. Il vous nomme, il vous cherche ; et je crains qu'en ces lieux Bientôt de ses fureurs il n'alarme vos yeux. Voilà le triste effet du vêtement funeste Qu'Iole a par vos soins...

PHÉNICE

Madame...

SCÈNE IV. Hercule, Philoctète, Lycas, Suite.

HERCULE

Ô poison infernal, ô flammes dévorantes, Qui vous renouvelez dans mes vaines brûlantes ! Funestes vêtements que mes plus grands efforts Ne sauraient arracher de ce malheureux corps ! Et toi, femme exécrable, et digne du tonnerre, Montre dont je devais avoir purgé la Terre, Viens voir sous tes fureurs succomber un époux, Qui cent fois de Junon a bravé le courroux. Viens. Mais tout fuit comme elle, hélas ! tout m'abandonne. Chacun craint d'éprouver l'horreur qui m'environne. Moi-même je me suis dans ce commun effroi, Et je traîne partout mon Enfer avec moi. Je brûlais dans le Temple, et ce feu dure encore. Il ne consume rien de tout ce qu'il dévore ; Ou les Dieux ennemis d'un coeur désespéré, Reproduisent en moi ce qu'il a dévoré. Mais Ciel, si vous avez épuisé ma constance, Ne lasserez-vous point t'offre persévérance ? Ou bien, puisque je dois subir votre courroux, Ne méritai-je point de mourir par vos coups ? Et faut-il pour combler ma honte et ma misère, Qu'une femme exécute, ou Junon délibère ? Et vous, Maître des Dieux, si je suis votre Fils, Ne prêterez-vous point votre oreille à mes cris ? Je ne demande plus cette force indomptable Qui jusques aux Enfers m'a rendu redoutable ; Qui dans le vaste cours de mes travaux passés M'a soumis cent tyrans du Trône renversés ; Qui remplit autrefois d'horreur et d'épouvante La forêt_de_Némée et le Mont_d_Érymanthe, Et qui m'a fait dompter mille monstres affreux. Non, donnez-moi la mort, c'est tout ce que je veux. Du barbare Lycas la prudence inhumaine, En désarmant ma main, a prolongé ma peine. Venez à mon secours, Rois que j'ai protégés, Peuples que j'ai servis, Dieux que j'ai soulagés. Tout est sourd à mes cris ; et le Ciel et la Terre Aujourd'hui de concert me déclarent la guerre. Il me faut des Enfers emprunter le secours. Que dis-je, ils ont produit le bourreau de mes jours. C'est eux, qui pour me perdre enfantant Déjanire, Lui souffrent, malgré moi, le jour qu'elle respire ; Et qui la vomissant de leurs gouffres affreux, N'ont rien voulu garder de plus horrible qu'eux. Qu'on la cherche partout, Lycas, qu'on l'amène, Pour jouir à loisir des effets de sa haine. D'un spectacle si doux ne privons point ses yeux.

SCÈNE V. Hercule, Philoctète, Lycas, Cléon, Suite.

PHILOCTÈTE

Ciel !

1 469 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica