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un seul est le mot juste.

Comédie en prose· Comédie en un Acte

La Cigale chez les Fourmis

Eugène Labiche, Ernest Legouvé· créée en 1876, imprimée en 1892· 5 personnages

Représentée pour la première fois à Paris au Théâtre-Français le 23 mai 1876.

Personnages

  • PAUL DE VINEUIL
  • CHAMEROY, industriel retiré
  • MADAME CHAMEROY, sa femme
  • HENRIETTE, leur fille
  • UN DOMESTIQUE

LA CIGALE CHEZ LES FOURMIS

SCÈNE PREMIÈRE. Chameroy, Madame Chameroy.

Un salon chez Chameroy, ameublement sans élégance. Un bureau à gauche, à droite un canapé.

MADAME CHAMEROY, faisant de la tapisserie

Mon_Dieu, Monsieur_Chameroy, comme tu es nerveux aujourd'hui ! Reste donc tranquille !

CHAMEROY

Cela vous est bien facile, à vous autres femmes ! Vous avez un calmant toujours prêt : votre tapisserie... Mais nous, pauvres hommes, quand quelque chose nous agite...

MADAME CHAMEROY

Pourquoi t'agites-tu ?

CHAMEROY

Pourquoi ! Le jour où je marie ma fille !

MADAME CHAMEROY

D'abord, tu ne la maries pas encore... C'est aujourd'hui la première entrevue sérieuse.

CHAMEROY, allant à elle

Oui ! Mais comment cette entrevue va-t-elle se passer ? Voyons, recordons-nous. Dis-moi bien ce qui est convenu.

MADAME CHAMEROY

Quand tu te seras assis.

CHAMEROY, s'asseyant

Voilà... Eh bien ?

MADAME CHAMEROY

Eh bien, rien de plus simple. Monsieur_le_Comte_de_Vérac a dit hier soir à la sortie de l'Opéra à Madame_de_Torcy, sa cousine, qu'il viendrait aujourd'hui à quatre heures.

CHAMEROY

Sous quel prétexte ? Car, avant tout, il ne faut pas qu'Henriette se doute...

MADAME CHAMEROY

Rapporte-t-en donc à moi. Il viendra sous prétexte de louer le rez-de-chaussée de notre maison du boulevard_Haussmann.

Le boulevard Haussmann est une voie de 2,5 km de long.

CHAMEROY

Parfait ! Un sujet de conversation excellent. Où un homme montre son caractère, ses goûts, ses habitudes, et qui n'apprendra rien à Henriette... car, avant tout, il ne faut pas qu'elle se doute...

MADAME CHAMEROY

Sois donc tranquille !

CHAMEROY

Mais Monsieur_de_Vérac a donc été content de la visite qu'il nous a faite dans notre loge ? Henriette lui a donc plu, puisqu'il revient aujourd'hui ?

MADAME CHAMEROY

Probablement !

CHAMEROY

J'étais si troublé, que je n'ai rien vu ! C'est à quatre heures qu'il doit venir ? Qu'est-ce que je vais faire d'ici à quatre heures pour ne pas m'agiter ? Ah quelle idée ! C'est demain le quinze, je vais faire mes quittances de loyer.

Il se met à une table.

J'aime ce travail... il me délasse.

Écrivant.

« Je soussigné reconnais avoir reçu de monsieur... »

MADAME CHAMEROY

À propos, as-tu loué ton second ?

CHAMEROY

Oui... ne m'interromps pas.

Écrivant.

« Sans préjudice du terme courant et sous la réserve de tous mes droits... » C'est étonnant comme cela me calme !

MADAME CHAMEROY

Par exemple, voilà une chose que je ne comprends pas... s'amuser à écrire ses quittances depuis le premier mot jusqu'au dernier, quand on en vend de tout imprimées.

CHAMEROY

Je le sais... mais on n'a pas le plaisir de les écrire.

Écrivant.

« Trois mille. »

Parlant.

On dit que l'argent est immoral !... Celui qu'on ne vous rend pas, oui !... Il vous aigrit... Vous irrite... Mais celui qu'on encaisse...

Écrivant.

« Trois mille deux cents... plus les portes et fenêtres. »

Parlant.

Rien qu'en faisant cette addition, je me sens meilleur !

MADAME CHAMEROY

Tu en as pour longtemps avec tes trois maisons ?

CHAMEROY

Tu peux dire nos trois maisons ; car nous les avons honorablement acquises ensemble, par notre travail, notre économie, notre intelligence...

MADAME CHAMEROY

Quand je pense que tout le monde à Saint-Quentin blâmait mon père de donner sa fille à un petit commis sans fortune.

CHAMEROY, se levant

J'avais mieux que la fortune... J'avais des aptitudes commerciales... Ton père me devina... C'était un homme sans grande éducation, sans littérature...

MADAME CHAMEROY

Ah !

CHAMEROY

Mais qui avait le coup d'oeil juste. Un grainetier de Saint-Quentin qui laisse quinze mille livres de rente à sa fille n'est pas un imbécile !

MADAME CHAMEROY

Il t'aimait beaucoup.

CHAMEROY

Je crois avoir toujours honoré sa mémoire. Avec les soixante mille francs que je reçus de ta dot, je pris un intérêt dans une fabrique de Roubaix. Bientôt, mes capacités exceptionnelles, j'ose le dire, me firent remarquer, les commandites s'offrirent à moi, et je devins le chef d'une des manufactures les plus importantes de la ville de Roubaix.

MADAME CHAMEROY

Pauvre homme ! As-tu travaillé !

CHAMEROY

Jour et nuit !... Mais je ne le regrette pas, car, après vingt-trois ans de labeur, j'ai pu me retirer avec une fortune de cent cinquante mille livres de rente... C'est-à-dire trois millions.

MADAME CHAMEROY

Chut ! Plus bas !

CHAMEROY

Pourquoi ?

MADAME CHAMEROY

Si les domestiques t'entendaient, ils croiraient que nous sommes riches... et ils gaspilleraient tout.

CHAMEROY

C'est juste. À propos ! Où est donc Alphonse, notre fils ?

MADAME CHAMEROY

À la Sorbonne... il suit des cours.

CHAMEROY

Des cours !... Un garçon de vingt-deux ans... qui pourrait fabriquer ! J'espérais lui céder la maison Chameroy... C'était mon rêve !

MADAME CHAMEROY

Qu'est-ce que tu veux ! Tout le monde n'a pas les idées tournées au commerce ; il aime à suivre des cours, cet enfant !

CHAMEROY

Tranchons le mot... c'est un pilier de Sorbonne.

MADAME CHAMEROY

Que veux-tu, mon ami, chacun a ses défauts.

CHAMEROY

C'est vrai ! Il faut bien que jeunesse se passe ! Chut ! Henriette.

SCÈNE II. Les Mêmes, Henriette.

Elle va à son père et l'embrasse.

CHAMEROY

Eh ! Pourquoi m'embrasses-tu à cette heure-ci ?

HENRIETTE

J'avais oublié de t'embrasser ce matin ! Je paye mes dettes.

CHAMEROY

Déjà l'esprit des affaires !

HENRIETTE, à sa mère

Mère, veux-tu me conduire à mon cours à quatre heures ?

CHAMEROY, vivement

À quatre heures ?... C'est impossible !...

HENRIETTE

Pourquoi donc ?

MADAME CHAMEROY

Nous attendons ici une visite !

CHAMEROY, vivement

Un locataire.

HENRIETTE

Eh bien, je demanderai à la femme de chambre de me conduire.

CHAMEROY, vivement

Impossible ! Il faut que tu sois ici.

HENRIETTE, riant

Moi, pour faire le bail ?

MADAME CHAMEROY

Non ! Ton père veut dire... qu'il vaut mieux que tu m'attendes.... Tu entreras ici dans le salon, pour me prendre, à quatre heures un quart. À propos, mets ton chapeau bleu.

HENRIETTE

Mon chapeau bleu ! Ce locataire, c'est donc un prétendu ?

CHAMEROY et MADAME CHAMEROY, stupéfaits

Un prétendu !

HENRIETTE

Est-ce le jeune homme qui est venu nous voir hier dans notre loge à l'Opéra ?

CHAMEROY, éperdu

Dans notre loge... le jeune homme...qui... Comment as-tu pu deviner ?

HENRIETTE

Ah ! Ce n'est pas bien difficile ! Hier papa entre en disant « Je vous mène ce soir à l'Opéra. » Papa à l'Opéra !... Cela me donne des soupçons. Je regarde le spectacle le Prophète. Mes soupçons augmentent ! Nous arrivons... nous entendons le premier acte... le second acte... Papa ne dort pas ! Mes soupçons se changent en certitude. Au troisième acte, papa s'assombrit, il regarde à droite et à gauche comme s'il attendait quelqu'un qui ne vient pas ! Puis, tout_à_coup, sa figure s'illumine.... Il sourit à une loge voisine et il me donne un grand coup de coude... croyant te le donner à toi, maman ! Cinq minutes après, entre dans notre loge un jeune homme avec Madame_de_Torcy... Voilà papa qui devient rouge, qui s'essuie le front, et qui se met à parler de Meyerbeer ! Ce monsieur se retourne vers moi en me disant « Quelle grande oeuvre que le Prophète, mademoiselle ! » Et enfin, maman me dit tout à l'heure « Mets ton chapeau bleu ! » Ah ! Pour le coup c'était trop clair !

LE Prohète est un opéra en cinq acte de Giacomo Meyerbeer dont le livret est de Deschamps et Scribe. Créé en avril 1849, cet opéra eut beaucoup de succès jusqu'en 1912.

MADAME CHAMEROY

Tiens ! Tu es bien ma fille ! Tu es d'une finesse...

CHAMEROY

Qui m'épouvante !

HENRIETTE, riant et l'embrassant

Cher petit papa ! C'est que tu n'es pas très fin, toi ! Depuis un an, combien m'avez-vous montré de prétendus... Incognito ?... Quatorze !

CHAMEROY

C'est vrai ! Quatorze ! Je les ai inscrits sur mon carnet.

HENRIETTE

Eh bien, il n'y en a pas un que je n'aie deviné.

CHAMEROY

Qui te les a fait deviner ?

HENRIETTE

Toi.

MADAME CHAMEROY

Cela ne m'étonne pas ! Il est d'une maladresse !

HENRIETTE

Et toi aussi, maman !

CHAMEROY

Bravo !

MADAME CHAMEROY

Comment ?

HENRIETTE

En fait d'indiscrétion, vous avez chacun votre genre.

CHAMEROY

Et quel est donc mon genre, à moi, Mademoiselle ?

HENRIETTE

Toi, c'est l'attendrissement ! Quand il y a un gendre à l'horizon... tu viens à moi... tu me serres dans tes bras, en me disant : « Ah je t'aime bien, va ! »

CHAMEROY

C'est que c'est vrai !... Et ta mère ?

MADAME CHAMEROY

Oui, moi !

HENRIETTE

Oh ! Toi ! C'est la toilette d'abord ! « Ma fille, mets ton chapeau bleu ! » Et puis le mystère ! Tu entres dans le salon une lettre à la main, et, d'un air sérieux : « Mon ami, je viens de recevoir une lettre importante, une lettre de Saint-Quentin. » Je regarde, il y a le timbre de Paris. Alors, moi, je m'y prête, je prends un livre... et vous voilà tous deux dans l'embrasure de la croisée... chuchotant.. ; marmottant...

CHAMEROY

Mais c'est donc un monstre... que cette petite fille-là, voyant tout !... et ne disant rien !...

HENRIETTE

C'est justement parce que je ne dis rien que je vois tout. Toutes les jeunes filles sont pareilles. Et à qui la faute ? À vous, parents... Vous ne nous mettez jamais au courant de rien ; il faut bien que nous devinions ! Aussi, si vous m'en croyez... cette fois-ci... vous changerez de système... et, puisque cela nous regarde tous trois... car enfin...

Riant.

Cela me regarde bien aussi un peu... nous nous y mettrons tous trois !

MADAME CHAMEROY

Elle a raison !

S'asseyant tous trois sur le canapé.

Eh bien, voyons, comment trouves-tu Monsieur_de_Vérac ?

HENRIETTE

Je le trouve très bien.

CHAMEROY

Ainsi tu donneras ton consentement ?

HENRIETTE

Je crois que oui... Mais je crains que lui ne donne pas le sien.

MADAME CHAMEROY

Pourquoi ?

HENRIETTE

D'abord, il est comte, il est noble.

CHAMEROY

Nous sommes de la grande bourgeoisie... Il n'y a pas mésalliance. D'ailleurs, je ne connais qu'une noblesse : celle du coeur... Nous avons cent cinquante mille livres de rente.

MADAME CHAMEROY

Chut ! Plus bas !

HENRIETTE

Oui, mais lui ! Hier, je me suis sentie un peu embarrassée quand il était là... J'ai senti que nous étions d'un autre monde que lui...

CHAMEROY

Comment, d'un autre monde !...

MADAME CHAMEROY

Enfin, nous verrons bien, puisqu'il vient aujourd'hui.

HENRIETTE

En êtes-vous sûrs !... Viendra-t-il ?

CHAMEROY

Madame_de_Torcy, sa cousine et notre voisine de campagne, me l'a dit, et elle doit nous écrire ce matin, pour bien nous fixer l'heure.

SCÈNE III. Les mêmes, Un domestique.

LE DOMESTIQUE

Une lettre pour monsieur, de la part de Madame_de_Torcy.

CHAMEROY, vivement

Donnez !

Bas, à sa fille.

Ah ! Vois-tu qu'il viendra.

Le domestique sort. Ils se lèvent tous trois. Chameroy lisant.

« Mon cher ami... »

Avec joie.

Elle m'appelle son cher ami.

HENRIETTE

C'est familier.

CHAMEROY

C'est qu'elle se regarde déjà comme de la famille !

Lisant.

« Mon cher ami, avant que vous alliez à quatre heures chez les Chameroy... »

MADAME CHAMEROY

« Que vous alliez ! » Qu'est-ce que cela veut dire ? À qui adresse-t-elle donc ?

CHAMEROY, lisant

« Je crois utile de vous envoyer quelques renseignements précis que j'ai recueillis sur la famille Chameroy. » - Est-ce que cette lettre n'est pas pour moi ?

Ramassant l'enveloppe de la lettre, il lit.

« Monsieur Chameroy. »

Parlé.

Ah ! Je comprends ! La cousine s'est trompée, elle a envoyé la lettre qui était pour nous à Monsieur_de_Vérac, et elle nous adresse la sienne. C'est une erreur.

HENRIETTE

Alors, papa, il ne faut pas la lire.

CHAMEROY

Sans doute... Cependant j'aurais été curieux de connaître les renseignements qu'elle donne sur nous.

HENRIETTE

À quoi bon ?

CHAMEROY

Ils ne peuvent qu'être flatteurs... Je ne lirai que le commencement.

Lisant.

« Les Chameroy sont les plus honnêtes gens de la terre... »

HENRIETTE

Très bien... J'en resterais là.

CHAMEROY

« La mère entend superlativement les confitures... »

MADAME CHAMEROY

Hein !

CHAMEROY, lisant

« Le père moule lui-même ses quittances. »

HENRIETTE, riant

Ça ! C'est vrai !

CHAMEROY, lisant

« Le fils est un bon petit jeune homme qui prend l'omnibus pour aller au cours... »

MADAME CHAMEROY

On dirait qu'elle se moque de nous.

CHAMEROY, lisant

« Ces Chameroy... »

Parlé.

Ces Chameroy !

Lisant.

« Ces Chameroy ont trois millions de fortune ; mais ils semblent avoir été créés et mis au monde pour justifier cet aphorisme : à savoir qu'il est plus difficile pour certaines personnes de dépenser l'argent que de le gagner. »

Parlé.

Qu'est-ce qu'elle veut dire ?

HENRIETTE

Je ne comprends pas.

CHAMEROY, lisant

« Leur appartement est leur portrait... leurs meubles leur ressemblent : c'est solide, bien conditionné, bon teint et affreux ! »

MADAME CHAMEROY

Comment ! Et c'est notre portrait ?

CHAMEROY, lisant

« Les jours de gala, le dîner Chameroy se compose invariablement d'un fort filet aux champignons et d'une dinde rôtie aux marrons. »

HENRIETTE

Mais où a-t-elle su tout ça ?

MADAME CHAMEROY, prenant la lettre à son mari, et lisant

« Ces Chameroy ont une écurie qui se compose de deux gros percherons... »

CHAMEROY

Elle connaît toute la famille !

MADAME CHAMEROY, continuant

« Agés, l'un de douze ans, l'autre de quatorze... ».

HENRIETTE

Jusqu'à l'âge de nos chevaux.

MADAME CHAMEROY, lisant

« Ces animaux, stupéfaits de ne pas labourer... »

CHAMEROY

Labourer ! Nos chevaux !

MADAME CHAMEROY

« Ne sortent jamais les jours de pluie, ni les jours de verglas, ni par le grand soleil. »

CHAMEROY

Mais c'est de l'espionnage.

MADAME CHAMEROY

Ah ! Elle commence à me porter sur les nerfs, la cousine !

Lisant.

« Enfin, et pour me résumer, je ne puis comparer cette industrieuse famille qu'à un nid de fourmis. »

HENRIETTE

Des fourmis !

CHAMEROY, reprenant la lettre à sa femme

Des fourmis !...

Lisant.

« Qui toujours amassent, entassent, et ne connaissent ni la dépense, ni le repos, ni le plaisir... Je tiens ces détails intimes d'un domestique qu'ils ont renvoyé et qui s'est présenté chez moi. »

MADAME CHAMEROY

Ce paresseux de Baptiste ! Tout s'explique.

CHAMEROY, lisant

« C'est à vous de voir, mon cher cousin, s'il vous convient d'entrer dans cette fourmilière. »

MADAME CHAMEROY

Notre maison !... Une fourmilière.

CHAMEROY

Voilà une impertinente cousine !... Elle m'accuse de ne pas savoir dépenser ! Elle me traite de fourmi ! Moi ! Mais d'un mot je pourrais la confondre... J'ai justement fait mon inventaire de l'année ce matin... Je n'ai rien de caché pour toi !

Ouvrant un livre sur la table.

Voici mon grand livre... Tu vas voir...

HENRIETTE, riant

Ah ! Papa, je n'y entends rien !

CHAMEROY, à son bureau

Si ! Si ! Je le veux. Recettes : 152 527 francs, dépenses 149 814 francs. Ce sont des chiffres.

HENRIETTE

Comment, papa, nous avons dépensé 149000 francs ?

CHAMEROY

814 francs ! Pas un sou de moins. Écoute le détail... Tiens ! Du 16 janvier, acheté trente actions du Nord 37 500 francs. - Du 16 avril (le lendemain du terme), soixante Midi, 44 700 francs. - Du 16 juillet (toujours le lendemain du terme), soixante obligations de l'Ouest 38 220 francs. On ne se figure pas comme l'argent file !

HENRIETTE

Mais, papa... Ce n'est pas de la dépense, cela... ce sont des placements.

CHAMEROY

Cela sort toujours de la caisse.

HENRIETTE

Mais...

CHAMEROY, se levant et passant à droite

Tu ne connais pas la comptabilité... Oh ! Je suis d'une colère ! « Fourmi ! » Pour un rien, j'enverrais promener Monsieur_de_Vérac et sa cousine.

HENRIETTE

Pas si vite.

CHAMEROY

« Fourmi ! » Moi ! Heureusement mon livre est là !

HENRIETTE, assise devant le bureau

Je ne suis pas bien forte en calcul, mon petit papa...

Prenant le livre.

Mais, si j'additionne votre livre, je vois que vous avez dépensé 29 394 francs et que vous en avez placé 120 420...

CHAMEROY

Ce n'est pas possible !

HENRIETTE

Vérifiez.

CHAMEROY, examinant son livre

Voyons !... Nord... Midi... Obligations de l'Ouest... Garanties ! C'est pourtant vrai !

HENRIETTE

Donc, la cousine a raison, nous ne savons pas dépenser.

CHAMEROY

Autrement dit, nous sommes des fourmis ! Merci !

MADAME CHAMEROY

Je voudrais bien trouver une riposte à la lettre insolente de Madame_de_Torcy.

CHAMEROY

Je donnerais... cent mille francs !... Pour lui rabattre son caquet.

HENRIETTE

Il y aurait bien un moyen... Mais nous ne pourrons pas...

CHAMEROY

Lequel ? Parle.

HENRIETTE, allant à lui

Il faudrait... rompre avec nos habitudes modestes... changer le train de notre maison.

CHAMEROY

Nous le changerons... « Fourmi ! »

HENRIETTE

Ainsi notre vieille calèche jaune...

CHAMEROY

Je la ferai repeindre ! Veux-tu que je te dise ?... C'est ta mère qui est la cause de tout ! Elle voit petit... elle est mesquine ! C'est une fourmi !... Mais, à partir d'aujourd'hui, je prends le gouvernement de la maison, et...

HENRIETTE

Et... que ferez-vous ?

MADAME CHAMEROY

Oui, que feras-tu ?

CHAMEROY

Je ne sais pas... mais si les loyers rentrent bien...

HENRIETTE

Vous achèterez encore des obligations ! Voyez-vous, l'art de dépenser, c'est comme le talent sur le piano... il faut commencer très jeune.

CHAMEROY

Mais alors que faire ?

SCÈNE IV. Les mêmes, Le domestique.

LE DOMESTIQUE, entrant

Un monsieur demande à voir Monsieur.

CHAMEROY

Son nom ?

LE DOMESTIQUE

Voici sa carte.

CHAMEROY

Paul_de_Vineuil... Où donc ai-je vu ce nom-là ? Faites entrer.

HENRIETTE, à sa mère

Et mon cours !... Et mon livre ?... Ah ! Le voici !

Le domestique sort. Henriette et Monsieur Chameroy s'assoient sur le canapé.

SCÈNE V. Les mêmes, Paul.

PAUL

Monsieur Chameroy ?

CHAMEROY

C'est moi, monsieur ; qu'y a-t-il pour votre service ?

PAUL

Monsieur, vous avez entre les mains un effet signé : « Paul de Vineuil. »

CHAMEROY, à part

Ah ! C'est cela !

Haut.

Payable dans trois mois.

PAUL

Précisément. Je viens vous demander...

CHAMEROY

De le reculer, Monsieur ? Très volontiers !

PAUL

De me permettre d'en avancer le paiement. Je pars pour la Picardie, j'y resterai peut-être quelque temps, et je serais désireux de m'acquitter auparavant.

CHAMEROY

Je vais chercher le billet.

Il sort.

MADAME CHAMEROY

Veuillez donc prendre la peine de vous asseoir, Monsieur...

PAUL, s'asseyant

Madame...

MADAME CHAMEROY

Monsieur, oserai-je vous demander dans quelle partie de la Picardie vous allez ? Je suis picarde et...

PAUL

Près de Saint-Quentin, Madame.

MADAME CHAMEROY

Ma ville natale !

PAUL

Dans la terre de Vérac.

MADAME CHAMEROY

Qui appartient à la famille de Monsieur_de_Vérac attaché aux Affaires étrangères ?

PAUL

Précisément, Madame.

MADAME CHAMEROY

Vous le connaissez, Monsieur ?

PAUL

C'est mon meilleur ami. Mais vous-même, Madame ?

MADAME CHAMEROY

Je connais sa famille.

Avec hésitation.

On dit qu'il se marie ?

PAUL

Vous le savez, madame. Eh bien ! Vous pouvez me tirer d'une grande inquiétude.

MADAME CHAMEROY

Comment ?

PAUL

Monsieur_de_Vérac n'a pas voulu me dire le nom de la famille à laquelle il s'allie... et quelques bruits de monde me font craindre que cette famille...

MADAME CHAMEROY

Que cette famille ?

PAUL

Ne convienne qu'à demi à un homme d'une élégance et d'une distinction aussi rares que celles de Monsieur_de_Vérac... On dit le père un peu commun... La mère un peu avare, et la fille un peu gauche.

MADAME CHAMEROY

Ah !...

SCÈNE VI. Les mêmes, Chameroy.

CHAMEROY

Voici le billet, Monsieur.

PAUL

Monsieur, voici l'argent.

CHAMEROY

Très bien !... Ah ! Pardon, monsieur, il y a erreur... les intérêts...

PAUL

Les intérêts étaient, je crois, de cinq pour cent...

CHAMEROY

Par an !... Or, vous me payez trois mois plus tôt... C'est donc deux cents francs de moins que vous me devez et que je vous rends...

PAUL

Mais, Monsieur, c'est ma faute, si...

CHAMEROY

Pardon, Monsieur, je ne suis pas un usurier...

PAUL

Au fait... j'agirais comme vous, Monsieur.

À demi riant.

Si j'avais des effets à recevoir au lieu d'en payer !... J'accepte donc simplement ce que vous m'avez offert simplement et je vous prie seulement de me permettre de vous serrer la main.

CHAMEROY

Très volontiers...

À part.

Charmant jeune homme !

PAUL, à part

Famille de braves gens !

Saluant.

Madame, Mademoiselle !

Il va pour se retirer.

MADAME CHAMEROY, l'arrêtant

Un moment encore, Monsieur, je vous prie !

À son mari.

Mon ami, monsieur connaît intimement Monsieur_de_Vérac.

CHAMEROY, vivement

Ah !

MADAME CHAMEROY

On lui a beaucoup parlé de la famille à laquelle il s'allie !

CHAMEROY

Ah !

MADAME CHAMEROY

On lui a dit que le père était commun, la mère avare, et la fille gauche.

CHAMEROY, vivement

Qu'est-ce qui a dit que ma fille était gauche ?

PAUL, tout confus

Quoi ! Monsieur !... C'est vous... Qui ?... Je n'ai pas dit que... Ah ! C'est une trahison !

CHAMEROY

Du tout ! Du tout ! C'est un service que vous nous rendez !

PAUL, vivement

Ce n'est pas Monsieur_de_Vérac qui m'a parlé ainsi... Il me suffit de voir... ce que je vois pour me montrer l'absurdité de ce reproche, et je serais désolé qu'un mot fît manquer un mariage aussi...

CHAMEROY

Au contraire, c'est sur vous que je compte pour le faire réussir !

PAUL

Expliquez-vous.

CHAMEROY

Savez-vous pourquoi Monsieur_de_Vérac hésite ? Ce n'est pas parce que je suis commun, regardez-moi ! Ni parce que ma fille est gauche, vous la voyez... ni parce que ma femme est... car elle ne l'est pas !... Économe, oui ! Serrée, peut-être !...

MADAME CHAMEROY

Comment, serrée !

CHAMEROY

Mais avare... non ! Ce qu'on nous reproche, c'est de ressembler à des fourmis, d'avoir su amasser de l'argent, mais de ne pas savoir le dépenser. Je ne peux cependant pas le manger, mon argent ! Voyons ! Je vous prends pour juge.

PAUL

Moi ?

CHAMEROY

Oui, vous ! Vous êtes jeune ! Vous êtes l'ami de Monsieur_de_Vérac... vous savez...

PAUL, riant

Je me récuse ! Je me récuse ! Ah ! Bon Dieu ! Mon cher monsieur, vous ne savez pas à qui vous vous adressez ! C'est comme si la fourmi demandait conseil à la cigale !

CHAMEROY

Mais...

PAUL, riant

Mais je vous ferais frémir d'horreur... Si je vous disais ce que je suis... Ce que j'ai fait !

CHAMEROY

Qu'avez-vous donc fait ?

PAUL

J'ai mangé cent mille livres de rente en six ans !

CHAMEROY

Cent mille livres de rente, c'est-à-dire deux millions !

PAUL

Juste !

MADAME CHAMEROY

Et on ne vous a pas fait interdire ?

PAUL

Je n'avais pas de parents !

CHAMEROY

Et vous parlez d'un tel malheur en riant ?

PAUL

Pourquoi voulez-vous que je pleure ? Je me suis royalement amusé pendant six ans ! Je ne me suis rien refusé ! Je ne regrette rien !

CHAMEROY

Mais comment avez-vous pu dépenser deux millions ?

PAUL

Je pourrais vous dire que c'est à doter des rosières ; mais vous ne le croiriez peut-être pas !... Ce qui m'a perdu, c'est l'amour du beau !... C'est si cher, le beau !... Le vrai beau !...

MADAME CHAMEROY, à sa fille

Henriette, va me chercher ma tapisserie !...

PAUL

Restez ! Restez, Mademoiselle.

À Madame Chameroy.

Ce dont je parle, ce sont les beaux tableaux, les belles statues, les belles chasses, les belles fêtes ! Toujours table ouverte et bourse ouverte aussi ! J'ai beaucoup prêté... et un peu donné... Dieu me garde de me travestir à vos yeux en Saint_Vincent_de_Paul, mais je crois n'avoir jamais rencontré un brave homme dans l'embarras, sans lui tendre la main, et le tirer de peine.

CHAMEROY

Vous voilà bien avancé ! Vous êtes pauvre à votre tour !... C'est-à-dire dépendant de tout le monde...

PAUL, vivement

Je ne dépends de personne !... Je n'ai besoin de personne et je ne demande rien à personne !... Oh ! Permettez, monsieur !... J'espère n'avoir jamais été fier, tant que j'ai été riche... mais, depuis que je ne le suis plus, c'est différent !... Je veux bien ressembler à la cigale, l'été, quand elle chante ; mais l'hiver, quand elle mendie... jamais !

MADAME CHAMEROY

Mais comment faites-vous ?

CHAMEROY, l'invitant à s'asseoir

Oui, comment avez-vous fait ?

PAUL, gaiement, s'asseyant

Ça vous intéresse ? - C'est bien simple : arrivé à mes derniers mille francs, je me suis arrêté net. J'ai fait une vente générale qui m'a rapporté deux cent vingt mille francs.

CHAMEROY

Sans les frais...

PAUL

Sans les frais !... Alors j'ai établi mon budget comme un livre de banquier. D'abord plus d'appartement !... Je loge à mon cercle !... Cinq francs par jour pour une chambre... Déjeuner, deux oeufs et une tasse de thé, 2 francs ; dîner, 7 francs, soit 14 francs par jour, soit 420 francs, par mois, soit 5040 francs par an... Plus, dépenses imprévues... faux frais...

CHAMEROY

Soit 6000 francs.

PAUL

Soit 6000 francs. Reste donc encore 5000 francs qui me suffisent pour tenir encore ma place, ma petite place dans le monde de l'élégance et du goût. Je ne fais plus faire qu'un habit par an, mais c'est toujours Arohnson qui me l'envoie. Je ne fume plus qu'un cigare par jour, mais c'est un pur habana ; je n'ai plus de chevaux, mais j'ai un parapluie...

CHAMEROY

Un objet d'art, sans doute.

PAUL

Voyez !... Je ne peux plus donner, mais je fais donner. Je ne peux plus acheter, mais je regarde acheter. Oui ! Quand il y a quelque belle occasion à l'hôtel des Ventes, j'y cours !... Et, si un tableau me plaît... je le pousse... en dedans !... Enfin, car il faut avoir plus d'une corde à son arc !... Je me suis décidé à embrasser une profession.

CHAMEROY, se levant et posant le parapluie près de la cheminée,

Une profession ! À la bonne heure ! Laquelle ?

PAUL

J'ai pris un cabinet...

CHAMEROY

D'affaires...

MADAME CHAMEROY

D'affaires ?...

PAUL

Oui... d'affaires gratuites ! Mes flatteurs, quand j'avais des flatteurs, m'appelaient un artiste en dépenses ! Or donc, je me suis fait dépensier... consultant ! Dès que mes amis ont un hôtel à meubler, un parc à dessiner, une terre à acheter... Comme on sait que j'ai un peu de goût, on m'appelle ! On m'ouvre des crédits, je les dépasse !... Je me fais l'effet d'un ministre des Finances !... C'est l'argent des autres que je remue, mais c'est toujours de l'argent !... Et quand j'ai dépensé cent mille francs à un ami dans ma journée... Je suis comme Titus, je m'endors content !... Je suis millionnaire... in partibus !

CHAMEROY

Parbleu !... C'est le ciel qui vous envoie ! Donnez-nous une consultation !

PAUL

Comment ?

CHAMEROY

Nous ne savons pas dépenser, apprenez-nous-le.

MADAME CHAMEROY

Oui, c'est dans l'intérêt de votre ami Monsieur_de_Vérac.

PAUL

Mais...

HENRIETTE

Vous ne pouvez pas refuser, Monsieur, c'est votre état !...

PAUL

Au fait ! C'est assez original !... Mais d'abord, voyons !...

À Chameroy.

Tenez-vous beaucoup à ce mariage ?

CHAMEROY

Énormément !

MADAME CHAMEROY

Énormément.

PAUL, à Henriette

Et vous mademoiselle ?

HENRIETTE

Je n'ai vu Monsieur_de_Vérac qu'une fois, au spectacle ; mais il m'a paru distingué de manières, d'esprit et de coeur !

PAUL

On ne peut pas mieux dire ! Alors donc, à l'oeuvre !

Il regarde autour de lui.

Il faut d'abord commencer par dépenser dans ce petit salon...

MONSIEUR ET MADAME CHAMEROY

Combien ?

PAUL

Nous verrons tout à l'heure !... Qu'est-ce que cette pendule ?

CHAMEROY

Un bronze qui m'a coûté huit cents francs ! Marius sur les ruines de Carthage !

PAUL

À renvoyer à Carthage !

HENRIETTE

Tant mieux ! Je l'ai toujours trouvé affreux !

PAUL

Un de mes amis a un modèle charmant dont il veut se défaire. Nous le mettrons à la place de Marius.

MADAME CHAMEROY

Et le prix ?

PAUL

Oh ! Je ne sais pas ! C'est un détail !

Il continue son inspection.

Qu'est-ce que je vois ?... Des housses ?... Enlevons les housses !

Il enlève une housse et la remet vivement.

Non, non ! Remettons-les !

Riant.

Oh ! C'est admirable !... Vous avez usé vos housses et vos housses ont usé votre meuble ! Il est vrai qu'il n'y a pas grand mal ! Il était si laid ! Si vieux !

MADAME CHAMEROY

Comment si vieux ! Il vient de ma mère !

PAUL

Précisément ! Il serait plus joli et plus jeune s'il venait de votre grand-mère ! J'ai vu hier un délicieux ameublement. Nous le mettrons là.

MONSIEUR ET MADAME CHAMEROY

Mais le prix ? Le prix ?

PAUL

Je ne sais pas ! Vous le verrez bien en payant.

MONSIEUR ET MADAME CHAMEROY

Hein ?

HENRIETTE

Mais laissez donc parler monsieur.

PAUL, regardant

Ah ! L'affreux papier ! Nous le cacherons sous de belles tapisseries anciennes... Des verdures !

MONSIEUR ET MADAME CHAMEROY

Des verdures ?...

PAUL

À la place de cette table, un beau bureau de Riesener... Sur ces consoles — elles ne sont pas mal ces consoles —, de belles jardinières en faïence de Rouen avec des fleurs... C'est que vraiment il prête beaucoup ce petit salon.

MADAME CHAMEROY

Il prête est charmant !

PAUL, regardant encore

Ici peut-être un petit lustre... Nous ne mettrons pas de tableaux.

MONSIEUR ET MADAME CHAMEROY

Pas de tableaux, pas de tableaux !

PAUL

Alors, dans ce panneau, une étagère, avec quelques bibelots... de belles porcelaines de Saxe... un petit antique...

MADAME CHAMEROY

Un petit antique...

CHAMEROY

Mais le total ?

PAUL, riant

Le total ! Le total ! On n'achèterait jamais rien, si on s'occupait avant de ce qu'il faudra payer après.

MADAME CHAMEROY

Mais enfin ?

PAUL

Eh bien, entre vingt-cinq et soixante mille francs !

CHAMEROY, éclatant

Ah ! Par exemple !

PAUL

Peut-être moins ; nous verrons ?

MADAME CHAMEROY

Oui, c'est cela !... Nous verrons ! Nous chercherons !... Nous examinerons !...

PAUL

Comment !... Examiner ? Chercher ?...

Tirant sa montre.

Il est midi !... Il faut qu'à trois heures tout cela soit fait.

LES CHAMEROY

Comment, à trois heures ?

PAUL

Monsieur_de_Vérac est très prenable par les yeux, le premier coup d'oeil est beaucoup pour lui. Il faut qu'en entrant il soit séduit, charmé par le cadre...

Regardant Henriette.

Comme par le tableau !... Allons, allons, à la besogne !

CHAMEROY, éperdu

Mais, monsieur...

PAUL

Ah ! J'en ai fait bien d'autres !... Donnez-moi de quoi écrire.

Il va s'asseoir au bureau.

CHAMEROY, le lui donnant

Voici, monsieur !

SCÈNE VII. Les mêmes, Le Domestique.

CHAMEROY, au domestique

Qu'est-ce que c'est ?

LE DOMESTIQUE

On vient chercher une réponse à la demande d'hier soir.

MADAME CHAMEROY

Quelle demande ?

CHAMEROY

Tu sais bien, de la part de cette société de prêt pour l'établissement des nouveaux colons en Algérie.

PAUL, écrivant

Je connais cette société !

MADAME CHAMEROY

Qu'est-ce qu'elle veut cette société ?

CHAMEROY

C'est une société de prêt, elle veut que je lui prête.

MADAME CHAMEROY, au domestique

Il n'y a pas de réponse !

PAUL, tout en écrivant

Comment ! Vous refusez ! Une si bonne oeuvre !

MADAME CHAMEROY

Il y a toujours moitié gabegie dans ces bonnes oeuvres-là !

PAUL, toujours écrivant

Vous voulez apprendre à dépenser, soyez généreuse !

HENRIETTE

Tu ne veux pas ressembler aux fourmis, sois prêteuse.

MADAME CHAMEROY

Prêteuse ! Prêteuse !

HENRIETTE

Ah ! Maman, toi qui es si bonne, qui donnes tant aux pauvres de Saint-Quentin !

MADAME CHAMEROY

D'abord, c'est à Saint-Quentin ! Puis prêter et donner sont deux ! Un prêt est une affaire ! Et il faut qu'une affaire soit bonne !... Mais ces colons, sur quoi leur prêterai-je ?

PAUL, toujours écrivant

Sur leur travail, sur leur probité.

MADAME CHAMEROY

Mauvaise hypothèque, il n'y a que les jobards qui font des opérations pareilles !

Jobard : Terme familier. Homme niais, crédule, qui se laisse facilement tromper. [L]

PAUL, se levant

Oui, madame Chameroy ! Oui, les jobards, la sainte phalange des jobards ! Tâchez d'en être, mon cher monsieur Chameroy ! Car les jobards, ce sont ceux qui croient à quelque chose ! Qui se sacrifient pour quelque chose ! Qui prêtent même en sachant qu'on ne leur rendra pas ! Qui donnent en sachant qu'on ne leur saura jamais gré ! Qui ont foi dans l'amitié, dans l'amour, dans la probité ! Qu'est-ce qui a fait les plus grandes choses de ce monde ? Des jobards ! Les martyrs ? Jobards ! Les héros ? Jobards ! Et Dieu veuille qu'un jour, en face d'un service à rendre, d'une preuve de dévouement à donner, j'oublie assez toutes les lois de la prudence pour qu'on dise de moi : « Quel jobard ! »

CHAMEROY

Ah ! Ma foi, je veux être jobard aussi !

PAUL

À la bonne heure ! Nous ferons quelque chose de vous !

CHAMEROY, à sa fille

Va dire à la personne qui est là que la fourmi souscrit pour trois mille francs.

PAUL, à Henriette

Mademoiselle, veuillez y joindre ces dix louis sur lesquels je ne comptais pas, l'obole du pauvre.

HENRIETTE

De grand coeur, Monsieur !

À Chameroy.

Tu es un amour de père !

Elle sort.

PAUL

Maintenant, achevons notre ouvrage, nous n'avons que le temps.

HENRIETTE, rentrant

Voilà ! C'est entendu !

PAUL

Sonnez tous vos gens !

CHAMEROY, prenant les lettres

Donnez, donnez ! Je me charge de tout ! Fourmi !

Il sort.

SCÈNE VIII. Les mêmes, hors Chameroy.

PAUL

Et moi, mesdames, ma tâche est terminée.

Il va pour sortir.

HENRIETTE

Pas encore, monsieur !

PAUL

Comment ? Que voulez-vous dire ?

HENRIETTE

Je veux dire, Monsieur, que tout ce que vous venez de faire est sans doute très important... qu'il est très utile d'embellir ce salon... de décorer cette cheminée... de mettre partout des fleurs et du goût ; mais ce n'est pas ce salon que Monsieur_de_Vérac compte épouser ! C'est moi ! Et à quoi servira de métamorphoser la maison, si celle qui l'habite reste toujours ce qu'elle est, c'est-à-dire gauche...

PAUL

Oh ! Mademoiselle ! Mademoiselle !

HENRIETTE

Oh ! Vous l'avez dit, monsieur ! Et je ne me fais pas d'illusions ! Je sais très bien tout ce qui me manque !

MADAME CHAMEROY

Ce qui te manque ?... Je voudrais bien savoir quoi !

HENRIETTE

Monsieur te le dira !

PAUL

Mais, mademoiselle...

HENRIETTE

Oh ! Il n'y a pas à refuser ! Monsieur_de_Vérac est-il votre ami ? Oui ! Avez-vous envie que je lui plaise ? Oui ! Eh bien, aidez-moi à lui plaire !

PAUL, à part

Quel singulier rôle elle me donne là !

HENRIETTE

Voyons, regardez-moi... Comme vous avez regardé ce salon tout à l'heure, et dites-moi tout !... Tout !...

Elle se place devant lui.

Eh bien ?

PAUL, après l'avoir regardée

Eh bien, je vous avouerai que la coiffure...

MADAME CHAMEROY, éclatant de rire

Ah ! Ah ! Admirable !... J'étais sûre qu'il allait s'embourber !... Sachez, Monsieur, que j'ai fait venir, ce matin, un coiffeur tout exprès... un coiffeur que j'ai payé six francs.

PAUL

Précisément ! C'est une coiffure de coiffeur... On n'y sent pas une main de jeune fille !... Ces cheveux sur le front vous donnent une physionomie qui n'est pas la vôtre !... Cette boucle avancée...

HENRIETTE

Oh ! Je comprends ! Je comprends !

Regardant dans la glace et se coiffant.

Tenez, comme cela ?

PAUL

À la bonne heure !

HENRIETTE

Et comme cela ?

PAUL

À merveille !

HENRIETTE

Eh bien, c'est juste ce que je fais tous les jours quand je me coiffe moi-même !... Après ?

PAUL

Comment, après ?

MADAME CHAMEROY

Oui, après ?

HENRIETTE

Il y a certes bien d'autres choses !

PAUL

Il y a encore... la robe... Qui est-ce qui vous a fabriqué cette robe-là ?

MADAME CHAMEROY

C'est...

PAUL

C'est un meurtre ! Une taille pareille dans ce corsage ! Je vous adresserai à une personne admirable qui a beaucoup travaillé pour moi.

HENRIETTE

Une couturière ?

PAUL

Oui, la reine des couturières !

HENRIETTE, riant

Et elle a travaillé pour vous ?

PAUL, embarrassé

Pour moi ! Pour moi ! Je veux dire pour une cousine... Une jeune cousine qu'elle a métamorphosée...

HENRIETTE

Nous verrons cela plus tard... Après ?

PAUL

Après ?

HENRIETTE

Cela ne fait que commencer ! Vous ne m'avez donné jusqu'ici que des conseils de coquetterie !... Et il ne suffit pas qu'une femme soit bien coiffée... bien habillée pour plaire à un honnête homme et le rendre heureux !... Or, je veux que mon mari soit très heureux ; je veux qu'il m'aime de toutes les façons... avec ses yeux, avec son coeur et avec son esprit.

MADAME CHAMEROY, attendrie

Est-elle gentille !

PAUL

Eh bien, mademoiselle, Monsieur_de_Vérac a une affection très profonde dans sa vie. Il adore sa mère, qui est un peu vieille, un peu infirme, et qui n'a plus guère que deux plaisirs dans ce monde : entendre chanter et entendre lire. Avez-vous une jolie voix ?

MADAME CHAMEROY

Une voix superbe !... Juste la mienne quand j'étais jeune.

PAUL

Maintenant, savez-vous lire ?

MADAME CHAMEROY, avec indignation

Comment ! Si elle sait lire ? Pour qui nous prenez-vous ?... Apprenez, monsieur, que ma fille a été élevée dans la meilleure pension de Paris ! Et qu'elle suit encore maintenant un cours de littérature !

Elle prend le livre qui est sur la table.

HENRIETTE

Monsieur demande comment je lis.

MADAME CHAMEROY

Elle lit ! Elle lit !... Comme elle parle !

PAUL

Ah ! Si c'était vrai !... Nous allons bien savoir !...

Apercevant le livre que tient Madame Chameroy.

Qu'est-ce que ce livre-là ? Lettres choisies de Madame_de_Sévigné ! Parfait ! La passion de Madame_de_Vérac.

Il ouvre le livre.

La lettre sur l'archevêque... Tenez.

HENRIETTE

Comment ? Lire tout haut ?

PAUL

Oui.

HENRIETTE

Devant vous ?... Oh ! Vous me feriez trop peur !

PAUL

Il n'y a pas de quoi... Allez !

HENRIETTE

Quoi ! Vous voulez ?...

PAUL

Allons, du courage !

HENRIETTE, elle prend le volume et lit en écolière, en pensionnaire, sans nuance et d'un train de poste

« L'archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint-Germain... c'était un tourbillon. Il croit bien être grand seigneur, mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils passaient au travers de Nanterre, tra tra tra ! Ils rencontrent un pauvre homme à cheval... Gare ! Gare ! »

Lettre de Madame de Sévigné, À Madame de Grignan - À Paris, lundi 25 février 1674.

MADAME CHAMEROY, avec enthousiasme

Charmant ! Charmant !

À Paul.

Qu'est-ce que vous dites de cela ? Parlez franchement...

HENRIETTE

Oui, parlez... Franchement.

PAUL, gaiement

Franchement... Eh bien, je dis que ce n'est pas cela du tout.

MADAME CHAMEROY

Hein !

HENRIETTE

Comment ?

PAUL

Pourquoi chanter en parlant ? Pourquoi parler en galopant ? Pourquoi cesser d'être vous-même ?

HENRIETTE

Mais...

PAUL

Est-ce que vous diriez en causant :

Prenant son ton de pensionnaire.

« L'archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint-Germain... C'était un tourbillon. »

HENRIETTE

Oh ! Non !

PAUL, continuant toujours en l'imitant

« Il croit être bien grand seigneur, mais ses gens le croient encore plus que lui ! »

HENRIETTE

Comment ! Je suis si ridicule que cela ?

PAUL, continuant à l'imiter

« Ils passaient par Nanterre, tra tra tra !... Ils rencontrent un pauvre homme à cheval ! Gare ! Gare ! Gare ! »

HENRIETTE

Oh ! Assez ! Assez ! C'est affreux ! Mais que faut-il donc faire pour bien lire ?

PAUL

Ah ! Ce n'est pas moi qui suis capable de vous l'apprendre !... Mais je connais un habile homme...

HENRIETTE

Je le prends !... Après ?...

PAUL

Comment, après ?

HENRIETTE

Mais tout cela n'est encore que de l'agrément, il faut arriver au sérieux.

PAUL

Au sérieux ! Mais nous y sommes...

Montrant le livre.

Avec cette charmante créature que votre instinct vous a conduite à aimer ! Elle vous montre qu'on peut être à la fois rieuse et sérieuse... Faite pour le monde et faite pour l'étude, car elle lisait tout, s'intéressait à tout, s'occupait de tout, de science sans être pédante, de poésie sans être bas-bleu, de métaphysique sans être ennuyeuse... Et, si vous ajoutez qu'en outre elle fut la plus honnête des femmes, la plus dévouée des amies, et la plus tendre des mères... tendre jusqu'à l'héroïsme, la pauvre femme !... Car elle est morte en soignant sa fille, et d'avoir soigné sa fille !

Madame Chameroy essuie ses yeux.

Alors vous comprendrez que tous mes conseils se réduisent à un seul ! Vous voulez être une bonne femme et une charmante femme ? Eh bien, voilà le modèle !... Tâchez de lui ressembler !... Ah ! Bon Dieu ! Voilà que j'ai fait une conférence sur Madame_de_Sévigné ! Non, ma parole d'honneur ! Vous me faites faire des choses incroyables !

MADAME CHAMEROY, à part

Il me plaît ! Il me plaît !

SCÈNE IX. Les mêmes, Le domestique.

LE DOMESTIQUE

Madame ! Madame ! Monsieur appelle madame ! Il est en bas avec tous les meubles, il ne sait où donner de la tête !

MADAME CHAMEROY

Oh ! Je le crois ! J'y vais.

Elle sort.

PAUL, s'apprêtant à la suivre

Nous y allons tous.

HENRIETTE, l'arrêtant

Un dernier conseil !

PAUL, gaiement

Encore ! C'est que j'ai dépensé tout ce que j'avais de raison ! Je suis à sec !

HENRIETTE

Ne riez pas ! C'est très important.

PAUL

Eh bien, voyons, qu'est-ce que c'est ?

HENRIETTE

J'ai une grande peur...

PAUL

Laquelle ?

HENRIETTE

Je crains... C'est étonnant, tout ce qui m'est venu à l'esprit depuis une demi-heure ! Je crains que le monde où je vais entrer ne soit bien nouveau pour moi !... Je crains que la famille de Monsieur_de_Vérac et mes parents ne soient bien différents, de goûts, d'habitudes, de langage, et que... j'hésite à vous expliquer ce que je sens... Je crains que mes parents que j'aime tant ne soient pas heureux... que des malentendus... des froissements...

PAUL

Eh bien, n'êtes-vous pas là ?... À vous de tout prévenir ! Avec votre finesse, car vous êtes très fine tout en étant très franche, soyez la voix qui concilie, le tact qui détourne les petits orages, le charme qui les dissipe, l'esprit qui les fait tourner en gaieté et qui réconcilie.

HENRIETTE

Je tâcherai !... Mais...

PAUL

C'est bien facile ! Tous ces braves gens, votre mère et votre belle-mère, votre père et votre mari vont vous adorer à qui mieux mieux ! Eh bien, faites qu'ils s'aiment en vous... qu'ils s'unissent en vous !

HENRIETTE, émue

Oh ! Oui, je comprends ! Que vous êtes bon de me parler ainsi ! Mais il faudra m'aider toujours... me conseiller toujours ! La tâche est si malaisée et je suis si novice ! Il ne faut pas abandonner votre ouvrage ! Il faudra venir nous voir souvent... très souvent.

PAUL

Tant que vous le voudrez !

HENRIETTE

Vous me le promettez ?

PAUL

Je vous le promets.

HENRIETTE

Merci !

SCÈNE X. Les mêmes, Chameroy, Madame Chameroy.

CHAMEROY, dans la coulisse

C'est bien ! C'est bien ! Laissez tout cela là !

MADAME CHAMEROY, dans la coulisse

Et surtout ne cassez rien.

Ils entrent.

PAUL

Eh bien, et les meubles ?

CHAMEROY

Il s'agit bien des meubles ! Mariage manqué !

PAUL

Comment ?

CHAMEROY

Je viens de recevoir une lettre.

HENRIETTE

De qui ?

CHAMEROY

De Monsieur_de_Vérac.

HENRIETTE

Eh bien ?

CHAMEROY

Une lettre embarrassée... Pleine de réticences et de regrets... Mais qui se termine par une retraite ! Voyez !

PAUL

Oh ! Mais un instant ! Je n'entends pas cela !

Il court à la table.

CHAMEROY

Que faites-vous donc ?

PAUL

Je lui réponds.

CHAMEROY

Quoi ?

PAUL

Vous allez bien le voir.

CHAMEROY

Mais...

PAUL

Laissez-moi donc faire !

HENRIETTE

Oui, laisse donc faire Monsieur !

PAUL, écrivant

Ah ! Il croit que je lui permettrai...

CHAMEROY, le regardant

Quelle main ! Il va comme le vent ! Quel commis cela aurait fait !

MADAME CHAMEROY

Mais que lui dites-vous donc ?

PAUL, se levant

Voici !...

Lisant.

« Niais ! Imbécile ! Crétin ! »

HENRIETTE

Oh ! C'est bien fort !

PAUL

Entre amis !

Lisant.

« Comment ! Ton bonheur est dans ta main, et tu le rejettes ! Le ciel t'envoie un beau-père comme il n'y en a pas ! Bon ! Droit ! Plein de coeur !... »

CHAMEROY

Très bien !

PAUL

« La belle-mère est peut-être un peu... »

MADAME CHAMEROY

Un peu, quoi ?

PAUL

Rien ! Rien ! J'ai effacé !

Reprenant.

« Ta belle-mère est pleine de bon sens, de caractère... »

MADAME CHAMEROY

Très bien, très bien !

PAUL

« Quant à la jeune fille ! C'est tout simplement un trésor ! »

HENRIETTE

Ah ! Monsieur !

CHAMEROY

S'il le pense !

PAUL, continuant

« Et tu la refuses ! Tu la refuses parce que tu crois que tu seras un peu embarrassé d'elle ! Mais, misérable ! Sais-tu bien la chose que tu as à craindre ? C'est que tous tes amis n'en deviennent amoureux... à commencer par moi ! »

CHAMEROY

Bravo ! Bravo !

PAUL, lisant toujours

« Ainsi, animal ! Arrive bien vite ! Viens demander pardon à genoux de la lettre que tu as écrite, et qu'on veut bien te pardonner à ma prière ! »

CHAMEROY

C'est parfait ! Voilà une enveloppe !

HENRIETTE, l'arrêtant

Pardon !

MADAME CHAMEROY

Comment ?

HENRIETTE, à Paul, prenant la lettre

Monsieur, pensez-vous tout ce que vous avez écrit là ?

PAUL

Sans doute...

HENRIETTE

Vrai ?

PAUL

Je vous le jure !

Henriette va pour déchirer la lettre.

Que veut dire... ?

HENRIETTE

Cela veut dire, monsieur, que vous avez bien mal plaidé la cause de votre ami...

Elle va encore pour déchirer la lettre.

PAUL, avec conviction

Arrêtez, Mademoiselle ! Je vous en supplie !... C'est votre bonheur que vous détruisez là !... Le vôtre et le sien !... Je ne sais pas de noble coeur, de plus charmant esprit que Vérac !... Et je ne sais personne de plus digne de lui que vous ! Oh ! Ce ne sont pas là de vaines paroles de galanterie !... Je ne vous connais que depuis un moment, mais ce moment m'a suffi pour voir ce que vous êtes et ce que vous serez !... Je vous en supplie, mademoiselle ! N'enlevez pas une telle femme à mon ami !

HENRIETTE

Mon_Dieu ! Quel mauvais avocat vous faites !

Elle déchire la lettre.

Dites à Monsieur_de_Vérac que, si maintenant il revenait à moi, c'est moi qui le refuserais.

CHAMEROY

Tu le refuserais ?

PAUL

Pourquoi ?

HENRIETTE

Pourquoi ? Je vous le dirai un autre jour... Peut-être jamais, peut-être demain ! Car nous nous reverrons, vous me l'avez promis !

PAUL, à Monsieur et Madame Chameroy

Me le permettez-vous ?

CHAMEROY

Tant que vous voudrez !

HENRIETTE

Eh bien, à demain !

PAUL

À demain.

Il sort.

SCÈNE XI. Chameroy, Madame Chameroy, Henriette.

MADAME CHAMEROY

Ah çà ! Nous expliqueras-tu un peu ce que tout cela signifie ?

HENRIETTE

Cela signifie...

Montrant la porte par où Paul est sorti.

que voilà celui que j'épouserai !

CHAMEROY

Hein ?

HENRIETTE

S'il veut de moi, et si je continue à le trouver de mon goût.

PAUL, rentrant

Pardon !

HENRIETTE

Vous, Monsieur ?

PAUL

Mais...

HENRIETTE

Pourquoi êtes-vous rentré ?

PAUL

Mais pour prendre mon parapluie, que j'ai oublié, auquel je tiens et que voici...

HENRIETTE

Et vous n'avez rien entendu ?

PAUL

Rien !

HENRIETTE

Rien du tout ?

PAUL

Un mot peut-être.

HENRIETTE

Lequel ?

PAUL

Le dernier... si je continue... à demain !

Il sort.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica