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un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Le Naufrage ou La Pompe Funèbre de Crispin

Joseph de La Font· créée en 1710· 473 vers· 12 personnages

Représentée, pour la première fois, le 14 juin 1710 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • LE GOUVERNEUR, de l'île de Salamandres
  • PIRACMON, habitant de l'île
  • ÉLIANTE, jeune Française, amante de Licandre
  • MARINE, suivante d'Éliante
  • LICANDRE, gentilhomme français , amant d'Éliante
  • CRISPIN, valet de Licandre
  • UN INSULAIRE
  • LE GRAND-PRÊTRE de l'île
  • LA GRANDE-PRÊTRESSE
  • GARDES et suite du gouverneur.
  • SUITE du gouverneur.
  • Plusieurs habitants de l'île, chantant et dansant.
NOTICE SUR DE LAFONT. [1818]

Joseph de LAFONT naquit à Paris eu 1686, et mourut à Passy le 20 mars 1725. Son père, procureur au parlement, voulait lui faire embrasser la même carrière ; mais l'école de droit lui plut moins que celle du théâtre, et s'étant lié avec le célèbre comédien Pierre Lenoir de la Thorillière, il se mit dès l'âge de vingt ans à composer des comédies. La première qu'il fit représenter fut "Danaé, ou Jupiter Crispin", petite pièce en un acte, en vers libres, mise au théâtre le 4 juillet 1707. Elle eut huit représentations. "Le Naufrage, ou ta Pompe Funèbre de Crispin", comédie en un acte, en vers, suivie d'un divertissement, donnée pour la première fois le 17 juin 1710, eut treize représentations. On la donne encore de temps en temps.

"L'Amour vengé", comédie en un acte, en vers, parut pour la première fois le 14 octobre 1712, et fut représentée dix-sept fois de suite avec le plus grand succès. Sa dernière reprise est du 7 février 1722.

La dernière pièce donnée par de Lafont au Théâtre Français, est sa petite comédie en un acte, en vers, intitulée "les Trois Frères Rivaux". Cet ouvrage passe pour le meilleur de son auteur : joué pour la première fois le 4 février 17133, il est resté au théâtre.

À compter de ce moment, de Lafont n'a plus travaillé que pour l'Académie royale de musique et pour l'Opéra comique.

Le théâtre représente une île sauvage. On y voit quelques habitations dans des rochers et escarpés ; dans l'enfoncement on découvre la mer dont le rivage est couvert de débris de vaisseaux.

SCÈNE I. Éliante, Marise.

MARINE

D'accord.

ÉLIANTE, l'interrompant

Est-ce que l'on remarque ?...

MARINE, l'interrompant, à son tour, en voyant paraître Crispin

C'est bien dit... Mais voilà Crispin.

SCÈNE II. Crispin, Éliante, Marine.

MARINE, à Crispin

Bonjour, Crispin.

CRISPIN, gaiment

Bonjour...

À Eliante, d'un ton triste.

Bonjour.

ÉLIANTE, l'interrompant

Ah ! Mourons...

CRISPIN, l'interrompant, à son tour

Je n'en ai point d'envie.

MARINE, montrant Éliante

Quoi ! Son honneur, Crispin...

CRISPIN, l'interrompant

Je ne suis rien.

ÉLIANTE, l'interrompant et voulant le chasser

Ôte-toi de mes yeux.

SCÈNE III. Éliante, Marine.

MARINE, l'interrompant

Bon ! Dès les premiers jours.

SCÈNE IV. Piracmon, Éliante, Marine.

PIRACMON, l'interrompant

Oui, je sais le mystère.

SCÈNE V. Le Gouverneur, Crispin, Gardes et suite du Gouverneur.

SCÈNE VI. Piracmon, La Gouverneur, Crispin, gardes et suite du Gouverneur.

LE GOUVERNEUR

Non, vraiment.

CRISPIN

Comment ?

LE GOUVERNEUR, à un garde de sa suite

Qu'on nous apporte ici le livre de la loi.

Le garde s'éloigne un moment.

SCÈNE VII. Le Gouverneur, Crispin, Piracmon, Gardes et suite du Gouverneur.

LE GOUVERNEUR

Par le livre à l'instant vous allez être instruit.

Voyant, revenir le garde qui s'était éloigné.

On l'apporte.

SCÈNE VIII. Le Gardes, Le Gopuverneur, Crispin, Piracmon, Gardes et suite du Gouverneur.

LE GOUVERNEUR, à Crispin, en lui montrant le livre de la loi, que le garde lui présente

Lisez. C'est l'article dix-huit

CRISPIN, au gouverneur, après avoir lu

C'est donc la le sujet qui doit faire ma joie ?

LE GOUVERNEUR aux gardes

Holà ! Gardes... Quelqu'un ; qu'on l'arrête. Main forte !

Des gardes saisissent Crispin et l'arrêtent.

CRISPIN

Hélas !

PIRACMON, à Crispin

Songez a votre gloire,

CRISPIN, à part, et en pleurant

Ah ! Quelle tyrannie !

LE GOUVERNEUR, à Crispin

Marchez.

CRISPIN, à part

Précaution barbare !

CRISPIN, se jetant à ses pieds

Ayez pitié de moi, monsieur le gouverneur.

PIRACMON, l'interrompant

Seigneur.

LE GOUVERNEUR, aux gardes, en montrant Crispin

Gardes... conduisez-le...

À Piracmon.

Surtout, n'oubliez rien Pour rendre la musique et la danse célèbre.

CRISPIN, à part

Je vais me préparer à périr dans la flamme... Allons, c'est fait de moi... Dieu veuille avoir mon âme !

Il s'éloigne avec Piracmon et quelques-uns des gardes du gouverneur, qui l'emmènent.

SCÈNE IX. Le Gouverneur, Gardes, Suite.

SCÈNE X. Un Insulaire, La Gouverneur, Gardes, Suite.

LE GOUVERNEUR, à l'insulaire

Que me veut-on ?

LE GOUVERNEUR

Qu'il approche.

L'insulaire s'éloigne, et fait paraître Licandre.

SCÈNE XI. Licandre, Le Gouverneur, Gardes, Suite.

LE GOUVERNEUR, prenant la lettre

Donnez. Je vous promets que, quoi qu'il me demande, Je ferai tout pour lui. Voyons ce qu'il me mande.

Il ouvre la lettre et la lit haut.

« Le gentilhomme que je vous envoie a été jeté par la tempête dans mon île. Son nom est Licandre ; et il a fait naufrage depuis peu avec une personne, nommée Éliante, dont il était éperdument amoureux. Si, par hasard, vous aviez des nouvelles de cette aimable personne, vous rachèteriez la vie à son amant en la lui faisant retrouver. Informez-vous-en, je vous prie. Il n'est point impossible que l'orage l'ait jetée dans votre port. Donnez-y vos soins ; j'en aurai une éternelle reconnaissance. BRISAPH, gouverneur de l'île de Santoriada. »

LE GOUVERNEUR

Je vous plains.

SCÈNE XII. Un Insulaire, Le Gouverneur, Licandre, Gardes, Suite.

LE GOUVERNEUR, à l'insulaire, en montrant Licandre

Il tombe évanoui... Qu'on l'ôte de ces lieux ; Il ne faut point offrir ce spectacle à ses yeux ; Sa trop vive douleur l'interromprait peut-être...

Voyant paraître de loin le cortège qui arrive.

Le deuil s'approche... Allons au-devant du grand-prêtre.

L'insulaire et l'un des gardes du gouverneur emportent Licandre dans un lieu éloigné, et le gouverneur va au-devant du cortège avec, ses gardes et sa suite.

SCÈNE XIII. Marine, Piracmon.

PIRACMON

Sans doute.

PIRACMON

Tu verras, dans la suite... Si le drôle en revient, je veux que, de longtemps,

Entendant le bruit des instruments.

Il n'ait dessein... Mais, chut... j'entends les instruments...

Il regarde du coté par où vient le cortège, et le voit approcher.

La victime paraît, couverte de guirlandes... Viens-t'en, et joignons-nous à ces joyeuses bandes.

Il va se réunir, avec Marine, aux insulaires de l'un et de l'autre sexes qui accompagnent le cortège.

SCÈNE XIV. Le Grand-Prêtre, La Grande-Prêtresse, Le Gouverneur, Éliante, sur le bûcher, Crispin, Piracmon, Marine, Gardes et Suite du Gouverneur, Troupe d'Iinsulaires, de l'un et de l'autre sexes, chantant, dansant, jouant de plusieurs instruments ,et portant des flambeaux allumés.

Le fond s'ouvre et laisse voir le bûcher sur lequel Éliante est placée, vêtue d'une mante couverte de fleurs. Ce bûcher est élevé au pied d'un mausolée galant, où l'Amour est représenté portant le portrait de Crispin. Le grand-prêtre, la grande-prêtresse , le gouverneur, ses gardes, sa suite, et une troupe d'insulaires, de l'un et de l'autre sexes, parmi lesquels Piracmon et Marine se sont mêlés, et qui portent tous des flambeaux allumés, conduisent Crispin, en cérémonie, au pied du bûcher, au son des instruments, et avec l'appareil le plus galant et le plus gracieux.

CHOEUR D'INSULAIRES, de l'un et de l'autre sexes, montrant Crispin

Chantons, dansons, et célébrons son sort.

CHOEUR DES INSULAIRES, de l'un et de l'autre sexes, montrant Crispin

Chantons, dansons, et célébrons son sort.

SCÈNE XV. Licandre, La Grand-Prêtre, La Grande-Prêtresse, Le Gouverneur, Éliante sur le bûcher ; Marine, Crispin, Piracmon, Gardes et suite du Gouveneur, Troupe d'insulaires de l'un et de l'autre sexes.

CRISPIN à part, et sans reconnaître d'abord Licandre

Vous pouvez là-dessus suivre votre désir.

CRISPIN, reconnaissant Licandre

Eh quoi ! Monsieur, c'est vous ?...

À part.

Ô ciel, je te rends grâce...

À Licandre.

Vous venez à propos pour prendre ici ma place...

À tous ceux qui forment le cortège, en leur montrant Licandre.

Messieurs, au moins, voilà le véritable époux.

LE GOUVERNEUR

Que de discours !... Allons, sans tarder davantage, Montez sur le bûcher.

Des gardes prennent Crispin et veulent le jeter dans le bûcher.

LICANDRE, à part, en s'approchant du bûcher et regardant Éliante

Ô ciel ! Que de beautés vont se réduire en cendre !...

Voulant monter sur le bûcher.

Je ne la quitte point.

ÉLIANTE, l'entendant sur le bûcher, et se relevant

Ah ! Licandre, Licandre !

CRISPIN, à part, avec surprise

Miracle !

LICANDRE, à part, également étonné

Juste ciel !

LE GOUVERNEUR

Oui, sans doute ;

LE GRAND-PRÊTRE, à Licandre et à Éliante

Ainsi donc, vivez heureux.

LICANDRE, l'interrompant

C'est mon valet.

LE GRAND-PRÊTRE, chantant seul, à Licandre, à Éliante et à Crispin

Étrangers, qui trouvez ridicule Qu'ici l'on brûle Le survivant avec le mort, Vous avez tort. Ce tourment, qui paraît terrible, Fut inventé parmi nous Pour rendre une femme sensible À la mort de son époux.

Les insulaires, des deux sexes, reprennent leurs danses.

473 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0