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Tragédie en vers

Amasis

François-Joseph de Lagrange-Chancel· créée en 1701· 5 actes· 1 478 vers· 10 personnages

Représentée pour la première lois, le 13 décembre 1701.

Personnages

  • AMASIS, usurpateur de la couronne d'Egypte
  • NITOCRIS, reine d'Egypte, veuve d'Apriès
  • SÉSOSTRIS, fils d'Apriès et de Nitocris
  • PHANÈS, favori d' Amasis
  • ARTHÉNICE, fille de Phanès
  • CASSIOPE, confidente de la reine
  • MICÉRIBE, confidente d'Arthénice
  • MÉNÈS, gouverneur de Psamménite , fils d'Amasis
  • AMMON, officier, de la garde
  • GARDES
NOTICE SUR LAGRANGE DE CHANCEL

Joseph Lagrange de Chancel naquit au château d'Antoniat, près de Périgueux, en 1676. Poète dès l'âge de sept ans , il composa a neuf une comédie qu'il joua à Bordeaux avec ses camarades de collège. Amené à Paris, il y entra page chez la princesse de Conti. Il n'avait pas encore dix-sept ans quand il mit « Adherbal » au théâtre. Cette tragédie, jouée pour la première fois le 8 janvier 1694 , eut cinq représentations. Trois ans après il donna une seconde tragédie intitulée « Oreste et Pylade », qui fut jouée dix fois. L'année 1699 vit paraître deux autres tragédies du même auteur, « Méléagre » le 18 janvier, et « Athénais » le 20 novembre, La première eut dix représentations , et la seconde fut donnée quinze fois avec beaucoup de succès. Elle n'en obtint pas moins en 1736.

De toutes les tragédies de La Grange , celle qui est restée le plus longtemps au théâtre , est « Amasis », représentée pour la première fois le 13 décembre 1701.

En 1708 il donna sa tragédie d' « Alceste » , qui n'eut que six représentations. « Ino et Mélicerte », tragédie donnée, pour la première fois, le 10 mars 1713, eut un grand succès pendant dix-sept représentations. Dix-huit ans après, le 17 décembre 1731, il parut « Érigone », qui ne fut jouée que huit fois. Elle fut suivie, l'année 1732, de « Cassius Victorinus » dernière tragédie de l'auteur ; elle n'obtint également que huit représentations.

Lagrange de Chancel a composé plusieurs opéras, et eut peut-être encore ajouté quelque tragédies à celles que nous venons de citer , s'il n'eût mené une vie fort orageuse que lui procura son caractère vif et turbulent. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-deux ans à Antoniat, sa patrie, le 37 décembre 1758.

ACTE I

SCÈNE I. Sésostris, Phanès.

PHANÈS

Non, Seigneur : pour punir un tyran furieux , Les moyens les plus sûrs sont les plus glorieux. Rien n'est si dangereux que trop d'impatience. Il faut que la valeur se joigne à la prudence. Dans nos troubles passés, nul autre mieux que moi, Ne suivit en tous lieux le destin de son roi. Où serions-nous tous deux, quand il perdit la vie, Si je n'eusse écouté que ma seule furie ? Faible contre Amasis, je me joignis à lui. Ne pouvant l'accabler, je devins son appui ; Et par là, de son coeur gagnant la confiance , J'ai su vous préparer une illustre vengeance. Déjà pour ce dessein je viens de m'assurer De tous ceux qui pour nous se peuvent déclarer. Les prêtres de nos dieux leur ont donné l'exemple : Ils ont même caché dans le fond de leur temple Des soldats qu'en secret j'ai conduits dans Memphis. J'ai fait plus. À leurs yeux j'ai montré Cléophis, Qui sans vous découvrir, pour redoubler, leur zèle, A de votre retour répandu la nouvelle. Tous les coeurs sont pour vous : et maître de ces lieux. Aussitôt que la nuit obscurcira les cieux, De nos braves amis marchant à votre suite , Jusqu'au lit du tyran je conduirai l'élite. Là tout vous est permis : vous n'aurez qu'à frapper. Surpris de toutes parts, il ne peut échapper. C'est en vain qu'agité des troubles formidables Qu'impriment les remords dans le coeur des coupables, De ce vaste palais parcourant les détours, Il croit tromper les bras armés contre ses jours. C'est là qu'au moindre bruit, craignant sa dernière heure, En cent lieux différents il change de demeure ; Et que plus malheureux que ses moindres sujets, Il cherche le sommeil, qu'il ne trouve jamais. Autour de son palais , une garde empressée De piques et de dards est toujours hérissée, Et prêt d'immoler tout à ses premiers soupçons, De tout ce qui l'approche , il craint des trahisons. Ainsi jusqu'à tantôt gardez-vous d'entreprendre. Voici le temps propice, où je lui puis apprendre, Qu'un étranger sans suite, arrivé d'aujourd'hui , D'un secret important ne veut s'ouvrir qu'à lui. Attendez-nous.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Amasis, Sésostris, Phanès, Gardes.

SCÈNE IV. Amasis, Phanès.

AMASIS

Qu'avec ravissement j'écoute tes avis ! Je me suis déjà dit tout ce que tu me dis , Phanès ; et ma puissance est assez affermie, Sans mettre dans mon lit cette fière ennemie. Les dieux m'ont mis au trône, il faut m'y maintenir. Puisque c'est leur ouvrage, il faut le soutenir. Par les soins que je prends à défendre ma vie, Leur gloire attend de moi que je les justifie. Cependant t'avouerai-je une foule d'ennuis Qui ne sortent jamais de la place où je suis ? J'ai monté par le meurtre à ce degré suprême : Un autre, à mon exemple, en peut faire de même. Il est toujours quelqu'un qui cherche à nous trahir ; Et plus on est puissant, plus on se fait haïr. Voilà ce que je crains : voilà ce qui me trouble. En redoublant mes soins, ma frayeur se redouble, Je crois ne voir partout que des pièges secrets, Que des traîtres cachés au fond de ce palais. Je prends pour assassin tout ce qui m'environne ; Nul ne peut m'approcher, que je ne le soupçonne. Mon fils même, ce fils qui vient de triompher D'un monstre qu'en naissant je ne pus étouffer, N'a pu se garantir de ma terreur secrète. J'ai senti dans mon sein la nature muette . Et s'il ne m'eût remis ces gages de sa foi, Je frémis de l'accueil qu'il eût reçu de moi. Toi-même, à qui je dois la moitié de ma gloire x Toi qui vins confirmer ma dernière victoire, Ne sachant quelquefois par où j'ai mérité Ces effets surprenants de ta fidélité De ton pouvoir trop grand mon âme est alarmée. Je te vois si chéri du peuple et de l'armée, Que le rang de ministre où ma faveur t'a mis , Relève de l'Egypte, et non pas d'Amasïs. Contre un sujet suspect je sais ce qu'on peut faire ; Cependant je te crois, et fidèle, et sincère. Mais pour n'avoir plus lieu de douter de ta foi, Par de si forts liens je veux t'unir à moi, Que ton ambition n'ait plus rien à prétendre : Enfin, je suis ton roi, je veux être ton gendre.

PHANÈS

Seigneur....

SCÈNE V. Amasis, Phanès, Arthénice, Micérine.

SCÈNE VI. Phanès, Arthénice, Micérine.

SCÈNE VII. Arthénice, Micérine.

ARTHÉNICE

Un étranger...

MICÉRINE

Eh bien ?

ARTHÉNICE

C'est ce même inconnu. Pour mon repos , hélas ! Autant qu'il le devait, il ne se cacha pas. Je le vis, j'en rougis, mon âme en fut émue ; Et pour quelques moments qu'il parut à ma vue, Je sens bien que mon coeur en a reçu des traits Que l'absence et le temps n'effaceront jamais. Que dis-je ? Ce matin, je devançais l'aurore, Pour goûter la douceur de le revoir encore : Quel trouble, à mon réveil, n'ai-je point ressenti ! Sans m'apprendre son sort, j'apprends qu'il est parti, Et soudain dans ces murs dont j'étais exilée, Par un ordre du roi je me vois rappelée. Alors, je l'avouerai, j'ai repris quelque espoir : J'ai cru que dans Memphis je pourrais le revoir. À ce brûlant désir je m'abandonnais toute, Et d'un oeil attentif j'en parcourais la route, Quand ces deux malheureux, sur la terre étendus, Ont redonné l'alarme à mes sens éperdus : J'ai vu dans le premier quelque reste de vie ; Son âge vénérable a mon âme attendrie : Mais tandis qu'immobile, et sourd à tes désirs, Sa voix pour s'exprimer n'avait que des soupirs ; Combien pleine d'horreur, et de crainte glacée, Vers l'autre pâle et mort je m'étais avancée ! Combien en l'abordant je détournais les yeux ! Je ne l'ai point connu, j'en ai béni les dieux. Ma pitié seulement s'est bornée à lui rendre Ce qu'après le trépas tout mortel doit attendre : Tandis qu'au lieu voisin que nous avions quitté, Le vieillard, par ton ordre, avait été porté. Enfin de ma frayeur à peine revenue, Me voici dans ces murs où j'étais attendue. Je n'y vois point celui que cherchaient mes souhaits, Et je dois souhaiter de ne l'y voir jamais. Bannissons de mon coeur cette idée importune : Et remettant aux dieux le soin de ma fortune, Allons, pour dissiper le désordre où je suis, Au pied de leurs autels, l'oublier... si je puis.

ACTE II

SCÈNE I. Nitocris, Canope.

NITOCRIS

J'aurais tort d'en douter, ô ma chère Canope ! Il faut bien qu'à tes yeux mon coeur se développe. Dans mes longs déplaisirs, pourrais- tu soupçonner Qu'à quelque joie encore il pût s'abandonner ? Voici le jour heureux qui va finir mes peines ! J'ai reçu de mon fils des nouvelles certaines. Le bruit de son retour, en ces lieux répandu, A frappé ce matin mon esprit éperdu ; Et pour rendre le ciel à mes désirs propice, J'ai couru dans le temple offrir un sacrifice. Là, j'ai fait informer de mon intention L'interprète absolu de la religion, Le seul qui des tyrans balançant la puissance, Ait de quoi réprimer leur injuste licence. À peine a-t-il paru, que son auguste aspect A rempli tous les coeurs de crainte et de respect De tous mes surveillants il m'a débarrassée : J'ai marché sur ses pas : je me suis avancée Dans un lieu qu'au silence on avait consacré ; Lieu que l'astre du jour n'a jamais pénétré, Où la divinité que l'Egypte y révère, Se voit au sombre éclat d'une pâle lumière. C'est alors qu'embrassant le marbre de ses pieds, Après que de mes pleurs ils ont été noyés, Et que ma voix éteinte et mal articulée, Au secours de mon fils l'a cent fois appelée, J'ai senti tout_à_coup un changement soudain. Un espoir inconnu s'est glissé dans mon sein. La flamme du bûcher s'est d'abord allumée : Elle a brillé dans l'air, sans pousser de fumée. La victime aussitôt présentée à l'autel, N'a point en gémissant reçu le coup mortel ; Et le prêtre attentif à ce pieux office, N'a rien vu dans ses flancs qui ne me fût propice. D'une sainte fureur, en même temps , épris : Reine, rends, m'a-t-il dit, le calme à tes esprits ; Ton fils est en ces lieux : avec la tyrannie, Avant la fin du jour, ta misère est finie, Il triomphe, : tout fuit, tout cède à son effort, Le tyran va tomber ; il expire, il est mort. Il dit ; et me quittant après cette réponse, Dans un antre opposé je le vois qui s'enfonce ; Et moi pleine de joie, et d'un esprit content , Je reviens dans le temple, où ma garde m'attend. Mais je reviens à peine, ô comble d'allégresse ! Que des dieux tout-puissants j'éprouve la promesse. Et pour me confirmer le retour de mon fils, En rentrant au palais, j'ai vu...

CANOPE

Qui ?

NITOCRIS

Cléophis.

SCÈNE II. Amasis, Nitocris, Canope, gardes.

AMASIS

Sa mort.

NITOCRIS

Ô ciel !

SCÈNE III. Amasis, Pharès, Gardes.

SCÈNE IV. Amasis, Sésostris, Gardes.

SÉSOSTRIS

La reine !

SCÈNE V. Amasis, Sésostris, Arthénice, Micérine, Gardes.

SCÈNE VI. Arthénice, Micérine.

ACTE III

SCÈNE I. Sésostris, Phanès.

SCÈNE II. Nitocris, Sésostris, Canope, Ammon, Gardes.

SÉSOSTRIS

Madame...

SCÈNE III. Nitocris, Sésostris, Phérès, Canope, Ammon, Gardes.

SCÈNE IV. Nitocris, Canope, Gardes.

SCÈNE V. Amasis, Nitocris, Canope, Gardes.

SCÈNE VI. Nitocris, Canope.

SCÈNE VII. Nitocris, Arthénice, Canope.

SCÈNE VIII.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Sésostris, Nitocris, d'un côté du théâtre, un poignard à la main ; Amasis, de l'autre côté.

AMASIS, lui retenant le bras

Arrête, malheureuse !

NITOCRIS

Ô dieux !

SÉSOSTRIS

Ô ciel !

SCÈNE III. Amasis, Sésotris, Nitocris, Phanès, Gardes.

SCÈNE IV. Amasis, Sésostris, Pharès, Gardes.

PHANÈS

Sur moi.

SCÈNE V. Amasis, Sésostris, Gardes.

SCÈNE VI. Amasis, Sésostris, Arthénice, Gardes.

SCÈNE VII. Sésostris, Arthénice.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Arthénice, Micérine.

MICÉRINE

Madame.....

ARTHÉNICE

Eh bien ?

ACTE V

SCÈNE I. Amasis, Nitocris, Canope, gardes.

SCÈNE II. Amasis, Nitocris, Arthéncie, Micérime, Canope, gardes.

SCÈNE III. Amasis, Nitocris, Arthénice, Micérine, Canope, Ménès, Gardes.

SCÈNE IV. Amasis, Nitocris, Sésostris, Arthénice, Micérine, Ménès, Canope, Gardes.

SÉSOSTRIS

Justes dieux !

ARTHÉNICE

Ô dieux !

SCÈNE V. Amasis, Sésostris, Nitocris, Arthénice, Micérine, Canope, Gardes.

SÉSOSTRIS, mettant la main à l'épée

Traître....

SCÈNE VI. Amasis, Sésostris, Nitocris, Arthénice, Micérine, Canope, Ammon, Gardes.

NITOCRIS

Ah tyran !

NITOCRIS

Elle tombe évanouie.

Hélas !

SCÈNE VII. Nitocris, Canope, Ammon, Gardes.

SCÈNE VIII. Nitocris, Arthénice, Canope, Ammon, Gardes.

SCÈNE IX. Nitocris, Sésostris, Arthénice, Micérine, Canope, Ammon.

NITOCRIS

Lui ?

ARTHÉNICE

Mon père ?

1 478 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0