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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Méléagre

François-Joseph de Lagrange-Chancel· créée en 1999, imprimée en 1699· 5 actes· 1 586 vers· 8 personnages

Personnages

  • ALTHÉE, reine de Calydon
  • MÉLÉAGRE, Fils d'Althée
  • ATHALANTE, Reine d'Arcadie
  • PLEXIPPE, Frère d'Althée
  • DEJANIRE, Fille de Toxée , Nièce de Plexippe et d'Althée, et depuis femme d'Hercule
  • DIONE, Confidente d'Althée, et Gouvernante de Déjanire
  • ÉLISE, Nymphe de la suite d'Athalante
  • THÉLAME, Domestique de la Reine
PRÉFACE

Il s'éleva d'abord une si grande quantité de Critiques contre cette pièce, qu'il faut qu'elle ne soit pas sans mérite, puisqu'elle a pu leur résister. Je ne doute point que je n'en doive la réussite au beau sexe qui en a été véritablement touché, et qui est toujours venu en foule à chaque représentation. J'ai eu la gloire d'y voir pleurer une illustre Princesse, dont l'approbation vaut mieux que toutes les louanges du monde. La plupart de nos jeunes gens veulent faire les beaux esprits avec un savoir très médiocre. Ils ne viennent à la Comédie qu'avec un esprit de critique ; et quand ils ont une fois décidé, ils croient que la Cour et la Ville doivent suivre leur jugement. Il y en a quelques-uns dont l'esprit devance les années , et qui loin de faire les mauvais censeurs donnent des avis que je suivrai toujours préférablement aux miens. Il est vrai que le nombre de ces derniers est si petit, qu'à peine en trouve-t-on trois ou quatre ; entre lesquels j'en dois distinguer un, dont l'estime et l'amitié font que je ne m'inquiète pas beaucoup des mauvaises critiques des autres, qui seront aisées à détruire par ceux qui liront cet ouvrage.

ACTE I

SCÈNE PREMIERE. Déjanire , Dione.

DEJANIRE

Ah Dione ! Les Dieux, quand ils font outragés, Ne s'apaisent jamais qu'après s'être vengés : On irrite aisément leurs suprêmes puissances : Il faut des flots de sang pour laver nos offenses. Rappellerai-je ici ce jour, où leur courroux, Avec tant de rigueur éclata contre nous ? Méléagre échappé d'un péril effroyable, Revenait triomphant d'un peuple formidable. Sa mère, soeur du Prince à qui je dois le jour, Pour nous unir tous deux attendait son retour ; Et pour suivre du Roy la volonté suprême. Devait quitter pour nous l'éclat du diadème. Car, tu n'ignores pas qu'à son dernier moment Il voulut de la Reine exiger un ferment : Pour remettre à leur fils le trône de son père, Quand l'âge à notre hymen ne serait plus contraire. J'ignore quel forfait, ou plutôt quel malheur, De Diane sur nous attira la fureur. Les uns l'ont imputée au mépris de la Reine ; Mais je me crus dès lors le sujet de sa haine ; Et que par trop d'orgueil mon coeur fut entraîné Quand je vis le bonheur qui m'était destiné. Quoi qu'il en soit, trompant cette heureuse espérance, Le monstre en même temps fit sentir sa vengeance. Combien, depuis un an qu'il désole ces bords, Les a-t-on vu semés de carnage et de morts ? En vain pour le combattre on va tout entreprendre La Déesse irritée a soin de le défendre. Je connais Méléagre , et je sais que son bras, Pour sauver son pays ne s'épargnera pas. Toujours infatigable, et toujours magnanime, Plus le péril est grand, plus la gloire l'anime ; Et peut-être du monstre éprouvant les fureurs...

SCÈNE II. Déjanire, Thelame, Dione.

SCÈNE III. Déjanire, Dione.

DEJANIRE

Je ne m'éblouis point d'une vaine tendresse, Un Trône sur un coeur peut bien plus qu'une niéce. De son frère inhumain elle prend les avis ; Les miens auprès des leurs ne sont guères suivis. Par un commun accord du rang qu'on me refuse, Elle accuse son frère ; et son frère l'accuse : Et mon coeur ignorant l'auteur de son ennui, Se défie à la fois de la Reine, et de lui. Du tort qu'elle me fait, par un supplice étrange, Il semble que le Ciel la punit, et me venge. Tu vois depuis quel temps son funeste courroux Prend soin de lui porter les plus sensibles coups. Songe combien de fois sa raison égarée, A fait place aux fureurs dont elle est déchirée ; Rappelle-toi l'horreur de ces affreux moments, Ou poussant jusqu'au Ciel de longs gémissements, Elle croit voir Diane armer sa main sévère, Pour lancer sur son fils la foudre de son père : Que l'Enfer pour le perdre à sa haine se joint : Elle le voit, le cherche, et ne le connaît point. Et dans nos bras enfin tremblante, évanouie, Elle reste longtemps sans chaleur et sans vie. Cependant par un sort que je ne conçois pas, Pour elle en cet état le Trône a des appas ; Du pouvoir souverain incessamment jalouse, Elle veut à son fils me donner pour épouse ; Contant que sa jeunesse, et ma facilité Lui laisseront toujours toute l'autorité. En vain de ma foiblesse elle est persuadée ; Je ne m'oppose point à cette vaine idée, Je la confirme même autant que je le puis : Mais un jour sur le Trône on verra qui je suis : On verra si mon coeur satisfait d'un vain titre, Veut que de son pouvoir une autre soit l'arbitre, Et fi laissant régner mes ennemis jaloux...

SCÈNE IV. Althée, Dejanire, Dione.

ALTHÉE

Dione, laissez-nous.

Dione se retire, et Althée continue.

Je vous connais, Princesse, et sur cette assurance, Je me suis résolue à rompre le silence : Mais pour vous expliquer, connaissant votre foi, Un secret qui n'est su que des Dieux, et de moi, Il faut de nos malheurs reprendre l'origine, Du jour où j'attirai la vengeance divine. Mon hymen commença ma gloire, et mon malheur ; L'État après dix ans n'eût point de successeur, Et le peuple indigné prenait pour un outrage, Que le Ciel n'honorât ma couche d'aucun gages Je crus que de Diane implorant le pouvoir, Sa clémence aussitôt remplirait mon espoir, Par un zèle fatal je crus tout légitime ; Chaque ennemi captif lui servait de victime : Peut-être j'en fis trop, ou n'en fis pas assez ; Mais voyant que mes voeux n'étaient point exaucés, Je n'espérai plus rien de la bonté céleste, Je détruisis son culte, et le rendis funeste ; J'eus recours à cet art dont les enchantements Soumettent la nature à ses commandements : Enfin soit que l'Enfer obéit à ces charmes, Soit qu'un Dieu plus humain fut touché de mes larmes, Ce fut dans le moment que par un doux repos Le sommeil des mortels suspendait les travaux , Et que l'obscure nuit nous couvrant des ses ombres, Déployait dans les airs ses voiles les plus qombres, Qu'à l'éclat d'un flambeau qui vint frapper mes yeux, Je crus voir, et je vis ( quel spectacle odieux ! ) Je vis de l'Acheron les filles inflexibles, Les Parques aux mortels si fières, si terribles, S'approcher de mon lit, et peur comble d'horreur, Par ces mots effrayants augmenter ma terreur, « Reine, malgré Diane, et toute sa puissance, Nous te venons d'un fils annoncer la naissance, Éteint, et saisis-toy de ce flambeau fatal, Ses jours font attachés à ce don infernal, Il te donne sur eux un empire suprême. Jamais le feu sans toi ne le peut consumer, Jamais autre que toi ne le peut allumer : Mais tremble, et quelque jour garde-toi de toi-même. »

ALTHÉE

Je l'ai cru comme vous ; Mais depuis que le Ciel nous marque son courroux, Dès qu'un léger sommeil me ferme la paupière, Je crois voir Méléagre à son heure dernière. Je crois voir les Enfers détruisant leur secours, Allumer dans mes mains le flambeau de ses jours, Et pour mettre le comble à leur rage cruelle, Nous entraîner tous deux dans la nuit éternelle, Le jour même, ce trouble occupe mes esprits, Je me sens effrayée à l'aspect de mon fils ; La crainte de sa mort qui de mon coeur s'empare, Me jette en des transports où ma raison s'égare, Diane, je le vois : ce sont là de tes coups ; Mais je sais les moyens de braver ton courroux, Et malgré tes fureurs, Déesse impitoyable, Tu ne jouiras pas du tourment qui m'accable. Je veux me délivrer du trouble où je me vois, En sachant que mon fils vous est cher comme à moi, Vous céder un trésor dont malgré ma tendresse, Je puis dans mes fureurs n'être pas la maîtresse ; J'en veux à ses jours vous serez son appui ; Et si malgré l'amour dont vous brûlez pour lui, Quelque soupçon jaloux, quelque secrète envie Vous forçait quelque jour d'attenter sur sa vie, Le flambeau qui sans moi ne se peut allumer, Arrache aux noirs projets que vous pourriez former. D'une égale chaleur pour lui nous intéresse. Montrons qui de nous deux a le plus de tendresse. Je craindras pour un fils, et vous pour un époux, Vous veillerez sur moi. Je veillerai sur vous : Et nous détournerons sa funeste aventure, Quand il aura pour lui l'amour, et la nature.

DEJANIRE

Ciel !

SCÈNE V. Althée, Plexippe, Dejanire.

ALTHÉE

Ciel !

SCÈNE VI. Plexippe, Déjanire.

SCÈNE VII.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Athalante, Élise.

SCÈNE II. Athalante, Plexippe, Élise.

SCÈNE III. Ahtalante, Élise.

SCÈNE IV. Athalante, Dejanire, Dione, Élise.

SCÈNE V. Méléagre, Athalante, Déjanire, Dione, Élise.

MÉLÉAGRE

Madame...

SCENE VI. Méléagre, Déjanire, Dione.

SCÈNE VII. Déjanire, Dione.

DEJANIRE

Dieux ! Quel trouble mortel m'accable et me confond ! Crois-tu que je supporte un si cruel affront ? Il adore Athalante. Ah ! superbe rivale, Va, porte loin de nous ta présence fatale. Je ne te retiens plus : évite ma fureur. Ou crains le désespoir qui déchire mon coeur. As-tu vu de quel front l'orgueilleuse étrangère Tantôt , en ta présence, a reçu ma prière. Et comme sur le point de quitter nos États, Un mot de Méléagre a retenu ses pas. N'en doutons point : j'ai lu jusqu'au fond de son âme Elle sent pour ce Prince une secrète flamme. Soutenue en ces lieux d'un faux bruit de valeur, D'un jeune conquérant elle a séduit le coeur. On n'a jamais aimé si tendrement qu'il aime. S'il ne l'eût jamais vue il m'aimerait de même. À l'espoir que j'ai pris il me faut renoncer, Dione ; Ah ! Sans frémir je n'y saurais penser. Mais que dis-je : insensée ! On m'outrage, et je pleure, Moi qui puis, si je veux, me venger tout-à-l'heure. Je ne m'explique point : mais loin de m'irriter, Peut-être Déjanire est-elle à redouter ? Ne désespérons pas : ma crainte se dissipe, Puisque dans mon parti j'ai la Reine, et Plexippe. De tout ce qui se passe allons les informer. Contre mon infidèle il les faut animer. Tandis que par mes soins, et par ma complaisance, Je veux de mon côté gagner sa confiance : Me montrer attachée à tous ses intérêts : Cacher adroitement mes déplaisirs secrets : Et s'il faut qu'à son coeur je cesse de prétendre, Dione, nous verrons quel parti je dois prendre.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Althée, Déjanire, Dione.

SCÈNE II. Althée, Méléagre, Déjanire, Dione.

SCÈNE III. Althée, Méléagre, Dione.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Méléagre, Athalante.

MÉLÉAGRE

Ah ! Madame...

SCÈNE VI. Méléagre, Athalante, Pléxippe.

SCÈNE VII. Méléagre, Plexippe.

SCÈNE VIII. Méléagre, Élise.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Althée, Dione.

SCÈNE II. Althée, Déjanire, Dione.

SCÈNE III. Althée, Plexippe blessé, Déjanire, Dione, Thélame.

SCÈNE IV. Althée, Déjanire, Dione.

SCÈNE V. Althée, Méléagre, Déjanire, Dione.

MÉLÉAGRE

C'est moi.

ALTHÉE

Vous !

ALTHÉE

Je me meurs.

MÉLÉAGRE

Quoi, Madame !

SCÈNE VI. Althée, Méléagre, Athalante, Déjanire, Élise, Dione.

ALTHÉE

Hélas !

SCÈNE VII. Méléagre, Athalante, Déjanire, Élise.

SCÈNE VIII.

DEJANIRE, seule

Tu triomphes, cruel, rien ne peut t'arrêter. Tu méprises les pleurs que tu me vas coûter. Orgueilleux de ton crime, et fier de ta conquête, De ce funeste hymen tu vas presser la fête. Puisse le chaste hymen ne point unir vos coeurs. Que l'affreuse Discorde, Alecton, et ses soeurs, De furieux soupçons, des haines immortelles, Prennent soin d'éclairer ces noces criminelles. Allons : ne souffrons pas ces apprêts odieux : Portons plutôt la flamme, et le fer en ces lieux. Pour qui me vengera mon âme se déclare. Qu'à servir ma fureur Hercule se prépare. Appelons en ces lieux le Centaure Ñessus. Faisons-y déborder les eaux d'Acheloüs. Que dis-je ? À nous venger n'employons que nous même. N'ai-je pas sur ses jours un empire suprême ? Ne puis-je pas le perdre, et sans me découvrir, Inventer une voie à le faire périr. Ah ! Ne balançons plus. Prenons cette victime. Égalons ma vengeance au courroux qui m'anime. Quelle rage, grands Dieux ! Quel excès de fureur ! Le verrai-je périr sans changer de couleur ? Est-ce un crime pour lui de n'avoir pu lui plaire ? Soutiendrai-je sa vue, et les cris de sa mère ? Tu l'aimes, Déjanire, et tu l'immoleras ? Tu l'aimes, Déjanire, et tu le céderas ? Et tu pourras souffrir qu'une autre ait l'avantage, De soumettre à tes yeux ce superbe courage. Ah ! Puisque tu n'as pu le ranger sous ta loi, Qu'il meure, ou qu'il l'épouse, il est perdu pour toi. Et plonge-le plutôt dans la nuit infernale, Que de le voir jamais épouqer ta rivale. Allons trouver Althée, et pour notre dessein Choisissons, sans remise, et le temps, et la main : Et que tout l'Univers me voyant outragée, APPrenne en même temps que je me suis vengée,

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Athalante, Élise.

SCÈNE III. Méléagre, Athalante, Élise.

SCÈNE IV. Méléagre, Athalante, Thelame, Élise.

SCÈNE V. Althée, Méléagre, Athalante, Dione, Elise, Thélame.

SCÈNE VI. Althée, méléagre, Athalante, Déjanire, Dione, Élise, Thélame.

SCÈNE DERNIÈRE. Méléagre, Athalante, Déjanire, Élise, Thélame.

1 586 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0