Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou les Médecins Vengés

Elomire Hypocondre

Le Boulanger de Chalussay· imprimée en 1670· 6 actes· 1 770 vers· 27 personnages

Personnages

  • ELOMIRE
  • ISABELLE, femme d'Élomire
  • LAZARILLE, valet d'Élomire
  • CASCARET, laquais d'Isabelle
  • BARI, Opérateur
  • L'ORVIETAN, Opérateur
  • ALCANDRE, Médecin
  • ÉRASTE, Médecin
  • EPISTENEZ, Médecin
  • ORONTE, Médecin
  • CLIMANTE, Médecin
  • CLEARQUE, Médecin
  • CLARICE, femme de Médecin
  • LUCINDE, femme de Médecin
  • ALPHÉE, femme de Médecin
  • LUCILLE, femme de Médecin
  • CALISTE, femme de Médecin
  • CONVIÉS, à la Comédie et au bal
  • DEUX MUSICIENS, représentant Esculape et Mome
  • UN EXEMPT DU GUET
  • LE BALAFRÉ, Archer du Guet
  • SANS MALICE, Archer du Guet
  • AUTRES ARCHERS
  • SIX FEINTS TURCS
  • LE DRAGOMAN
  • UN SUISSE
  • ANTOINE, valet des Médecins
PRÉFACE

Tous les curieux savent qu'Élomire voulant exceller dans le Comique et surpasser tous les plus habiles en ce genre d'écrire, a eu dessein d'imiter cet Amour de la Fable, qui, ayant inutilement décoché toutes ses flèches et lancé tous ses traits dans le coeur d'une Belle difficile à vaincre, s'y lança enfin lui-même pour n'y plus trouver de résistance. Car il est constant que tous ces portraits qu'il a exposés en vue à toute la France, n'ayant pas eu une approbation générale comme il pensait, et au contraire, ceux qu'il estimait le plus ayant été frondés en bien des choses par la plus part des plus habiles, dont il a rejeté la cause sur les originaux qu'il avait copiés, il s'est enfin résolu de faire le sien et de l'exposer en public, ne doutant point qu'un tel chef-d'oeuvre ne dut charmer toute la terre. Il a donc fait son portrait, cet illustre peintre, et il a même promis plus d'une fois de l'exposer en vue, et sur le même théâtre où il avait exposé les autres ; car il y a longtemps qu'il a dit, en particulier et en public, qu'il s'allait jouer lui-même et que ce serait là que l'on verrait un coup de maître de sa façon. J'attendais avec impatience et comme les autres curieux un spectacle si extraordinaire et si souhaité, lorsque j'ai appris que pour des raisons qui ne me sont pas connues, mais que je pourrais deviner, ce fameux peintre a passé l'éponge sur ce tableau ; qu'il en a effacé tous les admirables traits ; et qu'on n'attend plus la vue de ce portrait qu'inutilement. J'avoue que cette nouvelle m'a surpris et qu'elle m'a été sensible ; car je m'étais formé une si agréable idée de ce portrait fait d'après nature, et par un si grand ouvrier, que j'en espérais beaucoup de plaisir : mais enfin j'ai fait comme les autres, je me suis consolé d'une si grande perte, et afin de le faire plus aisément, j'ai ramassé toutes ces idées, dont j'avais formé ce portait dans mon imagination, j'en ai fait celui que je donne au public. Si Élomire le trouve trop au-dessous de celui qu'il avait fait, et qu'une telle copie défigure par trop un si grand original, il lui sera facile de tirer raison de ma témérité, puisqu'il n'aura qu'à refaire ce portrait effacé, et à le mettre au jour. S'il le fait ainsi, le public m'aura beaucoup d'obligation par le plaisir que je lui aurai procuré, et s'il ne le fait pas, il ne laissera pas de m'en avoir un peu, puisque la copie d'un merveilleux original perdu, n'est pas une chose peu curieuse. Au reste, qu'on ne croie pas que le grand nombre d'acteurs puisse empêcher la représentation de cette Comédie ; car outre que la plupart de ceux qui paraissent au commencement ne paraissent point dans la suite, et par conséquent, qu'ils puissent faire plus d'un personnage chacun, il est encore à observer que les deux tiers ne parlent point ou fort peu ; que ce sont des personnages muets qui ne servent qu'à l'embellissement de la scène et à l'explication du sujet, et qu'on a de ces sortes d'acteurs tant qu'on veut et partout.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Élomire, Isabelle, Lazarille.

La scène de cet acte est dans la chambre d'Élomire, qui doit doit être fort parée.

ISABELLE

Non.

ELOMIRE

Je crois que tu mens. Et ce frais embonpoint dont brillait mon visage, Comment le trouves-tu ?

Embonpoint : Pleine santé qui est accompagné d'un peu trop de graisse.[F]

LAZARILlE

Oui, Monsieur.

LAZARIlLE

Ce ne sont que des os, Et je crois que bientôt, plus secs que vieux squelettes On s'en pourra servir au lieu de castagnettes.

Castagnette : Instrument dont se servent les Maures, les espagnols et les bohémiens pour accompagner leurs danses, leurs sarabandes et leurs guitares. [F]

ISABELLE

Lazarile.

LAZARILLE

Madame ?

ISABELLE

Apprenez qu'un valet Qui se moque d'un maître, a souvent du balais ; Et si vous ne voulez proscrire vos épaules, Taisez-vous, et sachez que nous avons des gaules. Quoi ! Votre maître est maigre, et pâle, dites-vous ?

L'orriginal du vers 22 pour une graphie du dernier mot en "balet".

Gaule : Grande perche menues et longue avec laquelle on abat des noix, ou des pommes pour faire du cidre. [F]

ELOMIRE

Mais, ma femme, peut-être, avez-vous la berlue ? Car, enfin, Lazarile...

Berlue : Éblouissement de la vue par une trop grande lumière, qui fait voir longtemps après les objets d'une autre couleur qu'ils ne sont. Se dit figurément en choses spirituelles des conceptions de l'esprit. [F]

LAZARILLE

Pourquoi ?

SCÈNE II. Cascaret, Elmire, Isabelle, Lazarille.

ELOMIRE

Qui ?

ELOMIRE, à Lazarile

Va les faire monter.

Lazarille sort.

À Isabelle.

Vous entrez là dedans ?

Isabelle et Lazarile étant sortis, Élomire arrange un fauteuil, une chaise à dos et un placet.

Placet : Tabouret, petit siège de femme, ou d'enfant, qui n'a ni bras, ni dossier.

SCÈNE III. Bary, L'Orvietan, Élomire.

Tous refusent le fauteuil et la chaise à dos, et veulent prendre le placet par cérémonie, en se faisant de grandes révérences les uns aux autres.

BARY

Et peut-être encor pis ? La mort est, ce me semble, Le suc et le pressis de tous les maux ensemble : On remédie à tout, dit-on, fors qu'à la mort.

Pressis : [ou précis] Suc, ou jus imprimé de quelque viande, de quelques. Se dit figurément en morale, d'un extrait de ce qu'il y a de bon dans un livre. [F]

ELOMIRE

Ce n'est pas sans sujet, en effet, car moi-même J'éprouve chaque jour cette malice extrême : Écoutez. L'un d'entre eux, dont je tiens ma maison, Sans vouloir m'alléguer prétexte ni raison, Dit qu'il veut que j'en sorte, et me le signifie : Mais n'en pouvant sortir ainsi, sans infamie, Et d'ailleurs ne voulant m'éloigner du quartier, Je pare cette insulte augmentant mon loyer. Dieu sait si cette dent que mon hôte m'arrache, Excite mon courroux, toutefois je le cache ; Mais quelque temps après que tout fut terminé, Quand mon bail fut refait, quand nous l'eûmes signé, Je cherche à me venger, et ma bonne fortune M'en fait trouver d'abord la rencontre opportune : Nous avions résolu, mes compagnons et moi, De ne jouer jamais, excepté chez le Roi. Devant ce médecin, ni devant la séquelle : Pourtant, soit à dessein de nous faire querelle ; Soit par d'autres motifs, la femme de ce fat Vint pour nous voir jouer, mais elle prit un rat : Car la mienne aussitôt en étant avertie, Lui fit danser d'abord, un branle de sortie. Comme alors je croyais que tout m'était permis, Je négligeai d'en dire un mot à mes amis. Las ! J'aurais prévenu, par là, ce que ce hère, Pour venger cet affront, ne manqua pas de faire. Je fis donc ce faux pas ; tandis ce raffiné Prévint toute la Cour dont je me vis berné. Car par un dur arrêt qui fut irrévocable, On nous ordonna presque une amende honorable. Je vais, je viens, je cours, mais j'ai beau tempêter, On me ferme la bouche, et loin de m'écouter, Taisez-vous, me dit-on, petit vendeur de baume, Et croyez qu'Esculape est plus grand Dieu que Morne. Après ce coup de foudre, il fallut tout souffrir ; Ma femme en enragea, je faillis d'en mourir ; Et ce qui fut le pis, pendant ma maladie, Fallut de mes bourreaux, souffrir la tyrannie. Ma femme les manda, sans m'en rien témoigner. D'abord qu'ils m'eurent vus, « faut saigner, faut saigner, » Dit notre bredouilleur. « Ah ! N'allons pas si vite, L'on part toujours à temps, quand on arrive au gîte, » Dit Monsieur le lambin, « c'est là bien décider, » Dit un autre, « il ne faut ni saigner ni tarder, Si l'on tarde, il est mort, si l'on saigne, hydropique ; Et notre peu d'espoir n'est plus qu'en l'émétique ; » Chacun des trois s'obstine et soutient son avis, Et tous trois, tour à tour, enfin furent suivis : L'on saigna, l'on tarda, l'on donna l'émétique, Et je fus fort longtemps leur plus grande pratique. À la fin je guéris, mais s'il faut l'avouer, Ce fut par le plaisir que j'eus de voir jouer Mon amour, médecin, par mes médecins mêmes ; Car malgré mes chagrins et mes douleurs extrêmes, J'admirai ma copie en ces originaux, Et je tirai mon mal d'où j'avais pris mes maux.

Séquelle : nom collectif qui se dit d'une suite de personnes, ou de choses, qui vont ordinairement ensemble, ou qui sont attachés au partir, au sentiment, aux intérêts de quelqu'un. [F]

Branle : Est une espèce de danse de plusieurs personnes, qui se tiennent par la main, et qui se mènent tour-à-tour. [FC]

Here : Homme qui est sans bien ou sans crédit. [F]

Esculape : Dieu romain de la médecine (Asclepios en grec). Selon le mythe grec, il est le fils d'Apollon et de Coronis.

Morne : Qui est sombre, triste et taciturne. [F]

Emétique : est un remède qui purge avec violence par haut et par bas. fait de la poudre et du beurre d'antimoine préparé, dont on a séparé les sels corrosifs par plusieurs lotions. [F]

ELOMIRE

Soit, voilà de mes maux la première origine ; Écoutez la seconde. Aussitôt que mon coeur Eut repris tant soit peu de force et de vigueur ; Et que de mon esprit la fâcheuse pensée Des suites de la mort, se fut un peu passée, Je pris tant de plaisir à voir tous les matins, Mes grotesques docteurs prêcher sur mes bassins, Et humer à plein nez leur fumante purée. Que de ma guérison j'ai la preuve assurée ; Car ma force redouble, et je deviens plus frais, Et plus gros et plus gras que je ne fus jamais. Lors je monte au théâtre, où par de nouveaux charmes, Mon Amour médecin fait rire jusqu'aux larmes, Car en le confrontant à ses originaux, Je l'avais corrigé jusqu'aux moindres défauts. Ainsi, d'un nouveau bruit cette merveille éclate ; Chacun y court en foule épanouir sa rate ; Et quoi qu'à trente sols, il n'est point de bourgeois Qui ne le veuille voir, du moins cinq ou six fois. Jugez mes chers amis, si je ris dans ma barbe, De voir ainsi dauber la casse et la rhubarbe ; Et si, voyant grossir chaque jour mon gousset De ce douzain bourgeois j'ai le coeur satisfait. Je l'eus, n'en doutez point, et de toute manière ; Mais que la joie est courte, alors qu'elle est entière, Et qu'on voit rarement, du soir jusqu'au matin, Durer sans changement le cours d'un beau destin. Je vivais donc ainsi dans une paix profonde ; Plus heureux que mortel qui fut jamais au monde, Quand un soir, revenant du théâtre chez moi, Un fantôme hideux que de loin j'entrevois, Se plante sur ma porte, et bouche mon allée : Je n'en fais point le fin, mon âme en fut troublée ; Et troublée à tel point, qu'étant tombé d'abord, On ne me releva que comme un homme mort. Je revins ; mais hélas ! Depuis cette aventure, J'ai souffert plus de maux qu'un damné n'en endure ; Et, sans exagérer, je vous puis dire aussi Qu'homme n'a plus que moi, de peine, et de souci. Vous en voyez l'effet de cette peine extrême ; En ces yeux enfoncés, en ce visage blême ; En ce corps qui n'a plus presque rien de vivant, Et qui n'est presque plus qu'un squelette mouvant.

Purée : Jus ou suc qu'on tire des pois. [L]

L'Amour médecin est une comédie de Molière.

Dauber : Fig. et familièrement, railler quelqu'un, mal parler de lui, l'injurier. [L]

Faire le fin : se piquer de ruse, d'adresse, de finesse. Ce lourdaud veut faire le fin. [L]

ELOMIRE

Partout également, jusques dans les jointures : Mais ce qui plus m'alarme, encor qu'il le dut moins, C'est une grosse toux, avec mille tintouins, Dont l'oreille me corne.

Tintouin : Sensation trompeuse d'un bruit analogue à celui d'une cloche qui tinte, et dû à un état morbide du cerveau ou à une lésion du nerf auditif. [L]

Corner : Bourdonner, en parlant des oreilles percevant un bruit qui n'a rien de réel. Les oreilles me cornent. [L]

BARY

Mis quoi que par Arnolphe, Agnès ainsi forgée, Elle l'eut fait cocu, s'il l'avait épousée !

Agnès : personnage de l'Ecole des Femmes de Molière (1662).

Arnolphe : personnage de l'Ecole des Femmes de Molière. (1662)

L'ORVIETAN

On le dit.

BARY ET L'ORVIETAN, s'éclatant de rire en même temps

Ah ! Ah ! Ah !

ELOMIRE, brusquement

Et pourquoi pour les autres ?

ELOMIRE, haussant la voix

Bon pour les Tabarins et leur maître Mondor ; Bon pour leurs descendants, qui par tout le royaume Courent ainsi que vous y débiter leurs baumes ; L'onguent pour la brûlure, et le contre-poison.

Tabarin : Bouffon très grossier, valet et associé de Mondor. Ce Mondor était un charlatan et vendeur de Baume, qui au commencement du dernier siècle [XVIIème NdR] établissait son théâtre sur des tréteaux, dans la place Dauphine [proche du Pont-Neuf] : il ne demeurait pas toujours à Paris, mais courait avec Tabarin dans les autres villes du royaume. [Leiris]

L'ORVIETAN, du même ton

Le gourdin trotterait ! Dis donc sur tes épaules, Tarte à la crème !

En disant tarte à ta crème, il prend un bout du chapeau d'Élomire et lui fait faire un tour sur sa tête.

ELOMIRE, transporté de colère à ce tour de chapeau

Ah tête, à moi mes gens, des gaules ! Lazarille, fondons sur ces croque-crapaud !

Élomire se veut jeter sur l'Orvietan et sur Bary à ces mots : et Lazarille se met entre eux, et retient Élomire.

Gaule : baton. [L]

ELOMIRE, voulant se jeter sur Bary et sur l'Orvietan, malgré Lazarile

N'importe que je perde, en dussai-je mourir, Je veux venger l'affront que je viens de souffrir.

LAZARILLE

Allons donc ?

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Alcandre, Geraste, Epistenez, Antoine, Le Suisse.

La scène de cet acte est devant et dedans une grande maison, à la porte de laquelle il y a un Suisse, et où arrivent les trois médecins sur leurs mules pour voir Élomire déguisé en Turc, sous le nom du Bassa Sigale.

ALCANDRE

Ouvrez suisse, ouvrez vite ; après tout à loisir, Vous cuverez le vin qui vous fait discourir.

Suisse : Domestique chargé de garder la porte d'un hôtel, ainsi appelé parce qu'autrefois ce domestique était pris ordinairement parmi les Suisses (on dit présentement plutôt portier ou concierge ; on met une s minuscule) [L]

LE SUISSE, présentant sa hallebarde à Antoine qui veut entrer dans la maison

Parti, si lentre toi ; moi ti...

ALCANDRE, voyant des Turcs dans la cour

Holà, gens du Bassa ; venez et parlez-moi ?

À part.

J'en vois six, et, parbleu pas un d'eux ne s'avance ; Mais, enfin, les voici ; Dieux ! Quelle contenance !

Les six Turcs viennent, font de grandes révérences aux médecins sans rien dire, s'étant mis en haie devant la porte.

SCÈNE II. Six Turcs, Alcandre, Géraste, Epistenez, Antoine, Le Suisse.

SCÈNE III. Le Dragoman, Les Six Turcs, Alcandre, Geraste, Epistenez, Antoine, Le Suisse.

ANTOINE

Monsieur le Dragoman, peut-on voir le Bassa ? Voici les médecins.

Dragoman : Terme de relation qui signifie Trucheman. Ce mot est extrêmement général en Orient parmi le peuple, pour signifier un Interprète qui sert à faciliter le commerce des occidentaux avec les orientaux. [F]

LE DRAGOMAN

Dès qu'il parle, l'un des Turcs ouvre vite la grande porte, où tous les six s'étant mis trois des deux côtés, les médecins entrent sur leurs mules dans la Cour, dont la porte se referme aussitôt que les Turcs et le Dragoman sont aussi rentrés.

Mustapha, Baroc, Mil-duc, Dalec. Messieurs, votre arrivée Profite à Monseigneur, comme aux champs la rosée.

Une toile se tire, où il paraît une chambre bien parée, dans laquelle Élomire et Lazarille paraissent habillés en Turcs. Élomire étant assis sur un carreau, les jambes croisées, et Lazarille debout.

SCÈNE IV. Élomire, Lazarille.

SCÈNE V. Le Dragoman, Élomire, Lazarile.

ELOMIRE

Fais monter.

Le Dragoman sort.

LAZARILLE, ayant mis trois sièges au côtés d'Élomire

Monsieur, contraignez-vous ?

SCÈNE VI. Alcandre, Géraste, Epistenez, Élomire, Lazarile.

ELOMIRE, bas à Lazarile

Ils m'appellent trompeur.

LAZARILLE, bas à Élomire

St ! st !

ELOMIRE

Non.

GERASTE

La, la...

GERASTE

Ho, ho, Monsieur, tâtez : Cette inégalité paraît bien davantage.

Élomire pâlit de peur à ces mots.

ELOMIRE, interdit de peur

Oui, Non.

ELOMIRE, interdit de plus en plus

Oui, Non ; je ne sais.

ELOMIRE, tout transi de peur

Ah ! Je me meurs !

ELOMIRE, reprenant coeur à ces paroles

Vous dites vrai, Messieurs, je me porte bien mieux.

ELOMIRE, d'un ton menaçant

Messieurs, trêve D'égarement.

LAZARILLE, bas à Élomire

St ! st !

LAZARILLE, bas

Songez à vous guérir ; Vous en pourrez un jour faire une comédie.

Molière écrivit la comédie "La Malade imaginaire" le 10 février 1673, musique de Marc-Antoine Charpentier. L'achevé d'imprimer d'Élomire Hypocondre est le 4 janvier 1670.

GERASTE

Nullement ; mais, Monsieur, revenons, Comme dit galamment Panurge, à nos moutons.

Panurge : personnage de Pantagruel de François Rabelais.

ELOMIRE, à Alcandre et à Geraste

Autre physionomie ?

ELOMIRE, se levant brusquement, les médecins se lèvent aussi

De quel mal ? Dites vite ; ah ! Si j'en puis guérir, Votre fortune est faite.

ELOMIRE, brusquement et haut

Qui suis-je donc, Un gueux ?

Gueux : Indigent, qui est réduit à mendier. [FC]

EPISTENEZ

L'animal, Disent tous nos auteurs, est sujet à cent choses ; Mais dans la brute seule, on en connaît les causes : Et la raison en est, disent ces grands auteurs, Qu'en la brute, aucun mal ne vient que des humeurs. Et comme ces humeurs sont toutes corporelles, On connaît aisément ces causes par les selles ; Car ces corps, une fois l'un à l'autre attachés, Ne se quittent jamais, sans être entretachés. C'est alors qu'entassant remède sur remède, Un médecin triomphe, et que le mal lui cède ; Car pour grand qu'il puisse être, il en aie dessus, Puisqu'ablata causa, tollitur effectus. Mais dans l'homme, Seigneur, il en va d'autre sorte, Les maux entrent chez lui par bien plus d'une porte, Et ces portes étant différentes en tout, Si l'on n'y prend bien garde, on n'en vient point à bout. Je m'explique, et pour mieux faire entendre ces choses, Je soutiens qu'un seul mal a souvent plusieurs causes. Par exemple, un poumon respire un mauvais air ; Un air salpêtrueux, propre à former l'éclair, Sans doute un tel poumon, par telle nourriture, Serait en peu de temps réduit en pourriture, Si, d'abord qu'on commence à s'en apercevoir, Un savant médecin qui fait bien son devoir, Ne lui changeait cet air, le changeant de demeure. Puisque c'est le secret pour guérir de bonne heure, Personne ne saurait contester là-dessus, Puisqu'ablata causa, tollitur effectus. Mais si l'on joint à l'air qui ce poumon entiche, Une seconde cause, en vain on le déniche. Et l'on lui fait changer et d'air et de maison, Si cette cause dure il est sans guérison : Par exemple, à Paris, l'air salé de nos boues, Me piquant les poumons, déjà rougit mes joues ; Mais au lieu de choyer mes poumons entichés, Ils deviennent, enfin, flétris et desséchés, Par l'effort que sans cesse ils font sur un théâtre. Lors j'ai beau changer d'air, pour y mettre une emplâtre, Mes poumons entichés ne guériront jamais, Si je ne quitte aussi le métier que je fais. Mais si je quitte ensemble, et ville et comédie, Je vois bientôt la fin de cette maladie. Personne ne saurait contester là-dessus, Puisqu'ablata causa, tollitur effectus. À ces causes, Seigneur, j'en peux joindre encore une Qui, dans ce siècle ci n'est que par trop commune ; Mais, quand cette troisième est jointe aux autres deux, On peut dire qu'un mal est des plus périlleux : Par exemple, attaqué de cette maladie, On augmente son mal, faisant la comédie, Parce que les poumons trop souvent échauffés, Ainsi que je l'ai dit, s'en trouvent desséchés ? Et l'on en peut guérir, pourvu que l'on s'abstienne D'abord de comédie, et de comédienne. Mais alors que ce mal dans un comédien, Augmente jour et nuit, parce qu'il ne vaut rien, Qu'il choque Dieux et gens dedans ses comédies, Le ciel seul peut alors guérir ses maladies : Et tous les médecins de notre Faculté Ne lui sauraient donner un seul brin de santé. Ce que je te dis là, d'un bouffon de théâtre, Seigneur, n'est proprement qu'une image de plâtre Que j'expose à tes yeux, afin de t'expliquer Les principes des maux que tu peux t'appliquer.

Vers 656, l'original porte "le brutte seul", nous n'avaons pas repérer le masculin à brute.

Brute : Bête à uatre pieds qui se nourrit en broutant de l'herbe.On dit aussi, une bête brute et figurément d'un homme sans esprit, que c'est une bête brute. [F]

Sublata causa, tollitur effectus : Locution latin, La cause supprimée, l'effet supprimée.

Enticher : Commencer à gâter, à corrompre. En ce sens il n'est usité qu'au participe passé. [L]

ALCANDRE et ERASTE, ensemble

Non.

LAZARILLE

On le nommait jadis le médecin de Beux ; Mais depuis quelque temps sa haute renommée M'a fait changer de nom, le changeant de contrée, Et l'on nomme à présent ce médecin savant, Du bourg de Sennelay l'Esculape vivant.

Beux : il existe une petite commune de dans le département de la Moselle au sud-est de Metz. Ce lieu est si éloigné de tout qu'il semble improbable dans une pièce parisienne.

Sennelay : est un lieu dit dépendant de la commune de Coinces, à 20Km nord-ouest d'Orléans.

LAZARILLE

Il est ici.

LAZARILLE

Oui.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Oronte, Climante, Cléarque, Clarice, Lucinde, Alphée, Lucille.

La scène de cet acte est dans une chambre, ou Oronte, feint médecin de Sennelay est assis devant une table sur laquelle il y a six fioles pleines, chacune avec un écriteau, arrangées de suite ; et Climante, Clearque, Clarice, Lucinde, Alphée, Lucille feints malades, sont assis sur des sièges un peu éloignés de la table.

CLIMANTE

Il y donne Mille fois au-delà de ce que je vous dis ; Dom Quichot et Sancho furent moins fous jadis ; Et je crois que devant qu'en son bon sens il rentre Nous pourrons sur ma foi le dauber dos et ventre : Nos confrères déjà l'ont berné comme il faut ; Battons le fer comme eux, cependant qu'il est chaud. Que chacun donc s'apprête à bien jouer son rôle, Sitôt que Lazarille aura livré le drôle ; Il n'y manquera pas, puisqu'il nous l'a promis : Les voici justement : ils n'ont pas beaucoup mis.

Dom Quichotte : héros du roman picaresque espagnol écrit par Cervantes.

Dauber : signifie figurément, Médire de quelqu'un, le railler en son absence. [F]

Drôle : Se dit d'un homme ou d'un enfant qui, ayant quelque chose de décidé, de déluré, ne laisse pas d'exciter quelque inquiétude, et sur lequel d'ailleurs on s'attribue quelque supériorité. [L]

SCÈNE II. Élomire, Lazarille (tous deux vêtus en Espagnol et se mettant à genoux devant Oronte, une fiole a la main, Oronte, Climante, Cléarque, Clarice, Lucinde, Alphée, Lucille.

ELOMIRE, mettant la main à la poche, et faisant semblant d'en vouloir tirer un sac d'argent

Hé ! de grâce...

ORONTE, prenant la rôle d'Élomire

Non, non ; donnez-moi votre urine ; La fiole est de jauge.

En regardant la fiole.

LAZARILLE, donnant aussi sa fiole

Elle tient bien chopine, Et la mienne ne tient, sur ma foi, guère moins : Je ne mérite pas qu'elle occupe vos soins ; Mais, puisque vous voulez...

Chopine : petite mesure de liqueur qui contient la moitié d'une pinte. [F]

CLIMANTE

Moi-même.

CLIMANTE, brusquement

Quoi, je serais un sot ?

CLEARQUE, faisant une profonde révérence

Dieu vous aide !

ORONTE, prenant une antre fiole, lisant son écriteau

Clarice ?

ALPHÉE

Mais que ne dites-vous plutôt ulinaliste ? Ce telme convient mieux à la sose.

Ulinasliste : pour Urinaliste. Le personnage remplace les R par les L. Spécialiste des urines et du canal urinaire. Furetière dit à Urinal : "Ce mot s'emploie dans le style burlesque, pour signifier le conduit par où passe l'urine.".

Sose : chose. Alphée remplace les R par des L.

ALPHÉE

Quoi, Monsieul, ce bouffon pal, de sottes glimaces, Dont il fait mal au coeul plus que sales limaces, Palce qu'en les faisant il écume en velat, Nous lirlela chez vous poul folles au Calat ? Je m'etonnelois peu qu'un caque d'ignolance Eust poul ce glimacier paleille defelence ; Mais que de Sennelay le médecin fameux, Donne dans le panneau, comme un petit molveux, Qu'il estime un autheul, qu'il le loue et l'admile, Palce qu'en lecitant ses vels, il l'a fait lile, Pal des contolsions dignes d'un possedé, Celtes, je suis à bout pal un tel plocedé : Encol s'il nous cachait sous ses gestes glotesques, Quelques beaux tlaits d'esplit en paloles bullesques, Aplès qu'on aulait ly de ses contolsions, Ses livles nous plailaient, lolsque nous les lilions : Mais de glace, Monsieul, quelle est la comédie, Encol qu'il n'en ait fait aucune où l'on ne die Qu'il faut clever de lile, où l'on puisse tlouver Le moindle tlait d'esplit que l'on doive admiler. Pal exemple, ce LE de l'École des femmes, Ce LE, qui fit tant lile, et qui chalma tant d'âmes ; Ce LE, qui mit cet homme au lang des beaux esplits, L'avez-vous jamais pu lile dans les eclits, Sans degout, sans chaglin, sans une holeul extleme, Non plus que son chat molt, et sa talte à la cleme ? Cependant, dites-vous pal de bonnes laisons, Cet auteul nous condamne aux petites-maisons, Et palce qu'il a dit que nous en estions dignes, Vous nous mettez au lang des folles plus insignes.

L'Ecole des femmes est une comédie de Molière.

Chat mort : "Le petit chat est mort" fait référence au personnage d'Agnès dans l'Ecole des Femmes Acte II, scène 6, v. 461.

Petites maisons : On dit aussi, qu'il faut mettre un homme aux petites maisons, quand il est fou, ou quand il fait une extravagance signalée ; à cause qu'il y a à Paris un Hôpital de ce nom où on enferme ces fous. [F]

ELOMIRE, bas à Lazarille

Ah ! La méchante bête.

LAZARILLE, bas à Élomire

Elle a pourtant bien dit.

ELOMIRE, bas, tandis qu'Oronte prend une autre fiole

Lazarille, quel homme !

ORONTE, lisant l'écriteau de la fiole qu'il tient

Lucille, voulez-vous que je vous dise tout ?

ELOMIRE, bas à Lazarille, tandis qu'Oronte prend sa fiole

Lazarile, je suis au comble de mes voeux : C'est mon tour à glisser.

ORONTE, lisant le nom écrit sur la fiole d'Élomire

Don Guzman d'Alicante. Vous mentez, cette urine est encor de Climante.

ORONTE

Tant pis.

ORONTE

Je connais donc vos maux, Ou, pour mieux m'expliquer, vos fantasques cerveaux ; Car je n'en vois pas un dedans cette assemblée, Qui ne se portât bien sans sa tête fêlée. Nous n'avons donc ici qu'à guérir ces cerveaux ; Puisqu'en eux seulement résident tous vos maux : Et comme le plus grand est la mélancolie, Dans laquelle votre âme est presque ensevelie, Je la veux réveiller en vous divertissant, Et dissiper par là cet air assoupissant : J'ai fait venir ici d'un certain vin de Beaune, Pour qui j'achèterais un gosier long d'une aulne : Car tandis qu'on l'avale, on sent un tel plaisir, Qu'on voudrait qu'il durât jusqu'au dernier soupir ; D'une agréable odeur, qui n'a point de pareille, Il vous charme d'abord qu'il sort de la bouteille ; Et le vif incarnat, dont il frappe les yeux, N'a pas un moindre éclat que le rouge des Cieux : Son esprit qui pétille en tombant dans le verre, Forme mille rubis, dont le petit tonnerre, S'accordant au glou-glou de ce jus précieux. Charme l'oreille, après qu'il a ravi les yeux. Ce vin que je vous dis est le premier remède Que je veux appliquer au mal qui vous possède ; Car vos maux tout d'abord s'en trouvant adoucis, Vous verrez dissiper tous ces fâcheux soucis Qui fomentent en vous, l'humeur mélancolique, Nous joindrons à ce vin, tant soit peu de musique, Un peu de symphonie, et par ces doux accords Je changerai d'abord vos esprits et vos corps. Mon deuxième remède est une comédie, Propre comme ce vin à votre maladie : Je vous la ferai voir d'où je vais vous traiter ; On dit qu'elle est divine, et je ne n'en puis douter ; Car l'auteur est illustre, et l'histoire si belle, Que les siècles passés n'en ont point vu de telle. Et ce qui doit encor augmenter ce régal, C'est qu'il sera suivi d'un magnifique bal, Où nous irons masqués. C'est ce que je prépare Pour premier appareil.

Vin de Beaune : Vin réputé. Les vins de Beaune sont des vins dit de Bourgogne. Beaune apparaît dans de nombreuses appellations.

Aune : Mesure ancienne de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5/6, équivalant à 1m,182. [L]

Glou-glou : onomatopée pour la déglutition d'un liquide.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Élomire, Lazarille, Oronte, Climante Cléarque, Clarice, Lucinde, Alphée, Lucille.

À cette scène, le théâtre paraît comme il est lors qu'on est prêt de commencer la comédie, la toile n'étant pas encore tirée : et d'un côté il y a une façon de loge dans laquelle sont les acteurs de cette scène, pour voir la comédie.

CLIMANTE

Nos visages, Monsieur, vous en disent autant ; Car je n'en vois pas un qui ne soit très content.

Dans ce temps là, on tire la toile, et l'on voit une salle, dans laquelle il y a un théâtre, et une compagnie pour voir jouer la comédie, et les violons commence à jouer. Ce qui rompt cette première scène.

ELOMIRE, à Oronte, un peu bas

Quel titre donne-t-on à cette comédie ?

ORONTE

Silence, et vous verrez quelque chose de beau.

Les violons cessent, et on commence la comédie qui suit.

DIVORCE COMIQUE

COMÉDIE EN COMÉDIE, ACTE PREMIER ET DERNIER.

SCÈNE PREMIÈRE. Florimont, Rosidor.

La scène est dans la salle de comédie du Palais-Royal.

SCÈNE II. Élomire, Angélique, Plusieurs autres comédiens et comédiennes, un valet, Florimont, Rosidor.

ELOMIRE, se faisant apporter un siège, et s'asseyant

Un siège, et qu'on m'écoute ; on sait que je suis prompt.

FLORIMONT

Autrement ?

ROSIDOR, à Florimont

Le plaisant fagotin ?

ELOMIRE, faisant apporter des sièges

Seyez-vous ?

FLORIMONT, bas

Qu'il est fat !

FLORIMONT

Écoutons,

ELOMIRE, à Florimont et à Rosidor

Que marmotez-vous là ?

Marmoter : mot bas qui signifie parler entre les dents, remuer les lèvres sans se faire entendre. [F]

FLORIMONT

Rien du tout.

ROSIDOR, bas a Angélique

Angélique, il t'en veut ?

ANGÉLIQUE, bas à Rosidor

J'en ignore la cause.

ANGÉLIQUE, à Élomire

Je me tais ; mais tantôt...

ELOMIRE

Bien ; tantôt nous verrons ; Cependant, taisez-vous, lorsque nous parlerons. Donc, ma troupe ainsi faite, on me vit à la tête, Et, si je m'en souviens, ce fut un jour de fête : Car jamais le parterre, avec tous ses échos, Ne fit plus de ah ! ah ! Ni plus mal à propos. Les jours suivants n'étant ni fêtes ni dimanches, L'argent de nos goussets ne blessa point nos hanches : Car alors excepté les exempts de payer, Les parents de la troupe, et quelque batelier, Nul animal vivant n'entra dans notre salle, Dont, comme vous savez, chacun troussa sa malle. N'accusant que le lieu d'un si fâcheux destin, Du port Saint-Paul, je passe au faubourg Saint-Germain. Mais, comme même effet suit toujours même cause, J'y vantai vainement nos vers et notre prose : L'on nous siffla d'abord, et, malgré mon caquet, Il fallut derechef trousser notre paquet. Piqué de cet affront, dont s'échauffa ma bile, Nous prîmes la campagne, où la petite ville, Admirant les talents de mon petit troupeau, Protesta mille fois que rien n'était plus beau : Surtout, quand sur la scène on voyait mon visage, Les signes d'allégresse allaient jusqu'à la rage : Car ces provinciaux, par leurs cris redoublés, Et leurs contorsions, paraissaient tout troublés. Dieu sait, si me voyant ainsi le vent en poupe, Je devais être gai, mais le soin de la soupe, Dont il fallait remplir vos ventres et le mien : Ce soin, vous le savez, hélas ! l'empêchait bien : Car, ne prenant alors que cinq sols par personne, Nous recevions si peu, qu'encore je m'étonne Que mon petit gousset, avec mes petits soins, Aient pu si longtemps suffire à nos besoins. Enfin, dix ans entiers coulèrent de la sorte, Mais au bout de ce temps la troupe fut si forte, Qu'avec raison je crus, pouvoir dedans Paris Me venger hautement, de ses sanglants mépris. Nous y revînmes donc, sûrs d'y faire merveille, Après avoir appris l'un et l'autre Corneille : Et tel était déjà le bruit de mon renom, Qu'on nous donna d'abord la salle de Bourbon. Là, par Héraclius, nous ouvrons un théâtre, Où je crois tout charmer, et tout rendre idolâtre ; Mais, hélas ! Qui l'eût cru, par un contraire effet, Loin que tout fut charmé, tout fut mal satisfait ; Et par ce coup d'essai, que je croyais de maître, Je me vis en état de n'oser plus paraître. Je prends coeur, toutefois, et d'un air glorieux, J'affiche, je harangue, et fais tout de mon mieux ; Mais inutilement je tentai la fortune : Après Héraclius, on siffla Rodogune ; Cinna le fut de même, et le Cid tout charmant Reçut, avec Pompée, un pareil traitement. Dans ce sensible affront, ne sachant où m'en prendre, Je me vis mille fois sur le point de me pendre ; Mais d'un coup d'étourdi que causa mon transport, Où je devais périr, je rencontrai le port : Je veux dire qu'au lieu des pièces de Corneille, Je jouai L'Étourdy, qui fut une merveille : Car à peine on m'eut vu la hallebarde au poing : À peine on eut ouï mon plaisant baragouin, Vu mon habit, ma toque, et ma barbe et ma fraise, Que tous les spectateurs furent transportés d'aise, Et qu'on vit sur leurs fronts s'effacer ces froideurs Qui nous avaient causé tant et tant de malheurs. Du parterre au théâtre, et du théâtre aux loges, La voix de cent échos fait cent fois mes éloges, Et cette même voix demande incessamment, Pendant trois mois entiers, ce divertissement. Nous le donnons autant, et sans qu'on s'en rebute, Et sans que cette pièce approche de sa chute. Mon Dépit amoureux suivit ce frère ainé, Et ce charmant cadet fut aussi fortuné : Car quand du Gros René l'on aperçut la taille ; Quand on vit sa dondon rompre avec lui la paille ; Quand on m'eut vu sonner mes grelots de mulets, Mon bègue dédaigneux déchirer ses poulets, Et remener chez soi la belle désolée, Ce ne fut que ah ! ah ! dans toute l'assemblée, Et de tous les côtés chacun cria tout haut, C'est là faire et jouer des pièces comme il faut. Le succès glorieux de ces deux grands ouvrages, Qui m'avaient mis au port, après tant de naufrages, Me mit le coeur au ventre, et je fis un cocu, Dont si j'avais voulu, j'aurais pris un écu : Je veux dire un écu par personne au parterre, Tant j'avais trouvé l'art de gagner et de plaire. Que vous dirai-je, enfin, le reste est tout constant, Dix pièces, oui morbleu, dix pièces, tout autant, Ont depuis ce temps-là sorti de ma cervelle : Mais dix pièces, morbleu, de plus belle en plus belle : De sorte qu'à présent, si je n'en suis l'auteur, Quelque pièce qu'on joue, on en a mal au coeur ; Et fut-elle jouée à l'Hôtel de Bourgogne, L'auteur n'en est qu'un fat, et l'acteur qu'un ivrogne. Que d'honneurs, compagnons, après tant de mépris, Qui de vous avec moi n'en serait pas surpris ! Mais qui ne le serait encore davantage, De voir qu'en moins de rien, des gueux à triple étage, Des caimans vagabonds, morts de faim, demi-nus, Soient devenus si gros, si gras, et si dodus, Et soient si bien vêtus des pieds jusques au crâne, Que le moindre de vous porte à présent la panne : Vous me devez ces biens, ingrats, dénaturés : Mon esprit et mes soins vous les ont procurés, Et lâches, toutefois, loin de le reconnaître, En valets révoltés vous traitez votre maître ; Vous le voulez contraindre à suivre vos avis, Et vous ne seriez plus, s'il les avait suivis. Répondez maintenant, répondez fripe-sauce ; L'histoire que je conte est-elle vraie ou fausse ? N'entreprenez-vous pas de me donner la loi ? Et de vous, toutefois, qui se peut plaindre ?

Port Saint-Paul : Ancien port disparu situé sur la rive Droite de la Seine face à l'île Saint-Louis entre le pont de Sully et le Pont Marie.

v. 1246, il manque un pied.

Thomas (1625-1709) Corneille et Pierre Corneille (1606-1682) sont frères.

Héraclius est une tragédie de Pierre Corneille. Joués le 28 avril 1659 au théâtre du Petit-Bourbon situé le long de la Seine proche du Château du Louvre. L'Hôtel fut détruit en octobre 1660.

L'Étourdi ou les Contretemps de Molière fut joué en novembre 1658.

Le Dépit amoureux, comédie de Molière aurait été créé en 1656 en province et fut jouée en 14 juin 1659 au Petit-Bourbon.

Dondon : Femme ou fille qui a beaucoup d'embonpoint et de fraîcheur. [L]

L'Hôtel de Bourgogne est le nom d'une salle de spectacle sise anciennement à l'emplacement de la rue Mauconseil et absorbée par le rue Etienne Marcel. Elle fut utilisée dès 1546 comme salle de spectacle. C'est aussi le nom d'une troupe qui y jouait. Elle excellait dans la tragédie.

Caiman : Mendiant qui gueuse par fainéantise, et faut de vouloir travailler. [F]

Panne : Étoffe fabriquée à la façon du velours et de même largeur, mais dont le poil est plus long et moins serré. [L]

Fripe-sauce : Mauvais cuisinier. [L]

TOUTE LA TROUPE, ensemble, fort haut

Moi ?

ELOMIRE, en bouchant ses oreilles

Ah ! Pour un Dom Japhet, ils me prennent sans doute ; Mais qu'on parle autrement, si l'on veut que j'écoute : Bas, et l'un après l'autre ; ou...

Dom Japhet d'Arménie, comédie de Paul Scarron (1653), est l'histoire d'un vaniteux qui est dupé par tout le monde.

TOUTE LA TROUPE, ensemble, et fort haut

Qui commencera ?

TOUTE LA TROUPE, ensemble, et fort haut

Donc...

ANGÉLIQUE

Eux-mêmes, oui maroufle, eux-mêmes, ce sont eux ; Mais les ingrats, dis-tu, n'ont jamais de mémoire, Il faut pour te confondre, en dire ici l'histoire : En quarante, ou fort peu de temps auparavant, Il sortit du collège, âne comme devant : Mais son père ayant su que moyennant finance, Dans Orléans un âne obtenait sa licence, Il y mena le sien ; c'est-à-dire ce fieux Que vous voyez ici, ce rogue audacieux. Il l'endoctora donc, moyennant sa pécune ; Et croyant qu'au barreau ce fils ferait fortune, Il le fit avocat, ainsi qu'il vous a dit, Et le para d'habits qu'il fit faire à crédit : Mais, de grâce, admirez l'étrange ingratitude, Au lieu de se donner tout à fait à l'étude, Pour plaire à ce bon père, et plaider doctement, Il ne fut au Palais qu'une fois seulement. Cependant, savez-vous ce que faisait le drôle ? Chez deux grands charlatans il apprenait un rôle, Chez ces originaux, l'Orvietan et Bary, Dont le fat se croyait déjà le favori.

En 1640, Molière a 18 ans. Il est né le 15 janvier 1622.

Fieux : Terme patois qui se dit quelquefois pour fils en plaisantant. [L]

Rogue : Terme familier. Arrogant avec une nuance de rudesse en plus. [L]

Pécune : ou pequeune. Vieux mot qui signifiait autrefois de l'argent. [F]

Drôle : Se dit d'un homme ou d'un enfant qui, ayant quelque chose de décidé, de déluré, ne laisse pas d'exciter quelque inquiétude, et sur lequel d'ailleurs on s'attribue quelque supériorité. [L]

L'Orvietan : nom d'un charlatan (opérateur) du XVIIème venu d'Orviete en Italie et qui vendait une remède du même nom. C'est aussi un personnage de cette pièce.

TOUTE LA TROUPE, ensemble et haut

Le maître double fat, en est-il parmi nous ?

FLORIMONT

Oui, grâce aux saletés de ta tarte à la crème ; Grâce à ton Imposteur, dont les impiétés T'apprêtent des fagots déjà de tous côtés.

Tarte à la crême : l'expression est l'origine d'une effet comique de l'École des femmes et critiqué dans la Critique de l'École des femmes.

L'Imposteur est le sous-titre de la comédie du Tartuffe.

Fagot : Se dit aussi des choses. Un livre qui sent le fagot, livre qui pourrait faire brûler son auteur. [L]

ELOMIRE

Hé ! Ce sont des cotrets.

Cotret : Fagot de bois court et de médiocre grosseur. [L]

ELOMIRE, d'un air méprisant, branlant ta tête

Ces gens...

ELOMIRE

D'accord.

SCÈNE III. Le portier des Comédiens, Élomire, Angélique, Plusieurs autres et comédiennes, Le Valet, Florimont, Rosidor.

ELOMIRE

Ah, je sais, fais monter.

Le portier s'en va, Élomire continue parlant à Florimont.

Ce sont des connaisseux, Surtout le chevalier.

Fin du vers 1425, on lit "connoisseux", le mot conviendrait est connaisseurs mais la rime avec "veux" serait perdue.

SCÈNE QUATRIÈME ET DERNIÈRE. Le Chevalier, Le Comte, Le Marquis, Élomire, Angélique, Plusieurs autres comédiens et comédiennes, Le Valet, Florimont, Rosidor.

LE CHEVALIER

Quel est-il ?

ELOMIRE

Lui-même.

LE CHEVALIER

Eh bien ! Il faut terminer ces grabuges.

Grabuge : Vieux mot qui signifie, débat et différents domestiques. [F]

LE CHEVALIER, interrompant Élomire

Plus de stance ; ah ! ce n'est pas ton fait.

LE CHEVALIER

Tout de bon.

ELOMIRE

En effet !

LE CHEVALIER

En effet.

ELOMIRE

Disons donc d'autres vers qui soient plus magnifiques, Et que mon action rende plus pathétiques.

Élomire recommence à réciter des vers, avec plus de gestes qu'auparavant.

Que dites-vous, Climene ! Ah ! Plutôt l'Univers Retourne en son chaos, que tout soit à l'envers ; Que tout périsse ensemble, et le Ciel et la Terre, Plutôt que tant soit peu je vous puisse déplaire. Mais que dis-je, insensé ? Ne vous déplais-je pas. Ne vous fuis-je pas seul souhaiter le trépas ? Un autre que Tircis cause-t-il votre peine ; Et ne suis-je pas seul votre fléau, Climène. Oui Climène, c'est moi dont le coupable amour Vous veut faire quitter Filidas et le jour : C'est moi qui fais l'ennui dont votre coeur soupire, Et qui fais tous les maux sous lesquels il expire ; Ah ! Si je pouvais vaincre un si fier ennemi ; Ou tout du moins, briser mes chaînes à demi ? Si cette passion que mon âme transporte, Était un peu plus lente, était un peu moins forte : Et que dans ces élans, je pusse sans ma mort, Vous céder, en faisant un généreux effort ; Que vous venez bientôt, adorable Climène, Quelle horreur a Tircis, de causer votre peine ; Combien pour tous vos maux il endure de mal, Et jusqu'à quel excès il aime son rival ! Mais cette passion, cet amour et ces chaînes, Sont des chevaux fougueux qui n'ont ni mors ni rênes, Ils m'emportent partout avec tant de raideur, Que ma chute peut seule apaiser leur fureur. Tombons donc ! Aussi bien ma chute est légitime, Puisque je ne saurais l'éviter sans un crime ; Oui...

vers 1491, on lit "qui" moins explicite que "que" dans l'expression moderne.

LE CHEVALIER, l'interrompant

Fais-tu de ton mieux, Élomire ?

ELOMIRE

Pourquoi ?

LE CHEVALIER

Et toi, comte ?

LE CHEVALIER

Et pourquoi ?

LE CHEVALIER

Eh bien, la farce est bonne après le sérieux : Tu la joueras toi-même, et la joueras des mieux. Et même avecque gloire : a-t-on, dans ce royaume, Jamais vu des acteurs pareils à Gros-Guillaume, Gautier et Turlupin ? De leur temps toutefois, Le sérieux était le grand goût des Français. Mais après qu'on avait admiré Bellerose, Ces trois fameux bouffons triomphaient par leur prose, Et l'innocent plaisir, dont ils charmaient les coeurs, Les faisait adorer de tous les spectateurs.

Gros Guillaume : Nom de scène d'un farceur de l'Hôtel de Bourgogne, nommé Robert Guérin, surnommé La Fleur, auparavant boulanger.

Gauthier Garguille : Ce farceur se nommait Hugues Guérin ou Guéru, dit Flechelles : il débuta dans la Troupe du Marais vers l'an 1598, et passa ensuite dans celle de l'Hôtel de Bourgogne. [Léris]

Bellerose (Pierre le Messier) : Comédien tragique français associé au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Il créa de nombreux rôle de Pierre Corneille. Il se retira en 1643 selon Leiris.

FLORIMONT

En ce cas, nous allons faire enrager l'Hôtel.

Hôtel de Bourgogne : troupe concurrente de cette de Molière qui jouait alors au Théâtre du Palais-Royal.

LE CHEVALIER, s'en allant avec le Comte et le Marquis

Adieu ; mais avertissez-nous, Alors que vous jouerez de la sorte chez vous. Je le dis derechef, j'en attends des merveilles, Et j'en veux régaler mes yeux et mes oreilles.

Ils sortent tous trois et tous les comédiens ensuite : après quoi, on cache le théâtre avec la toile, comme il était auparavant ; ce qui finit Le Divorce comique, et fait continuer la scène du quatrième acte par le Véritable Élomire, et les autres qui sont dans la loge.

ELOMIRE, bas à Lazarille

Elle ment ; si j'osais...

LAZARILLE, bas a Élomire

Gardez-vous de causer.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Alcandre, Caliste, Les Conviés au bal, Un Laquais.

Cette scène est dans une salle préparée pour un bal, où il y a compagnie, et des violons.

ALCANDRE

Elle est des plus fantasques : Et comme ils ont en main chacun un instrument, Sans doute ils donneront du divertissement : Les voici ; peut-on voir de plus parfaits grotesques ?

vers 1591, on lit "crotesques" au lieu de "grotesque". Crotesque est absent du Dictionnaire Furetière et du Littré mais présent dans la légende d'une estampe du XVIIème sicècle : "Habit crotesque de paysan dansant à l'Opéra" [BnF RESERVE FOL-QB-201 (66)].

CALISTE, voyant entrer les masques

C'est Esculape et Môme ; ô Dieux ! Qu'ils sont grotesques ?

Esculape et Môme : Esculape est le Dieu de la Médecine, Môme ou Momus celui du Sarcasme et de la Moquerie.

SCÈNE II. Deux musiciens représentant Esculape ET Mome, Oronte, Climante, Cléarque, Élomire, Lazarille, Clarice, Lucinde, Alphée, Lucille tous masquez et tenant en main chacun un instrument, Alcandre, Caliste, Les Conviés.

Esculape et Morne chantent en forme de dialogue le récit qui suit et les autres le répètent.

SCÈNE III. L'exempt, Le Balafré, Sans-malice, Plusieurs Autres Archers, Esculape, Mome, Oronte, Climante, Clearque, Élomire, Lazarille, Clarice, Lucinde, Alphée, Lucille, Alcandre, Caliste, Les Conviés.

ALCANDRE, à l'Exempt

Guet, me connaissez-vous ?

L'EXEMPT, s'adressant à Élomire et à Lazarille, qui se sont démasqués, avec tous les autres

Ceux-là ne le sont pas ; qu'êtes-vous bonnes âmes ? Car vos visages ont un certain air...

ELOMIRE, à Clitandre

Climante, vous savez...

ELOMIRE, bas à Lazarille

Je suis mort, Lazarille.

L'EXEMPT, à Élomire

Que venez-vous de dire ?

ELOMIRE, en toussant bien fort

Rien du tout.

L'EXEMPT

Vous mentez.

L'EXEMPT

Lui ?

ORONTE

Oui, Jean-Baptiste ; Oui, Bassa ; oui, Guzman ; nous vous avons joué.

Jean-Baptiste est le prénom de Molière.

L'EXEMPT

Badauderie ? Vous vous entendez tous, et je m'entends aussi. Balafré, qu'on le lie, et qu'on l'ôte d'ici.

Badauderie : Entretiens et actions de badauder ; Faire le badaud ; Entretiens et actions de badauder. [L]

LE BALAFRÉ, liant les bras d'Élomire

Allons, causeur, allons ; aide moi Sans-Malice ?

ELOMIRE, à l'exempt, se jetant à ses pieds

Monsieur, ayez pitié...

ELOMIRE, se voyant traîné

Lazarile, à moi ?

LAZARILLE, le suivant

J'y suis, Monsieur.

TOUS LES ACTEURS ensemble, voyant qu'on entraîne Élomire

Le pauvre homme ?

ORONTE, après qu'Élomire et ceux qui le mènent ne paraissent plus

Ma foi, c'est par trop, ce me semble : Il croit aller en grève.

L'EXEMPT

Donnez-moi, s'il vous plaît, le temps de respirer : J'ai tant ri, que j'en ai presque perdu l'haleine, Ayant mis notre fou dans la chambre prochaine, Avec son Lazarille et notre Balafré : Je les ai laissés seuls ; et puis étant rentré Sans être vu, j'ai ouï ce que je vais vous dire. Illustre Balafré, dit tout bas Élomire, L'occasion est chauve, et qui ne la prend pas, Alors qu'il la rencontre, est mis au rang des fats. Monsieur, je n'entends rien à ces belles paroles ; Mais je sais ce qu'on fait quand on tient des pistoles, Lui répond le Balafré ; et si vous en doutiez, Il ne tiendrait qu'à vous que vous ne le vissiez. Élomire à ces mots, lui met en main sa bourse : Le Balafré la prend, disant Je suis votre ourse, Suivez-moi : cela dit, le drôle fait le saut De la fenêtre en bas, l'étage est assez haut : Quoiqu'il soit le premier, toutefois Élomire, Et c'est ceci, ma foi, qui m'a le plus fait rire, Autant pressé de joindre un si grand conducteur, Qu'aveuglé de l'excès de sa mortelle peur, Le suit si prestement, et par la même route, Qu'il tombe sur son guide ; il l'eût crevé, sans doute, Si notre balafré, plus dur que n'est le fer, Ne l'eût d'un coup de reins fait retourner en l'air. Élomire retombe, et soudain se redresse, Et gagne le taillis d'une belle vitesse.

Fat : Sot, niais. [L]

Pistoles : Pièce d'or qui n'était point battue au coin de France et qui valait onze livres et quelques sous. [L]

vers 1749, on lite "le Balafre" et deux vers plus loin "Le Balafré", la graphie est homogénéïsée.

Il est probable que Ourse au féminin, le soit pour la rime.

1 770 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica