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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dialogue des morts en vers· Poème Dramatique

Le Réveil de Corneille

Camille Le Senne· créée en 1916· 424 vers· 3 personnages

Représenté pour la première fois sur la scène de l'École des Hautes Études Sociales, le 8 Mai 1916, pour le 310e Anniversaire de Pierre Corneille.

Personnages

  • LA MUSE DES GLOIRES, Melle MARGÈS, de l'Odéon
  • LA MUSE DES DEUILS, Melle GUINA-RUDEL
  • PIERRE CORNEILLE, M. PIERRE MATHIEU

LE RÉVEIL DE CORNEILLE

Au lever du rideau, Corneille dort dans un fauteuil. La Muse des Gloires et la Muse des Deuils arrivent en même temps, du fond.

LA MUSE DES DEUILS

S'il ne faut pour bercer sa peine Que l'oubli des terrestres haines, Crois-moi, ne le réveillons pas. Je possède tous les dictames : Quand je me penche sur les âmes, La douleur s'endort dans mes bras.

Dictame : Plante labiée fort aromatique, qui passait, chez les anciens, pour un puissant vulnéraire. Le dictame de Crète. Fig. Voir CORNEILLE, Mélite, V,2. [L]

LA MUSE DES GLOIRES

Non, père, il vit toujours le vaillant de ta race Que la Mort effleura de son baiser sanglant. Peut-être combat-il sur la terre d'Alsace, Peut-être est-il au guet dans un fossé flamand ! Non, ils ne sont pas morts ses compagnons de gloire, Ils ont recommencé la course à la victoire Sous le pavois flottant de nouvelles couleurs. Lorsque notre pays attend sa délivrance, Il n'est qu'un combattant, comme il n'est qu'une France La cocarde a changé, ce sont les mêmes coeurs. Père, reconnais-les à des marques certaines, Père, bénis-les tous, soldats et capitaines, Les assiégés d'Arras, les vainqueurs de l'Yser, Ceux qui sous Richelieu conquirent la Lorraine, Ceux qui la reprendront aux geôliers du Kaiser. Artilleurs et poilus, piquiers et mousquetaires, Qu'ils portent la casaque ou le bleu d'horizon, Du même sang prodigue ont arrosé la terre. Driant et Cyrano ont le même blason ; Les chefs dont la sagesse égale la vaillance, Reconnais-les, pareils sous des noms différents. Sur la liste d'airain des sauveurs de la France, Joffre qui réfléchit, c'est Turenne qui pense, D'Amade c'est Créqui, Maunoury c'est Rohan. Champion des grands espoirs et de nobles revanches, Pétain rejoint Schomberg à l'ombre du drapeau, Et derrière Condé ceint de l'écharpe blanche Gassion silencieux sourit à Castelnau. Exploits victorieux ou fortunes adverses, La gloire de tes fils sonne au même beffroi. La Meuse inviolée vaut le Rhin qu'on traverse ; Le laurier de Verdun est celui de Rocroy.

LA MUSE DES GLOIRES

Et toi, la plus noble victime, Témoin martyrisé du crime Qu'ordonna le César germain, Ô formidable accusatrice Qui porte sur tes cicatrices Le sceau des bourreaux inhumains : Basilique de Reims, sois le grand sanctuaire Où dormiront en paix nos drapeaux mutilés ; Que tes murs relevés abritent leur calvaire Et l'offrent au Seigneur sous le ciel étoilé. Que toute l'épopée sur tes voûtes s'inscrive, Parfumant la légende au vent des encensoirs. Nous enclorons nos deuils dans l'orbe des ogives, Dans la rosace en fleur nous mettrons nos espoirs. Mais devant ton portail la Vierge de Lorraine, Crispant ses pieds d'airain sur les hauts étriers, Jusqu'à la fin des jours étendra vers la plaine L'oriflamme des lis que suivaient ses guerriers. Nul ne pénétrera dans ton auguste enceinte Sans avoir esquissé aux genoux de la sainte Le rite adorateur du signe de la croix ; Car notre France à nous, c'est la France éternelle Qui ne sépare pas dans son culte fidèle Les vaillants d'aujourd'hui des héros d'autrefois.

LA MUSE DES GLOIRES, à la Muse des Deuils

424 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica