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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· comédie en un acte et en vers

L'Assemblée

Abbé Auguste-Théodore-Vincent Lebeau de Schosne· créée en 1773· 645 vers· 5 personnages

Représentée pour la première fois, par les Comédiens François Ordinaires du Roi, le 17 Février 1773.

Personnages

  • UN POÈTE, M. Du Gazon
  • LE SEMAINIER, M. Dalainval
  • ROBERT, Gagiste M. Augusute
  • MADAME ARMAND, Concierge Madame Bonioll
  • Tous les Acteurs et Actrices de la Comédie Française
PRÉFACE

La révolution du siècle, qui s'est écoulé depuis la mort de Molière, a donné lieu à cette Comédie. Elle a été jouée le jour même du retour séculaire de l'année qui nous a enlevé ce grand homme.

Cette représentation fera époque dans les Annales du Théâtre. Elle en fera une autre bien plus durable dans les coeurs qui éprouvent la douce émotion du plaisir au récit des actions honnêtes.

Par un sentiment de piété filiale, les Comédiens en ont destiné le produit à l'érection de la statue de leur Fondateur. Je dois le dire pour leur gloire et pour m'honorer moi-même, puisque j'ai fait naître, le premier, l'idée d'une action si louable.

Différents plans me sont venus à l'esprit. L'introduction des personnages, que Molière a livrés au ridicule, s'y est d'abord assez naturellement présentée ; mais j'ai rejeté ce dessein déjà exécuté par Brécourt, dans sa pièce intitulée, l'Ombre de Molière.

J'aurais aussi pu faire descendre sur la scène des êtres mythologiques, tels que Thalie, Melpomène, Momus, etc. mais ces vieilles divinités sont une ressource usée, et un moyen contraire à la vraisemblance.

Il a donc fallu me borner à l'idée la plus simple, et la plus digne de ceux à qui présentais mon ouvrage. J'ai pensé qu'il était convenable à leur zèle de faire que l'Apothéose de Molière fût une suite naturelle d'une des assemblées de la Comédie Française.

Comme on a beaucoup exagéré, au sujet des choses qui m'ont été retranchées, je les rétablis ici, afin qu'on voie, par l'innocence de mon badinage, la pureté de mes intentions.

J'aurais été bien maladroit de chercher à offenser les Comédiens, à qui je donnais ma Pièce, et les Auteurs, auxquels je fais gloire d'être associé.

À Dieu ne plaise que j'expose jamais, aux outrages amers de la raillerie, ceux qui dédaignent les attraits de la fortune, pour se livrer en paix à la glorieuse culture des dons du génie, et à l'art heureux d'amuser, d'instruire, et de consoler l'humanité.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Le Semainier, Robert.

LE SEMAINIER, tirant sa montre

Il est le quart.

ROBERT, lui présentant un papier

Lisez. Le style en est pourtant tragique.

LE SEMAINIER

Eh bien ?

LE SEMAINIER

Pourquoi ?

LE SEMAINIER

Mais, oui.

LE SEMAINIER

Diable !

SCÈNE III. Madame Armand, le Semainier.

Pendant le cours de cette scène les Acteurs et Actrices arrivent l'un après l'autre, et se font mutuellement signe de ne point interrompre la conversation de la Concierge.

LE SEMAINIER

Comment donc ?

LE SEMAINIER

Ce dernier point...

SCÈNE IV. Le Semainier, Robert, Acteurs et Actrices précédents.

ROBERT

J'y vole.

SCÈNE V. Acteurs précédents, Le Semainier.

LE SEMAINIER

Prenons place.

MONSIEUR MOLÉ, à deux Actrices

Entre vous deux, recevez-moi, de grâce.

MONSIEUR MONTVEL, à deux Actrices

Moi, je veux être avec vous dans ce coin.

MADEMOISELLE HUS, donne un coup d'éventail à un acteur

Finissez. Soyez sage.

MADEMOISELLE FANIER, à un acteur

Vous vous trompez, j'ai fort mauvais visage.

MADEMOISELLE DOLIGNY

Elle se met assez bien.

MONSIEUR BELMONT

Je prends huit jours.

MADEMOISELLE DOLIGNY

Moi dix.

MADEMOISELLE HUS

Moi cinq.

MADEMOISELLE DUGAZON

Moi trois.

LE SEMAINIER

Fort bien.

LE SEMAINIER, à Monsieur Belcourt

En bonne foi, dis-moi...

MADAME PRÉVILLE, à Monsieur Bourette

Quelle raison vous force à disparaître ?

MADEMOISELLE SAINT-VAL

Vous avez bien de la vivacité.

MADAME VESTRIS

C'est plutôt vous.

MADEMOISELLE SAINT-VAL

Vous plaisantez ?

MONSIEUR MOLÉ, à Mademoiselle Saint-Val

Calmez votre courroux... De la douceur.

MADEMOISELLE SAINT-VAL, à Monsieur Molé

De quoi vous mêlez-vous ?

MADAME VESTRIS, à Mademoiselle Saint-Val

Je vous dirai la mienne.

MONSIEUR PONTHEUIL, à Mademoiselle Saint-Val

Sur sa raison vous n'aurez nul crédit.

MADEMOISELLE SAINT-VAL, à Madame Vestris

Savez-vous bien ce qu'on vient de me dire ?

MADEMOISELLE SAINT-VAL, à Madame Vestris

Vous le jouerez.

MADEMOISELLE SAINT-VAL

Non, par ma foi.

SCÈNE VI. Acteurs précédents, un Gagiste, l'Auteur.

UN GAGISTE

Voici l'auteur.

MADAME BELCOURT, voyant l'Auteur qui fait beaucoup de révérences

Son maintien est grotesque, Moitié gendarme et moitié pédantesque.

L'AUTEUR, hésitant à passer

Monsieur...

MADEMOISELLE HUS

Venez ici, vous serez plus à l'aise.

Il quitte Madame Belcourt pour aller à Mademoiselle Hus.

MADEMOISELLE DOLIGNY

Vous auriez mon suffrage.

MONSIEUR MONTVEL

Tant pis, vraiment.

MONSIEUR MONTVEL

Comment cela ?

MADAME PRÉVILLE

Ils ont cet art.

MONSIEUR MOLÉ

Demain !

MADAME PRÉVILLE

Très volontiers.

MONSIEUR MOLÉ

D'accord.

MONSIEUR FEUILLI

Je m'y soumets.

L'AUTEUR

Vous-même.

MADEMOISELLE FANIER

Moi ?

MADAME BELLECOURT

Fort bien.

MADEMOISELLE FANIER

Eh bien ensuite ?

L'AUTEUR

Eh, mais, qu'en pensez-vous ? Ne puis-je pas le donner à Préville ?

C'était Monsieur Préville lui même qui devait jouer le rôle de l'auteur, et il aurait été assez agréable de l'entendre parler ainsi de lui.[NdA]

MADEMOISELLE DUMESNIL

Reposez-vous.

MADEMOISELLE HUS

Quel dénouement !

MADEMOISELLE DOLIGNY

Quel spectacle enchanteur !

L'AUTEUR

Allons Monsieur le maître du Ballet, De vos talents faites voir quelque chose, Et que Molière ait une Apothéose.

La pièce est terminée par l'Apothéose de Molière, ainsi qu'il suit.

L'APOTHÉOSE DE MOLIÈRE. Ballet héroïque.

Le grand Prêtre d'Apollon, la grande Prêtresse et les autres Prêtres et Prêtresses de ce Dieu, avec tous les figurants et figurantes du Ballet, forment une marche au son des instruments.

LE GRAND PRÊTRE

Abattez ces rameaux ; vous devez obéir ; Apollon par ma voix l'ordonne ; Pour former à Molière une noble couronne, Ce Dieu permet de les cueillir.

Ils abattent des branches de laurier, et les donnent aux figurantes, qui en forment des guirlandes qu'elles apportent au grand Prêtre.

Le grand Prêtre conduit la Prêtresse au pied de la statue, afin qu'elle la couronne, et il dit en regardant toutes les figurantes :

Sexe enchanteur, c'est pour vous plaire Que ses travaux l'ont mis au-dessus des humains ; Sa récompense la plus chère Sera d'être en ce jour couronné par vos mains.

LA GRANDE PRÊTRESSE, pose la couronne sur la statue ; les figurantes l'entourent de guirlande ; et elle dit ensuite :

Les autels des Héros que nous vante l'Histoire, Des plus rares parfums répandaient les vapeurs ; Cet encens a péri, mais celui de nos coeurs Est immortel comme ta gloire.

Ode au temps prononcée par une Prêtresse d'Apollon

645 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0