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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Attilie

Jean-Baptiste Legouvé· créée en 1750, imprimée en 1776· 5 actes· 1 618 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en 1750.

Personnages

  • ADRIEN, empereur Romain
  • PLACIDE, général des Armées Romaines
  • ATTILIE, fille de Placide
  • MAXIME, fils de Placide
  • JUSTIN, chef des Gardes Prétoriennes, ancien Ami de Placide
  • PAULINE, confidente d'Attilie
  • ALBIN, officier des Gardes
  • GARDES
DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Lié depuis plusieurs années avec l'auteur d'Attilie, dont le moindre mérite est d'avoir fait dans sa jeunesse une pièce qu'aucun homme de goût ne désavouerait, j'ai cru ne pas pouvoir détruire plus sûrement l'idée que quelques Gens de Lettres ont voulu, depuis peu, faire prendre de cette Tragédie, qu'en en donnant une nouvelle édition.

Il y a plus de vingt-cinq ans que l'auteur s'est éloigné pour jamais de la carrière du Théâtre ; il a mieux aimé consacrer ses jours à Thémis qu'à Melpomène : Si la scène française a perdu un poète, le barreau a gagné un orateur ; il faut avouer que l'un est au moins aussi utile que l'autre.

Des amis et des confrères lui proposèrent, il y a sept ou huit ans, de jouer à la campagne sa pièce qu'il avait oubliée ; elle eut le succès que peut avoir une tragédie représentée par des citoyens honnêtes, qui ne sont point habitués à chauffer le cothurne, qui ne cherchent que leur amusement, et se reposent bien d'avantage sur l'indulgence de ceux qui les écoutent, que sur leurs talens pour la déclamation théâtrale.

Il n'y a en général rien de si rare que de voir jouer passablement la tragédie en Province, ou sur les Théâtres de Société Les Mahomets, les Orosmanes y ont peine à s'élever à la noble fierté des souverains ; on ne s'est pas néanmoins encore avisé d'en conclure que M. de Voltaire fût un mauvais poète.

Attilie fut représentée une seconde fois ; et tous ceux qui l'entendirent, jugèrent qu'il ne manquait à cette Pièce que d'être rendue par des acteurs exercés dans l'art de tenir le Spectateur attentif sous le charme de l'illusion.

Quoique notre opinion doive être assez indifférente au public, nous ne craindrons pas d'assurer que la pièce d'Attilie réussirait sur le Théâtre de la Nation. La vérification en est pure et animée, la conduite sage ; et le sujet puisé dans la vérité de l'Histoire, n'en est que plus intéressant. Loin qu'on puisse faire un crime à un Avocat de s'être appliqué à des ouvrages de cette nature avant d'entrer dans la carrière qu'il a depuis parcourue, nous sommes persuadés que le Barreau ne sera jamais plus distingué ; que l'éloquence n'y sera jamais plus véhémente, plus digne de la Cour des Pairs, que lorsque les poètes, les philosophes, ajoutant à leurs connoissances celles des lois, viendront y déployer leurs grands talents. Malheur à celui qui regarderait la culture des Lettres, comme incompatible avec l'étude de la Jurisprudence ; il ne serait jamais ni un d'Aguesseau ni un Montesquieu ; il ne remplacerait pas les Le maîtres, les Cochins ; il ne nous donnerait point de Discours sur les Matières criminelles, tel que celui de Monsieur de Servan ; ses écrits ne feraient que de tristes et froides compilations ; la vérité n'aurait ni grâces, ni énergie dans sa bouche ; il serait dessus, traînant ; ses cris importuneraient l'oreille, mais ne la captiveraient pas. Peut-être le mauvais goût lui donnerait-il quelques applaudissements ; il n'en ferait que plus à plaindre.

Aurions-nous quelque chose à envier aux barreaux d'Athènes et de Rome, si le grand Corneille fût venu se déclarer dans le nôtre le protecteur d'une famille malheureuse et opprimée ; si Racine, qui peignit d'une manière si forte et si touchante les malheurs de la France dans un Mémoire qu'exigea de lui Madame de Maintenon, eût quelquefois prêté sa plume à un innocent enchaîné ?

L'Ordre des Avocats a eu l'honneur de voir dans son sein le plus sage des hommes, le modeste et brave Catinat. Puissent toutes les grandes vertus, tous les talens distingués, en venir augmenter l'éclat ; ne s'y disputer que la gloire de combattre pour la vérité ; n'y montrer de force que pour la défense des Lois, de zèle et de courage que pour repousser l'intrigue et les sollicitations de l'injustice ; il sera alors encore plus respecté de tous les autres Ordres de Citoyens qui y viendront chercher et les lumières du savoir et l'appui de l'éloquence !... Emporté par des idées si douces, j'oublie de dire que la Tragédie d'Attilie fut imprimée en 1750 sans nom d'Auteur, et que cette première édition, quoi qu'inférieure à celle que je donne aujourd'hui sur un des manuscrits faits lors des représentations particulières qu'elle a eues, fut néanmoins annoncée, avec éloge, par les Journalistes de ce temps. Le Jugement qu'ils en ont portés se trouve dans les Remarques historiques et critiques, qui sont à la suite de la pièce, et où j'ai hasardé quelques conjectures sur un art qui pourrait produire les plus heureux effets dans un siècle fatigué de l'erreur, et qui saisit avec transport la vérité toutes les fois que l'on a le courage de la lui présenter.

J'ai cru qu'il était inutile de faire reparaître une épitre dédicatoire adressée à une femme de qualité qui n'est plus : "C'était mon essai (lui écrivait l'Auteur en parlant de sa Tragédie) ce sera mon dernier effort. Vous savez mes résolutions et mes devoirs : dans le feu de la jeunesse et dans des momens de liberté, j'ai pu céder aux attraits de la poésie ; attaché maintenant au barreau, je sacrifie ce qui amusait le loisir de mes instants à ce qui fit toujours l'objet solide de mes travaux."

Le Public sait si Monsieur Le Gouvé a été fidèle à sa promesse. Pour moi, je remplis aujourd'hui à son égard, un devoir de l'amitié ; quel est l'homme de bien qui m'en fera un reproche ?

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Placide, Justin.

JUSTIN

Cher Placide, quel est ce chagrin qui m'étonne ? Le Sort n'a plus de traits à lancer contre vous : Vingt ans d'un triste exil ont lassé son courroux. Rome qui vous bannit, vous revoit plein de gloire, Vous rentrez dans ses murs conduit par la victoire, Et mêlant aux lauriers l'olive de la paix, Vous vengez vos affronts par d'illustres bienfaits. Exilé comme vous, le généreux Camille Vint arracher aux fers sa gémissante ville ; Comme lui, pour toujours vous reprenez vos droits. Rome rougirait trop d'être ingrate deux fois. Ô Ciel ! Combien de sang avait baigné nos plaines ! Les Barbares déjà nous préparaient des chaînes, En vain il nous restait des milliers de soldats ; Il fallait une tête, on n'avait que des bras. Jours d'opprobre et de deuil ! Votre gloire passée Du Romain tout_à_coup a frappé la pensée. Il parle de ces temps où, sur son front altier, Chacun de vos combats ajoutait un laurier : Le peuple à votre exil impute sa disgrâce ; Tous les coeurs aussitôt ont volé vers la Thrace, Et ce choix qui vous rend à votre dignité, César le prononça, Rome l'avait dicté. À votre aspect, Seigneur, quelle chaleur rapide À dans chaque guerrier produit presqu'un Placide ! Le Romain sent alors tout ce qu'est un Romain ? La gloire, la vengeance ont embrasé son sein. Il vole aux ennemis, qui s'étonnent, qui plient ; Il les presse, vingt fois les Daces se rallient : Leur Roi tombe et tout cède ; et les morts entassés Arrêtent du vainqueur les pas embarrassés À peine rassuré sur sa triste frontière, Le Dace, du Danube implore la barrière, Et, s'il s'est ennobli par nôtre lâcheté, Il rentre en frémissant dans son obscurité. Non,tu n'oublieras point ces exploits héroïques, Rome, et tu leur promets des honneurs magnifiques. Adrien va paraître : il comblera vos voeux.

Dace : peuple vivant en Dacie, gande région de l'Empire Romain, sur le rives du Danube, dont le nom, le même sans doute que Deutch, indique une origine allemande, étaient farouches, braves et incivils ; il ne furent vaincus que par Trajan, après 10 ans de guerre. [B]

PLACIDE

Hélas !

SCÈNE II. Adrien, Placide, Maxime, Justin, Gardes.

SCÈNE III. Maxime, Placide.

SCÈNE IV.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Attilie, Pauline.

ATTILIE

Maxime !

SCÈNE II. Maxime, Attilie, Pauline.

ATTILIE, à part

En aurais-je trop dit ?

ATTILIE tendrement

Me venger !...

MAXIME, se jetant aux genoux d'Attilie

Je me livre à la joie.

SCÈNE III. Adrien, Attilie, Maxime, Pauline.

SCÈNE IV. Adrien, Maxime.

SCÈNE V. Adrien, Maxime, Albin.

SCÈNE VI. Adrien, Placide, Maxime.

PLACIDE

Seigneur. j'ose me plaindre. Aux portes Quirinales, J'ai vu qu'on préparait les pompes triomphales. N'êtes vous pas instruit...

Quirinal : Le Mont Quirinal est une des sept collines de Rome, àl'extrémité nord-ouest de la ville entre la colline Horurale au nord et le mont Viminal au Sud. [B]

ADRIEN

Vous !

SCÈNE VII. Adrien, Maxime.

SCÈNE VIII.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Placide, Maxime.

SCÈNE II. Attilie, Placiden Maxime, Pauline.

ATTILIE

Seigneur !

SCÈNE III. Placide, Attilie, MAxime, Pauline, Albin, Gardes.

ATTILIE, tandis que Maxime remet son épée

Maxime, peux-tu donc t'arracher de ce lieu ?

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Placide, Jusitn.

PLACIDE

Ce Captif était donc dans la troupe coupable, Qui combla les malheurs dont le fardeau m'accable. Le cruel fut sans doute un de ces scélérats, Dont le meurtre, le rapt, le vol marquaient les pas. Ami, de mes enfans je te devais l'histoire : J'en vais, puisqu'il le faut, rappeller la mémoire ; Et d'un nouveau récit fatiguant ta pitié, Redemander des pleurs à ta triste amitié. Hélas ! À ma pensée, après vingt ans encore, Chaque jour reproduit ce jour que je déplore. Trajane, en me suivant, vit finir son destin. Deux enfants restaient seuls ; j'allai chercher, Justin, Ces chers et derniers fruits d'un illustre hyménée ; L'un comptait près d'un lustre, et sa soeur une année. En exil avec moi je les menais tous deux. Quel spectacle soudain vient m'allarmer pour eux ! Un corps d'affreux soldats trouble notre passage. Le sang coule aussitôt sur ce cruel rivage. Je combats : le danger m'enflamme : mes efforts Nous font longtemps contre eux un rempart de leurs corps. Nul ne m'accompagna ; j'avais mes seuls esclaves : Tous meurent à mes yeux, ô serviteurs trop braves. Plus malheureux que vous, j'enviai votre sort, Comme à vous, ma valeur me méritait la mort. Le nombre enfin l'emporte ; et ma fille tremblante, Dont les cris apellaient sa nourrice expirante, Et mon fils éperdu, sanglant, près du trépas, En proie aux ravisseurs, échappent de mes bras. Moi-même je tombai. La cohorte assouvie Dans des flots de mon sang crut me laisser sans vie. Le Ciel a prolongé mes jours et ma douleur... Mais il doit s'expier, ce forfait plein d'horreur ; Et puisqu'enfin l'un d'eux est en notre puissance, Je vais à l'Empereur en demander vengeance. Il livrera le traître à mon ressentiment.

PLACIDE

Les plaines de Nisa.

Nisa : ou Nissa, ville de Bulgarie sur la Nissava affluent de la Morava. [B]

SCÈNE VI. Attilie, Placide, Justin.

ATTILIE traversant le théâtre

D'une amante égarée, Dieux ! Guidez les pas.

PLACIDE

Quels sentimens ! quels voeux ! tout mon coeur frémissait. J'ai voulu l'interrompre, et ma voix se glaçait. Quoi ! De votre fureur la criminelle ivresse Me trace le chemin de la scélératesse ? Vous osez m'enhardir à la rébellion ! Vous conseillez le meurtre et l'usurpation ! Ma fille, que mon front rougit de vos maximes ! Que vous connaissez mal les principes sublimes D'une religion, qu'insultent vos projets ! Non : le trône a ses droits quelle n'enfreint jamais. Sachez que des chrétiens cette divine mère, Sur la terre exilée, en ce monde étrangère, Jalouse seulement d'y conquérir les coeurs Par l'attrait des vertus et l'exemple des moeurs, Quoi qu'elle ait à souffrir, n'a jamais pour défense Que la soumission, les pleurs et l'innocence : Tel est son art unique ; et sans nos vains secours, Plus forte par l'orage, elle vaincra toujours. Un temps, un temps viendra que libre et respectée, Assise sur le trône, aux deux pôles portée, Reine des souverains et des peuples divers, Ses rameaux étendus couvriront l'Univers. Ce jour n'est pas connu ; soyons toujours fidèles. Et vous qui l'outragiez, revenez sous ses ailes. Si vous êtes mon sang, reconnaissez ma loi. Que dis-je elle est la vôtre. Oui, ma fille, crois-moi Tu fus à ce Dieu même en naissant consacrée : Tu blasphèmes la foi sur ta tête jurée : Il daigna t'adopter... Rappelle ses bienfaits. Ne verse aucun poison dans les dons qu'il m'a faits. En ce jour où sa main rassemble ma famille, J'ai retrouvé mon fils, que je trouve ma fille... Rien ne la touche... Ô Ciel !

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Adien, Albin.

ADRIEN

Il porte un coeur Chrétien, Et pour eux la vertu n'est qu'un faible lien. Avec ce titre enfin, la vertu m'est suspecte. Toujours de ces chrétiens je redoutai la secte. Je sais que par état ennemis des Césars, Leurs mains autour du Trône ont semé les hasards. Et n'est-ce pas encor par leurs perfides trames Que Rome a vu son sein dévoré par les flammes ? D'autant plus dangereux, qu'austères dans leurs moeurs, Tout prend en eux, Albin, d'imposantes couleurs. Mais de ces factieux laissons les impostures, Et ne considérons que mes propres injures. J'aime, je donne un sceptre, et je me vois haï, On préfère un sujet ; l'Empereur est trahi. Le traître est un ami comblé de mes largesses, À qui je confiais mes plus chères faiblesses : Confident près de moi, près d'Attilie amant, Mon amour est du sien le voile et l'instrument. Ce criminel accord est longtemps un mystère. Enfin j'ouvre les yeux ; et lorsqu'en ma colère, Sur un lâche rival je lève un bras vengeur, L'ingrate vient, Albin , se déclarer sa soeur. Cet échange subit peut-il être sincère ? Le mensonge pour eux était trop nécessaire : Le temps est trop suspect ; aisément ils ont pu Produire en ce vil Dace un témoin corrompu. Cette fable est le fruit de la longue entrevue Qu'a ménagé Justin, et qu'éclairait ta vue. N'en doute plus, te dis-je... Ah ! Mon rival alors, S'il n'eût changé de nom, descendait chez les morts. Ce même changement renferme un nouveau crime, Que la mort qu'il fuyait reprenne sa victime... Qu'on l'amene à mes yeux.

SCÈNE II. Adrien, Maxime enchaîné, Albin, Gardes.

SCÈNE III. Adrien, Placide, Maxime, Albin, Gardes.

PLACIDE apercevant son fils qu'il cherchait

À part.

Je puis donc voir mon fils.

SCÈNE IV. Adrien, Albin.

SCÈNE V. Adrien, Placide, Maxime, Albin, Gardes.

ADRIEN

Sortez.

SCÈNE VI.Adrien, Albin.

SCÈNE VII. Adrien, Attilie, Albin.

ADRIEN

Ciel !

ADRIEN à part

Qu'ai- je fait ?

SCÈNE VIII. Adrien, Attilie, Pauline.

SCÈNE IX. Adrien, Attilie, Pauline, Albin.

ADRIEN

Madame...

ADRIEN

Hélas ! Rassurez-vous, Madame, c'est moi-même Qui dois mettre à vos pieds l'orgueil du diadème. Des pleurs que vous versez, triste et funeste auteur, Votre douleur entière a passé dans mon coeur. Ah, Dieux ! Sans ce revers vous couronniez ma flamme. Il ne m'importait plus d'examiner, Madame, Si Maxime avec vous par le sang fut lié ; Maxime, quel qu'il fût, m'était sacrifié. Mais pour rendre à mes yeux sa mort encor plus noire, Pour aigrir mes remords, je veux, je veux tout croire. J'atteste cependant ici la vérité, Je croyois être juste en ma sévérité. D'une excusable erreur l'âme préoccupée, J'ai cru qu'on me trompait, et je vous ai trompée. Mais ne me craignez plus : là se bornent vos maux. Pour moi-même et pour vous je conserve un héros. Mes soins le changeront : son retour salutaire Épurant sa vertu, me la rendra plus chère : Et même aux Immortels, d'un chrétien de ce rang, Les voeux, quoique tardifs, plairont plus que le sang. Oui, Madame, et déjà de ses mains glorieuses Vous auriez vu tomber les chaînes odieuses, Si nous n'avions à craindre un peuple audacieux Qui change en fanatisme un juste amour des Dieux. De la Religion les ministres suprêmes Ont un pouvoir secret, redoutable à nous-mêmes On viendrait, pour servir leur pieuse fureur, Jusqu'en un conquérant frapper le Novateur. Il faut voiler le crime, en cachant le coupable.

Novateur : Qui introduit quelque nouveauté. Il ne se dit guère que ce ceux qui innovent en matière de religion. Calvin, Luther, Zuingle ont été appelées des novateurs. (...) [F]

ATTILIE

Seigneur.

SCÈNE X. Attilie, Pauline.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

ATTILIE

Que fais- je encor ? Fuyez, vains et lâches regrets. Ah ! Pour le désespoir les pleurs ne sont point faits. Quoi ! Mon frère n'est plus Son assassin respire ! Le sort en est jetté. Je le veux. Qu'il expire. Je l'ai promis, Maxime, oui, tu seras vengé ; Mon père de ses fers doit être dégagé ; Je l'attends. C'est à lui de me servir de guide, La chute d'un tyran est digne, de Placide. Que dis-je ? Ai-je oublié que son aveugle foi. Pour son propre ennemi l'armerait contre moi ?... Hé bien, je saurai seule exterminer le crime. Oui, jusques dans César... Sa perte est légitime. Mon injure effaça tous les droits de son rang, César n'est rien pour moi sur un trône de sang. À peine de mon frère il a proscrit la tête, D'un détestable hymen il prépare la fête ; Et d'une soeur en pleurs les malheureux appas Dans ses bras meurtriers pairAient les attentats. En l'état, où je suis, tremblante, épouvantée, Mon frère, je verrAis ton ombre ensanglantée, Près de l'Autel placée entre les deux époux, L'oeil en feu, me montrer la trace de tes coups : J'entendrais une voix, du fond de ta blessure. De ces indignes noeuds me reprocher l'injure ; Et par toi repoussée... Ah ! Grands Dieux ! Ah ! Ta soeur Aux pieds de l'autel même expirerAit d'horreur. Aujourd'hui cependant cet hymen tyrannique De notre auguste père est la rançon unique ; Mais qu'un seul coup enfin, puisqu'il n'est point de choix, Te venge, m'affranchisse, et le sauve à la fois. Si la loi le défend, la Nature l'ordonne... Je me trouble... Quel est le danger qui m'étonne ?... L'heure approche où César s'est promis de me voir. Qu'il se trouve à son tour trompé dans son espoir. De mon appartement le calme et le silence, Le voile officieux de la nuit qui s'avance, Le lien qui de mon bras pourra cacher l'effort, Vont livrer le tyran aux pièges de la mort.

SCÈNE II. Attilie, Pauline.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Placide, Justin.

PLACIDE

Parle.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Adrien, Jusitn, Gardes.

SCÈNE VII. Attilie, Adrien, Pauline.

ADRIEN

Arrêtez.

ATTILIE, jetant le poignard

C'en est fait, Et te voilà chargé d'un troisième forfait. Je n'ai pu me venger, mais je suis affranchie.

Elle s'éloigne de quelques pas et s'arrête.

SCÈNE VIII. Adrien, Attilie, Justin, Pauline.

JUSTIN

Il vit.

SCÈNE IX. Placide, Attilie assise, Adrien, Pauline, Justin.

PAULINE

Elle expire !

On emmène Attilie, et Placide la suit.

SCÈNE DERNIERE. Adrien, Justin.

1 618 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica