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Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes

Etéocle

Gabriel Legouvé· créée en 1799· 5 actes· 1 248 vers· 7 personnages

Représentée pour la première fois au Théâtre de la République, le 27 Vendémiaire an 8.

Personnages

  • ÉTÉOCLE, Le cit. TALMA
  • POLINICE, Le cit. DAMAS
  • OEDIPE, Le cit. MONVEL
  • JOCASTE, Mesdames VESTRIS, THENARD
  • ANTIGONE, Mlle. VANHOVE
  • HÉMON, officier thébain. Le cit. FLORENCE
  • ACASTE, officier thébain. Le cit. BERVILLE
PREFACE

ON aurait tort d'imaginer qu'en traitant Étéocle, j'aie eu la ridicule prétention de lutter avec Racine. Sa Thébaïde, ouvrage de sa première jeunesse, est généralement regardée comme une tragédie où, malgré des beautés, il est encore loin d'être lui-même ; je n'ai donc pas lutté avec Racine. D'ailleurs j'ai été soutenu par Euripide qui m'a fourni le sujet, l'idée de la différence du caractère des deux princes, enfin plusieurs détails de ma pièce. Il n'entrera jamais dans ma pensée de sortier de cette vénération qu'inspire legénie des modèles, et à laquelle l'inimitable Racine a le plus de droits.

Comme cette tragédie a réussi, on juge qu'elle a été critiquée. Quelques censeurs ont attaqué sur-tout le sujet comme défectueux. Je conçois qu''ils l'aient trouvé austère ; mais a-t-il dû leur paraître vicieux, lorsqu' Aristote, le père Brumoi et Racine lui-même, le présentent, dans leurs écrits, comme le plus tragique de l'antiquité ? Les avis ont été partagés sur le dénouement, qui a fait frémir au théâtre. Ceux qui l'improuvent prétendent qu'il est contraire à l'histoire et trop cruel.

Le dénouement n'est pas contraire à l'histoire, puisqu'elle raconte que Polinice perça le premier Etéocle, et que, vainqueur, il fut ensuite frappé par son frère expirant à ses pieds, au moment où il se baissait imprudemment vers lui. Je n'ai fait d'autre changement que de séparer ces deux actions par un plus grand intervalle ; je n'ai mis que la seconde sur le théâtre ; et en cela j'ai usé du privilège du poète dramatique, qui peut, quand il reste fidèle aux caractères et à l'événement principal, modifier une circonstance pour obtenir plus d'effet. Le dénouement n'est pas trop cruel, puisque la tragédie entière, où la terreur domine, prépare le spectateur à un tableau effrayant pour conclusion. D'ailleurs personne n'ignore que la haine entre deux frères est plus furieuse qu'entre les autres hommes et l'on ne peut être surpris que celle d'Étéocle et Polinice amène une catastrophe qui surpasse les horreurs communes. Enfin on a vu, sans en être révolté, dans le cinquième acte de Gabrielle de Vergy, le coeur sanglant de Raoul présenté à sa maîtresse : le spectacle de deux frères ennemis s'entrégorgeant n'est-il pas moins horrible ?

ERRATA

Page Ière. de l'avertissement, ligne 12, de sortir de cette vénération, lisez de m'éloigner de cette vénération.

Page, 9, vers 8, renassait, lisez renaissait.

Page 20, vers 11, mais, malgré vos desirs, lisez mais, quoique l'on s'en flatte.

Page 25, ligne 3, POLINICE, lisez POLINICE sous l'habit d'un soldat.

Page 34, vers 6, est devenu, lisez es devenu.

Page 36, vers 12, c'est peu qu'avant qu'un roi m'ait paru favorable, lisez c'est peu qu'avant l'hymen à mes voeux, favorable,

Idem. vers 20, des viles, lisez des vils.

Page 60, vers 14, élevant, lisez élevaient.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Jocaste, Antigone.

SCÈNE II. Jocaste, Antigone, Étéocle.

ÉTÉOCLE

Quel indigne conseil une mère me donne ! Qui ? Moi ! Que, sans combat, lâchement j'abandonne Mon sceptre héréditaire à ce prince inhumain Qui l'ose demander les armes à la main ! Que je semble, laissant triompher son audace, Obéir à l'effroi, céder à la menace ! Songez-vous que Cadmus est un de mes aïeux, Cadmus que mit la gloire au rang des demi-Dieux ? Son sang et son courage ont passé dans mes veines. Oui, si ce fier serpent, sur les rives thébaines Frappé par sa valeur, renaissait sur mes pas, Le monstre aussi par moi recevrait le trépas. Si ses fertiles dents, par son vainqueur semées, Devaient contre Étéocle enfanter des armées, On verrait sous mes coups leurs soldats engloutis Rentrer dans les sillons dont ils seraient sortis. Ah ! Si de tels exploits manquent à mon audace, J'ai du moins soutenu la gloire de ma race ; Je la soutiens toujours... C'est dire assez, je crois, Qu'en voulant m'effrayer, on n'obtient rien de moi, Et que, jusqu'à s'armer osant porter sa rage, Un frère double encor ma haine et mon courage. D'ailleurs, quels sont ses droits, lorsque, toujours aigri, Il livre à l'étranger les champs qui l'ont nourri, Et porte, d'une main aux forfaits enhardie, La mort dans la cité qui lui donna la vie ? Non ; aux yeux des Thébains qu'il craindrait d'épargner, Il n'est plus qu'un rebelle indigne de règner. Et j'atteste ce fer qu'au pied de nos murailles Ses soldats vont bientôt trouver leurs funérailles, Et qu'au sein de ses flots, qu'ils n'ont point respectés, L'Ismène roulera leurs corps ensanglantés.

ANTIGONE

L'ambition...

SCÈNE III. Jocaste, Antigone.

ACTE II

SCÈNE PREMÈRE. Polinice, Hémon.

POLINICE

OEdipe !

POLINICE

Hémon !

SCÈNE II. Jocaste, Antigone, Polinice.

SCÈNE III. Jocaste, Antigone, Polinice, Hémon.

JOCASTE

Sors.

SCÈNE IV. Antigne, Jocaste.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Jocaste, Étéocle.

SCÈNE II.

ÉTÉOCLE

Pourquoi m' offrir, Jocaste, un frère que j'abhorre ? Depuis que je l'attends, je le hais plus encore ! J'en rends grâce au destin ; ce coeur avec ennui Sentirait s'affaiblir l'horreur que j'ai pour lui. Oui, si je le reçois, c'est qu'en cette entrevue Ma haine jouira d'éclater à sa vue ! Que veut-il ? Du pouvoir à son tour disposer ? Que j'aurai de plaisir à le lui refuser ! Il croit qu'il fléchira mon altier caractère Par l'effroi d'une armée, ou les pleurs d'une mère : Je voudrais qu'à mes pieds ma cour pleurât pour lui, Et qu'un camp plus nombreux lui pretât son appui, Pour qu'il me vit encor sans pitié, sans alarmes, Braver plus de dangers, repousser plus de larmes. Les Dieux nous ont toujours l'un contre l'autre armés. Au milieu des forfaits en même temps formés, On sait qu'avant de naître une précoce haine Fit du flanc maternel notre première arène. Pour moi, dès le berceau prompt à le défier, À nos futurs combats j'aimais à m'essayer. Il semblait que ce coeur prévit, dès notre enfance, Qu'il m'oserait un jour disputer la puissance. La puissance ! Combien mon âme en a joui ! Qui peut voir à ses pieds, sans en être ébloui, Des milliers de sujets, prodiguant leurs services, Deviner ses désirs, adorer ses caprices, D'un encens éternel enivrer son orgueil, Et briguer en tremblant la faveur d'un coup-d'oeil ? Voilà ce qu'un rival à m'enlever aspire ; Plutôt mourir cent fois que de quitter l'Empire. Me siérait-il, instruit dans l'art de gouverner, De recevoir des lois où l'on m'en vit donner ? Il entre ; son aspect redouble encor ma rage.

SCÈNE III. Jocaste, Étéocle, Polinice, en habit de général, Garges Thébains et Chefs Aargiens, dans le fond.

ÉTÉOCLE, reculant

Mon âme...

JOCASTE

Polinice !

ÉTÉOCLE

Oui.

ÉTÉOCLE

Sans doute.

ÉTÉOCLE

Je le confesse.

JOCASTE

Ta vertu.

ÉTÉOCLE

Eh ! Comment n'avez-vous pas jugé Que le trône est perdu dès qu'il est partagé (1). D'ailleurs à mes côtés, oubliant sa furie, Mettrai-je un factieux qui combat sa patrie ? Non. Rebelle à ses droits, à l'étranger soumis, Tu souillerais le trône où tu serais admis. Fuis ; cherche ailleurs le rang que ton orgueil regrette : Fuis, dis-je ; sauve-toi d'un lieu qui te rejette.

vers 774, sans les dernières représentations on a dit : Qu'un trône est trop étroit pour être partagé. Ce vers a été, dans les journaux, l'objet de quelques discussions. Je le livre, ainsi que l'autre, à la décision du lecteur. [NdE]

ÉTÉOCLE

Pars donc.

SCÈNE IV. Étéocle, Jocaste.

Elle sort.

SCÈNE V.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Antigone, Jocaste.

SCÈNE II. Jocaste, Antigone, Hémon.

HÉMON

Aucun.

HÉMON

Tous deux.

HÉMON

Vous avez vu, dans sa fureur extrême, Quel adieu Polinice à son frère a laissé. À peine vers son camp il s'était avancé, Que son ordre à l'assaut fait marcher les cohortes. Sept chefs, la hache en main, menacent nos sept portes ; Leur front brille déjà d'un espoir insultant. Un bataillon d'airain sur nos murs les attend. Mille flèches contre eux par nos bras sont lancées ; Mais c'est en vain : déjà des échelles dressées Élevant jusqu'à nous l'intrépide assaillant, Nos remaparts n'offraient plus qu'un théâtre sanglant, Lorsqu'Étéocle, ouvrant la porte Néitienne, Repousse l'Argien, et vole dans la plaine. Un corps nombreux le suit ; de surprise frappé, L'Argien par le roi craint d'être enveloppé : Il venait attaquer, il songe à se défendre. De nos remaparts soudain on le voit redescendre, Et prompt à nous montrer un front impétueux, Engager dans la plaine un choc tumultueux. La jeunesse thébaine, en nos murs enfermée, Sort, rejoint Etéocle, et grossit son armée. Dès lors nul combattant ne connaît le repos : C'est Thèbes toute entière attaquant tout Argos. L'Ismène de frayeur enfle une onde écumante ; La valeur des soldats avec leur nombre augmente ; Du choc des boucliers les échos ont frémi ; Chaque glaive a frappé, chaque armure a gémi ; La même ardeur remplit les deux partis contraires ; Tous semblent partager la haine des deux frères. On se presse, on combat sur les morts entassés, Sur les chevaux meurtris, sur les chars fracassés : Le sang succède au sang, le carnage au carnage. Cependeant Capanée, étincelant de rage, Ce roi qui pour les Dieux signala son mépris, Enfonce, en blasphémant, nos bataillons surpris. Pour arrêter ses coups, hors de nos rangs s'élance Du jeune Enomaüs l'imprudente vaillance. Déjà des deux rivaux les fers se sont croisés ; Déjà leurs casques d'or sous leurs coups sont brisés ; Quand soudain, ô prodige ! On sent trembler la terre, On entend retentir et rouler le tonnerre. Jupiter, dans leur lutte arrêtant ces héros, Contre leurs fronts dirige et lance ses carreaux ; La foudre éclate, tombe, et soudain les dévore ; Sur leurs membres fumants elle s'acharne encore, Et les fait disparaître en un gouffre de feux, Qui, mugissant trois fois, se referme sur eux. D'un prodige imprévu tout-à-coup alarmée, Recule et se disperse et l'une et l'autre armée. Mornes, pâles, n'osant détourner leurs regards, L'une fuit dans son camp, l'autre dans nos remparts. Nos temples sont remplis d'une foule tremblante. Étéocle lui-même a senti l'épouvante : Par son ordre, un héraut vers son frère a marché.

SCÉNE III. Jocaste, Antigone, Hémon, Étéocle.

SCÉNE IV.

SCÈNE V. Étéocle, Polinice.

ÉTÉOCLE

Laquelle ?

SCENE VI. OEdipe, Hémon, Polinice, Étéocle.

ÉTÉOCLE, à Polinice

Viens, il est temps !

ÉTÉOCLE

Oui.

ÉTÉOCLE, à Polinice

Tu le vois !

ÉTÉOCLE, à Polinice

Viens donc.

SCÈNE VII. Étéocle, Polinice.

ACTE V.

SCÈNE PREMIÈRE. OEdipe, Antigone.

SCÈNE II. OEdipe, Antigone, Jocaste.

SCÈNE III. OEdipe, Jocaste, Antigone, Acaste.

SCÈNE IV ET DERNIÈRE. OEdipe, Antigone, Jocaste, Acaste, Polinice, Étéocle porté sur un lit de drapeaux, son épée nue à côté de lui (1) Peuple et Soldats dans le fond.

(1) L'épée d'Étéocle ne doit se voir qu'au moment du coup. Il fant donc qu'Étéocle se place sur son lit de dra peaux la tête à la droite des spectateurs et les pieds à leur gauche, de manière que son épée, qui est à sa droite, soit cachée par son corps, et qu'il n'ait besoin, pour la saisir, que de laisser tomber son bras. Il faut aussi que, pour frapper Polinice, il se contente de présenter la pointe dont celui-ci se perce lui-même.

JOCASTE, allant en pleurs vers Étéocle

Étéocle !

ÉTÉOCLE, à part

Le sceptre !

ÉTÉOCLE, se relevant et le frappant de son épée

Traître ! Je vis, je vis encor, tombe et meurs à l'instant.

POLINICE

J'expire !

ANTIGONE

Ciel !

JOCASTE

Cruel !

1 248 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0