Comédie en prose· Comédie en deux Tableaux
Ma Fille et mon Bien
Personnages
- DESGRANGES
- HENRI
- BOYER
- MADAME DESGRANGES
- MADELEINE
- UN DOMESTIQUE
PREMIER TABLEAU
SCÈNE PREMIÈRE. Madame Desgranges, Madeleine, Henri.
Madeleine et Henri entourent Mme Desgranges, en la suppliant.
MADELEINE
Maman !
HENRI
Belle-maman !
MADELEINE
Ma petite maman !
MADAME DESGRANGES
Maman !... Belle-maman !... Mais je ne demande pas mieux que de vous marier, moi !
Les regardant.
Vous êtes si gentils tous les deux !... Regardez-moi un peu. Comme ces quatre yeux-là vont bien ensemble !...
À part.
Et quels jolis petits enfants cela me donnera !...
MADELEINE
Quoi, maman ?
MADAME DESGRANGES
Haut.
Rien ! Rien ! Je dis seulement que ce n'est pas moi qu'il faut attendrir !
À Madeleine.
C'est ton père !...
À Henri.
Ou le vôtre !... Deux entêtés qui ne veulent pas céder...
À Henri.
Voyons !... Relisez-moi la lettre de Monsieur Grandval.
HENRI, lisant
« Non ! Mon cher Henri, non ! Je ne céderai pas. Je n'ai qu'une petite fortune, il faut que tu trouves une grosse dot. Je ne donnerai mon fils qu'à une demoiselle de deux cent mille francs. »
MADAME DESGRANGES
Et Monsieur Desgranges qui a juré de son côté de ne donner que cent mille francs à Madeleine.
MADELEINE
Oh ! d'abord, si je n'épouse pas Henri, je sens que je vais tomber malade.
MADAME DESGRANGES, éperdue
Tomber malade !... Toi !... Oh bon ! Bon Dieu !... Voyons, ne te fais pas de mal... ma petite fille !
À Henri.
Mais parlez-lui donc !... Vous !
HENRI
Que voulez-vous que je lui dise, quand j'ai autant de chagrin qu'elle !...
MADAME DESGRANGES
Bon ! Voilà qu'il pleure aussi de son côté !... Voyons mes petits enfants !... Soyez raisonnables ! Vous savez bien que si cela dépendait de moi, je vous donnerais tout, que je me dépouillerais de tout !
HENRI
Vous êtes si bonne !
MADAME DESGRANGES
Trop bonne !... Mais Monsieur Desgranges ! Un commerçant retiré ! C'est différent. Et dès qu'il s'agit de sa caisse !
HENRI
Monsieur Desgranges paraît pourtant le meilleur des hommes.
MADAME DESGRANGES
Il l'est ! Même généreux... de temps en temps... quand quelque chose l'attendrit !
MADELEINE
Hé bien, attendris-le !
MADAME DESGRANGES
Il faut que l'occasion y soit...
On entend la voix de Monsieur Desgranges dans la coulisse.
Le voici..., avec un garde-vente.
À Henri.
Laissez-nous !
HENRI, câlin
Essayez !...
MADAME DESGRANGES, à Henri
Essayez de votre côté près de votre père ! Qu'il demande un peu moins, et je tâcherai que Monsieur Desgranges donne un peu plus.
MADELEINE, à Henri
Sortez par ici, pour qu'il ne vous voie pas !
HENRI
Pourquoi ?
MADELEINE
Pour que cette visite-ci ne compte pas, et que vous puissiez revenir tout à l'heure.
HENRI
Est-elle charmante ! À tout à l'heure !
Il sort à droite.
SCÈNE II. Madame Desgranges, MADELEINE, assises et travaillant.
Desgranges et Le père Boyer, venant du fond.
DESGRANGES entre, des papiers à la main
Oui ! Oui ! Que le père Boyer monte.
MADELEINE, allant à son père
Bonjour, père !
DESGRANGES, l'embrassant
Bonjour, fillette !
À sa femme et à sa fille.
Je suis à vous tout de suite, mes enfants, quelques papiers à signer pour la mairie.
BOYER, au fond
Je ne vous dérange pas, monsieur le maire.
DESGRANGES
Entrez, père Boyer ! Vous venez pour Monsieur_le_Marquis ?...
BOYER
Oui, monsieur le maire !...
DESGRANGES, à sa femme
Ma chère, je te présente un des plus braves gens de la commune, un homme qui n'avait rien à vingt ans...
BOYER
Le fait est, madame, que mon père ne m'avait laissé que ces deux bras-là, mais ils étaient bons !
DESGRANGES
Et qui a gagné tout son avoir avec son travail ; c'est le garde-vente du Marquis d'Ormoy ; le père... Je me trompe... la mère Boyer !
Garde-vente : Celui, dit aussi facteur, qu'un marchand de bois prépose à la garde et à l'exploitation des bois dont il s'est rendu adjudicataire. [L]
BOYER, riant
Monsieur Desgranges se moque toujours de moi.
MADAME DESGRANGES
La mère Boyer ! Pourquoi ce nom ?
DESGRANGES
Parbleu ! Parce qu'il aime trop son fils !
MADAME DESGRANGES, émue
Vraiment !
DESGRANGES
Bon !... Voilà ma femme qui s'attendrit déjà ! Je prétends...
Riant.
que le grand regret de Boyer, c'est de n'avoir pas pu nourrir son fils !...
BOYER, riant
Oh ! Monsieur le maire !
DESGRANGES, se mettant à table
Allons ! Donnez-moi vos procès-verbaux.
Tout en écrivant, à Boyer.
Votre affaire avec le rebouteur est-elle arrangée ?
Rebouteur : Renoueur ; Celui, celle qui, sans autre instruction que l'empirisme, remet les luxations, les fractures et les entorses. [L]
BOYER
Oui, Monsieur le maire !
DESGRANGES
Il vous a payé les trente francs qu'il vous devait ?
BOYER
Payé ! Oh ! Par exemple ! Le rebouteur ne paye jamais ! Je n'en aurais jamais eu un sou !... Mais heureusement pour moi, j'ai attrapé un bon tour de reins ; alors, je me suis fait soigner par lui, et je suis rentré dans mon argent.
MADAME DESGRANGES, riant
Ah ! Ce mode de remboursement !...
MADELEINE
Quel âge avez-vous, père Boyer ?
BOYER
Douze ans, mam'selle !
MADELEINE
Douze ans !
DESGRANGES, tout en écrivant et riant
Il veut dire soixante-douze ans.
BOYER
Oui, mam'selle ! C'est qu'à partir de soixante ans on recommence.
MADELEINE
Asseyez-vous donc ! Vous devez être fatigué !
BOYER
Fatigué !... Est-ce que mam'selle me prend pour un conscrit ?
DESGRANGES, à part
Un père conscrit !
Se levant et lui remettant les papiers.
Voilà qui est fait !... Mes respects à Monsieur_le_Marquis !... Et bien des choses à votre belle-fille et à votre fils ! Vous en êtes toujours content ?
BOYER
Oh ! Brave garçon !... Et ouvrier ! Pas tant que moi !... Mais j'ai assez travaillé pour qu'il se repose un peu.
MADAME DESGRANGES
C'est étonnant comme cet homme-là me va !
DESGRANGES
Et lui ! Il vous aime beaucoup, j'espère !
BOYER
Oh ! Je crois bien !... Pas tant que moi !... C'est tout simple ! L'amitié ça ne remonte jamais si fort que ça descend.
DESGRANGES
Il me semble pourtant qu'après ce qu'il vous doit... En le mariant, vous lui avez donné tout votre bien ! Même votre maison.
BOYER
J'ai gardé la chambre d'honneur.
DESGRANGES
Oui ! Mais vous n'êtes plus chez vous !
BOYER
Si ! Puisque je suis chez lui !
MADAME DESGRANGES
Oh ! Voilà un vrai mot de père !
À sa fille.
Je tiens le joint !
DESGRANGES
Allons ! Adieu, père Boyer...
BOYER
Monsieur le maire !... Madame...
Il sort.
SCÈNE III. Les mêmes, moins Boyer.
MADAME DESGRANGES, bas à sa fille
Je commence l'attaque.
Allant à son mari.
Mon ami !
DESGRANGES
Ma femme !
MADAME DESGRANGES
Est-ce qu'il ne te semble pas que c'est la Providence qui t'a envoyé ce brave homme ?
DESGRANGES
La Providence ! Pourquoi ?
MADAME DESGRANGES
Ne l'entends-tu pas qui te dit...
DESGRANGES
La Providence ?...
MADAME DESGRANGES
Oui !
DESGRANGES
Hé bien, qu'est-ce qu'elle me dit ?
MADAME DESGRANGES
Desgranges, te laisseras-tu vaincre en amour paternel par ce paysan ? Desgranges...
DESGRANGES, l'interrompant
Desgranges, donne deux cent mille francs de dot à ta fille !
MADAME DESGRANGES
Hé bien, oui, mon ami !
DESGRANGES
Hé bien, non, ma femme !
MADAME DESGRANGES
Mais...
DESGRANGES
Tu me connais ! Tu sais que quand j'ai dit non, c'est non. N'insiste pas !
MADAME DESGRANGES
Monsieur Desgranges ! Veux-tu savoir toute ma pensée ? Tu n'as ni coeur ni entrailles !
DESGRANGES
C'est convenu, ma femme.
MADAME DESGRANGES
Tu n'es pas un père, tu es un...
DESGRANGES
Un bourreau !
Déclamant.
Bourreau de votre fille, il ne vous reste, enfin, Que d'en faire à sa mère un horrible festin !Iphigénie, acte 3e. [NdA] vers 1251-1252.
MADAME DESGRANGES
Monsieur Desgranges !
DESGRANGES
Madame Desgranges !
MADAME DESGRANGES
Sais-tu bien, monsieur Desgranges, qu'avec ton flegme ironique, tu finiras par me mettre hors de moi, par me faire sortir de mon caractère !
DESGRANGES, à mi-voix
Pourvu que tu n'y rentres pas, ma femme !
MADAME DESGRANGES
Ah ! C'est trop fort !
MADELEINE, se levant
Assez, ma mère ! Assez ! Je ne veux pas être cause que mon père et toi vous vous parliez ainsi.
Commençant à pleurer.
Et puisqu'il ne croit pas devoir faire ce que nous lui demandons, puisqu'il nous refuse ce que nous désirons tant, ce qui ferait notre bonheur à Henri et à moi...
MADAME DESGRANGES
Elle pleure ! Ô ma fille ! Ma petite fille ! Et cela ne t'émeut pas, monstre ! Tu peux voir ses larmes, tu peux l'entendre dire avec sa voix si douce que cela ferait son bonheur... et rester inflexible !
DESGRANGES
Que veux-tu, ma chère ! Quand je vois une femme pleurer, je me méfie toujours.
MADAME DESGRANGES
Comment ?
DESGRANGES
Ce n'est pas ma faute, je me souviens. Au début de notre mariage, tu as si souvent pleuré quand tu voulais obtenir quelque chose de moi, que les larmes des femmes me font toujours l'effet d'un placement.
MADELEINE
Ô mon père ! Mon père ! Comment peux-tu douter de mon chagrin ! Tu ne crois donc pas que j'aime Henri ?
DESGRANGES
Si vraiment !
MADELEINE
Henri est bon et spirituel ; tu dis toi-même qu'il a un bel avenir comme architecte.
DESGRANGES
C'est vrai !
MADELEINE
Son père, Monsieur Grandval, est un homme...
DESGRANGES
Des plus honorables.
MADELEINE
Eh bien, alors...
MADAME DESGRANGES
Oui, eh bien, alors...
DESGRANGES
Eh bien, alors, qu'elle l'épouse ! Je lui donne mon consentement, et avec mon consentement cent mille francs de dot ; mais deux cent mille comme le demande Monsieur Grandval, non !
MADAME DESGRANGES
Pourquoi ?
DESGRANGES
Pourquoi est charmant ! Parce que je ne suis pas assez riche pour donner deux cent mille francs à ma fille sans me gêner.
MADAME DESGRANGES
Il t'en restera toujours assez !
DESGRANGES
Assez, c'est trop peu !
MADAME DESGRANGES
À ton âge on n'a plus de besoins.
DESGRANGES
Au contraire ! Chaque année de plus amène un besoin de plus. Il n'y a pas une infirmité qui ne soit une dépense. Ma vue baisse, il me faut des lunettes ; mes jambes faiblissent, il me faut une voiture ; mes cheveux tombent, il me faut un toupet. Et les caoutchoucs ! Et la flanelle ! Mais j'en ai pour cent francs par an, rien qu'en flanelle !
MADAME DESGRANGES
Mais...
DESGRANGES
Non, non ! Que la jeunesse soit pauvre, c'est juste ! C'est son lot ! Est-ce quelle a besoin de quelque chose ? Qu'importe le bon souper et le bon gîte quand on a le reste ? Mais la vieillesse...
MADAME DESGRANGES, avec amabilité
Tu n'es pas vieux.
DESGRANGES
Oh ! Oh ! Si tu me dis des choses agréables, cela devient grave !
MADAME DESGRANGES, avec câlinerie
Voyons, voyons, raisonnons... De quoi s'agit-il après tout ? De quelques réductions légères dans notre train de vie ; d'avoir, par exemple, un domestique de moins.
DESGRANGES
Précisément !
MADAME DESGRANGES
Eh bien, tant mieux !
DESGRANGES
Tant pis ! Je suis paresseux ; j'aime à être servi.
MADAME DESGRANGES
Et tu t'allourdis ! Tu engraisses ! Tandis que, si tu te servais un peu toi-même, tu resterais actif, jeune...
DESGRANGES
Je n'y tiens pas !
MADAME DESGRANGES
Mais moi, j'y tiens, dans ton intérêt ! C'est comme pour notre table ; nous retrancherons, je suppose, un plat à notre dîner...
DESGRANGES
Du tout ! C'est ce que je ne veux pas, je suis gourmand !
MADELEINE
Père, c'est un péché.
DESGRANGES
Soit ! Mais un péché très agréable, et il m'en reste si peu de cette espèce-là ! Ma chère gourmandise ! Mais je n'entends jamais approcher l'heure du dîner sans voir flotter devant mes yeux comme un rêve... le menu ! Ah ! Ça, me dis-je, quel joli plat de douceur ma femme m'aura6t-elle imaginé pour aujourd'hui !... Car je te rends justice là-dessus... Tu as beaucoup d'imagination pour les entremets sucrés !
MADAME DESGRANGES, plus doucement et flattée
Oui ! Oui ! Mais qu'arrive-t-il ? Que tu manges trop ! Tu te fais mal ! Tu deviens tout rouge ! Le médecin l'a dit, cela te jouera un mauvais tour, tandis qu'avec un ordinaire modeste... en devenant sobre...
DESGRANGES
Oh ! Sobre. Quel mot fade !
MADAME DESGRANGES
Tu resteras frais... calme... la tête libre... Tu deviendras même meilleur !
DESGRANGES
Oui ! Oui ! Mens sana in corpore sano.
MADAME DESGRANGES, voyant que son mari faiblit
Voyons !... Je te connais ! Tu as le coeur excellent !... Toutes ces petites privations-là seront des bonheurs pour toi ? Réponds ! Est-ce que tu ne seras pas trop heureux de te saigner pour ta fille ?
DESGRANGES
Oui ! Oui ! Je sais ! Le pélican ! Mais il paraît que ce n'est pas vrai !
SCÈNE IV. Les mêmes, Henri.
MADELEINE l'apercevant, courant à lui et le prenant par la main
Venez, Monsieur Henri, venez ! Joignez-vous à nous ! Mon père commence à se laisser toucher- !
DESGRANGES
Moi ?
HENRI, ému
Oh ! Monsieur ! Monsieur !
DESGRANGES, se tournant tout d'un coup vers Henri
Parbleu ! Vous faites bien d'arriver. Cela me rend à moi-même. Ah ! Ça, vous n'avez donc pas de coeur, vous ! Comment, vous êtes aimé d'une jolie fille comme elle, bonne, instruite, affectueuse, et vous ne voulez pas l'épouser si elle n'a que cent mille francs de dot !
MADELEINE
Mais, mon père...
DESGRANGES
Il te marchande !... Mais moi, moi, quand j'ai épousé ta mère, elle valait cinquante mille fois moins que toi !
MADAME DESGRANGES, se récriant
Comment ?
DESGRANGES
Je veux dire qu'elle avait cinquante_mille_francs de moins que toi, et pourtant je n'ai pas hésité.
HENRI, vivement
Je n'hésite pas non plus !
MADAME DESGRANGES
C'est son père qui refuse, mon ami !
MADELEINE
Oui, c'est son père ! Mais lui, il ne tient pas du tout à ta fortune ! Il m'a répété vingt fois qu'il me prendrait sans dot ! Qu'il aimerait même mieux que je n'eusse rien.
HENRI
C'est vrai !
DESGRANGES
Oui ! Oui !... On dit cela !... Je l'ai dit aussi... Moi... Mais en dedans...
MADAME DESGRANGES, vivement
Comment ! Ce n'était donc pas vrai ?
DESGRANGES
Ce qui est vrai, c'est que je trouve stupide cette maxime que les pères doivent s'immoler pour leurs enfants !
MADELEINE
S'immoler ! Est-ce que je le voudrais ? Est-ce que nous le voudrions ? Est-ce que cet argent ne resterait pas à toi ?
DESGRANGES
Ta ta ta ! L'argent ne peut pas être dans deux endroits à la fois ! Si je vous le donne, je le perds, et si je ne vous le donne pas, je le garde ! C'est clair comme le jour.
MADELEINE
Mais, père...
DESGRANGES
Mes idées sont faites là-dessus. Un père doit être plus riche que ses enfants. Un père ne doit jamais se mettre dans la dépendance de ses enfants, et cela pour les enfants mêmes, afin de ne pas les rendre ingrats.
MADELEINE, se récriant
Oh ! Père ! Oses-tu dire ?...
DESGRANGES
Ton bon petit coeur se révolte à ce mot.
MADELEINE
Oh ! Oui ! Tu m'as fait bien mal !
DESGRANGES
Je le crois ! Je crois à la sincérité de ton indignation, mais...
HENRI
Mais, pour qui nous prenez-vous donc, Monsieur ?
DESGRANGES
Pour des enfants pleins de coeur ! De bons sentiments ! Et c'est pour cela que je ne veux point vous gâter ! Avez-vous entendu parler d'une pièce de théâtre nommée le Roi Lear ?
HENRI
De Shakespeare ?
DESGRANGES
Juste ! Eh bien, savez-vous ce que c'est que son roi Lear ? Un vieil imbécile qui n'a eu que le sort qu'il méritait !... Et quant à Mesdames ses filles... Shakespeare, tout Shakespeare qu'il est, a fait une grosse faute, c'est de les peindre méchantes dès le début. Ce qu'il fallait, c'était de les montrer corrompues par la prodigalité insensée de leur père, conduites à l'ingratitude par le bienfait... Voilà la vérité ! Car enfin, supprimez le bienfait, il n'y a plus d'ingratitude. Or, comme j'ai autant de sollicitude pour votre perfection que ma femme en a pour mon perfectionnement, je refuse net de me dépouiller pour vous, de peur de vous exposer à la tentation...
MADAME DESGRANGES
Mais...
DESGRANGES
Pas de mais ! C'est résolu... Henri, allez trouver votre père et essayez de le faire renoncer à sa prétention ! Que diable ! Il est plus facile de ne pas demander cent mille francs que de les donner !
MADELEINE
Mais, s'il ne réussit pas à convaincre son père ?
DESGRANGES
C'est qu'il ne t'aimera pas assez ! Auquel cas je ne le regretterai pas !...
MADAME DESGRANGES
Monstre ! Bourreau ! Égoïste ! Matérialiste !
DESGRANGES
Va ! Va !...
MADELEINE
Adieu, Monsieur Henri.
HENRI, vivement
Non, Mademoiselle, au revoir ! Votre père a raison ! Je ne serais pas digne de vous si je ne vous conquérais pas.
DESGRANGES
À la bonne heure, jeune homme ! Voilà un mot qui vous rend mon estime ! Je ne vous donnerai pas un sou de plus pour cela, mais je vous estime ! Partez et revenez !
HENRI, s'élançant au dehors
À tout à l'heure ! Les deux femmes l'accompagnent jusqu'à la porte :
Desgranges s'asseoit en riant, La toile tombe.
DEUXIEME TABLEAU.
Chez M. Desgranges. — Une véranda donnant sur un jardin. Table, meubles, un petit secrétaire à droite.
SCÈNE PREMIÈRE. Desgranges, Madame Desgranges, Madeleine, Henri.
Ce tableau, quoique ; séparé de l'autre par une distance de trois ans, doit se jouer dans le même décor, et avec un très léger changement de costume, pour que l'entr'acte soit très court. [NdA]
Madame Desgranges et Madeleine travaillent, Henri dessine.
DESGRANGES
Quel beau soleil ! Un 15 novembre !
HENRI, déclamant
C'est un jour de printemps égaré dans l'automne.
DESGRANGES
Toujours artiste, mon gendre !
HENRI
C'est mon état, cher beau-père !
DESGRANGES
Ah ! Ça, ma femme, parlons de choses sérieuses ! Tu nous feras servir le dîner ici, dans cette veranda !
MADAME DESGRANGES
Mais, mon ami !...
DESGRANGES
J'ai besoin de la salle à manger !
À Henri.
Mon gendre, allez-vous à Paris aujourd'hui ?
HENRI
Peut-être !
DESGRANGES
Ayez soin de revenir de bonne heure, j'ai besoin de vous !
HENRI
Toujours à vos ordres, cher beau-père !
MADELEINE
Ah ! Çà, papa, qu'est-ce que tu as ? Je te trouve un air mystérieux, triomphant...
DESGRANGES
Ajoute rayonnant !... Fillette, combien y a-t-il de temps que vous êtes mariés ?
MADELEINE
Après-demain trois ans.
MADAME DESGRANGES
Trois ans bien employés ! Deux baptêmes dans ces trois ans !
DESGRANGES
Hé bien, moi, mes enfants... Il y a vingt-cinq ans aujourd'hui que j'ai épousé votre mère ! Aussi, ma femme, toutes voiles dehors pour ce beau jour. Un dîner, comme si j'étais gourmand ! Ce soir danse et musique !... J'ai invité tous mes amis de Montgeron, et même de Paris ! Fillette, tu trouveras sur ton lit une jolie toilette toute neuve que j'ai fait faire chez ta couturière !
MADELEINE
Merci, père.
MADAME DESGRANGES
Et moi !
DESGRANGES
J'ai fait remonter à neuf pour toi, et cela ne servira pas qu'à toi, tous les diamants de ma mère ! Tiens ! Regarde !
Il lui montre l'écrin.
HENRI
Oh ! Ils sont admirables !
DESGRANGES
Je le crois bien ! Sais-tu qu'ils ont beaucoup de prix ! Notre voisin, le marquis d'Ormoy, qui est un amateur et un connaisseur, m'en a offert ce matin vingt-cinq mille francs comptant, si je voulais les lui vendre pour sa belle-fille.
MADAME DESGRANGES
Vingt-cinq mille francs !
DESGRANGES
Oh ! Il y tenait absolument ! Je suis sûr que, si je les lui envoyais maintenant, il m'en donnerait trente mille ! Mais il pourrait bien m'en offrir trois fois autant, il ne les aurait pas ! Car ils me représentent, ces diamants, ce que j'ai le plus aimé au monde, ma pauvre mère, qui me les a donnés pour toi, toi qui les a portés pour elle et pour moi, ta fille qui les portera pour nous trois !... Hé bien !... Voilà que je m'attendris... Maintenant !... Comme je n'y suis pas habitué, ça me dérange !... Va serrer tes diamants
Madame Desgranges va serrer les diamants.
, et moi je vais prendre un peu l'air.
Appelant.
Jean !
Jean paraît.
Mon cache-nez !...
JEAN, cherchant
Je l'ai vu là ce matin, sur ce meuble, Monsieur.
DESGRANGES, le cherchant
Il n'y est plus !...
Riant.
Ah !... Je devine !... Je sais où il est !
HENRI
Et où est-il donc ?
DESGRANGES
Chez vous !... Sur le berceau de monsieur votre fils ! Ou bien au cou de votre fille !
MADELEINE
Comment ?
DESGRANGES, montrant sa femme en riant
C'est elle qui me l'a pris ! Elle me prend tout pour vous !... Dès que quelque chose lui convient, elle le porte là-haut, dans votre nid,... comme la Gazza ladra !... Madame Desgranges ou la Pie voleuse, par amour maternel ! Ah ! Ah ! C'est admirable !
La Pie Voleuse est un opéra de Rossini.
MADAME DESGRANGES
Mais, mon ami !
DESGRANGES
Garde-le ! Je le leur donne !...
S'en allant en riant.
Grand'mère ! Pourquoi avez-vous de si grands bras ?... C'est pour mieux dépouiller mon mari... mon enfant ! Ha ! ha ! ha !
Il sort.
Allusion au conte de Perrault "La petit Chaperon rouge".
SCÈNE II. Madame Desgranges, Madeleine, Henri.
HENRI
Ah ! Le brave homme !
MADELEINE
Et comme il est de bonne humeur, ce matin ! Il me semble que ce serait le moment de lui faire notre grande demande.
HENRI
Au fait ?...
MADAME DESGRANGES
Quelle demande ?
HENRI
Belle-maman ! Nous voudrions obtenir de Monsieur Desgranges un vote de confiance.
MADELEINE
Oui ! Le vote de quelques centimes additionnels.
MADAME DESGRANGES
Comment !... Votre budget...
HENRI
Manque d'équilibre. Nous avons jeté hier la sonde dans notre caisse, les eaux sont d'un bas... d'un bas !...
MADAME DESGRANGES
Mais nous ne sommes qu'au quinze novembre, au premier tiers du trimestre.
HENRI
Hé bien, oui !... Les premiers tiers des trimestres sont terribles... Il est vrai que les derniers le sont encore plus !
MADAME DESGRANGES, à Madeleine
Mais tu as reçu les intérêts de ta dot !...
À Henri.
Vous, la pension de votre père...
MADELEINE
Il a fallu payer le propriétaire, le tailleur...
HENRI
Et la couturière...
MADELEINE
Tu sais cette jolie toilette bleue...
HENRI
Qui lui va si bien...
MADAME DESGRANGES, avec enthousiasme
Le fait est qu'elle était jolie avec cette petite robe !
HENRI
C'est pour vous que je l'ai achetée, belle-maman ! Vous m'avez confié votre ouvrage, je tâche de le faire valoir... Est-ce que j'ai eu tort ?
MADAME DESGRANGES
Je ne dis pas... Passe pour la toilette,... d'autant plus que comme c'est pour moi que vous l'avez achetée, il est juste que je la paye !... Mais cela ne m'explique pas comment vos deux pensions réunies...
MADELEINE
Et les enfants !... Tu as voulu absolument un petit garçon et une petite fille !... Dame ! Ça coûte !... Est-ce que tu aimerais mieux ne pas les avoir ?...
MADAME DESGRANGES
Par exemple !...
HENRI
Est-ce que vous voudriez que nous fissions des économies sur eux.., sur les soins qu'il leur faut ?...
MADAME DESGRANGES, avec explosion
J'aimerais mieux vendre jusqu'à'ma dernière chemise !
MADELEINE
Tu vois bien !
MADAME DESGRANGES
Hé bien, je ne dis pas... Passe pour les enfants !... Mais, mon ami, outre votre dot vous avez un état, et avec votre talent, car enfin vous avez du talent...
HENRI
Oh ! Un talent énorme... mais c'est ce que nous appelons un talent d'avenir. Voyez-vous, belle-maman, les jeunes architectes sont les plus malheureux des artistes ! Un po7te a beau être pauvre, il trouve toujours une plume pour écrire ses vers ; un musicien, une feuille de papier réglé pour écrire ses notes ; un peintre, un pinceau et un bout de toile pour y jeter ses idées de tableau ; mais des pierres de taille ! des pierres meulières ! et un terrain propre à la bâtisse ! On n'a pas ça sous la main !... On ne bâtit pas des maisons à volonté ! Nos seuls clients sont de petits propriétaires qui ont quelque lézarde à reboucher, quelque fenêtre à percer, quelque mur à réparer, et qui prennent un petit architecte, comme on prend un petit médecin pour les indispositions.
MADELEINE
L'espoir de le payer moins cher ...
HENRI
Nous occupons dans l'architecture la même place que le Grégoire de la Fontaine dans le noble art de la chaussure, nous ne faisons pas de maisons, nous les ressemblons ; nous avons un art, et pas de matériaux pour l'exercer ! Notre profession est de construire, et nous n'avons pas de constructions à faire ! Imaginez-vous des castors en disponibilité !
MADELEINE
Bravo ! Tu aurais dû te faire avocat !
À Madame Desgranges.
Oh ? Ce sont des raisons cela !
MADAME DESGRANGES
Je ne dis pas... mais... pourtant votre plan pour l'hôtel de ville vous a valu une médaille de mille cinq cent francs.
HENRI
Et les devis, les coupes, les métrages, m'en ont coûté plus de deux mille... Tous mes gains de l'année y ont passés, de façon que la seule construction que j'aie faite... une construction sur papier, m'a emporté le bénéfice de tous mes travaux de réparation ; j'ai dépensé en poésie l'argent que j'avais gagné en prose !
MADAME DESGRANGES
Pauvre garçon !
MADELEINE
Ah ! Tu le plains ! Tu le plains !
MADAME DESGRANGES
Je le plains ! Je le plains !... Qu'est-ce que cela prouve ? Que je suis trop bonne !... Car enfin, voyons, mes petits enfants... raisonnons ! Certainement vous ne m'accuserez pas d'être trop sévère.
HENRI
Sévère ! Oui !... Mais trop ?... Non !
MADAME DESGRANGES
Hé bien, comment vous justifierez-vous de votre voyage en Auvergne cet été ?... Une telle fantaisie... !
HENRI
Une fantaisie !... Notre voyage en Auvergne, une fantaisie !... Mais, belle-maman, c'était le plus sacré des devoirs.
MADAME DESGRANGES
Oh ! Par exemple !... C'est trop fort !
HENRI
Écoutez-moi donc !
MADELEINE
Mais oui !... Écoute-le !
MADAME DESGRANGES
Soit ! J'écoute !
HENRI
Vous ne savez donc pas, belle-maman, que dans l'Auvergne, il y a la ville d'Issoire, que dans Issoire se trouve le plus beau spécimen d'église romane, et qu'an architecte qui n'a pas vu Issoire, n'est pas un architecte !
MADAME DESGRANGES
Mais...
HENRI
Je sais ce que vous allez me dire, que d'Auvergne nous sommes descendus à Lyon, que de Lyon nous avons été à Genève,... et que de Genève nous avons passé jusqu'à Venise... Mais cela, belle-maman, ce n'est pas notre faute, c'est la faute des prix réduits.
MADAME DESGRANGES
Qu'est-ce qu'il va encore me conter ?
HENRI
Je vous le demande !... Connaissez-vous rien de pareil à ces grandes affiches qui s'étalent sur toutes les murailles et portent en grosses lettres rouges ces mots cabalistiques : « Prix réduits ! Parcours d'un mois dans le nord de l'Italie, avec séjour dans les principales villes... Cent cinquante francs ! » Cent cinquante francs !... Mais c'est immoral comme une boutique de changeur !... Cent cinquante francs !... Comment voulez-vous qu'on résiste à la tentation ? Surtout quand, comme moi, on se sent destiné à gagner un jour cent mille francs par an ! Car je les gagnerai !... J'en suis sûr !... Seulement à quelle époque ?... Voilà la question ! Et comme en attendant j'ai déjà le caractère d'un millionnaire, tandis que j'ai encore la bourse d'un homme qui gagne sept à huit cents francs par an, il en résulte que dame ! cela fait un écart !
MADAME DESGRANGES, en riant
Ah ! Le fou !
MADELEINE
Tu as ri ! Tu as ri ! Nous sommes sauvés !
MADAME DESGRANGES
Sauvés ? Sous quel prétexte demanderai-je à ton père un supplément de pension ?
MADELEINE
À cause de l'anniversaire d'aujourd'hui !
MADAME DESGRANGES
Il t'a déjà donné une robe !... Il m'a fait remonter mes diamants ! Si je lui fais un appel de fonds, il me répondra un latin... Un latin que je connais... non bis in idem.
HENRI
Ce n'est qu'une avance de quelques mois que je lui demande : je suis intéressé dans une entreprise admirable, où j'aurai les plus beaux travaux comme architecte.
MADAME DESGRANGES
Enfin, nous verrons !
SCÈNE III. Les mêmes, Le Domestique.
LE DOMESTIQUE
Une lettre pour monsieur.
HENRI
Donnez.
Il prend la lettre, le domestique sort. Lisant avec un cri de joie.
Victoire !
MADELEINE
Ton entreprise !
HENRI
Bien mieux que cela !
MADELEINE et MADAME DESGRANGES
Quoi donc ?
HENRI
Un coup du ciel ! Un miracle ! Oh ! La belle chose que la conscience !
MADELEINE
Mais explique-nous donc !
MADAME DESGRANGES
De qui est cette lettre ?
HENRI
Du curé de Saint-Eustache !
MADELEINE
Le curé de Saint-Eustache ! Que te veut-il ?
HENRI
Écoutez !
Lisant.
« Monsieur, un repentant, un mourant, m'a restitué hier pour vous... »
MADELEINE
Une restitution !
HENRI, continuant
« M'a restitué hier pour vous, avant de mourir, une somme qu'il avait détournée au préjudice de votre famille. Je la tiens à votre disposition, et j'espère qu'en venant la chercher, vous m'apporterez le pardon du coupable. »
HENRI
Si je lui pardonnerai !... Je lui pardonne déjà !
MADELEINE
Et celui qui t'écrit cette lettre ?
HENRI
Est le curé de Saint-Eustache. Vois !
MADAME DESGRANGES
Mais qui peut être cet honnête homme de voleur, dont le repentir... ?
HENRI, comme frappé
Ah ! Je le devine... Un de mes oncles, dont je suis l'héritier, avait un caissier qui lui a emporté quinize mille francs, c'est cela !
MADELEINE, avec un cri de joie
Quinze mille francs !
HENRI
Qu'est-ce que nous allons faire de cet argent-là ?... D'abord, belle-maman, je vous donne une belle fourrure, vous en avez toujours eu envie.
MADAME DESGRANGES
Mais...
HENRI
Pas de mais... c'est résolu !
À sa femme.
Et toi, qu'est-ce que tu veux ?... Et la petite, qu'est-ce que nous allons lui donner ? Moi, je me paie un Corot !
MADAME DESGRANGES
Mais... mon ami... mon ami !
HENRI
Ah ! Dame !... Belle-maman, si on ne fait pas de folies le jour d'une aubaine pareille, quand en fera-t-on ?
MADELEINE
Oui ! Mais auparavant il faut aller les chercher, ces quinze mille francs !
HENRI
Je pars !...
À Madeleine.
Si tu venais avec moi, nous irions dîner au café Anglais et de là au spectacle !
MADELEINE
Et les enfants !
MADAME DESGRANGES
Je les garderai ! Je coucherai dans leur chambre !...
MADELEINE
Mais ils t'empêcheront de dormir !
MADAME DESGRANGES
Tant mieux ! Je penserai que vous vous amusez. Allez !
MADELEINE, l'embrassant
Ah ! Que tu es bonne !
HENRI, à Madeleine
Va mettre ton chapeau !...
Avec un cri.
Diable ! Et le dîner du beau-père !
MADELEINE
C'est juste !
HENRI
Allons ! Je pars seul ! C'est dommage ! Enfin donne-moi la lettre, que je voie l'adresse de ce brave curé !
Parcourant la lettre.
Où diable l'a-t-il mise ?... Au revers sans doute !
Il retourne la page en éclatant de rire.
Ha ! ha !... C'est impayable !... C'est à mourir de rire !...
MADELEINE
Quoi donc ?
HENRI, riant toujours
Le post-scriptum ! Le post-scriptum !
MADAME DESGRANGES
Qu'est-ce qu'il dit ce post-scriptum ?
HENRI, lisant
« J'apprends que vous êtes à la campagne ; si vous ne pouvez venir, indiquez-moi quelqu'un de sûr, et je lui remettrai les soixante francs. »
MADELEINE, consternée
Soixante francs !
MADAME DESGRANGES
C'est une mystification !
HENRI, riant
Ah ! Elle est bien bonne !
MADELEINE
Comment as-tu le coeur de rire ?
HENRI
Ah ! J'en rirai longtemps !... Avons-nous été assez bêtes !... Comme si je ne savais pas que les remords des mourants ne vont jamais au delà de cent francs !...
SCÈNE IV. Les mêmes, Le Domestique, entrant, une carte à la main.
LE DOMESTIQUE
Un monsieur qui arrive de Paris et qui demande à parler à monsieur.
HENRI, lisant la carte
C'est de la part de notre Société immobilière !
MADAME DESGRANGES
Voici mon mari, laissez-nous.
HENRI
Belle-maman, voilà l'instant de faire valoir mes travaux futurs. Dites bien à Monsieur Desgranges que ce n'est qu'une avance que je demande,... que je vais avoir des travaux superbes.
MADAME DESGRANGES
Allez ! Allez !
Henri et Madeleine sortent.
SCÈNE V. Madame Desgranges, puis Desgranges.
DESGRANGES, à la cantonade
Apercevant sa femme.
Ah ! Je te cherchais !
MADAME DESGRANGES
Et moi aussi !
DESGRANGES
Quel air grave...
MADAME DESGRANGES
C'est qu'il s'agit d'une chose grave... Mon ami, je t'en supplie, au nom de nos vingt-cinq ans de bonheur, accorde un supplément de dot à nos enfants.
DESGRANGES
Je m'en garderai bien, je m'applaudis trop du parti que j'ai pris !... Mon système est trop bon pour que j'en change.
MADAME DESGRANGES
Comment ! As-tu le coeur de les voir et de les laisser aussi gênés ?
DESGRANGES
Ils sont gênés ?
MADAME DESGRANGES
Affreusement, mon ami.
DESGRANGES
Tant mieux ! Mon gendre se donnera plus de mal pour acquérir sa clientèle.
MADAME DESGRANGES
Mais elle ne vient pas cette clientèle !
DESGRANGES
Raison de plus pour tout faire afin qu'elle vienne.
MADAME DESGRANGES
Ils ont des charges de plus !
DESGRANGES
Tu veux dire des bonheurs de plus !
Madame Desgranges lève les bras au ciel.
Voyons, ma femme ! Pas d'exclamations et raisonnons ! Supposons qu'il y a trois ans, j'aie donné à ma fille cent mille francs de plus, comme tu le voulais, que serait-il arrivé ?
MADAME DESGRANGES, avec un mélange d'indignation et d'attendrissement
Il serait arrivé qu'au lieu de vivre de privations comme ils ont été obligés de le faire depuis trois ans, au lieu de se tout refuser...
DESGRANGES
Permettez ! Ma femme, permettez ! Il me semble...
MADAME DESGRANGES
Il te semble ?... Eh bien, veux-tu que je te dise ? Quand je vais chez eux à l'heure du dîner, que je vois leur pauvre petit couvert si modeste... un seul plat de viande, un seul plat de légumes, et pas d'entremets sucrés, les pauvres chéris ! Et qu'en revenant chez nous, je te trouve, toi, attablé jusqu'au menton, avec de bonnes poulardes rôties, de bons perdreaux bardés... car il te les faut bardés maintenant.
DESGRANGES
Que veux-tu, ma chère ! En vieillissant...
MADAME DESGRANGES
Eh bien, cela me fait mal ! Je me reproche tous les bons morceaux que je mange.
DESGRANGES
Pas moi !
MADAME DESGRANGES
Je nous trouve révoltants...
DESGRANGES
Ma femme !... Ma femme !... Du calme ! Et revenons à la question, car tu t'en es complètement écartée. Suis bien mon raisonnement, si tu peux. Nous sommes aujourd'hui le 15 novembre ; notre fille, notre gendre, leurs deux enfants, leurs deux domestiques sont ici dans, notre maison de campagne depuis le 13 août, soit trois mois deux jours ; et ils comptent y rester, eux, leurs enfants et leurs domestiques, jusqu'au moment de notre départ, soit le 20 décembre...
MADAME DESGRANGES
Eh bien ! Est-ce que tu veux leur reprocher leur séjour ici maintenant ? Est-ce que tu vas te plaindre de ce que leur présence te coûte ? Est-ce que tu aurais l'intention de les exiler de chez toi... de chez moi ?... Oh ! Mais un instant, halte-là !
DESGRANGES
Ma femme !
MADAME DESGRANGES
Me priver de la vue de mes enfants ! Mais c'est ma seule consolation ici-bas !
DESGRANGES
Merci !
MADAME DESGRANGES
C'est que je te connais ! Tu es capable de trouver que les enfants font trop de bruit ! Pauvres amours !... dont les petites voix sont si douces, dont les petits pas sont si mignons !
DESGRANGES, avec impatience
Mais qu'est-ce qui te dit le contraire ? Laisse-moi donc parler, et encore une fois suis mon raisonnement. Pourquoi notre fille et notre gendre sont-ils restés avec nous trois mois et d'eux jours, et pourquoi y resteront-ils jusqu'au 20 décembre ?
MADAME DESGRANGES
Belle question ! Parce qu'ils nous aiment !... Parce qu'ils se plaisent avec nous !... Parce qu'ils savent nous faire plaisir... Parce qu'ils sont affectueux, sensibles...
DESGRANGES, riant
Enfin,tout le contraire de moi, n'est-ce pas ?...
Allant à sa femme.
Tiens, viens que je t'embrasse. Je t'adore, toi, parce que tu as toujours douze ans.
MADAME DESGRANGES
Comment ! Douze ans !
DESGRANGES
Je veux dire parce que tu es et seras toujours la bonne créature, naïve, confiante, crédule, que j'ai épousée avec tant de plaisir !
MADAME DESGRANGES, un peu offensée
Comment naïve, crédule ! Est-ce que tu prétendrais que nos enfants ne sont pas...
DESGRANGES
Si ! Ma femme... Ils sont tout cela et plus encore ! Mais t'imagines-tu que ta fille, avec sa jolie figure, qu'elle a plaisir à montrer parce que l'on a plaisir à la voir ; que ton gendre, avec ses goûts d'artiste et son imagination, laisseraient là Paris et ses premiers plaisirs d'hiver ; bien plus, qu'il y irait, lui, pour ses affaires tous les matins et en reviendrait tous les soirs, le tout pour l'unique bonheur de faire une partie de piquet avec un père qu[i] commence à être un peu sourd et une mère qui gagnerait à être un peu muette ?
MADAME DESGRANGES
Mais que supposes-tu donc ? Quel motif donnes-tu à leur séjour prolongé chez nous ?
DESGRANGES, en riant
Ma chère, te rappelles-tu que quand tu étais jeune et que tu avais de fort beaux cheveux, tu étais enchantée d'aller à la campagne pour laisser reposer ta raie !... Eh bien, nos enfants sont enchantés de rester ici pour laisser reposer leur bourse.
MADAME DESGRANGES
Ah !... Malheureux, peux-tu supposer...
DESGRANGES
Je ne leur en veux pas ! Je ne les accuse ni d'ingratitude ni d'indifférence ! Je suis sûr que s'ils avaient vingt mille livres de rentes au lieu de dix, ils nous aimeraient toujours, mais moins longtemps de suite ! Ainsi, par exemple, je ne connais pas de gendre pareil au mien : on n'a pas plus de déférence, plus d'attentions ; il ne laisse pas passer un seul de mes anniversaires, anniversaire de fête, anniversaire de naissance, anniversaire de mariage, sans accourir avec un énorme bouquet.
MADAME DESGRANGES
Et tu crois que l'intérêt seul...
DESGRANGES
Oh ! Non ! Ma femme !... Pas l'intérêt seul !... Non l'intérêt composé... composé moitié d'affection et moitié de calcul..., calcul inconscient dont il ne se rend pas compte, mais que je devine, qui tient à ce qu'il a besoin de moi, et dont je profite sans lui en vouloir.
MADAME DESGRANGES
Tiens ! Tu n'es qu'un malheureuxc ! Tu dépoétises tout ! Tu désenchantes tout ! Il faut être capable de tels sentiments pour les prêter aux autres ! C'est monstrueux !
DESGRANGES
Du tout ! C'est naturel ! Les vieux sont très ennuyeux ! Il faut qu'ils se rattrapent par quelque chose ! Je me rattrape par l'hospitalité !
MADAME DESGRANGES
Dis tout de suite que nos enfants prennent notre maison comme une auberge !
DESGRANGES
Eh ! Sans doute l'auberge du Lion d'or ! Ici on loge à pied et à cheval les enfants gênés qui ont des économies à faire. Ont-ils trop dépensé en spectacles, en bals, en concerts, allons passer huit jours chez papa ! Projettent-ils de se payer un petit voyage, allons passer un mois chez papa ! Un des enfants est un peu souffrant... envoyons-le à la campagne chez papa ! Et on l'envoie !... Et l'on vient avec lui ! Et comme on est reçu à bras ouverts, comme on est défrayé de tout, comme le père a une bonne installation, et une bonne table, comme on y trouve de bonnes poulardes et de bons perdreaux que ce père égoïste est enchanté de partager avec ses enfants, ils viennent, ils reviennent, et ils restent avec plaisir.
MADAME DESGRANGES
Ah ! Le misérable !... Il fait de l'égoïsme avec tout, même avec l'amour paternel !
DESGRANGES, sans avoir l'air d'entendre sa femme
Mais suppose au contraire... Suppose que j'aie doublé la dot de ma fille, comme tu le voulais, que serait-il arrivé ? Qu'aujourd'hui nos enfants, vu la tête un peu enthousiaste de mon gendre, ne seraient peut-être pas beaucoup plus riches, et que moi, je serais beaucoup plus pauvre ; que je ne pourrais ni les recevoir aussi longtemps, ni les recevoir aussi bien, et qu'ils viendraient moins chez moi, parce qu'ils seraient mieux chez eux. Ah ! Bon Dieu, ma chère ! Mais si mes enfants étaient plus riches que nous, il y a plus de six semaines déjà que ma fille trouverait Villeneuve-Saint-Georges trop humide à l'automne ; qu'elle redouterait pour ses enfants les brouillards de la rivière, et que mon gendre m'aurait déclaré que ses voyages quotidiens à Paris altèrent sa santé !... Voici donc ma conclusion, que je dédie à tous les pères qui ont des filles à marier : « Voulez-vous garder vos enfants ? Gardez votre argent !... Voulez-vous jouir de vos petits-enfants ? Gardez votre argent ! Car c'est grâce à l'argent que le père reste le chef de la famille ; que la maison paternelle reste le foyer domestique, c'est-à-dire pour les vieux, une retraite d'honneur et de bien-être ; pour les jeunes, un lieu de refuge et de plaisir ; pour les petits, un nid où ils viennent chercher la santé et parfois des soins plus intelligents que les soins maternels eux-mêmes ; pour tous, enfin, un centre, un sanctuaire où se forment les souvenirs, où grandissent et vieillissent les générations successives, où se perpétuent enfin les traditions de respect et de tendresse ! » Appelle, si tu le veux, ma prévoyance calcul et personnalité, moi je la nomme le véritable amour paternel, celui qui consiste à rendre les enfants plus heureux et meilleurs : car, remarque-le bien, ma chère, mon gendre avait, je veux le croire, les plus heureuses dispositions pour faire un gendre charmant, mais enfin, sans ma prévoyance, ces bonnes qualités seraient peut-être restées à l'état de germe, de boutons... À qui donc doit-il leur plein épanouissement ? À moi !
MADAME DESGRANGES
Par exemple !...
DESGRANGES
Sais-tu ce qui arrive au père Boyer ? Ses enfants l'ont mis à la porte, et nous l'avons fait inscrire hier au bureau de bienfaisance. Affabulation : je n'ajouterai pas un sou à la dot de ma fille.
SCÈNE VI. Madame Desgranges, puis Madeleine.
MADAME DESGRANGES, poursuivant son mari de ses reproches
Sans coeur !
En redescendant, elle voit sa fille et va à elle.
Rien à obtenir !... Mon_Dieu ! Qu'as-tu donc ?
MADELEINE, avec douleur
Oh ! Maman ! Un grand malheur !
MADAME DESGRANGES
Un accident à la petite !
MADELEINE
Oh ! Non ! Dieu merci ! .
MADAME DESGRANGES
Mais alors, quoi donc ?
MADELEINE
Ce monsieur qui est venu parler à Henri.
MADAME DESGRANGES
De la part de sa grande société !... Hé bien !
MADELEINE
Hé bien !... Une faillite !... Un désastre ! Les gérants en fuite ! Les commanditaires compromis ! Et Henri qui avait donné sa signature.
MADAME DESGRANGES
Sa signature ! Pour une forte somme ?
SCÈNE VII. Les mêmes, Henri.
HENRI
Pour vingt-cinq mille francs !
MADAME DESGRANGES
Vingt-cinq mille francs ! Mais, malheureux, comment avez-vous pu... ?
HENRI
Ce n'est pas par esprit de spéculation !... Dieu sait si je suis spéculateur !... J'ai été trompé ! Trahi ! Ils ont fait luire à mes yeux le titre d'architecte de la compagnie ! Que voulez-vous ! Des maisons à bâtir !... Je n'ai pas pu y résister !... J'ai vu là le placement de toutes mes idées d'artiste ! Car j'en ai, j'en suis sûr !... Ma tête est partie ! On m'aurait demandé ma signature pour cent mille francs, je l'aurais donnée ! Comment me figurer que des gens qui me promettaient des constructions ne sont pas les plus honnêtes gens du monde !
MADAME DESGRANGES
Mais enfin, ces vingt-cinq mille francs, quand faut-il les donner ?
HENRI
Tout de suite ! Il faut les déposer chez un notaire ! Ou sinon, me voilà compromis dans cette vilaine affaire !... Je passe pour complice.
MADELEINE, avec un cri
Pour complice !
HENRI
Oh ! L'homme qui est là vient de me le dire ! Une plainte est faite au tribunal ! Une plainte en escroquerie.
MADAME DESGRANGES, épouvantée
Que dites-vous ?
HENRI
Il me menace d'aller parler à mon père ! Il voulait s'adresser à Monsieur Desgranges !... J'ai la tête perdue ; je suis désespéré !
Il tombe en pleurant sur un siège.
MADELEINE
Prends ma dot !
HENRI
Tu sais bien que je n'y peux pas toucher !... Et je n'ai qui les intérêts de la mienne ! Oh ! Si ce scandale éclate, que dira mon père ?
MADELEINE, l'embrassant avec douleur
Henri !... Mon ami !...
MADAME DESGRANGES
Oh ! Ma foi ! Je n'y tiens plus ! Je ne peux pas les voir souffrir ainsi !
Elle sonne et court au petit secrétaire qui est à droite.
MADELEINE
Que fais-tu, Maman ?
MADAME DESGRANGES, se mettant à écrire
Tu vas bien le voir.
LE DOMESTIQUE, entrant
Madame m'a sonné ?
MADAME DESGRANGES, prenant une boîte dans le secrétaire
Cette lettre et ce paquet à son adresse, allez !
Le domestique sort.
HENRI, qui a regardé l'adresse
Qu'ai-je lu ? À Monsieur_le_Marquis d'Ormoy !
MADELEINE, avec un mélange de tendresse et de crainte
Quoi !... Maman !... Tes diamants !
MADAME DESGRANGES
Oh !... C'est bien mal ce que j'ai fait là ! Je n'avais pas le droit de le faire !... Mais je ne peux pas vous voir de chagrin !... J'aime mieux tout !... J'aime mieux m'exposer à tout.
HENRI et MADELEINE, lui baisant les mains
Ah ! Maman ! Maman !
MADAME DESGRANGES
Oui ! Aimez-moi bien !... Je le mérite ! Si vous saviez combien il m'en coûte... et combien il m'en coûtera peut-être !... Enfin... Henri, allez dire à ce monsieur qu'il sera satisfait, qu'on payera tout ce soir !
On entend la voix de Monsieur Desgranges.
SCÈNE VIII ET DERNIÈRE. Les mêmes, Desgranges.
DESGRANGES, à la cantonade
Par ici !... Apportez la table par ici !... Ah !... Ma foi !... Je meurs de faim !... Il est six heures !... Comme les jours baissent !
Aux domestiques qui apportent la table.
Allez chercher le potage ! Eh bien, fillette, ta robe te plaît-elle ? Te va-t-elle bien ?
MADELEINE
Oui, père !
DESGRANGES
Et toi, ma femme ! Quelle robe mettras-tu ? Il s'agit de produire ce que tu as de plus beau. N'oublie pas tes dentelles pour faire honneur à tes diamants. Je suis sûr que la monture... Une idée !... Voyons donc l'effet qu'ils font à la lumière !
MADAME DESGRANGES, troublée
Quoi ?
DESGRANGES
Tes diamants ! Prends-les donc !
MADELEINE, à Henri
Je tremble.
DESGRANGES
Hé bien !...
MADAME DESGRANGES
C'est que je ne sais pas...
DESGRANGES
Où ils sont ? Je le sais, moi. Tu les as mis là, dans ce petit secrétaire.
Il se dirige vers le secrétaire.
MADAME DESGRANGES
Mon ami !...
Bas à ses enfants.
Nous sommes perdus !...
DESGRANGES, qui a ouvert le secrétaire
Ils n'y sont plus !... Où sont-ils donc ?... Te voilà toute tremblante !...
Se retournant vers Henri et Madeleine.
Et vous la tête basse et l'air confus !... Qu'y a-t-il donc ?... Où sont ces diamants ? Répondez-moi ?... Je te l'ordonne !... Qu'en as-tu fait ?... Tu te tais !... C'est donc à moi de parler ! Tu les as vendus ! vendus pour payer l'imprudence de ton gendre !
MADAME DESGRANGES
Mais...
DESGRANGES
Je devine tout, ou plutôt, je sais tout !... Cet homme d'affaires m'a appris le désastre, et la disparition de ces diamants me dit le reste ! Ainsi, parce qu'il a plu à monsieur de s'associer à une entreprise chimérique ! Parce qu'il a fait la folie de donner sa signature à des coquins qui l'ont trompé, il a fallu que toi, pour payer sa dette, tu m'arrachasses le plus cher souvenir de ma mère, le plus cher témoin de notre tendresse, que tu empoisonnasses la joie de ce jour... Ah ! C'est bien mal !
MADAME DESGRANGES
Mon ami !...
MADELEINE
Mon père !
DESGRANGES
Silence ! Voici les domestiques. Allez vous mettre à vos places.
Les domestiques apportent la table servie. Madame Desgranges, Henri et Madeleine gagnent tristement leurs places.
DESGRANGES, aux domestiques
C'est bien ! Laissez-nous.
Ils sortent.
MADAME DESGRANGES, poussant un cri, après avoir déplié sa serviette, sous laquelle se trouve l'écrin
Ciel !
HENRI, de même
Mon_Dieu !
MADAME DESGRANGES
Mes diamants ! Mon écrin !
HENRI, avec un cri de joie, montrant un papier
Ce bon sur le Trésor ! Ce bon de vingt-cinq_mille_francs !
TOUS TROIS, courant à lui
Mon père !... Mon ami !... Cher Monsieur_Desgranges !
DESGRANGES, se dégageant de leurs embrassements
C'est bon ! C'est bon ! Vous ne m'appelez plus égoïste maintenant ! Eh bien ! Ma prévoyance avait-elle raison ? Comprenez-vous enfin qu'il faut qu'un père reste toujours plus riche que ses enfants, fût-ce... ne fût-ce, mes amis, que pour pouvoir les sauver parfois de la ruine et du désespoir !... Seulement, mon gendre, ne recommencez plus... parce que je ne pourrais pas recommencer.
La toile tombe.
2 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica