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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Polixène

Gabriel Legouvé· imprimée en 1784· 5 actes· 1 206 vers· 10 personnages

Personnages

  • PYRRHUS, roi d'Épire
  • ULYSSE, roi d'lthaque
  • PHÉNIX, gouverneur de Pyrrhus
  • HÉCUBE, veuve de Priam
  • POLIXÈNE, fille de Priam
  • CALCHAS, grand-prêtre
  • IDAS, confident d'Ulysse
  • Prêtres
  • Grecs
  • Soldats

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Pyrrhus, Phénix.

PYRRHUS

L'amour.

PHÉNIX

Seigneur...

SCÈNE III. Pyrrhus, Ulysse.

ULYSSE

Les Grecs, sur la rive où fut Troie, Hâtaient tous du départ les apprêts avec joie ; Et, voyant leurs vaisseaux par les vents agités, Ils appelaient de loin les bords qu'ils ont quittés, Tout-à-coup un grand cri sort des vagues profondes ; La mer tremble, mugit, s'entr'ouvre, et, sur les ondes Monte et s'élève Achille au milieu des éclairs, De la foudre, et des vents qui grondent dans les airs : Il semble être un des dieux que l'univers adore ; Le fer brille en sa main. Il paraît tel encore Qu'aux jours, où, renversant les Troyens sous ses pas, Il portait dans leurs rangs la terreur, le trépas, Du Xanthe soulevé combattait l'onde altière, Ou traînait, à grands cris, Hector sur la poussière. Il s'avance vers nous, et nous lance un coup d'oeil Plein de dépit, de rage, et de haine, et d'orgueil ; Et terrible, en ces mots sa voix se fait entendre : « Grecs, vous allez partir sans honorer ma cendre ! Il faut, pour que les mers vous ouvrent leur chemin, Que l'armée aujourd'hui répande Sur mon tombeau le sang humain : Calchas vous nommera ce sang que je demande, Et des mains de mon fils j'en exige l'offrande. » .................................... Il dit : déjà muets, les airs ne soufflent plus, Les vents sont enchaînés, et les flots abattus ; La mer tombe, et son onde aplanie et tranquille, Semble, aux yeux étonnés, une glace immobile. Les chefs, que ce spectacle a tous saisis d'effroi, S'assemblent éperdus sous la tente du roi ; Et Calchas, que des dieux le souffle saint anime, S'avance au milieu d'eux pour nommer la victime.

PYRRHUS

J'en doute.

PYRRHUS

Moi !

ULYSSE

Vous ! Que viens-je d'entendre, Seigneur ? Est-ce Pyrrhus, un Grec, qui m'a parlé ? D'où vient l'indigne effroi dont vous êtes troublé ? Moi, je croyais vous voir, heureux, plein d'alégresse, Fier d'honorer un père, et de servir la Grèce, Hâter avec transport un important trépas ;... Et vous balancez...

Balancer : Se dit figurément pour délibrer, hésiter ; être irrésolu et incertain ensuite de l'examen qu'on fait dans son esprit des raisons qui le tiennent en suspens, et qui le font incliner de part et d'autre. [F]

ULYSSE

Seigneur, je reconnais à ce refus sublime, Cette austère vertu qui craint l'ombre d'un crime ; Mais l'État aujourd'hui défend de l'écouter ; Le sang est nécessaire, et ne doit rien coûter : De ce sang seul enfin le retour doit dépendre, Et vous pouvez, seigneur, rougir de le répandre ! Où donc est l'infamie ? Où donc est l'attentat ? Vous servez votre père, et les dieux, et l'État ; Je n'y vois rien, seigneur, qui ne soit légitime ; Et le ciel, qui l'ordonne, est seul chargé du crime. Ilion est tombé sous vos généreux coups : Mais ce n'est point assez ; d'un autre honneur jaloux, Il vous faut achever votre illustre victoire ; Le ciel met dans vos mains cette nouvelle gloire : Voudriez-vous laisser vos exploits imparfaits, Et d'un triomphe heureux nous ravir les bienfaits ? Faudra-t-il que les Grecs, dont vous aimez l'hommage, Changeant l'amour en haine, et l'éloge en outrage, Détruisent les autels qu'ils vous avaient dressés, Maudissent vos exploits qu'ils avaient encensés, Flétrissent vos lauriers, et, pleurant leur victoire, Rougissent à vos yeux de vous devoir leur gloire ? Eh ! Pour qui ? Pour quel sang voulez-vous nous trahir ? C'est un sang ennemi que vous devez haïr ; C'est Polixène enfin, dont la beauté traîtresse Causa la mort d'Achille, et mit en deuil la Grèce : Non, vous ne pouvez pas la soustraire à nos coups, Et ce sang criminel est tout entier à nous. Il faut nous rendre aux champs de Sparte et de Mycène.

PYRRHUS

Il est trop vrai qu'Achille, épris de Polixène, Lorsque, pour l'épouser, il volait à l'autel, À ses côtés tomba, frappé d'un coup mortel. Mais de ce crime affreux Pâris fut seul coupable ; Le ravisseur d'Hélène en était seul capable. Pourquoi donc la punir de l'attentat d'autrui ? Si le ciel l'eût proscrite, eût-il jusqu'aujourd'hui Sauvé ses jeunes ans du glaive et de la flamme Qui, longtemps autour d'elle, ont brillé dans Pergame ? N'eût-il pas, dans le sang de ses concitoyens, Sous la chute du trône et des murs des Troyens, Au milieu des débris de sa famille entière, Enseveli la fille à côté de son père ? Le ciel ne l'a point fait, et nous, trancherons-nous Des jours, sacrés pour lui dans un temps de courroux ? De son sang, dites-vous, Achille veut l'offrande. Mais que lui servira ce sang qu'il vous demande ? Ses mânes, chez les morts, tranquilles à jamais, Reposeront-ils moins dans l'éternelle paix ? Sera-t-il aux enfers moins sûr de sa mémoire ? Peut-il même à ce point déshonorer sa gloire ? Il a donc en mourant, plein d'un esprit nouveau, Dépouillé sa vertu sur le bord du tombeau ! Il est toujours d'Hector le vainqueur sanguinaire, Et non l'Achille ému des larmes d'un vieux père ! Seigneur, un doute s'offre à mon coeur éclairé. Est-il bien vrai qu'Achille, aux Grecs se soit montré ? Je n'y fus pas présent ; je crois peu les miracles ; De vulgaires rapports ne sont pas mes oracles. Qui l'a vu ? Les soldats ! Je pense que du moins Il en aurait aussi rendu mes yeux témoins. Ce miracle sans doute est un de ces prestiges Que se fait le vulgaire, amoureux des prodiges. Achille, croyez-moi, sur les bords du Léthé, Sans s'occuper de nous, se promène enchanté ; Il ignore à jamais et l'orgueil et la haine ; Il ne se souvient plus des Grecs, de Polixène ; Il a même oublié tous ces exploits divers, Prodiges que jamais n'oubliera l'univers. Soyons vrais. Nos rigueurs, nos cruautés dans Troie, Les Grecs, depuis deux jours, acharnés sur leur proie, La mort, à chaque instant, docile à nos fureurs, Ont soulevé le ciel, lassé de tant d'horreurs. Le céleste courroux, non le courroux d'Achille, Vient d'enchaîner les vents sur l'Hellespont tranquille. Le sang irriterait encor son équité : On ne peut plaire aux Dieux par l'inhumanité. D'ailleurs, toujours du sang ! Toujours des barbaries ! Les Dieux que nous servons sont-ils donc les furies ? J'ai rempli de carnage Ilion renversé, Ma fureur en est lasse, et mon glaive émoussé. Enfin, mon père a-t-il demandé Polixène ?

Furies : se dit aussi de certaines divinités infernales que les poètes païens feignaient entrer dans les hommes pour les posséder et les tourmenter. [F]

PYRRHUS

Non.

SCÈNE IV.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Hécube, Polixène.

POLIXÈNE

Hélas !

HÉCUBE

C'est Ilion.

HÉCUBE

Là, la porte de Scée, où je gémis cent fois.

Porte de Scée : porte de Trois, près de laquelle était le tombeau de Loamédon, et où eut lieu la célèbre entrevue d'Andromaque et d'Hector. C'est par cette porte que fut introduit dans la ville le cheval de bois. [B]

HÉCUBE

Ilion !

POLIXÈNE

Ilion !

POLIXÈNE

Ô patrie !

HÉCUBE

Où couleront tes eaux, ô divin Simoïs ?

Simoïs : rivière de la Troade, sortait d'un des sommets de l'Ida, baignait la campagne de Troie et s'unissait au Scamandre pour se jeter dans l'Hellespont. [B]

POLIXÈNE

Moi ?

SCÈNE II. Hécube, Polixène, Pyrrhus.

POLIXÈNE

À ce comble d'affront je reste confondue. Quand Troie est par tes mains sur la poudre étendue, Quand mes frères sont morts, par tes coups terrassés. Lorsqu'au pied des autels, qu'il tenait embrassés, Priam vient d'expirer, victime de ta rage, Sortant de Troie à peine, et du sein du carnage, Tout sanglant, tout hideux d'un triomphe inhumain. Tu m'offres et ton trône, et ton coeur, et ta main ! Que me font et ta main, et ton coeur, et ton trône ? Crois-tu qu'en mes ennuis j'aspire à la couronne ? Moi j'irais, l'âme en deuil, et les yeux dans les pleurs, Préparer une fête et me couvrir de fleurs ; Et dans tes bras, épouse encor moins que victime, Par le don de ma foi récompenser ton crime ! Tu l'as cru ! Tu pensais, qu'avare de mes jours, J'allais avidement embrasser tes secours !... Que, jalouse du rang où tu veux que je monte, Et quittant à ta voix le malheur pour la honte, Sur ton trône, en ton lit, je courrais me placer ! Oui, tu me méprisais assez pour le penser. Mais où viens-tu t'offrir ? Près d'Ilion en flamme ! Tu veux donc appeler à cette pompe infâme Les mânes des Troyens, tous ces illustres morts Que ta valeur barbare immola sur ces bords ? Tu choisis pour autels les tombeaux de mes frères, Et, pour flambeaux d'hymen, des torches funéraires ! Te flattais-tu qu'ici j'oserais t'accepter ? Te flattes-tu qu'ailleurs je puisse t'écouter ? Crois-tu qu'il soit un lieu, fût-ce aux bornes du monde, Qui ne fût Troie en cendre à ma douleur profonde ? Où Pyrrhus ne soit pas tout Pyrrhus à mes yeux ? Aurais-je, en me plaçant sur ton trône odieux, Moins d'affreux souvenirs, moins de pleurs à répandre ? Me rendras-tu Priam, Hector, et Troie en cendre ? Va, pour d'autres que moi tu peux être un guerrier, Mais tu n'es, à mes yeux, rien qu'un vil meurtrier. Dieux ! Vous ne voudrez pas que cette main tremblante Presse aux autels sa main de mon sang dégoutante ! Avant de le souffrir, ô Dieux, écrasez-moi. Et toi, fuis ; je ne veux ni tes secours, ni toi ; Je ne veux que la mort.

SCÈNE III. Hécube, Polixène.

POLIXÈNE

Ma mère...

HÉCUBE

Écoute-moi. Prix du retour, tes pas Sont sans doute observés, les miens ne le sont pas. De ce séjour pour moi l'issue est plus facile ; Je vole te chercher des secours, un asile. Je sais qu'au mont Ida, loin des traits ennemis, Énée a rassemblé son père et ses amis, Et qu'il doit transporter sur des mers étrangères Les restes d'Ilion, ses Dieux, et ses misères. Je cours vers lui : d'Ida je connais le chemin, Je compte sur son coeur ; le malheur rend humain. Né du sang de Priam, il est de ma famille ; Il ne peut rejeter et sa veuve et sa fille. Dans ces lieux avec lui je reviens te chercher. Toi, jusqu'à mon retour, consens à te cacher ; Pour abuser les Grecs c'est la plus sûre voie. Mais tu n'as qu'un asile...

Mont Ida : Peite chaîne de montagne en Asie mineure (Mysie) , s'étendait du sud au nord depuis le Golfe d'Adramyte jusque près de la Propontide. De l'Ida sortait le Scamandre, le Rhésus, le Granique. Troie était situé au pied de l'Ida : c'est sur ce mont qu'eut lieu le celèbre jugement de Pâris.

Énée : Prince troyen, fils de Vénus et d'Anchise, épousa Créuse, fils de Piram, et en eut Ascagne. Il se distingua pendant la guerre de Troie, surtout dans la nuit fatale où la ville fut prise. Après le sac de la Patrie, il s'enfuit portant sur ses épaules Anchise, son père, avec ses dieux pénates, tenant par la main son fils Ascagne et suivi de Créuse, son épouse, qui se perdit dans une forêt. [B]

POLIXÈNE

Où donc ?

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Hécube, Ulysse, Idas.

SCÈNE III. Hécube, Ulysse.

HÉCUBE

Vous vous en souvenez ! Vous l'avouez, cruel ! Et, ravissant ma fille à mon coeur maternel, Vous pouvez me montrer autant d'ingratitude ! Vous me portez un coup si sensible et si rude, Vous à qui, par mes soins, le jour fut conservé ! Vous me donnez la mort, quand je vous ai sauvé. Non, ne me l'ôtez point ; son nom est-il un crime ? Si la tombe d'Achille exige une victime, Sacrifiez Hélène, auteur de tous les maux, Qui causa le trépas d'Achille et des héros, Furie, ainsi qu'à Troie, à la Grèce funeste. Mais pourquoi de mon sang me demander le reste ? Ma fille n'a rien fait que pleurer son pays. Ulysse, tu me vois ainsi que je te vis, À des pieds ennemis prosternée et tremblante, Tendre, au milieu des fers, une main suppliante : Tu pressas mes genoux, et je presse les tiens ; J'eus pitié de tes maux, prends donc pitié des miens. Comme je t'ai sauvé, sauve aussi Polixène. Je dois bien rester mère, en cessant d'être reine. J'ai besoin de ma fille : elle me rend mes fils, Mon trône, mon époux, et nos remparts détruits ; Je ne demande point qu'ils sortent de leur cendre : Je n'ai plus un Hector, hélas ! Pour les défendre ; Je n'ai plus que ma fille, et ne veux qu'elle enfin. Souffre, qu'auprès de moi prolongeant son destin, Elle ferme mes yeux à mon heure suprême. Que dis-je ? En elle, en moi respecte-toi toi-même ; Respecte ta couronne, et montre à l'univers Ce qu'on doit à des rois, même au sein des revers. Ta voix de l'éloquence étale tous les charmes : Va parler à l'armée en faveur de mes larmes ; Fais révoquer aux Grecs leurs odieux arrêts. D'une mère, en tes mains, je mets les intérêts : Ulysse est père, il doit secourir une mère.

SCÈNE IV. Hécube, Ulysse, Polixène.

ULYSSE

Madame....

SCÈNE V.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Pyrrhus, Phénix.

SCÈNE II. Pyrrhus, Phénix, Ulysse.

SCÈNE III. Pyrrhus, Phénix.

SCÈNE IV. Pyrrhus, Phénix, Polixène, Calchas, Ulysse, Prêtres, Gardes.

POLIXÈNE

Arrête. Sur la fille des rois ne porte pas la main : Elle-même au couteau va présenter son sein. Vous rois, et vous soldats, écoutez ma prière. Ne croyez point qu'émue à mon heure dernière, Ma voix en ma faveur veuille vous attendrir ; La soeur du grand Hector sait comme il faut mourir. Un objet bien plus cher me touche et m'intéresse. Oui, si, par mon trépas, vous rendant le Grèce, Polixène a des droits sur vos coeurs généreux, S'il est quelque respect qu'on doive aux malheureux, Hécube me restait de toute ma famille, La mère, par vous seuls, va survivre à la fille, J'ose prier le roi, qui, repassant les mers, Doit traîner à sa cour Hécube dans les fers, De ne point accabler, dans son malheur extrême, Ce front, qui fut naguère orné du diadème, Et de n'abaisser point à d'indignes emplois, Une main qui porta le sceptre de nos rois. Vos mères (par la mienne, ah ! je sens leurs alarmes) Tendent vers ces climats leurs bras mouillés de larmes. Seules avec les fruits de l'amour le plus doux, Vos épouses en pleurs appellent leurs époux. Volez, ma prompte mort va vous rouvrir les ondes : Mais lorsque descendus sur vos rives fécondes, Vos verrez vos enfants, et vos tendres moitiés, Et des bras maternels vous sentirez liés, Songez que ces plaisirs, que vous devez attendre, Sont l'ouvrage du sang que vous allez répandre ; Et qu'Hécube de vous en reçoive le prix. J'attends, dans cet espoir, la mort que je chéris. Ô région captive, autrefois si puissante, Rives du Simoïs, champs baignés par le Xanthe, Cité, palais, remparts qui fûtes mon berceau, Je vous fais mes adieux du bord de mon tombeau, Je suis prête : Pyrrhus, viens frapper ta victime. Viens...

PHÉNIX

Seigneur...

PYRRHUS, tirant son épée

Mes amis, suivez-moi, sans craindre leur courroux. Votre appui, votre roi, Pyrrhus est avec vous.

Les soldats de Pyrrhus environnent Polixène, et l'entrainent.

SCÈNE V. Calchs, Ulysse, Les Grecs.

CALCHAS

Lâches Grecs, vous laissez échapper la victime ! Vous souffrez que Pyrrhus insolemment opprime, Vous, vos droits, les autels, et brave, sans remords, Et la voix des tombeaux, et les ordres des morts ! Les sacrifices saints n'ont plus de privilèges ! La victime reçoit des secours sacrilèges ! Et vous pouvez trembler, les armes à la main ! Sont-ce là ces vengeurs des droits d'un souverain, Qui d'Europe ont volé, sur les mers étonnées, Jusqu'aux champs de l'Asie ; et, souffrant dix années De travaux, de revers, de combats incertains, Par leur mâle constance ont forcé les destins ? Ce n'est plus Ménélas qui demande vengeance : Tout ce qui vous est cher gémit de votre absence ; Il s'agit du retour, il s'agit d'éviter Un exil éternel, qui va vous arrêter. Défenseurs si vaillants de la cause d'un autre, Serez-vous sans valeur, s'il faut servir la vôtre ? Encor quelques moments, vous partiez de ces bords. Achille, recevant vos tributs chez les morts, Rouvrait à vos vaisseaux les ondes enchaînées ; Vous alliez tous revoir ces rives fortunées, Ce ciel de la patrie, et goûter le repos, Qui nous paraît plus cher après de longs travaux ; Et, renouant les noeuds qu'avait rompus la guerre, Vous repreniez les droits et d'époux et de père. Pyrrhus vous fait tout perdre ! Et vous souffrez ses coups ! Ah ! Grecs, dût sa valeur vous exterminer tous, Il vaudrait mieux mourir que vivre ici sans gloire. Mais pourquoi, sans combat, lui donner la victoire ? N'êtes-vons point suivis de tous les Dieux d'Argos, Et d'Achille, et des Dieux des morts et des tombeaux ? Achille ! Je l'entends ; lui-même vous appelle. Je le vois vous couvrir de son ombre immortelle, Comme une égide où vient s'arrêter le trépas, Étendre devant vous un invisible bras, Et sur vos étendards, la foudre en main, descendre Pour servir contre un fils les vengeurs de sa cendre. Venez donc, par Achille et les Dieux secourus, Arracher avec moi la victime à Pyrrhus. Mars ne trahira point la cause la plus juste. La victoire est à vous ; venez...

Egide : Terme de mythologie. La bouclier que Pallas reçut de Jupiter et sur lequel ce Dieu fit étendre la peau de la chèvre Amalthée. [L]

SCÈNE VI.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Pyrrhus, Polixène, Hécube, Soldats.

SCÈNE III. Pyrrhus, Hécube, Polixène, Ulysse, Soldats.

SCÈNE IV. Pyrrhus, Hécube, Polixène, Ulysse, Phénix, Soldats.

SCÈNE V. Polixène, Hécube, Ulysse.

SCÈNE VI. Hécube, Polixène, Ulysse, Calchas.

POLIXÈNE, en prenant le fer que Calchas tient à sa main et s'en frappant

Donne le fer, je meurs.

HÉCUBE

Dieux !

HÉCUBE

Hélas ! Mes vains efforts n'ont pu sauver ma fille ! Elle meurt ! De ma triste et nombreuse famille, Il ne reste plus rien à mon coeur attendri ; Ilion, Ilion tout entier a péri. Elle meurt ! Sous mes yeux ! Dans les bras de sa mère ! Et son sang malheureux me couvre tout entière ! Venge une mère, ô ciel ! D'un vainqueur odieux ! Je le suis.... l'avenir se découvre à mes yeux. Je vois de tous côtés les vents et les tempêtes, Et la foudre, grondant sur leurs coupables têtes, Disperser leurs vaisseaux sur les flots mutinés. Je vois l'impie Ajax, dans les airs étonnés, Enlevé palpitant, et les roches fumantes Recevoir de son corps les dépouilles sanglantes ; Le bras d'Idoménée au sein d'un fils plongé. Je vois Agamemnon dans Argos égorgé, Des adultères mains d'une épouse égarée ; Et dans des noeuds sanglants au supplice livrée, Hélène, qui de Troie a causé le revers, Expier sa beauté, fatale à l'univers. Et toi, perfide Ulysse, après avoir sur l'onde Traîné, dix ans entiers, ta flotte vagabonde, À travers les dangers, rendu dans ton pays, Va présenter ta tête au glaive de ton fils. Ô Dieux, ne trompez pas une si douce attente. Je meurs, dans cet espoir, et tranquille, et contente.

Elle se tue.

C'en est fait, et j'attends au séjour du trépas Tous les Grecs, qui bientôt y viendront sur mes pas.

Idoménée : Roi de Crète, petit fils de Minos II et fils d'un Deucalion, qui régna sur la Crète, fut un des héros qui se distinguèrent le plus au siège de Troie. [B]

1 206 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0