Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Plutus

Marc-Antoine Legrand· créée en 1720, imprimée en 1770· 3 actes· 979 vers· 13 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain, le 1er février 1720.

Personnages

  • PLUTUS, Dieu des Richesses
  • LA PAUVRETÉ
  • CRÉMILE, laboureur
  • MIRTIL, fils de Crémile
  • PARONOME, Délateur, amoureux de Crisis
  • ZÉNOPHON
  • CARION, Valet de Crémile
  • BIRRENES, Savetier
  • CISTÈNES, pauvre Athénien
  • CRISIS, Amante de Mirtil
  • PÉRINICE, vieille, amoureuse de Mirtil
  • FILINE, jeune fille d'Athènes
  • TROUPES DE LABOUREURS

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Mirtil, Carion.

SCÈNE II. Mirtil, Crisis, Carion.

SCÈNE III. Mirtil, Carion.

SCÈNE IV. Plutus, Crémille, Mirtil, Carion.

CRÉMILE

Mon fils...

CARION

Vous nous la donnez bonne ! Apollon par ma foi, s'est bien moqué de vous. Cet aveugle pourrait...

Donner bonne : Ironiquement. Vous me trompez, vous vous moquez. [Littré]

MIRTIL

C'est toi qui sais donner aux plus sots du mérite, Et qui fais que Laïs aime le laid Thersite ?

Laïs : Courtisane grecque, célèbre par son esprit et sa beauté ; elle fut la maîtresse d'Alcibiade. Fig. Femme galante dont la réputation fait grand bruit. [Littré]

SCÈNE V. Plutus, Crémile, Carion.

CRÉMILE

Ne perdons point de temps. Déjà la nuit s'avance, Au Temple d'Esculape allons en diligence.

Diligence : Soin attentif et appliqué. [Littré]

SCÈNE VI. Plutus, La Pauvreté, Crémile, Carion.

CARION

Non-da, je le veux croire, Lorsque l'on a de quoi bien manger et bien boire.

Da : Particule qui se joint à l'adverbe oui, à l'adverbe non, et à l'expression négative nenni, et donne plus de force à l'affirmation ou à la négation. [Littré]

CARION

Oh ! Pour le coup, finis, c'est assez babiller ; Laisse-nous promptement aller à notre affaire, Et va-t-en, si tu veux, prôner ailleurs misère.

Babiller : Parler beaucoup, facilement, et surtout pour le seul plaisir de parler. [Littré]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Mirtil, Troupe de laboureurs.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Mirtil, Carion.

MIRTIL

Fort bien.

CARION

Au Temple, votre père, entouré de guirlandes, À peine a sur l'Autel présenté ses offrandes, Qu'un horrible serpent, d'une énorme grosseur, Est venu nous remplir d'une sainte terreur : Il approche, rampant d'un air grave et suprême. Qui découvre qu'il est Esculape lui-même : Il embrasse Plutus, et d'un doux sifflement Lui fait, en Dieu civil, son petit compliment ; Puis lui léchant les yeux de sa langue divine, Les décille, les ouvre, enfin les illumine, Et les rend dans l'instant brillants... comme les miens. Le Temple retentit des voix des citoyens. À ce nouveau miracle un chacun s'intéresse ; Nous entendons des cris de joie et de tristesse ; Les voeux et les soupirs se trouvent partagés ; Les bons sont réjouis, les méchants affligés. De divers mouvements se sentant l'âme atteinte, Le pauvre a de l'espoir, le riche de la crainte. Mais nos flatteurs alors surpris, déconcertés, Dans cet événement se trouvent déroutés ; Ils sont embarrassés où porter la louange, Et leur fausse amitié craint de prendre le change : Ils restent attentifs au milieu des clameurs, Ne sachant où Plutus répandra ses faveurs. Tout se déclare enfin ; ce Dieu les détermine, Des quatre sous-fermiers prononçant la ruine. Les lâches, les ingrats, ne se souvenant plus Des biens qu'ils en ont dit, et qu'ils en ont reçus, Insultent à leur sort ; et, courant aux poètes, Vont encenser leurs noms de riches épithètes ; Du cadet de Paphos ils vantent la valeur, Du peintre le grand art, des grisettes l'honneur. Que vous dirai-je enfin ? Ils font tout le contraire De ce qu'une heure avant on leur avait vu faire.

SCÈNE IV. Crémile, Mirtil, Carion.

SCÈNE V. Crémile, Mirtil, Périnice, Carion.

MIRTIL, bas

Fuyons.

CARION, bas

Elle vous voit.

CARION

Attestez Proserpine, Aussi bien vous irez la voir dans peu de jours ; Et ne nous parlez plus de vos folles amours. Songez à vous guérir d'une erreur ridicule.

Proserpine : Terme du polythéisme. Fille de Cérès, femme de Pluton et reine des enfers. [Littré]

SCÈNE VI. Crémile, Mirtil, Carion.

SCÈNE VII. Crémile, Mirtil, Carion

SCÈNE VIII. Crémile, Paronome, Carion

CRÉMILE

Vous êtes un pied-plat, Que Plutus a remis dans son premier état.

Pied-plat : Fig. et par mépris, pied plat, et quelquefois plat pied, homme qui ne mérite aucune considération : locution qui vient non du vice de conformation indiqué ci-dessus, mais d'une différence de chaussure entre les gens du peuple et les gentilshommes, ceux-ci portant des souliers avec des talons rouges très relevés, tandis que les ouvriers et les bourgeois portaient des souliers plats. [L]

SCÈNE IX. Crémille, Carion.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Crémile, Carion.

SCÈNE II. Crémile, Zénophon, Carion.

CRÉMILE

N'est-ce pas Zénophon, Dans toutes nos cités connu pour un fripon ? Oui, c'est lui. Quoi ! Plutus t'a mis dans l'opulence, Et loin de te punir, ce Dieu te récompense !

Fripon : Celui, celle qui vole adroitement, par des ruses plutôt encore que par des actes manuels. [Littré]

SCÈNE III. Crémile, Carion.

SCÈNE IV. Crémile, Carion, Birrenes.

BIRRENES

Depuis que j'ai du bien, à toute heure je crains.S Mon trésor a déjà changé dix fois de place ; Je l'avais cette nuit caché dans ma paillasse, Les chardons sont plus doux que ce duvet maudit ; Je n'ai jamais couché dans un si mauvais lit. Au moindre bruit, j'ai cru qu'on enfonçait ma porte ; Que, pour m'assassiner, on entrait à main forte. Ah ! Que Plutus m'a fait un présent dangereux ! Lorsque je n'avais rien, j'étais bien plus heureux. Sans prendre d'intérêts à votre République, Tous les matins, tranquille, assis dans ma boutique, Le tire-pied en main, aussi gai qu'un pinson, Je sifflais ma linotte, ou chantais ma chanson. À mon petit travail bornant ma destinée, Je m'enivrais le soir du gain de ma journée ; Et me couchant sans peur, me levais sans chagrin. Mais, depuis que Plutus a changé mon destin, Des soucis inconnus me dévorent sans cesse ; Ses faveurs ont changé mes plaisirs en tristesse. Les trésors m'ont ravi celui de la santé : Je n'ai mangé ni bu, ni dormi, ni chanté. Depuis hier je rêve, et tout me désespère : Mon argent m'importune, et je ne sais qu'en faire. Je voudrais dépenser, garder, prêter, donner ; Et je tremble toujours à me déterminer. Mille projets divers me roulent dans la tête, Et je vois à la fin que je suis une bête. Le garder, c'est m'en rendre esclave malheureux : Le dépenser, me mettre en butte aux envieux : Le prêter, c'est me faire un ennemi sans doute : Le donner, un ingrat. Ma foi je n'y vois goutte. Il vaut mieux que Plutus le reprenne à l'instant, Dans mon premier état je vivrai plus content.

CARION

Elle ne ferait plus du moins le diable à quatre.

Diable à quatre : faire beaucoup de bruit, causer beaucoup de désordre (locution qui provient d'une représentation scénique du moyen âge qu'on appelait la grande diablerie à quatre personnages ; celle où il n'y en avait que deux se disait la petite diablerie) [Littré]

SCÈNE V. Crémile, Carion.

SCÈNE VI. Crémile, Carion, Cistènes.

CISTÈNES

Hélas !

SCÈNE VII. Plutus, en habit brillant, Crémile, Carion, Cistènes.

SCÈNE VIII. Plutus, Crémile, Carion.

SCÈNE IX. Plutus, Crémile, Carion, Filine.

SCÈNE X. Crémile, Carion, Filine.

CRÉMILE

La chose est difficile. Vous n'êtes pas encor dans un âge nubile.

Âge nubile : Qui est devenu apte au mariage, en parlant des filles. [Littré]

CRÉMILE

Fort bien ;

SCÈNE XI. Plutus, Crémile, Mirtil, Crisis, Carion.

979 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0