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un seul est le mot juste.

Comédie en prose· Pièce d'un Acte

Les Mariages de Canada

Alain-René Lesage· imprimée en 1737· 615 vers· 10 personnages

Personnages

  • DAMIS, Amant de Lucile
  • CLITANDRE
  • LE CHEVALIER
  • MADAME BOURDON, Directrice
  • LUCILE, Amante de Damis
  • CLARISSE, Maîtresse du Chevalier
  • COLOMBINE
  • MEZZETIN, époux de Colombine
  • BONIFACE, Portier de Madame Bourdon
  • UN NOTAIRE

LES MARIAGES DE CANADA.

Le théâtre représente la Ville de Québec. On voit dans le fond un grand hôtel dont la mer bat les murs, et des maisons dans les ailes.

SCÈNE PREMIÈRE. Damis, Mezzetin.

MEZZETIN

Je suis votre valet. Il n'y a point de plus grand malheur que celui de mourir.

DAMIS

Si tu étais dans la situation violente où je me vois...

DAMIS

Quand Lucile serait à Québec, qui m'assurera qu'on ne l'a point encore mariée.

MEZZETIN

C'est ce que nous saurons bientôt. Adressons-nous à quelque domestique de cette grande maison, où sont logées les personnes que l'on envoyé de France en Canada.

DAMIS

J'en vois un à la porte.

MEZZETIN

Il faut lui parler.

SCÈNE II. Damis, Mezzetin, Boniface.

BONIFACE, sur le ton du dernier vers

Non je n'en suis que le portier.

Mon nom est Boniface.

DAMIS

N'est-ce pas chez vous que demeurent les personnes qui arrivent de Paris ?

MEZZETIN

Au premier venu sans doute ?

BONIFACE

Non pas, s'il vous plaît. C'est à celui que veut lui donner Madame Bourdon, la Directrice de cet hôtel.

BONIFACE

Oh, que non ! Diable ! C'est une femme d'un grand discernement.

AIR 107. [C'est à boire qu'il nous faut.]

À la laide, à la gentille Elle trouve leur ballot : Qu'elle envisage une fille, Ho ! La bonne Dame aussitôt Sait le Drille, Drill, Drille, Sait le Drille qu'il lui faut.

DAMIS

Elle est donc bien pénétrante cette Madame Bourdon ,

BONIFACE

Cela n'est pas concevable.

AIR. [ Comme un coucou que l'amour presse. ]

En regardant une Mignonne, Elle sait s'il faut lui donner Un épouseur qui la bâtonne Ou qui s'en laisse bâtonner.

MEZZETIN

Quelle connaisseuse !

DAMIS

Mais Monsieur Boniface.

AIR. [ Pour passer doucement la vie. ]

Parmi ces filles malheureuses Que l'on envoie en Canada, On en peut voir de vertueuses.

MEZZETIN

Il y en a pourtant. À telles enseignes que nous venons ici en réclamer une, et une fille de Paris encore.

BONIFACE

Les méchantes femmes que les belles-mères ! Il y en a qui font capables de tout. Comment appelez-vous votre innocente parisienne ?

BONIFACE

Et c'est apparemment ce que vous souhaitez de savoir.

BONIFACE, froidement

Volontiers.

MEZZETIN

Faites ce plaisir, de grâce, à Monsieur Damis.

BONIFACE

Ouida, je ferai ce que je pourrai pour le contenter.

DAMIS, lui présentant une bourse

Ne rejetez point ma prière.

BONIFACE

Je ne rejette rien.

AIR 38. [ Le vin a des charmes puissants. ]

Monsieur, je trouve en vérité Vos manières trop engageantes : J'aurais grand tort de mon côté De n'en avoir pas d'obligeantes.

Je vais tout à l'heure découvrir ce qu'est devenue votre Lucile ; et il y aura bien du malheur, si je n'y puis réussir.

DAMIS

Vous me rendrez la vie.

SCÈNE III. Damis, Mezzetin,

SCÈNE IV. Damis, Mezzetin, Le Chevalier.

DAMIS, à part

Ho, ho ! Quel homme est-ce que j'aperçois ?

LE CHEVALIER, à part

Qui sont ces gens-ci ? Il me semble que je les connais.

DAMIS

Justement, je me le remets. C'est un original.

MEZZETIN

Qui n'est pas sans copie.

LE CHEVALIER, après avoir envisagé Damis et son valet

Je ne me trompe point. C'est Damis. C'est Mezzetin.

Ils s'embrassent.

LE CHEVALIER

Par quel hasard vous trouvez-vous a Québec ? Pour moi, si j'en ai fait le voyage,

AIR. [ Belle Brune. ]

C'est mon père,

Bis.

Qui, dans fa mauvaise humeur, Malgré moi, me l'a fait faire.

LE CHEVALIER

Oui ; mais je me suis bien vengé de sa tyrannie....

Il rit de toute sa force.

DAMIS

Comment cela ?

LE CHEVALIER

La veille de mon départ de Paris je me glissai la nuit dans fa bibliothèque, où je fis un désordre effroyable.

AIR 109. ( Sans-dessus dessous. )

Les plus célèbres écrivains,

Bis.

Ma foi, passèrent par mes mains.

bis.

LE CHEVALIER

Ho ! vous n'y êtes pas. J'ôtai de chaque tome vingt ou trente feuilles, sans respect pour aucun auteur ancien ou moderne, profane ou sacré. Je couvris le plancher de leurs dépouilles.

DAMIS

Quelle vengeance !

MEZZETIN

Malepeste !

MEZZETIN

Ventrebleu !

MEZZETIN

Quel dommage !

MEZZETIN

Non, ma foi ; ils en font quittes à bon marché.

MEZZETIN

Quel enragé !

LE CHEVALIER

AIR. ( Je ne suis né ni Roi ni Prince. )

Ravi d'avoir dans ma colère Joué ce beau tour à mon père, Avant l'Aurore je partis. Ainsi mes mains autoricides En une nuit de son logis Firent un Hôtel d'Invalides.

Il se remet à rire.

Je ne puis m'empêcher de rire quand je songe aux grimaces que mon père a dû faire après mon départ, en considérant les blessés.

MEZZETIN

Et en calculant ce qu'il lui en coûtera pour leur guérison.

DAMIS

Mais, Chevalier, pourquoi votre père vous-a-t-il éloigné de lui si désagréablement ?

DAMIS

AIR 41. ( Que je regrette mon amant. )

Mais cette personne avait donc Une humeur bien réjouissante ?

LE CHEVALIER

Je me proposais d'en faire ma femme ; mais...

DAMIS

Mais le Papa n'y voulut pas consentir apparemment.

LE CHEVALIER

Il fit plus. Le cruel me défendit de fréquenter Clarice. C'est le nom de ma Princesse.

MEZZETIN

Vous ne laissâtes pas de continuer à la voir malgré sa défense.

LE CHEVALIER

Belle demande !

DAMIS

Votre père perdit patience.

LE CHEVALIER

Vous y voilà. Et pour me séparer de Clarice, il m'a brusquement envoyé dans ce pays-ci.

MEZZETIN

Il y a des pères bien malins.

LE CHEVALIER

Tout ce que je crains, c'est que Clarice est une orpheline sans bien et sans appui...

AIR. ( Ahi, ahi, ahi ! Jeannette. }

Mon père la gâtera Dans l'esprit de la Police. Il est bien homme à oela ; Car je connais sa malice.

LE CHEVALIER

À cela près, je me console d'être hors de Paris. Je suis bien aise de voir le monde. Les voyages font bien les gens.

MEZZETIN

Et particulièrement les Parisiens.

DAMIS

Chevalier, je vous conseille de faire tous vos efforts pour oublier Clarice.

LE CHEVALIER

C'est mon dessein.

MEZZETIN

Vous en viendrez à bout.

LE CHEVALIER

Je n'en désespère pas.

LE CHEVALIER

Biribi, ... J'en veux boire ! J'en veux boire !

Pour bannir plus facilement Clarice de mon souvenir, je me suis déterminée à prendre pour femme une fille que Madame Bourdon me destine.

DAMIS

C'est fort bien fait.

LE CHEVALIER

Je ne l'ai pas vue ; mais c'est un joli sujet, à ce que m'a dit la Directrice.

AIR 111. ( Changement pique l'appétit. )

C'est une fille appétissante, Qui danse, qui saute et qui chante D'une manière qui ravit.

LE CHEVALIER

Jusqu'au revoir, Messieurs.

AIR. ( Quand ìe péril est agréable. )

Je vais prier la Directrice De vouloir hâter cet hymen. Je crois qu'un tendron de sa main Vaudra bien ma Clarice.

DAMIS

Je n'en doute nullement.

LE CHEVALIER

Je me sens par avance de l'amour pour ce tendron.

Il s'en va en dansant et en chantant.

Fin de l'AIR 87. ( Turlurette, turluron.)

Pour ce Tendron, Turelurette, Pour ce Tendron, Tureluron.

SCÈNE V. Damis, Mezzetin.

SCÈNE VI. Damis, Mezzetin, Boniface.

DAMIS

Ah ! voici Monsieur Boniface.

AIR. (Adieu paniers. Vendanges sont faites. )

Hé bien, dites-nous si vous êtes Du sort de Lucile éclairci.

MEZZETIN

Ouf !

DAMIS

Ô Ciel !

DAMIS, étonné

Mezzetin !

MEZZETIN, étonné

Monsieur !

DAMIS

Lucile mariée depuis six mois ! Il n'y a pas d'apparence à cela.

MEZZETIN

Avec un Homme que nous ne connaissons point ! Il y a de l'impossibilité là dedans.

DAMIS

AIR 17. (Vaudeville du Nouveau-Monde. )

Cette Lucile n'est donc pas Celle dont nous suivons les pas.

DAMIS

J'en suis persuadé. Cependant je serais curieux de voir cette Lucile qui se dit femme de Clitandre.

BONIFACE

Je l'ai vue un moment. Le Commis me l'a montrée comme elle passait avec son mari.

DAMIS

AIR. (Tes beaux yeux, ma Nicole.)

Puisque vous l'avez vue, Dépeignez-nous-la donc.

MEZZETIN, à Damis

Monsieur, voilà une Lucile qui ressemble diablement à la vôtre.

DAMIS

D'accord ; mais je £uk sûr que ce n'est pas elle.

DAMIS

Je gagerais bien que non. Monsieur Boniface, procurez-moi le plaisir de voir un instant cette Dame.

BONIFACE

Ne vous éloignez pas d'ici. Je contenterai votre curiosité, sitôt que j'en trouverai l'occasion.

Damis et Mezzetin s'en vont.

SCÈNE VII.

BONIFACE, seul

Est-ce qu'il y aurait effectivement ici une autre Lucile que celle qui se dit femme de Clitandre. Je ne le crois pas.

AIR 112. ( Pendant que nous sommes. )

Il n'en est aucune Dans cette Maison ; Ou s'il s'en trouve quelqu'une, Elle a donc changé de nom.

Mais voici celle que j'ai vue. Courons en avertir Damis.

SCÈNE VIII. Lucile, Clitandre.

CLITANDRE

Dans quel embarras ?

LUCILE d'un air embarrassé

Je crains...

CLITANDRE

Hé quoi ?

AIR. ( Ton limeur est cathereine. )

Que votre bouche s'explique.

CLITANDRE

Ho, que fi !

SCÈNE IX. Lucile, Clitandre, Damis, Mezzetin, Boniface.

BONIFACE, montrant Lucile à Damis

Tenez, regardez. Est-ce-là vous Lucile ?

DAMIS

AIR 18. ( Menuet de Grandval. )

Oui, juste Ciel ! C'est elle-même !

LUCILE

AIR. ( Pourquoi n'avoir pas le coeur tendre ? )

Vous me condamnez sans m'entendre.

DAMIS

Serait-il possible ?

LUCILE

Je suis venue ici de Paris avec Clitandre qui comme moi a été injustement envoyé en Canada. Nous nous sommes fait une mutuelle confidence de nos affaires ; et nous avons jugé à propos de nous dire mariés ensemble. Sans ce mensonge favorable,

AIR. ( Qu'on apporte bouteille. )

Pour vous j'étais perdue ; Et Madame Bourdon Peut-être m'eût déjà pourvue De quelque époux de sa façon.

Mais le Ciel m'a du moins sauvée de ce malheur.

DAMIS

Jugez de ma joie par la vôtre.

AIR. ( Vous brillez seule en ces retraites. )

Je suis venu dans ces retraites Plus que jamais épris de vos appas. Damis ne se plaît qu'où vous êtes ; Et partout il suivra vos pas.

Sitôt que j'ai su l'injustice de vos parents, à votre égard, j'ai vendu à Paris tous mes effets, pour venir vous épouser en Canada, et passer mes jours avec vous dans une agréable habitation que je suis en état d'acheter.

AIR 74. ( Viens, charmante Anette.}

C'est dans cet asile, Ma chère Lucile, Que mille plaisirs Combleront vos désirs.

CLITANDRE

AIR. ( Ma raison s'en va beau train. )

De votre époux il faut donc Que j'abandonne le nom ?

CLITANDRE

Damis, il n'appartient qu'à vous : C'est à vous de le prendre, Lonla , C'est à vous de le prendre.

Voilà Lucile hors d'affaire : mais je ne le fuis pas encore, moi. Quand Madame Bourdon saura que je ne suis point marié, elle voudra que je le sois. Heureusement, je connais le Secrétaire du Gouverneur. Je vais le trouver. Je crois qu'il voudra bien entrer dans mes intérêts.

LUCILE

N'en doutez pas ; et il aura du moins le crédit de vous préserver du malheur de recevoir une Belle des mains de la Directrice.

DAMIS

Oh, qu'oui !

SCÈNE X. Lucile, Damis, Mezzetin.

SCÈNE XI.

MEZZETIN seul, rêvant

Les voilà qui vont se marier. Le Ciel en soit loué ! Je meurs d'envie d'en faire autant... Mais doucement, Monsieur Mezzetin, vous oubliez que vous avez une femme à Paris.

AIR 57. ( Perrette étant dessus l'herbette. )

Ah ! morbleu, cela me chagrine ! Je suis époux de Colombine ; Mais personne ici ne le sait. D'ailleurs, d'un Garçon j'ai la mine, Sur ma foi, risquons le paquet.

Pourquoi non ? Je ne reverrai jamais mon épouse, trop de mers nous séparent. Rien ne doit m'arrêter. Au reste,

AIR (Je ne suis né ni Roi ni Prince.)

Je crois que cette bonne Dame. Mérite un Mari polygame. Ma foi, de notre éloignement Je jurerais que la volage De son coté dans ce moment Fait à peu près le même usage.

Il sort.

Le fond du théâtre s'ouvre, et représente une Salle en forme de Temple. On voit comme dans une Chaire de Régent un Notaire bizarrement vêtu, qui écrit sur un Regître, et Madame Bourdon habillée d'une maniéré modeste.

SCÈNE XII. Madame Bourdon, Lucile, Damis , Le Notaire.

MADAME BOURDON, à Damis

AIR. ( Ma pinte et ma mie ô gué. )

Pour Lucile, enfin, Monsieur, L'amour vous enflamme.

DAMIS

AIR. ( Allons gay. )

C'est ma plus chère envíe.

MADAME BOURDON, à Damis

Votre main.

DAMIS, la donnant

La voilà.

MADAME BOURDON, à Lucile

Et la vôtre, ma mie.

LUCILE, la donnant

La voici.

MADAME BOURDON

Mais aimez-vous toujours dans votre asile.

AIR. ( Ce sont les amours qui font les beaux jours. )

D'un amour sincère Sans cesse enflammés, Soyez animés Du soin de vous plaire. Ce sont les amours Qui font les beaux jours.

Damis et Lucile saluent Madame Bourdon, et se retirent.

SCÈNE XIII. Madame Bourdon, Mezzetin.

MADAME BOURDON

AIR. ( Dondaine, dondaine. )

Mais, que me veut dire ce gros garçon ?

Bis.

MEZZETIN, saluant Madame Bourdon

Salut à Madame Bourdon, Dondaine, dondaine.

MADAME BOURDON

Ouidà, mon ami, il faut te satisfaire, puisque tu es de si bonne volonté. Mais quel talent as-tu pour subsister ici ; car tu n'es pas riche apparemment ?

MADAME BOURDON

Cela suffira.

AIR. ( Je n'en veux pas davantage. )

Avoir le coeur à l'ouvrage, C'est tout ce qu'il faut ici.

MADAME BOURDON

Hé, non, non, non, Il n'en faut pas davantage.

Comment vous appelez-vous ?

MEZZETIN

Mezzetin.

MADAME BOURDON, au Notaire

Écrivez ce nom, Monsieur Griffon.

MADAME BOURDON

Cela est juste. Tu me parais mériter cette distinction.

AIR 85. ( Commer', j'ai un bon Mari. )

Je vais à mon magasin

Bis.

Moi-même chercher du fin, Une fille de mise : Je vais ramener enfin, De bonne marchandise.

Elle r'etttre.

SCÈNE XIV.

MEZZETIN, seul

AIR. ( Amis, sans regretter Paris. )

Que cette Madame Bourdon À l'humeur obligeante ! De sa main j'attends un trognon D'une beauté charmante.

Cela m'est hoc.

AIR 51. ( Allons voir, trois fois. )

Je vais voir, je vais voir, je vais voir Dans un moment ma future ; Je vais voir, je vais voir, je vais voir Quell'mine elle peut avoir.

Ha ! La voici.

Fin de l'AIR. (J'entends le moulin taqueter. )

Ah ! Déja je sens, tique, tique , taque, Oui, je sens mon coeur taqueter.

Hoc : Fig. Ce qui est assuré à quelqu'un. [L]

SCENE XV. Mezzetin, Madame Bourdon, Colombine voilée.

MADAME BOURDON

AIR 6. ( Vous avez bien de la bonté. )

Tiens, je t'amène, mon Poulet Une aimable Poulette.

MADAME BOURDON

Je vous crois tous deux bien assortis.

MADAME BOURDON

Çà, donnez-vous 1a main... Découvrez-vous , Mademoiselle, vous êtes mariée.

Colombine ôte son voile.

MEZZETIN, reconnaissant sa femme

Hoï-mé !

MADAME BOURDON

AIR 17. ( Diablezot. )

Vois-tu ce petit air mutin.

MEZZETIN

Diablezot !

MADAME BOURDON

Mais qu'avez-vous donc tous deux ? Vous changez, de visage l'un et l'autre !

COLOMBINE

AIR 18. ( Menuet de Grandval. )

Ah ! C'est donc toi, vilain ivrogne ?

COLOMBINE

AIR. ( Des Fraises. )

Qui croyait en Canada Trouver ce misérable ?

MEZZETIN, la menaçant

Sans Madame que voilà...

MEZZETIN

Je le crois. Je juge de vous par moi-même.

MADAME BOURDON

AIR. ( Quand Iris prend plaisir à boire. )

Laissez-là ces paroles vives, Ces fureurs et ces invectives ; Parlez-vous d'un air plus poli.

À Colombine.

Même dessein vous tenait en cervelle, Vous vouliez un nouveau mari, Et le drôle voulait aussi Prendre aujourd'hui

Bis.

Femme nouvelle.

Vous n'avez rien à vous reprocher. Croyez-moi, mes amis, faites de nécessité vertu. Réconciliez-vous de bonne foi.

MEZZETIN

J'y consens.

MADAME BOURDON, Colombine

Et vous ?

COLOMBINE, d'un air froid

Je ne m'y oppose pas ; mais...

MEZZETIN, d'un air brusque

Quoi, mais ?... Il n'y a rien encore de fait.

COLOMBINE, à Madame Bourdon

AIR 117. (Hé, mariez-vous donc ?)

Vous voulez que je me remette Avec cette tête malfaite, Pleine de souris et de rats ?

MADAME BOURDON

Embrassez-vous tous deux sans rancune.

MEZZETIN

Soit. Je ne veux plus me ressouvenus du passé.

COLOMBINE

Ni moi non plus.

MEZZETIN, à Colombine

(J'entends déja le bruit des armes.)

Faisons la paix, ma Colombine.

COLOMBINE

Tu viens d'apaiser mon courroux.

SCÈNE XVI. Madame Bourdon, Mezzetin, Colombine, Le Chevalier.

MADAME BOURDON

AIR 53. ( Je suis un Précepteur d'amour. )

À servir votre empressement, Chevalier, je suis toute prête ; Vous allez voir, dans un moment L'objet dont je vous ai fait fête.

Attendez ici. Je suis à vous dans un instant.

Elle rentre.

SCÈNE XVII. Le Chevalier, Mezzetin, Colombine.

LE CHEVALIER

J'ai un pressentiment que je vais voir une belle personne.

MEZZETIN

J'en suis persuadé. Oh, MadameBourdon sert bien les jolis Hommes.

Lui montrant Colombine...

Par exemple...

AIR 97. (J'ai bien la plus sobre femme.)

Cette belle est mon partage.

SCÈNE XVIII. Le Chevalier, Mezzetin, Colombine, Madame Bourdon, Clarice voilée.

MEZZETIN

Vous ferez aussi bien partagé que moi.

LE CHEVALIER

Je le souhaite.

MEZZETIN, lui montrant Clarice

Je vous en réponds. Tenez, regardez.

AIR. (Ha, vous avez bon aire ! )

Voyez cette Pouponne.

MADAME BOURDON

AIR. ( Je ne vous ai vu qu'un seul petit moment. )

Vous applaudissez, Chevalier, à mon choix Vos yeux sont satisfaits, je le vois.

MADAME BOURDON

AIR ( Le Cabaret est mon réduit. )

Déjà vous en êtes épris ?

LE CHEVALIER

Vous irritez l'envie que j'ai de les voir.

MADAME BOURDON

e vais vous contenter.

Elle prend les mains de Clarice et du Chevalier, en disant à la Dame :

AIR. (La mirtamplain.)

Pour époux ce jouvenceau À vous se présente ; Je vous joins d'un noeud si beau.

CLARICE

Oui, c'est le Papa Moreri, dont vous n'avez pas moins que moi sujet de vous plaindre.

AIR ( Tu croyais en aimant Colette. )

Mais le Dieu puissant de Cithère, L'appui des amants malheureux, Pour nous venger de votre père Nous a rejoints ici tous deux.

CLARICE

Ne songeons qu'à nous aimer.

AIR. ( Ha ! Phylis, je vous aimerai tant. )

C'est un emploi fort amusant, Cher époux, je vous aimerai tant !

MADAME BOURDON

Ho-çà, mes amis, apprenez votre destination. Il vous est ordonné de vous établir sur les bords du fleuve Saint-Laurent avec ceux qui ont été mariés dans cette maison depuis trois jours. Partez tous ensemble. Vous trouverez près de rivage le vaisseau qui doit vous porter au Canton où vous ferez votre demeure.

AIR. ( Tout le long de la rivière. )

Vite qu'on s'assemble. Adieu, mes enfants ; Allez tous ensemble Joyeux et contents Tout le long de la Rivière, Laire, Lonlanla, Tout le long de la Rivière, Ah ! qu'il fait bon là i

SCÈNE XIX ET DERNIÈRE. Mezzetin, Colombine, Le Chevalier, Clarice, Troupe d'hommes et de femmes mariés.

On danse, et la danse est coupée par ces deux couplets.

VAUDEVILLE.

AIR 153. De Monsieur Gillier.

PREMIER COUPLET.

615 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica