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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Alzaïde

Nicolas-Michel Linant· créée en 1745, imprimée en 1746· 5 actes· 1 146 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois sur le théâtre de la Comédie française, le 13 décembre 1745.

Personnages

  • ALZAÏDE, reine d'Arabie
  • AMÉNOPHIS, Roi d'Egypte
  • ZARAES, Roi d'Arabie, tributaire d'Egypte
  • EZIRE, Confidente d'Alzaïre
  • PHERÈS, confident d'Aménopis
  • MENOS, capitaine des gardes d'Aménophis
  • NISUS
  • OSIRIS
  • SUITE DU ROI
  • GARDES
ODE SUR L'ENTREPRISE DU PRINCE DE GALLES Où va cet Aigle magnanime Son aire est donc en proie au Vautour étranger : Il part du Capitole, et du haut de sa cime S'élance ardent à se venger. Il voit de l'Ibérie intrépide Dans les Champs Piémontais les exploits inouïs ; Vers les bords de l'Escaut il fuit son vol rapide Et passe en admirant LOUIS. Plus prompt que les feux du tonnerre Le voilà tout-à-coup sur les bords Ecossais, Au fier Usurpateur déjà portant la guerre Aux yeux du Léopard Anglais. ÉDOUARD, poursuis ta conquête, L'orage en vain s'étend ; rien ne peut t'arrêter, Tu braves, tu chéris l'effroyable tempête Que tu sus toi seul exciter. Tel, l'Ange qui conduit la foudre, Répand avec le bruit l'épouvante et l'horreur, Quand l'Univers entier craint d'être mis en poudre, Il est seul exempt de terreur. Quel Peuple vaillant et fidèle Du sein fougueux des Mers te reçut dans ses bras ! Il te plaint, il t'admire, il combat, il appelle La Victoire qui fuit tes pas. Tu cours aux dangers pour un ère, Prêt pour sauver tes jours lui-même à s'immoler ; La gloire à sa tendresse arrache encor ton Frère Impatient de t'égaler. Du monde remplissez l'attente ; Osez briser un joug aussi dur que honteux : Voilà vos Souverains, Thémis vous les présente ; Anglais, hâtez-vous d'être heureux. Votre main toujours avec joie Couronna les talents, les vertus, la valeur, Dans le sang de vos Rois que le Ciel vous renvoie, Ces dons font unis au malheur. Ah ! Pouvez-vous les méconnaître En ce Prince qui brave et le fer et le feu. Londres attend son Héros, l'Écosse en fait son Maître, Et, la Thrace en eût fait son Dieu.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Alzaïde, Ezire, Pherès.

PHÉRÈS

Songez qu'Onès son père usurpa l'Arabie, Au trône de Memphis de tout temps asservie, Sujet d'un souverain soumis à notre loi, Il s'arme pour régner, triomphe, se fait Roi, Meurt, et laisse à son fils cette vaste contrée, Sous Busiris bientôt l'Egypte déchirée Aux voeux de votre époux prête de la céder, Exigea le tribut qu'il devait accorder. Impatient d'un joug dont il fallait dépendre ; Il attaqua nos Rois qu'il aurait dû défendre ; Combien de fois lui-même, où par les mains d'Iphis, Envahit-il l'Egypte, assiégea-t-il Memphis, Où caché sous le nom de ce chef si fidèle, En la trompant toujours, sut-il triompher d'elle ? Nos murs étaient détruits, et nos champs ravagés, Quels coups il nous porta ? Le Roi nous a vengés ; Il vainquit ce héros, ses destins l'accablèrent ; Sans le connaître alors, nos Guerriers l'enchaînèrent ; Avec ce même Iphis dans nos fers retenu, Parmi d'autres captifs, il vécut inconnu ; Aménophis apprend qu'il est en sa puissance, Touché de son malheur, il cherche sa présence, Et de le consoler s'impose le devoir ; Zaraès qui le sait dédaigne de le voir ; Son Prince, que vers lui la pitié seule entraîne, N'imputant qu'à ses maux l'éclat de tant de haine, Retient des mouvements qu'excite son grand coeur, Et ne l'offenfe point par l'aspect du vainqueur : Mais il fait plus, Madame, un peuple téméraire Toujours prêt à punir l'auteur de sa misére, Pour perdre Zaraès se rassemblait toujours, De son captif cent fois le Roi sauva les jours, Et trop sûr qu'à ses dons votre époux insensible, Par haine à ses regards était inaccessible, Ce Monarque envers tous, clément comme les Dieux Lui devint invisible, se bienfaisant comme eux.

SCÈNE II. Alzaïde, Ezire.

ALZAÏDE

Ô Ciel !

ALZAÏDE

Busiris excita mes premières alarmes ; Il ouvrit pour jamais la source de mes larmes ; Ce monstre couronné, qu'animait la fureur, Qui toujours devant lui fît marcher la terreur, Oncle d'Aménophis, allié de mon père , Me promit ce héros : que sa main m'était chère ! Temps heureux, où mon cceur approchait du moment Qui devait pour jamais m'unir à mon amant ; Où le voyant brûler d'une flamme aussi pure, Je m'oubliais moi-même, et toute la Nature ; Des crimes du Tyran mon père épouvante Fit parler à la Cour lauftére vérité -> Il frappa Bufiris d'un remords inutile , Et contre son couroux recherchant un asile, Il trouva Zaraès, il lui promit ma main : Il obtint à ce prix l'appui d'un souverain. Zaraès par l'hymen d'une fille étrangère, Prétendait s'assurer de la foi de mon père, Qui jura, malgré lui, de combattre son roi. Gage de ses serments, victime de sa foi, Il fallut m'exiler aux déserts d'Arabie : Et laissant loin de moi le bonheur de ma vie, M'arracher à mon Prince, et n'espérer plus rien ; Je savais son amour, il ignorait le mien ; Je partais : je le vis ; sa profonde tristesse, Ses regrets, ses fureurs égalaient ma tendresse ; Je ne lui parlai point : et tu dois concevoir, Que sans force, sans voix, je ne pus que le voir ; Mes sens étaient troublés ; dans ce désordre extrême, Cruelle à mon amant, plus cruelle à moi-même, Enfin je m'éloignai du tendre Aménophis, Tournant encor les yeux vers les murs de Memphis. Le flambeau de l'Hymen m'éclaira sur mon crime, Et j'arrêtai mes pas sur les bords de l'abîme, L'excès de mon erreur rappella ma vertu : Je reconnus l'Amour quand je l'eus combattu : Ennemi qu'à dompter en vain l'âme s'obstine, Qui toujours triomphant renaît de sa ruine : Et je ne remportai pour prix de mes efforts, Qu'une ardeur plus coupable, et d'éternels remords. Mon époux , dont l'Egypte exigeait un hommage, Au lieu de ce tribut y porta le ravage, Busiris qu'il cherchait, expira sous ses coups ; Son neveu prit sa place, et punit mon époux. C'est lui qu'il faut fléchir : Zaraès me l'ordonne. J'ignore ses projets : mais cet ordre m'étonne ; Sa haine et son orgueil semblent se démentir ; Quoiqu'il en foit, Ezire, il a fallu partir : Je n'ai point balancé. Depuis trois ans d'absence Je sentais de mon feu mourir la violence ; J'ai cru jusqu'à ce jour qu'enfin il s'éteignait ; Me voici dans ces lieux que ma vertu craignait. Phérès par ses discours a réveillé mon trouble, A porté dans mon âme une ardeur qui redouble, Chère Ezire, et je sens livrée à mon devoir, Tous les maux d'un amour coupable, et sans espoir.

SCÈNE III. Alzaïre, Ezire, Pherés.

ALZAÏDE

Je vous fuis.

SCENE IV. Alzaïde, Ezire.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Aménophis, Ménos, Nisus.

SCÈNE II. Aménophis, Ménos, Nisus, Oisris, Suite.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Aménophis, Pherés.

PHÉRÈS

Elle vient.

AMÉNOPHIS

Ciel !

SCÈNE V. Alzaïde, Aménophis, Phérès, Ezire.

ALZAÏDE

Dieux !

AMÉNOPHIS

Hélas !

SCÈNE VI. Alzaïde, Aménophis, Ezire, Phérès.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Alzaïde, Ezire.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Alzaïde, Zaraès.

ZARAÈS

Qu'il aime ses sujets, mais qu'il me traite en Roi Que me font des vertus qui ne sont pas pour moi ?

Zaraès a la même exigence que Porus vaincu par Alexandre dans "Alexandre le Grand" de Jean Racine.

ZARAÈS

Que sa haine, et que son injustice En ce jour, ici même ordonna mon supplice. Sans cesse prétextant au mépris de mes droits Que j'ai dû le servir et ramper sous ses lois. Si mon père usurpa, je fus Roi légitime : Mes peuples m'ont élu : m'opprimer est un crime. Alzaïde, écoutez : j'excuse en vos discours L'Amour de la vertu, l'interêt de mes jours : Mais de fausses vertus vous ont préoccupée : Songez à mes affronts : vous serez détrompée : De votre âme jamais pourront-ils s'effacer ? Est-il besoin ici de vous les retracer ? Et ne devrai-je pas vous entendre me dire, Qu'il est honteux pour moi qu'Aménophis respire Vaincu, pris, avili, dans mille maux plongé, Quoi ! Je suis votre époux, et ne suis pas vengé ! Si je diffère encor, suis-je digne de l'être ? Je subis dans sa cour l'infâme sort d'un traître > Et mon bras lui prépare un glorieux trépas. Il m'a mis dans les fers : je ne l'en charge pas. Je vois même en ce jour désoler mon empire ; Le sien subsiste encor... oui, je vais le détruire. Que le superbe coeur qui m'a trop offenfé , De ce fer aujourd'hui soit mille fois percé ; Que vengeur des affronts qu'il a faits aux Monarques, De leur honte en son sein j'efface ici les marques. Dans ces lieux où j'ai su qu'il ordonna ma mort, Ah ! C'est-là que je veux qu'il termine son sort, Qu'il me voye en mourant maître de sa puissance, Contempler sa douleur, et goûter ma vengeance. Vous y serez présente... oui, vous-même verrez Son sang, sa mort, sa honte, et vous en jouirez. Vous frémissez, Madame.

SCÈNE I..

SCÈNE V. Alzaïde, Aménophis, Phérès, Nisus, Suite.

AMÉNOPHIS, à part

Que dit-elle ?

AMÉNOPHIS, en s'approchant d'elle

Calmez cette douleur affreuse.

ALZAÏDE, apercevant le Roi, et laissant tomber le poignard

Dieux ! Que vois-je ?...

AMÉNOPHIS

Arrêtez...

SCÈNE VI. Aménophis, Phérès, Nisus, Osiris, Gardes.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Aménophis, Phérès, Zaraès.

ZARAÈS, à part

Que me veut-il ?

ZARAÈS

Non de vous.

ZARAÈS, à part

Ciel !

SCÈNE III. Alzaïde, Aménophis, Zaraès, Ezire.

ZARAÈS, à part

Qu'entends-je ?

AMÉNOPHIS

Quoi donc ?

ZARAÈS

Ma liberté.

SCÈNE IV. Aménophis, Alzaïde, Ezire.

SCÈNE V. Nisus, Aménophis, Alzaïde, Ezire.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Alzaïde, Ezire.

SCÈNE III. Aménophis, Alzaïde, Ezire, Oziris, Suite.

AMÉNOPHIS

Ce rebelle ?

SCÈNE IV. Zaraès, Aménophis, Alzaïde, Ezire, Osiris, Suite, Gardes.

ALZAÏDE, à part

Mon époux expirant...

AMÉNOPHIS

Zaraès.

ALZAÏDE

Dieux !

1 146 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica