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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· En un Acte et en Vers

Richelieu Homme de Lettres

Georges Longhaye· imprimée en 1879· 594 vers· 17 personnages

Personnages

  • ARMAND DU PLESSIS, cardinal, duc de RICHELIEU
  • FRANÇOIS LE MÉTEL, sieur de BOISROBERT, abbé de Châtillon-sur-Seine
  • PIERRE CORNEILLE, avocat à la table de marbre du parlement de Normandie
  • JEAN ROTROU
  • GUILLAUME COLLETET, avocat au parlement de Paris
  • CLAUDE DE L'ESTOILE, sieur du Saussay
  • FRANÇOIS MAYNARD, président au présidial d'Aurillac
  • FRANÇOIS TRISTAN L'HERMITE, gentilhomme de Monsieur
  • GEORGES DE SCUDÉRY, gouverneur de Notre-Dame-de-la-Garde
  • JEAN DE MAYRET, domestique du comte de Belin
  • PIERRE DU RYER, secrétaire du duc de Vendôme
  • JEAN DESMARETS, sieur de SAINT-SORLIN, conseiller du roi
  • VALENTIN CONRART, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France
  • CLAUDE FAVRE, sieur de VAUGELAS, baron de Peroges, chambellan de Monsieur
  • JEAN CHAPELAIN
  • DEUX PAGES
  • UN HUISSIER

RICHELIEU, HOMME DE LETTRES

SCÈNE I. Richelieu, Boisrobert, Corneille Rotrou, Colletet, L'Estoile assis.

RICHELIEU

Parlez.

BOISROBERT, à Corneille

Monsieur, imitez l'Italie !

L'ESTOILE

Jamais.

CORNEILLE

J'en suis ravi.

RICHELIEU

Non, ce n'est point assez, Pour que les actions répondent aux paroles, Recevez de ma main ces soixante pistoles.

Ces détails sont historiques. Voir Pellisson, Histoire de l'Académie.

CORNEILLE

Monseigneur...

SCÈNE II. Corneille, Rotrou, Boisrobert, L'Estoile, Colletet, puis un page.

L'ESTOILE, à Colletet, qui compte son argent

Eh bien ! tout le Pactole est chez vous aujourd'hui.

CORNEILLE

Eh bien !

ROTROU

Encor !

ROTROU, à Corneille

De grâce !

BOISROBERT

Comme feu du Perron, seriez-vous d'aventure Colonel général de la littérature ?

Ce titre bizarre fut réellement donné à du Perron par quelques uns de ses contemporains.

SCÈNE III. Corneille, Rotrou, L'Estoile, Colletet.

L'ESTOILE

Pour moi...

COLLETET

Nous vous laissons Rotrou, qui va vous consoler.

Il sort avec l'Estoile.

SCÈNE IV. Corneille, Rotrou.

ROTROU

Mais non.

ROTROU

Hélas !

CORNEILLE

Parlez franc.

SCÈNE V. Corneille, Rotrou, Maynard, Tristan.

ROTROU

Bonjour, monsieur Tristan.

Il l'emmène au fond du théâtre.

CORNEILLE

Qui ? moi ?

CORNEILLE, à part

Voilà prendre son temps !

CORNEILLE

Mon refus ne doit pas vous surprendre. Venez : en quatre mots nous allons nous entendre.

Il l'emmène au fond du théâtre. Entrent Scudéry, Mairet, du Ryer.

SCÈNE VI. Les mêmes, Scudéry, Mairet, Du Ryer.

DU RYER

Ils l'ont déjà bien dit.

Entrent Desmarets, l'Estoile et Colletet, qui vont se grouper au fond du théâtre.

SCÈNE VII. Les mêmes, Conrart, Vaugelas, Chaoelain.

UN HUISSIER

Monsieur le Cardinal.

Tous se rangent des deux côtés du théâtre. Le cardinal entre, suivi de Buisrobert et de deux pages.

SCÈNE VIII. Les mêmes, Richelieu, BOisrotbert, Deux pages.

BOISROBERT, présentant Tristan

Monsieur Tristan l'Hermite, Officier de Gaston.

RICHELIEU

Volontiers.

BOISROBERT, présentant

Le président Maynard.

RICHELIEU

Voyons... C'est un place !

Il lit rapidement et prononce le dernier vers : Que veux-tu que je lui réponde ?

Bien. Très ingénieux. Boisrobert vous dira ce qu'il, lui faut répondre. Il suffit.

Richelieu fut en réalité plus dur encore. Il répondit : « Rien. »

SCUDÉRY, saluant

Monseigneur...

RICHELIEU, à Scudéry

Nous songerons à vous.

BOISROBERT, présentant du Ryer

Monsieur Pierre du Ryer.

RICHELIEU

Eh bien !

DESMARETS

Je suis pris et n'ai qu'à me soumettre.

Richelieu veut passer de l'autre côté du théâtre. Corneille le suit.

CORNEILLE

Monseigneur !

RICHELIEU

Parlez.

RICHELIEU

Monsieur... !

BOISROBERT, se rapprochant

Monseigneur...

RICHELIEU

Oui, mais j'ose compter qu'on verra ma constance De leurs préventions vaincre la résistance. Jaloux de soutenir mon rang de protecteur, Je me ferai près d'eux votre solliciteur. La volonté du roi d'ailleurs est sans réplique, Et ma voix dès ce jour va la rendre publique.

Il fait un signe : tous les assistants se rapprochent de lui.

Messieurs, depuis longtemps vous saviez nos projets. Le roi, préoccupé du bien de ses sujets, Daigne y mettre le sceau de la toute-puissance, Et notre académie aujourd'hui prend naissance. Comptant que la nouvelle a de quoi vous charmer, Je n'ai rien attendu pour vous en informer. C'est peu que devant nous l'Europe déjà tremble ; Je veux pour mon pays tous les lauriers ensemble. Si nos armes partout font craindre leur pouvoir, La France aspire encore aux palmes du savoir, Et, non moins que l'effroi répandant la lumière, Entre les nations doit marcher la première. Il semble que pour nous le moment soit venu. Je sens dans les esprits un transport inconnu ; Je vois l'oisiveté, l'ignorance bannies, Tous les arts florissants, nombre d'heureux génies Par qui notre langage, habilement dompté, Dépouille sa rudesse, épure sa beauté Et, sur tous nos voisins nous donnant la victoire, Promet au nom français une nouvelle gloire. Il faut, pour achever, qu'assemblés en un corps, Les plus doctes esprits unissent leurs efforts ; Il faut que désormais la jeune académie Offre à tous les talents une critique amie, Fasse aimer son crédit sans jamais l'imposer, Et dirige le goût sans le tyranniser. Animez-vous, messieurs, de l'ardeur qui m'inspire ; Du plus noble des arts méritez-nous l'empire ; De vos premiers succès magnanimes rivaux, Concevez chaque jour de plus dignes travaux. Allez, et de ma bouche acceptez l'assurance Que je compte sur vous pour l'honneur de la France.

Voir dans Pellisson l'édit de fondation de l'Académie française, rédigé par Conrart et inspiré par Richelieu.

594 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica