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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Zénobie, Reine de Palmire

Jean Magnon· créée en 1644, imprimée en 1660· 5 actes· 1 624 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois en 1644 par la troupe de l'Illustre théâtre.

Personnages

  • AVRELIAN, Empereur de Rome
  • ZÉNOBIE, Reine des Palmyréniens
  • ODÉNIE, Fille de Zénobie
  • RUTILE, lieutenant Général d'Aurélian
  • MARTIAN, lieutenant Général d'Aurélian
  • ZABAS, lieutenant Général de Zénobie
  • TIMAGÈNE, lieutenant Général de Zénobie
  • ILIONE, suivante
  • DIORÉE, suivante
  • GARDES
Sonnet

SONNET À MADAME ROYALE.

CHRISTINE Incomparable, et vraiment héroïne, Que peux-tu désirer ? Le Ciel t'a tout donné, C'est lui dont la faveur à l'imiter t'incline, Ou lui par qui ton coeur s'y sent déterminé. Ah ! Que ne tiens-tu pas d'une telle origine, Tu tiens du Ciel un coeur que lui seul a borné ; Si ton sang est royal, ton humeur est divine, Et ton moindre avantage est un front couronné. Mille est mille vertus qui forment ton partage Doivent forcer l'envie, à te rendre un hommage ; En effet sous tes pieds ce monstre est abbattu. Rien ne saurait choquer ton repos ni ta gloire ; Et si le Ciel devrait un trône à ta vertu, Il ne peut moins devoir qu'un temple à ta mémoire.
Madame,

À TRÈS HAUTE ET TRÈS PUISSANTE PRINCESSE, MADAME CHRISTINE DE FRANCE, DUCHESSE DE SAVOIE

L'illustre Zénobie, qui a été la merveille du passé, et devait être l'admiration de l'avenir se pouvait vanter d'être l'Inciomparable de son sexe, si pour humilier sa gloire, le Ciel n'eut fait naître douze cent ans après elle l'unique Christine de France Duchesse Souveraine de Savoie. Ce n'est pas que Zénobie se plaigne au Ciel de vous avoir donnée à la terre ; bien éloignée dde ce sentiment, elle vient vous protester par ma voix, qu'elle est moins glorieuse d'avoir été l'objet de la vénération de son temps, que d'avoir servi de première idée à la Nature pour se former tout se qui compose Votre ALTESE ROYALE. Je veux ire cette perfection consommée qui vous rendant par préférence à tout autre l'Héroïne de votre sexe, force Zénobie de venir jusques dans la Capitale de vos États pour avouer qu'elle n'est plus de votre ombre, et me porte à vous rendre un hommage que votre mérite extraordinaire exige de tout le monde. Non, Madame, personne n'en est dispensé, toute la terre vous le doit, non parce que vous êtes fille d'Henri le grand, soeur de Louis le Juste, et Tante de Louis dieu-donné, mais parce que vous êtes Vous-même , et que vous seriez plus digne de commander à toutes les Nations par un mérite qui vous est propre, que par des considération naturelle. Qui donc a jamais mieux mérité que votre ALTESSE ROYALE l'Empire du Monde ; ce ne sont ni les Sémiramis, ni les Tiomiris, elles ont eu mille défaut, et vous êtes accomplie, si bien que vous ne pouvez permettre à l'imagination humaine de se rien figurer qui vous approche que la fameuse Zénobie. Elle est sortie, MADAME, du sang des Ptolémées, vous êtes sortie du Sang de Bourbon ; Elle a été femme du grand Odenat, Vous avez été celle du grand Victor Amédée, et Vous avez eu toutes deux la gloire d'avoir épousé des des Souverains, qui selon les vertus réglant leurs prétentions, n'ont jamais mesuré leurs états que par l'étendue de leur courages. Que n'auraient-ils pas fait tous deux, si leur mort n'eut borné leur victoire ; mais ne m'avouerez-vous point, que sans leur trépas votre ALTESSE ROYALE, ni Zénobie, n'auriez pas fait connaître à toute la Terre votre courage et votre prudence, et que votre sexe est aussi capable que le nôtre d'entreprendre hardiment et d'exécuter plus glorieusement. On vous a vues, MADAME, l'une et l'autre dans votre veuvage solenniser par mille actions éclatantes la mémoires de vos illustres époux, et quand la fortune a voulu vous exercer, on vous a vues dans vos Régences soutenir avec un zèle infatigable contre l'invasion des vos ennemis l'héritage des vos illustres enfants. C'est ici que je puis dire à Votre ALETESSE ROYALE que l'incomparable Comte d'Harcourt vous a dignement servie, et que cependant, il ne s'agira jamais de travailler pour votre gloire, que cet insigne Faiseur de miracles en matière de victoires ne prodigue toujours cette même vie qu'il a si souvent exposée pour votre service. Ne doit-il pas, aussi MADAME, me confesser que jamais trône n'a porté une souveraine plus digne d'être servie que vous l'êtes ; vous attirez tous les coeurs à vous, vous les gagnés, vous les conservez, et j'ajoute que si le Ciel eut voulu qu'on eut aussitôt assujetti les hommes par le coeur que par le bras, vous pourriez être dès longtemps la seule Maîtresse du Monde. Il serait juste que vous la fussiez ; Vous avez tout ce qu'il faut pour être digne de l'être ; Vous avez la naissance et la générosité, vous avez la douceur et la majesté, Vous avez l'intelligence et la prudence, et je tiens dans l'idée que je me fais qu'un parfait gouvernement, que le monde serait très heureux d'être gouverné par votre ALTESSE ROYALE. Toutefois, MADAME, le Ciel pour la disgrâce de la terre vous a simplement soumis à la Savoie ; mais au défaut d'un Empire, ne vous a-t-il pas fait présent d'un coeur qui est incomparablement plus grand que tout le monde, et qui le tiendra toujours plus digne de ses mépris, qu'Alewandre ne le crut digne de son ambition. En effet quel usage ne faite vous pas des grandeurs , Vous en être la Maîtresse, pendant que tant d'autres souverains en sont les esclaves. Ah ! Qu'il est beau d'entendre dire à toute l'Eruope, que jamais la NAture n'a produit un coeur si généreux que celui de votre ALTESSE ROYALE et que quant à la fermeté de l'âme, les plus rudes revers de la Fortune ne pourraient ébranler votre courage. On l'a vu, MADAME, dans le plus grands périls avec une extrême constance ; il est vrai que votre prudence était de la partie, et que si l'infortunée Zénobie est eu autant de conduite que vous, elle eut conservé ses états comme vous avez conservé les vôtres, et les eut remis aussi bien que vous, à ses enfants, moins comme une succession de leur père, que comme une nouvelle acquisition faite à force de prudence et de valeur. Quelle gloire pour Votre ALETESSE ROYALE, d'avoir remis au Prince Votre Fils des États si bien conservés, et par votre admirable conduite, et par celle de votre excellent Ministre si florissants, qu'il n'est point de Souverain qui ne les dût regarder avec envie, si ce n'est que le Prince votre Fils qui les possède trouve infiniment plus en Soi que dans sa Souveraineté de quoi leur donner une perpétuelle jalousie. Vous avez encore Madame_la_Princesse Votre fille, qui peut bien empêcher tous ces souverains d'avoir de l'envie pour les états du Prince son Frère. Ils n'ont que trop de la passion qu'Elle leur donne. L'Amour qu'Elle fait naître dans leurs âmes y surmonte l'ambition, et n'y laisse que ce profond respect qui les plus grand Rois de l'Europe ne peuvent que lui protester que les plus hautes alliances sont encore au dessous de son mérite. Enfin, MADAME, vous devez vous glorifier d'être la Souveraine, et la mère la plus satisfaite du monde. Pour moi qui viens avec Zénobie admirer cette rare et légitime félicité, s'il m'est permis d'y désirer quelque chose, je souhaite qu'elle soit aussi longue qu'elle est grande, et qu'elle est juste, et vous conjure tout ensemble de souffrir que rien ne manquant à tous vos voeux, je remplisse tous les miens à vouloir être encore avec toutes sortes de respects,

MADAME,

DE VOSTRE ALETESSE ROYALE,

Le très humble, le très obéissant et le très soumis serviteur, DE MAGNON.

MON CHER LECTEUR,

Tu peux croire sur mon rapport, qu'ayant été à Turin pour y dédier Zénobie et Tite à leurs Altesses Royales ; j'ai trouvé dans la mère et dans le fils tout ce qui fait la véritable souveraine et le véritable souverain ; tu dois croire encore que les Princesses Louis-Marie, et Marguerite, sont les Princesses très accomplies ; sur toute choses elle ont une admirable bonté, et la Princesse Louise-Marie a des yeux qui portent l'intelligence dans les âmes : Tu peux voir le sonnet que j'ai fait pour Elle : J'en ai fait un pour Monsieur_le_Marquis de Pianesse, premier ministre de l'État de Savoie, c'est un homme extraordinaire : je t'en entretiendrai plus particulièrement au Traité des Hommes Illustres, entre lesquels et des premiers ; je prétends mettre Monsieur_le_Duc de Noailles plus par justice que par reconnaissance des faveurs qu'il m'a faites à Turin ; c'est l'homme le plus dangereux qui vive, et l'un des mieux faits, des plus sages, et des plus vaillants hommes qui furent jamais : Lis le sonnet que j'ai fait pour lui. Au reste le temps approche que je veux tenir parole au Public, il aura bientôt mon premier volume des la Science Universelle, tu y trouveras sans doute des vers incomparablement plus fort que ceux de ma Zénobie ; si toutefois elle est plus à moi, qu'au fameux Monsieur L'Abbé d'Aubignac, qui l'ayant autrefois mise en prose avec un si beau succès, ne peut voir qu'avec confusion que j'en aie altéré les principales beautés.

À MADAME LA RPINCESSE LOUISE-MARIE DE SAVOIE Nous appelons les yeux des Soleils animés, Mais, PRINCESSES, les tiens jettent tant de lumière, Qu'on ne peut présumer qu'ils aient été formés Que d'une pénétrante, et divine matière. Les Célestes Esprits, y tremblent enfermés Parlons mieux, leur vigueur y paraît toute entière, Et l'on dirait de l'air qu'ils y ont enflammés Que leur intelligence est dessous ta paupière. En effet la science est comme dans tes yeux Elle y brille, elle y brûle en tous temps, et tous lieux Telle est donc leur clarté, leur chaleur, et leur flamme. Qu'ils en font plus sentir, qu'on n'en peut exprimer, Et qu'en un seul moment ils sont entrer dans l'âme Une nécessité de savoir et d'aimer.
À MONSEIGNEUR LE MARQUIS DE PIANESSE Illustre de Pianesse apprends que ta naissance Fait ton moindre mérite, et tes plus communs droits ; Que ne peux-tu prétendre avec cette prudence Qui te fait admirer des Princes, et des Rois. Ils vantent à l'envi ta haute intelligence Tout le monde avec eux confond ici sa voix, Et ne peut qu'avouer à CHRISTINE de France ; Que son profond ESprit éclata dans ton choix. Ah ; si Platon vivait il verrait dans notre âge Un ministre d'État vaillant, savant, et sage, C'est toi qui nous fait voir ce Ministre parfait. Ton âme par la gloire est sans cesse guidée Et tu te peux vanter de réduire à l'effet Ce qu'un divin Platon n'avait eu qu'en idée.
À MONSEIGNEUR LE DUC DE NAVAILLE Du Grand de RICHELIEU très digne nourriture, Que n'as tu point reçu d'un art tel que le sien ? Mais que n'avais-tu pas de ta propre nature ? Si l'un donna beaucoup, l'autre n'épargna rien. Tu tenais d'Elle une âme, et grand, et forte, et pure, Elle trempa ton coeur dans l'essence du bien, Et rien ne te manquait, qu'un vive teinture, Dont un esprit divin dût éclairer le tien. Avec ce double éclat, tu parus comme un homme, Qui tenait des Héros d'Athènes, et de Rome. Si bien qu'étant parfait par nature, et par art. JULES qui t'employa nous donne lieu de croire, Que ne suivant pour toit ni faveur, ni hasard. Autant qu'à ta grandeur il travaille à sa gloire.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Zabas, Timagène et Odénie.

SCÈNE II. Zénobie, Ilione, Diorée, Odénie, Zabas et Timagène.

SCÈNE III. Zénobie, Odénie, Ilione, Diorée, Zabas, Timagène et Rutile.

SCÈNE DERNIÈRE. Zénobie, Odénie, Ilione et Diorée.

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE. Odénie, Rutile.

SCÈNE II. Océnie, Ilione, Diorée, Rutile et Zénobie.

ZÉNOBIE

Quoi qu'il en soit, Princesse, apprenez un combat Où le sort m'a rendu ma gloire et mon État ; Mon coeur contre Zabas et contre Timagène, Ne respirait qu'horreur, que colère et que haine, Quand pour ne rien devoir à ces faux généreux, J'ai voulu par mon bras remplir mes propres voeux, Je me suis donc armée, et sortant de la ville J'ai cru que mon dépit me rendrait tout facile ; Je me suis d'abord mise à la tête des miens, Et le tyran s'est mis comme au milieu des siens ; Le signal s'est donné, mais Dieux ! Nos deux armées Ont été moins par lui que par nous animées : Nos regards et nos voix ont causé plus de bruit, Que deux mers par leur choc n'en ont jamais produit ; La valeur de leur chef leur a versé dans l'âme, Cette bouillante ardeur dont le soldat s'enflamme ; Et cette soif de gloire altérant tout leur sang On eut pensé que Mars allait de rang en rang Ainsi que prévalant de cette ardeur guerrière Contre mes ennemis j'ai marché la première, Eux d'abord s'ébranlant, et marchand sans effroi Sont venus pas à pas comme au devant de moi ; Leur fierté m'a surprise et ne m'a point troublée, Si ce n'est quand la terre en parut ébranlée, Ce prodige m'a mise en quelque étonnement, Cependant à bon heur j'ai pris ce tremblement ; Les Romains de leur part l'imputant à nos charmes, En ont pris sur le champ de fatales alarmes, Mais ils n'ont pas laissé de combattre à nos yeux Comme si de leur démon eut dû vaincre les Dieux ; Nous ! De notre côté comme des Dieux visibles, Nous avons fait des coups à tout autre impossibles, Et l'on m'a vu combattre avec autant d'effort Que si mon seul génie eut dû vaincre le sort ; En effet j'ai vaincu, j'ai traîné la victoire, Et de deux champs d'horreur n'en ai fait qu'un de gloire ; Tout m'a cédé, Princesses, et de ma propre main, J'ai fait un prisonnier d'un Empereur Romain.

SCÈNE III. Zénobie, Odénie, Ilione, Diorée, Timagène, Rutile et MArtian qui est un faux Aurélian.

SCÈNE VI. Zénobie, Odénie, Ilione, Diorée, Zabas, Timagène, Rutile, Martian et gardes.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Zénobie, Odénie, Ilione, Diorée, Zabas, Timagène.

SCÈNE II. Odénie, Diorée.

SCÈNE III. Odénie, Zabas, Diorée.

SCÈNE IV. Odénie, Zabas, Aurélian.

SCÈNE V. Aurélien, Odénie et suite.

SCÈNE DERNIÈRE. Odénie, Aurélian, et sa suire, Diorée, Ilione, qui est une fausse Zénobie.

RUTILE, rentrant

La Reine est échappée.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Aurélian, Gardes et Rutile.

SCÈNE II. Aurélian, Rutile, et Oédénie.

SCÈNE III. Odénie, Aurélien, Gardes, Rutile, Martian, Timagène, et Zénobie.

SCÈNE IV. Aurélian, Zénobie, Odénie et suivants.

SCÈNE V. Odénie, Aurélien, Rutile, Martian, Zabas, et Timagène.

SCÈNE VI. Odénie, Zabas et Timagène.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Zénobie, Ilione, Diorée.

SCÈNE II. Zénobie, Ilione, Diorée et Odénie.

SCÈNE III. Zénobie, Odénie, Ilione et Rutile.

SCÈNE IV. Zénobi, Odénie, Ilione et Diorée.

SCÈNE V. Zénobien Odénie, Ilione et Timagène.

SCÈNE VI. Odénie, Zénobie, Zabas, et Timagène.

SCÈNE DERNIÈRE. Zénobie, Odénie, Zabas, Timagène, Martian, Aurélian, suivants et suivantes.

AURÉLIAN

À moi.

ZÉNOBIE, prenant l'épée et se sauvant

Heureuse Zénobie à la fin tu mourras.

RUTILE, rentrant

Seigneur Zabas est mort.

1 624 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0