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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

L'Illustre Corsaire

Jean Mairet· créée en 1629, imprimée en 1640· 5 actes· 1 786 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois en en 1629.

Personnages

  • LEPANTE, Prince de Sicile, et Amant d'Isménie
  • ÉVANDRE, Médecin
  • DORANTE, Prince de Provence, et frère d'Isménie
  • LYPAS, Roi de Ligurie
  • ARGANT, Corsaire
  • TÉNARE, Corsaire
  • ERPHORE, Confident de Lypas
  • ISMÉNIE
  • ARMILLE, Dame d'honneur d'Isménie
  • FÉLICE, Fille d'honneur d'Isménie
  • CÉLIE, Fille d'honneur d'Isménie
MADAME,

À MADAME, MADAME LA DUCHESSE D'ESGUILLON.

Il est constant que je vous ai des obligations infinies, et constant aussi que votre mérite est infiniment au dessus de tous les éloges que lui pourrait donner une plume comme la mienne ; l'une et l'autre de ces vérités connues, vous doit faire croire aisément, que dans la liberté que je prends de vous adresser cette épître, je recherche bien moins la gloire de vous louer, que je n'évite la honte d'être blâmé d'ingratitude ; quoi qu'à dire vrai, si j'en avais à recevoir le reproche, je l'attendrais plutôt de la bouche de mes ennemis, que de celle de votre Grandeur, tant pour ce que sa Vertu ne fut jamais sollicitée par ces lâches motifs d'intérêt, ou de vanité, qui font agir la plupart de ceux qui sont en puissance d'obliger, que pour ce qu'il lui souvient rarement des grâces qu'elle a conférées, soit que la quantité ne lui permette pas d'en tenir compte, ou soit par un talent de mémoire tout particulier, laquelle ne lui manque jamais aux moindres occasions de faire du bien, et qui semble s'évanouir immédiatement après le bienfait. Plût à Dieu, MADAME, que les puissances de mon esprit fussent d'aussi grande étendue que celles de ma volonté ; il y a longtemps que des preuves extraordinaires de tous les deux ensemble, vous auraient pour le moins assurée que de toutes les qualités qui regardent les bonnes moeurs, je n'en ai point de plus entière, ni qui revienne davantage à la naturelle disposition de mon âme, que celle de la Reconnaissance. Mais il est vrai que malgré les continuelles sollicitations de mon zèle et de mon devoir, j'ai toujours été retenu par la crainte de vous les témoigner de mauvaise grâce ; estimant qu'en matière de remerciements et de louanges, un silence respectueux sied beaucoup mieux, qu'un panégyrique imparfait, et qu'une action de grâces qui n'est pas bien proportionnée à la grandeur de son sujet. J'ai conçu néanmoins, et disposé le dessein d'une occupation d'esprit, aussi considérable pour la noblesse de sa matière, que pour la longueur de son travail ; C'est là que ma Muse s'efforcera de tout son pouvoir de reconnaître comme elle doit, la générosité de ceux qui l'ont obligée, et que par une raisonnable différence des bienfaiteurs et des bienfaits, elle aura soin de relever avec ordre et mesure, le mérite des uns et des autres : Jugez, MADAME, si le rang que vous tenez en son estime, ne lui doit pas être une règle, comme à vous une assurance, de celui qu'elle vous donnera dans son Ouvrage ; En attendant trouvez bon, s'il vous plaît, qu'elle vous présente celui-ci, qui fut assez heureux pour paraître à Ruel avec une particulière approbation de son Éminence ; Je mets plutôt cette circonstance pour lui donner quelque recommandation auprès de votre Esprit, que pour satisfaire à la vanité du mien : Il est vrai que si quelque chose me pouvait rendre vain jusques à l'excès, ce serait infailliblement l'estime d'un si grand Homme, qui m'en peut honorer quelque jour en conséquence de la vôtre ; mais c'est un bien où je n'oserais jamais prétendre, puisqu'il faudrait nécessairement le mériter, il me suffira donc de ceux que l'on peut acquérir à force de les souhaiter et de les demander ardemment ; C'est en ce rang que je mets l'honneur de votre bienveillance, et la permission de me dire avec respect,

MADAME, De votre Grandeur, Le très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

MAIRET.

ADVERTISSEMENT

Comme ça toujours été mon opinion en suite de celle du Philosophe, que l'Invention est la plus noble et la plus excellente qualité du vrai Poète, je me suis pour le moins efforcé de m'en servir utilement en toutes les pièces que j'ai données au théâtre ; de là vient que je ne ferai jamais difficulté de changer ni de multiplier les plus notables Incidents d'un Sujet connu, pourvu que cette ingénieuse liberté ne serve pas seulement beaucoup à l'Embellissement ou à la Merveille, mais encore à la vraisemblance du poème, à laquelle je fais profession de m'attacher sur toutes choses, et plutôt même qu'à la Vérité ; estimant après le premier maître de l'Art, que le vraisemblable appartient proprement au poète, et le véritable à l'Historien. C'est ainsi qu'avec une hardiesse qui passe au delà de l'Histoire, j'introduis Octavie dans la Tragédie de Marc Antoine, et que par une autre qui va même contre l'Histoire, je fais mourir Massinisse sur le corps de Sophonisbe, ayant voulu redresser et embellir le naturel de ce Héros par une action qu'il ne fit pas à la vérité, mais qu'il devrait avoir faite. En un mot, cette première partie du bon poète m'est tellement recommandable, que je n'ai jamais traité de Sujet si riche et si rempli de lui-même, où ma Muse n'ait ajouté, bien ou mal, beaucoup du sien. Je me suis même tant hasardé, que d'en produire quelques-uns qui sont purement du travail de mon Imagination ; et si l'on prend la peine de bien considérer ce dernier, on trouvera je m'assure que l'Invention en est tout à fait extraordinaire, et qu'à force d'Art et de soin je n'ai pas trop mal appuyé jusques aux moindres Incidents, qui font le Vraisemblable et le Merveilleux de cet Ouvrage. Au reste je ne doute point que les extravagances de Ténare, et les choses que les autres disent à cause de lui, ne déplaisent d'abord à ceux qui ne distinguent point la naïveté d'avec la bassesse ; mais ils considéreront, s'il leur plaît, que c'est un personnage qui contrefait le ridicule, et dont la grâce consiste plutôt en celle de l'habillement et de l'action, qu'en la beauté des Vers ni des sentiments. Enfin c'est un Sujet grave et sérieux, dont je me suis proposé de conduire les aventures à leur fin, par des moyens Comiques et plaisants, sans m'éloigner jamais des règles de la Fable ni de la scène, ou du théâtre et du Roman, pour m'accommoder aux termes et à l'intelligence du peuple notre bon ami.

A MADAME LA DUCHESSE D'ESGUILLON

Sonnet.

Vous qui par les attraits d'une extrême beauté Rangez les plus grands coeurs à votre obéissance, Et qui par les effets d'une extrême bonté Forcez les plus ingrats à la reconnaissance. Miracle de Vertu, d'Honneur, de Piété, Qui joignez le Mérite à l'heur de la Naissance, La Modération à la Prospérité, Et par les seuls bienfaits montrez votre puissance, C'est par votre Faveur que l'Invincible ARMAND, D'un regard tout ensemble, et propice, et charmant, A relevé l'Espoir de ma bonne Fortune. Ainsi quelque tempête où la jette le Sort, Son Illustre PILOTE est si cher à NEPTUNE, Que lui-même aura soin de la conduire au port.

MAIRET.

ACTE I

SCENE PREMIERE. LEPANTE, ÉVANDRE.

ÉVANDRE

Sire, cette aventure arriva de la sorte : Mais quelque autorité que vous ayez sur moi, Comme mon bienfaiteur, mon Seigneur et mon Roi, Vous ne sauriez jamais cet étrange mystère N'était que votre honneur vous oblige à le taire : Je ne vous dirai point le trouble qui suivit La nuit pleine d'horreur que le sort vous ravit, Ni le deuil de la Cour, ni celui de la ville Après qu'à vous trouver tout soin fut inutile, Certes quand la Provence eut ses Princes perdus, On n'eut pas plus de cris dans Marseille entendus, Les plaintes de vos gens, et de vos domestiques Ne se distinguaient pas d'avecque les publiques, Tout chacun affligé d'une extrême douleur Plaignait également cet extrême malheur : Mais pour comble d'ennuis cette jeune Princesse Reçut votre disgrâce avec tant de tristesse, Qu'à la fin son esprit si grand et si bien fait, Après s'être égaré, se perdit tout à fait, Jamais dans ces transports n'ayant dit autre chose Sinon, Lépante est mort, et nous en sommes cause. Le feu Prince Iolas à qui m'avait donné Votre père et mon Roi le vaillant Prytané, À travers la noirceur de sa mélancolie Découvre le premier sa naissante folie, S'avise incontinent de m'envoyer quérir Pour voir si par mon art je la pourrais guérir : Mais ayant peu d'espoir du salut de sa fille, Pour couvrir en tout cas l'honneur de sa famille, Il fait courir le bruit qu'elle est au monument, Ce que l'on croit partout d'autant plus asément Que pour faciliter cette fourbe funeste J'assure en médecin qu'elle est morte de peste : Car comme chacun sait, c'est un mal que souvent Apporte dans nos ports le trafic du Levant, Et dont cette Cité populeuse et marchande Reçoit quasi toujours une perte assez grande ; Que le Prince à dessein avait choisi la nuit Pour la faire inhumer et sans pompe et sans bruit.

ÉVANDRE

Nullement.

LÉPANTE

Non.

SCÈNE II. Argant, Ténare, cherchant Lépante.

TÉNARE

Fort bien.

SCÈNE III. Isménie, Célie.

ISMÉNIE

Qu'il est bien vrai, Célie, et que depuis dix ans J'ai donné peu de trêve à mes regrets cuisants ; Que j'ai souffert de maux, et que l'on m'en prépare En me sacrifiant à ce Prince barbare, Insupportable en tout, comme en tout imparfait, Et pour qui le bon sens n'a jamais été fait : À quoi de mes malheurs l'aveugle connaissance Que vous donna votre art au point de ma naissance, Savant Prince Yolas ? À quoi tant de souci, Si vos précautions ont si mal reussi ? Pour détourner de moi ces fières destinées On devait arrêter le cours de mes années, Et confirmant le bruit que l'on en fit courir Dés mon troisième lustre il me fallait mourir, Mon terme eut été court, mais pour le moins ma vie Eut ignoré les maux dont elle est poursuivie Ma mort eut prévenu ce que toujours depuis J'ai souffert de remords, de craintes et d'ennuis, Et l'on verrait encor plein d'honneur et de gloire Ce Phoenix des amants, si cher à ma mémoire, Au moins n'eut-il pas eu cette funeste amour Qui me priva de joie en le privant du jour : Dieux ! Au respect du bien que ce malheur nous ôte La satisfaction fut pire que la faute ; Vous fûtes, cher Lépante, ô cruel souvenir ! Trop prompt à m'offenser, et trop à vous punir, Votre indiscrétion en toute chose égale Me fut en tous les deux également fatale : Pourquoi m'offensiez-vous ? Ou pourquoi l'ayant fait Punissiez-vous sur moi votre propre forfait ? Il valoit mieux laisser votre audace impunie Que d'en punir Lépante aux dépens d'Isménie, Ce que la passion, indiscrète de soi, Vous fit mal à propos entreprendre sur moi ; Ce baiser malheureux pris contre ma défense, À toute extrémité n'était pas une offense, Qu'un long bannissement ou des yeux ou du coeur N'eut encore punie avec trop de rigueur : Hélas ! mon indulgence en fut cause en partie, Mille fois, mais trop tard, je m'en suis repentie, Mon indiscrétion vous fit être indiscret, Et j'en devréis mourir de honte et de regret ; Ma faute est à la vôtre à peu près comparable, Mais la mort a rendu la vôtre irréparable, Mon deuil inconsolable, et mes justes remords Ne vous ôteront pas du triste rang des morts.

CÉLIE

Justement.

SCÈNE IV. Le Roi Lypas, Isménie, Félice, Célie.

SCÈNE V. Évandre, Armille.

ACTE II

SCÈNE PREMIÉRE. Isménie, Évandre, Armille.

SCÈNE II. Isménie, Armille, Félice.

SCÈNE III. Célie, Ténare bouffonnement vêtu.

SCÈNE IV. Isménie, Félice, Armille, revenant à Ténare.

TÉNARE

Il est vrai.

SCÈNE V. Lépante, sous le nom de Roi Nicas, Évandre.

ÉVANDRE

Il entend sa marotte.

Marotte : Espèce de sceptre qui est surmonté d'une tête coiffée d'un capuchon bigarré de différentes couleurs, et garnie de grelots ; c'est l'attribut de la Folie, et c'était celui des fous des rois. Fig. et familièrement. Objet de quelque folie. [L]

TÉNARE

Adieu ma Cythérée : Adieu belle Princesse.

Cythérée : Terme de mythologie. Nom donné à Vénus, à cause de l'île de Cythère où cette déesse fut portée sur une conque marine. [L]

SCÈNE VI. Isménie, Évandre.

ISMÉNIE

Allez donc.

ACTE III

SCENE PREMIÉRE.

ISMÉNIE, seule après la reconnaissance de Lépante

STANCES.

SCÈNE II. Isémnie, Lépante, Évandre.

ISMÉNIE

Et moi.

LÉPANTE

Comme je contemplais ce spectacle funeste Deux soldats, la lanterne et l'épée en avant, Vinrent voir si quelqu'un était encor vivant, Et trouvant un vieillard caché parmi des hardes Lui passèrent deux fois leurs glaive jusqu'aux gardes ; Après venants à moi qui n'attendais pas mieux, Je vis que le plus jeune arrêta le plus vieux, Observa mon habit, ma physionomie, Et lui montra du doigt l'eau que j'avais vomie, Puis en mauvais Romain lui dit semblables mots : Celui-ci, que sans doute on a tiré des flots, En l'état qu'on le voit, mouillé, pâle et malade, N'a pas causé la mort du vaillant Encelade, Il est pour un Marchand trop richement vêtu, Et ne doit point mourir s'il n'a point combattu : Il en faut consulter le reste de la troupe Dit l'autre, et le porter dans la chambre de poupe : Cela dit, chacun d'eux me transporte à son rang Sur un tillac couvert d'une mare de sang, Et qui servait encor de scène et de théâtre À la fureur de Mars qui s'y venait débattre ; Là par raison d'État, et par nécessité Je déguise mon nom, mon sort, ma qualité, Et dis que pour m'ôter à la fureur d'un maître J'avais sauté dans l'eau d'une haute fenêtre, De sorte qu'en l'état où l'on m'avait trouvé Je ne pouvais savoir qui m'en avait sauvé : Lors des plus apparents un bon nombre s'assemble, Qui longtemps et tous bas délibèrent ensemble.

Tillac : terme de marine. La couverture du vaisseau, le plus haut point du navire, sur lequel on combat, où sont les soldats et les matelots pour la manoeuvre. [F]

LÉPANTE

Vous m'obligez, Madame, au récit d'une chose, Que pour n'avoir point vue il faut que je suppose, Et dont tous les témoins ont peri devant moi ; Mais toujours, en tout cas voici ce que j'en crois. C'était un vaisseau Grec, qui sortait de Marseille, (Comme j'ai su depuis) riche et fort à merveille, Il ne vit pas ma chute à cause de la nuit, Mais il ne laissa pas d'en entendre le bruit, Il dépêcha l'esquif, et remarqua la place Avec tant d'heur pour nous, ou plutôt de disgrâce, Qu'il est à présumer que revenant sur l'eau Quelqu'un des Mariniers nous mit dans le bateau : Mais soit que la pitié qu'ils m'avaient témoignée Eut contre leur vertu la Fortune indignée, Ou soit que ma disgrâce eut attiré la leur Par la contagion de mon propre malheur, À ce premier éclat que le Soleil nous montre Un Navire Africain leur vint à la rencontre, À qui l'avare faim, et l'espoir du butin Fait commencer la charge avec son brigantin : Nos Marchands, gens de coeur, songent à se défendre, Résolus de périr plutôt que de se rendre : En ce premier combat, le Chef des assaillants Est porté dans la Mer, et trois des plus vaillants, Il y meurt ; cependant le gros navire approche, Qui donne l'escalade à l'autre qu'il accroche ; Enfin, pour faire court, après un long effort Cet injuste agresseur demeure le plus fort ; Alors sur [le] vaincu le vainqueur fait main basse, Et le pauvre marchand ne trouve point de grâce, Tous sont sacrifiés par la flamme et le fer Aux mânes d'Encelade étouffé dans la Mer.

Heur : rencontre avantageuse. (...) [F] [antonyme de malheur]

Brigantin : navire à voile avec un seul pont et possédant un ou deux mat.

Encelade : personnage de la mythologie grecque. Vaincu par Athéna, Encélade le Géant fut enterré sous le mont Etna en Sicile.

LÉPANTE

Oui, Madame.

SCÈNE II.

ARMILLE, qui a entendu ce qu'il a dit

Sa colère l'emporte.

SCÈNE IV. Ténare, Isménie.

Ténare, accourant tout effrayé.

TÉNARE, se tournant du côté d'où il est venu

Poltrons, m'assassiner et me prendre sans armes, Vous êtes des marauds.

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

SCÈNE V. Dorante, Lypas.

SCENE VI. Félice, Céclie.

SCÈNE VII. Lépante, Isménie.

LEPANTE, faisant le fâché et l'impérieux

Quelle sorte de gens ai-je ici rencontrée, Évandre ?

LÉPANTE

Je vois bien à cette heure, Chacun est partisan de sa prospérité ; Mais bientôt les rieurs seront de mon côté.

Vers 1100, dans l'édition originale, on lit rieux (Terme de pêche. [L]) au lieu de rieurs.

LÉPANTE

Et moi.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÉRE. Dorante, Erphore.

DORANTE

Je l'avoue.

ERPHORE

Comment ?

DORANTE

J'ai son écrit, voyez-en la teneur.

LETTRE D'AXALA A DORANTE.

Dorante, il y a quatre mois que vous promîtes à mon Lieutenant Artaxes, que vous m'accorderiez pour femme votre soeur unique la Princesse Isménie, à la première semonce que vous en recevriez de ma part, et que vous jurâtes entre ses mains par l'âme de votre père, que vous me la donneriez si dans un mois après je venais vous la demander en personne dans votre ville de Marseille : Je vous assure donc que vous m'y verrez au plutôt, pour vous sommer moi-même de l'exécution de votre promesse. C'est la rançon que je vous demande, et vous ne pouvez me refuser sans offenser les Dieux, et perdre parmi les hommes la réputation où vous estes du plus loyal et du plus généreux Prince de la terre.

AXALA.

À ces conditions, vous voyez bien Erphore, Que tantôt, l'honneur sauf, je le pouvais encore, Et non plus maintenant qu'il l'a fait demander.

SCÈNE II. Isménie, Évandre, Célie.

SCÈNE III. Lépante, Félice.

FÉLICE

Oui, Madame.

ISMÉNIE

Et vous ?

LÉPANTE

Ô Dieux !

ISMÉNIE

Ô Ciel ! En quel état la Fortune me range : Mais ce n'est point le Ciel, ni la Fortune aussi, C'est la déloyauté de l'ingrat que voici, Ou plutôt ma bonté de qui je me dois plaindre, Après le plus grand coup qui me pouvait atteindre ; En effet je m'accuse, et ne te blâme plus ; Toute amante qui s'offre est digne de refus, L'excès de mon amour trop prompte et trop brûlante, À fait mourir la tienne, ou l'a rendu plus lente, Et le Ciel contre moi justement animé Me veut punir par toi de t'avoir trop aimé : Ce n'est pas toutefois qu'une si belle faute N'eut produit autre effet en une âme plus haute, Et que l'extrême ardeur de mon zèle amoureux N'eut confirmé l'amour dans un coeur généreux : Mais tu disais tantôt devant la compagnie, Parlant de la Fortune et de sa tyrannie, Que jusques à ton nom elle t'a tout ôté, Ajoutes-y le coeur, l'honneur et la bonté ; L'un ou l'autre des trois t'eut défendu d'éclore Le coupable dessein qui fait que je t'abhorre, Non pour m'avoir manqué de constance et de foi, Puisque c'est un défaut assez commun de soi ; Et que peut-être aussi ma beauté n'est pas telle Qu'elle puisse arrêter un esprit infidèle, Mais pour l'indignité de ton lâche conseil, En toute circonstance à nul autre pareil : Indiscret, impudent, désobligeant, infâme, Et qui montre en un mot les vices de ton âme, Ingrat qui ne veut point d'un présent de valeur, Afin d'en enrichir un illustre voleur ; Cruel qui refusant une Princesse offerte, Veux encor par serment l'obliger à sa perte.

ISMÉNIE

Bien donc, puisqu'il te plaît, et que je l'ai juré, Je subirai la loi que ta rigueur m'impose ; Mais un songe et cela sera la même chose, Tant la mort à l'hymen sera jointe de prés, Et le myrte amoureux au funeste cyprès : Adieu, séparons-nous.

Myrte : Arbrisseau toujours vert, dont les feuilles sont menues, et qui porte de petites fleurs blanches d'une odeur agréable. Fig. et poétiquement, l'amour, à cause que le myrte, chez les anciens, était consacré à Vénus. [L]

Cyprès : Terme de botanique. Plante de la famille des conifères. Le cyprès est un arbre funéraire qu'on plante sur les tombes. Fig. La mort, le deuil, la tristesse. Les cyprès funèbres. [L]

ISMÉNIE

Le barbare.

LÉPANTE

Comment ?

SCÈNE V. Lypas, Erphore.

ERPHORE

Chez soi.

ACTE V

SCÈNE PREMIÉRE. Évandre, Félice, Armille.

ÉVANDRE

Ce serait ton plus court,

Sentiment caché.

Méchante.

SCÈNE II. Félice, Célie.

FÉLICE

Comment ?

SCÈNE III. Lypas, Erphore.

SCÈNE IV. Lépante, Isménie, Félice, Célie.

SCÈNE V. Lypas, Erphore, Dorante.

SCÈNE VI. Évandre, Armille.

SCÈNE DERNIÈRE. Ténare, Dorante, Isménie, Lypas, Erphore.

1 786 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica