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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Ou l'Arcadie de Messire Philippes Sidney. Tragi-Comédie

La Cour Bergère

André Mareschal· imprimée en 1640· 5 actes· 1 702 vers· 12 personnages

Personnages

  • BAZYLE, Roi d'Arcadie
  • GYNÉCIE, La Reine
  • PAMELE, Fille aînée du Roi
  • PHYLOCLÉE, Seconde fille du Roi
  • PYROCLE, OU ZELMANE, Prince et Cousin de Lyzidor
  • LYZIDOR, OU LYCAS, Prince et Cousin de Pyrocle
  • DAMETAS, Grand Bouvier
  • CALANDER, Seigneur Arcadien
  • AMPHYALE, Prince d'Arcadie
  • CECROPIE, Mère d'Amphyale
  • TROUPE de Soldats
  • COURRIER
MONSEIGNEUR,

À TRÈS ILLUSTRE SEIGNEUR MESSIRE ROBERT SIDNEY, COMTE DE LEYCESTRE, VICOMTE DE L'ISLE, BARON DE LENS-HURST, etc. CONSEILLER AU CONSEIL PRIVÉ, ET AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DU ROI DE LA GRANDE-BRETAGNE VERS LE ROI TRES-CHRETIEN.

Cette pièce est si légitimement à VOTRE EXCELLENCE, puisqu'elle porte cet illustre et glorieux Nom de SIDNEY, et qu'elle est même de votre Maison ; que si je la dédiais à quelque autre, je penserais payer du vôtre et l'enrichir de votre bien, et croirais avoir un larcin à vous restituer. Outre cette raison si forte et si particulière, j'en ai encore d'autres, MONSEIGNEUR, qui ne sont guères moins puissantes quoiqu'un plus générales ; pour faire voir que la protection de ce Livre est en votre bienséance. En effet qui saura que le divin sujet de cette Tragi-Comédie est ce fameux Roman de L'ARCADIE de Messire PHILIPPES SIDNEY, ce chef d'oeuvre miraculeux qui passe pour l'Héliodore d'Angleterre ; ne pourra point douter que vous qui en êtes l'honneur, et la merveille généralement de tout ce qu'il y a de bons Esprits dedans l'Europe, ne soyez le seul à qui je devais consacrer cet Ouvrage. Je sais en quelle estime, ou plutôt vénération, un si célèbre Auteur est auprès de V. E. et je ne veux rien ajouter à sa louange, et à l'honneur que toute l'Angleterre rend encore à sa mémoire, que de déclarer à la France que vous êtes son digne Neveu. Comme vous, MONSEIGNEUR, il s'est vu honoré et chargé des affaires les plus importantes du Royaume ; comme vous il s'est rendu nécessaire à son Roi et à son Pays ; et comme vous enfin plein d'esprit, de courage, et de fidélité, il a trouvé l'art dans ses Ambassades de se montrer agréable aux Princes étrangers. J'ose bien ajouter encore à l'avantage d'une vie qui lui fut et si courte et si glorieuse, qu'il l'avait commencée, et que vous-même l'achevez ; que vous continuez sa vie en la correspondance de vos actions aux siennes ; que vous marchez pompeusement sur les pas d'un Héros ; et que vous succédez à sa gloire et à ses vertus, aussi bien qu'à son Nom et à ses Armes. Plût à Dieu MONSEIGNEUR, que vous pussiez connaître à quel point je révère l'Oncle et le Neveu, combien m'est chère la mémoire d'un si grand Esprit, et combien je respecte en la personne de V. E. ce puissant Génie, et ces illustres qualités qui semblent être un héritage légitime de votre Maison. Vous sauriez pour le moins qu'il n'entre point de flatterie en mes paroles, que ces paroles sont les véritables Enfants de mon coeur, et qu'elles ne sont pourtant que de faibles expressions de mes sentiments, ou au plus de légères marques de ce culte que je vous rends à tous deux. Vous apprendriez encore, MONSEIGNEUR, que je n'ai travaillé à cette Tragi-Comédie, que pour faire revivre l'un dans ses Écrits et dessus nos Théâtres, et me donner accès auprès de l'autre, lui fournissant un agréable divertissement dans la lecture du Poème que je lui présente. Je ne vous entretiendrai point de son mérite : c'est assez que le bruit que le Théâtre Français en a fait, et les applaudissements qu'il en a reçus lui servent de témoins sans moi de ce qu'il vaut, et justifient l'espérance que j'ai qu'il ne déplaira point à votre V. E. J'ai tâché du moins de ne faire point de honte à mon Auteur, et de n'en recevoir non plus : je l'ai suivi d'assez près dans les plus belles matières, et ne l'ai point abandonné que la bienséance et les rigueurs du Théâtre ne m'y contraignissent. Vous en serez le Juge et le Patron ; vous, MONSEIGNEUR, qui avez la doctrine et les lumières pour en faire le discernement, et assez de bonté aussi pour excuser quelques défauts, quand vous en trouveriez ; en considération de l'honnête désir que j'ai de vous plaire, et de montrer à tous combien j'estime les belles reliques d'un Esprit divin, et qui vous touche de si près. Comme c'est de lui que j'attends le peu de réputation que cet Ouvrage me peut apporter ; aussi n'est-ce qu'en sa faveur que j'espère entrer en vos bonnes grâces. Son portrait semble n'être mis au front de cette Lettre, que pour vous faire voir qu'il considère quel accueil vous nous ferez, et pour vous tenter doucement par cet Objet, dont le moindre crayon vous est si vénérable, à recevoir et reconnaître mes voeux et ma passion, et me permettre l'honneur de me dire,

MONSEIGNEUR,

DE VOTRE EXCELLENCE,

Le très humble et très affectionné serviteur

A. MARESCHAL.

ACTE I

SCÈNE I. Calander, Lyzidor, Pyrocle.

Dedans un cabinet, où Pyrocle s'arrête à considérer le portrait de Phyloclée.

CALANDER

Sa Soeur, dont la beauté n'est pas moins adorable ; Voyez.

Découvrant le portrait de Pamele.

LYZIDOR

Allons.

Bas.

Ah ! Faut-il courre alors qu'on va mourir.

Courre : Infinitif ancien du verbe courir. [L]

SCÈNE II. Le Roi, Dametas Pamele.

SCÈNE III.

PYROCLE, en Amazone

À la fin j'ai trompé leur adresse et leurs yeux, Pour me rendre inconnu dans ces aimables lieux ; Ils ont lancé le Cerf, moi sans bruit et sans suite J'en emprunte les pieds pour aider à ma fuite ; Cet habit, que j'ai pris, et que j'avais caché, Lui qui le doit couvrir me montre mon péché : Lyzidor, cher Cousin, il est vrai, je t'offense ; Ton respect à mes voeux dût faire une défense : Mais le même respect que je te porte aussi, De peur de t'offenser, te cache mon souci : Je sais qu'en amitié c'est une faute extrême, Qu'on ne te peut quitter qu'avec la vertu même, Et que dedans le cours d'un glorieux projet Pyrocle, cet ingrat, dût l'avoir pour objet : Mais l'Amour est aveugle, et contre ses merveilles Pour ouïr la raison ce Dieu n'a point d'oreilles ; Ainsi de deux côtés je souffre également, Je suis Ami perfide, et trop fidèle Amant. Doncque, cher Lyzidor, cesse tant de reproches, Dont l'entends les Échos jusques dedans ces roches : En quittant ta présence et ton affection, Vois que ma propre faute est ma punition ; Ou si cela ne peut te satisfaire encore, Vois comme je la hais, vois comme je l'abhorre : Mon courage honteux en délaissant le bien Prend un sexe emprunté, comme indigne du mien ; Mon amitié pourtant ne perd rien de sa flamme, Tu tiens le vrai Pyrocle, et l'Amour cette Femme : Tous ces faux ornements, qui démentent mon coeur, N'ont pas encore éteint sa force et sa vigueur ; De mêmes soins Alcide ayant l'âme occupée Emprunta la quenouille, et je retiens l'épée ; Pallas en cet habit... Mais quel aveuglement ! Je remets ma vertu dans mon habillement : Alcide eut mille feux ; mais le seul qu'on renomme, De mortel le fit Dieu, le mien me rend moins qu'homme. Las ! Je connais ma faute, et ne la puis fuir ; Je ressens un tourment que je ne puis haïr ; J'adore le poison, et la main qui me tue ; Je t'aime Phyloclée, et je ne t'ai pas vue : Si ton portrait me blesse, et m'a le coeur ôté, Dieux que feront tes yeux, ta grâce, et ta beauté ? Je cherche dans ces lieux une mort légitime, Et je me suis paré pour être ta victime.

Dametas paraît chantant.

Mais quel est ce fâcheux, qui dans ces bois secrets Ose mêler sa voix avecque mes regrets ? Il s'arrête ; voyons ; c'est un Berger sans doute.

Lancer le cerf : Terme de vénerie. Lancer la bête, le cerf, le sanglier, etc. les faire sortir de l'endroit où ils sont, pour leur donner les chiens. [L]

Alcide : C'est un nom d'Hercule, qui marque sa force ; car il vient du Grec, force. [T]

Quenouille : Sorte de petite canne faite le plus souvent, dans le midi de la France, avec la tige d'un roseau (arundo donax), et dont une extrémité est entourée de soie, de chanvre, de lin, de laine, etc. pour filer. [L]

Pallas : Déesse, fille de Jupiter, du cerveau duquel elle sortit toute armée, ce qui la fit regarder comme la Déesse de la Guerre. [T]

SCÈNE IV. Dametas, Pyrocle.

DAMETAS

Cette dryade est folle, et me croit un Soleil : En effet nous avons quelque office pareil ; Sous cette qualité je souffre qu'elle m'aime ; Apollon fut bouvier, et je le suis de même : Admète fut grand roi, le nôtre le vaut bien.

Dryade : C'était autrefois une fausse Divinité que les païens croyaient habiter dans les bois, et se cacher sous l'écorce d'un chêne, que les Grecs nomment drys. [T]

Admète : Roi de Phères en Thessalie, fut un des Argonautes, et un des Chasseurs de Calydon : il était cousin de Jason. Apollon ayant été chassé du Ciel, fut contraint de se mettre au service de ce Prince, pour avoir soin de ses troupeaux, etc. [T]

DAMETAS, couvert entre les arbres

Accourez, on me tue, à l'aide, je suis mort.

SCÈNE V. Bazyle, Pyrocle, Dametas.

DAMETAS, se levant et parlant au Roi

À peine en vous voyant je sors de cet effroi.

SCÈNE VI. Gynécie, Bazyle, Dametas, Pyrocle, Pamele, Phyloclée.

ACTE II

SCÈNE I.

SCÈNE II. Zelmane, Lyzidor.

LYZIDOR

Pyrocle !

ZELMANE

Lyzidor !

SCÈNE III.

AMPHYALE

Malheureux Amphyale, où te porte un destin Qui te poursuit partout, et n'a jamais de fin ? Après avoir défait les monstres de la Grèce, Ne peux-tu pas dompter un Tyran qui te presse ? Regarde ce vainqueur, dont l'orgueil insolent Plus il te voit souffrir devient plus violent ; Il tient devant tes yeux sa flèche encore teinte De ton sang qui se plaint d'une mortelle atteinte, D'un sang qui fume encore, et rougit doublement Plus de ta lâcheté que naturellement : Oui, mon extrême amour, comme elle est déréglée, Obscurcit mon renom, et m'a l'âme aveuglée ; Le seul soin de nourrir en moi ce vipereau Tient mon bras en écharpe, et mon fer au fourreau ; La Terre, qui s'en plaint, de monstres se diffame, Et loin de l'en purger j'en loge un dans mon âme. Mais que dis-je ? Insensé ; Dois-je nommer ainsi Une amour si parfaite, un si digne souci ? Ma qualité permet ce dessein légitime ; Adorer Phyloclée, est-ce commettre un crime ? Oui ; puisqu'à mon malheur les hommes et les Dieux Opposent à mes voeux un obstacle envieux ; Le Roi dans ses soupçons refuit mon alliance, L'Oracle moins que moi le tient en défiance ; Il pense voir déjà son Sceptre dans ma main, Ce qu'il tient aujourd'hui qu'il le perdra demain Je suis ce Conquérant, dont l'ardeur échauffée Se doit de sa famille ériger un trophée, C'est mon bras (comme il croit) dont il est menacé, C'est par moi que son front doit être terrassé : Ainsi de sa personne, un naturel de roche M'éloigne d'autant plus que mon sang m'en approche ; Ainsi devant le mal sa crainte me punit, Ceux que le sang a joints le sang les désunit ; Ma Grandeur est mon crime, un Roi m'ose défendre, Pour être son Neveu, l'espoir d'être son Gendre ; Et je ne suivrai pas le généreux dessein Que ma Mère à tous coups m'inspire dans le sein ? Elle, dont le courage accuse ma faiblesse, Qui tient à mon pouvoir le coeur de la Noblesse, Et qui de la Discorde allume le flambeau Pour me conduire au trône, et Bazyle au tombeau. Que dis-je ? Furieux ; sortez de ma pensée Indiscrets mouvements d'une amour offensée : Ma fureur me trahit, et dedans ma langueur Ma bouche et mon esprit ont démenti mon coeur ; Que je gagne la Fille en la perte du Père ? Que je doive à sa mort le bonheur que j'espère ? Si mon désir y pense, il est trop criminel, Je choisirais plutôt un tourment éternel ; J'attendrai constamment que le Destin s'apaise ; Phyloclée, à mon bien je préfère ton aise.

Vipereau : La petit de la vipère. [F]

SCÈNE IV. Gynécie, Pamele, Phyloclée.

SCÈNE V. Dametas, Gynécie, Zelmane, Lyzidor en Lycas, Pyrocle, Phyloclée, Pamele.

ZELMANE

Zelmane court après le lion.

Tirez-vous à l'abri, tandis que cette épée...

SCÈNE VI. Bazyle, Gynécie, Zelmane, Phyloclée, Dametas, Pamele, Lycas.

BAZYLE

À Phyloclée, à qui Zelmane présente la tête du lion.

Ma fille, recevez ce don.

PAMELE, montrant Lycas

Mais ce bras les portait.

ACTE III

SCÈNE I. Phyloclée, Pamele.

SCÈNE II. Lycas, Phyloclée, Zelmane, Pamele.

ZELMANE

Et moi...

PAMELE

D'un beau myrte rendra vos deux fronts couronnés.

Elles s'en vont avec Lyzidor.

SCÈNE III. Gynécie, Zelmane.

GYNÉCIE, couchée à l'ombre dans le bois

Zelmane !

SCÈNE IV. Bazyle, Zelmane, Gynécie.

SCÈNE V. Cécropie, Amphyale.

SCÈNE VI. Phyloclée, Zelmane.

SCÈNE VII. Pamele, Zelmane, Soldats, Phyloclée.

PAMELE

Un moment.

ACTE IV

SCÈNE I. Cécropie, Amphyale.

SCÈNE II. Cécropie, Phyloclée.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Amphyale, Lyzidor, Soldats.

AMPHYALE, voyant ses soldats qui s'étaient cachés courir contre Lyzidor

Où courez-vous, mutins ?

SCÈNE V. Phyloclée, Zelmane.

SCÈNE VI. Phyloclée, Zelmane, Pamele, Prévôt.

Pamele paraît, les mains liées, les yeux bandés, la gorge nue, et un Bourreau derrière elle, qui tient un coutelas à la main, et suit deux hommes qui mènent cette Princesse au lieu du supplice, qui sera dans un lieu élevé au fonds du Théâtre, et qui se découvrira, la tapisserie étant levée.

PHYLOCLÉE, voyant Pamele en cet état

Ah ! Zelmane, je meurs.

PAMELE, prête à être tuée

Hélas !

PREVOT

Quittez les cris, et songez à votre âme : Achève, Exécuteur.

Le Bourreau ayant levé le bras levé prêt à lâcher le coup, on laisse tomber la tapisserie, et Phyloclée s'évanouit.

ZELMANE

De deux objets d'horreur, Dieux ! Quel est le plus grand ?

On tire les rideaux de la prison.

SCÈNE VII.

AMPHYALE, tout blessé, et le bras en écharpe

Donc un bras étranger, Amphyale, te dompte ? Ta renommée est morte, et tu vis à ta honte ? Et ce que mille exploits t'avaient acquis d'honneur, Un seul te le ravit, ton sang, et ton bonheur ? Par ces coups d'un Rival, vois par sa force ouverte, Les marques de sa gloire et celles de ta perte ; Si tu veux t'en remettre à la voix de ton coeur, Ta faiblesse t'accuse, et le montre vainqueur ; Tes blessures ne sont que des bouches nouvelles Qui parlent de sa gloire, et qui lui sont fidèles ; Ton sang, qui d'infamie est caché dans ton corps, En murmure au-dedans, et l'écrit au dehors, En ce honteux état vois qu'un Rival te presse De t'aller exposer aux pieds de ta Maîtresse ; Va trouver Phyloclée, et qu'en faveur d'autrui, La recherchant pour toi, tes coups parlent pour lui ; Apprends donc aujourd'hui, connais que c'est lui-même Qui possédant son coeur empêche qu'elle t'aime. Infâme, qu'espéré-je, après un tel affront ? Pourrais-je parler, ou regarder son front ? Non, non, il faut mourir, ma honte le demande, Sa justice le veut, et mon sort le commande ; Je condamne ma foi, j'approuve ses dédains ; Et que ferait mon coeur, où sont vaines mes mains ? De la fin de mes jours ma disgrâce est suivie, Indigne de l'amour, je le suis de la vie : Sus, mourons ; que mon bras par un coup généreux... Mais le lâche il me fuit, il tremble, il est peureux ; Ce fer le sollicite en vain de l'entreprendre, Il ne m'ose attaquer, et ne me pût défendre : Ouvrons, pour faire mieux et mourir plus soudain, Ces blessures qui sont d'une plus forte main ; Sur ce fleuve passons où la Parque demeure ; Coule, coule, mon sang, jusqu'au point que je meure : Reçois-le Phyloclée, et le vois rejaillir ; Que je sens de courage à me voir défaillir.

SCÈNE VIII. Cécropie, Amphyale.

Tandis qu'il est en terre, couché, sans mouvement, Cécropie se fait voir sur une plateforme du Château.

AMPHYALE

Ah !

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Zelmane, Lyzidor, Phyloclée, Pamele.

ACTE V

SCÈNE I. Zelmane, Gynécie.

SCÈNE II.

BAZYLE

Nuit, favorable nuit, de mes voeux attendue, Où de mes longs travaux la moisson m'est rendue, As-tu jamais prêté pour un plus beau dessein À quelque heureux Amant tes voiles et ton sein ? Vous, qui suivez du Ciel la lumière seconde, Qui veillez seulement pour endormir le Monde ; C'est assez que l'Amour me prête son flambeau, Astres, pour vous cacher empruntez son bandeau ; Je tiens en ce chemin suspectes tant d'étoiles, Je ne veux de la nuit que ses plus sombres toiles, Je me fâche à mon ombre et crains qu'elle ait des yeux, Je fuis ceux de la terre, et je suis vu des Cieux, Chaque étoile est d'un Dieu l'oeil qui veille à sa garde, Je crois que chacun d'eux maintenant me regarde, Et que dans mon bonheur qui les rend envieux Ils vont descendre en terre, et moi monter aux Cieux : Je leur laisse pourtant le Ciel qui les enserre ; Zelmane m'en promet un plus beau dans la terre, Et l'autre tourne ainsi tous ses yeux contre nous Pour se mirer en elle, et voir des feux plus doux : Cédez donc au beau feu dont l'éclat vous surmonte, Cachez-vous de respect, si ce n'est pas de honte, Plongez-vous dans la mer, allez, petits flambeaux, Souffrez que cette nuit ait des Astres plus beaux ; Le monde a trop de feux lorsque Zelmane veille, Allez chez l'Océan conter cette merveille, Entretenez l'Aurore, et de quelques moments Prolongez cette nuit et mes contentements ; Dites-lui que Zelmane obtient cette licence, Louez-lui ses beautés, vantez-lui sa puissance, Qu'auprès de son Aurore et sur un beau téton L'on verra cette nuit rajeunir un Tithon ; Qu'elle porte en ses yeux une vertu secrète Qui me rend la vigueur qu'au sien elle souhaite, Qu'à nous voir elle doit mêler au point du jour Des pleurs de jalousie à ses larmes d'amour : Allons, je pense voir déjà dans cette guerre L'une pleurer au Ciel, l'autre rire en la terre ; Donnons à mes plaisirs le temps de l'affliger ; Entrons, la nuit se passe, il la faut ménager.

Tithon : Nom propre d'un homme fabuleux. Tithonus. Il était fils de Laomédon Roi de Troie, et était très bien fait ; l'Aurôre l'aima et l'enleva dans son char en Éthiopie. [T]

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Pyrocle, Phyloclée.

PYROCLE

L'amour.

PHYLOCLÉE

Qui me trahit.

PYROCLE, en riant

Pour la mettre en mon lit.

SCÈNE V. Gynécie, Bazyle.

SCÈNE VI. Bazyle, Pyrocle, Lyzidor, Gynécie.

SCÈNE VII. Pamele, Phyloclée, Bazyle,Lyzidor, Calander, Courrier, Gynécie, Pyrocle.

GYNÉCIE

Lyzidor ?

SCÈNE VIII. Dametas, Pamele, Gynécie, Bazyle, Lyzidor, PyrocleCalander, Phyloclée, Courrier.

PHYLOCLÉE

À Dametas.

1 702 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica