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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Tragi-Comédie Pastorale

L'Inconstance d'Hylas

André Mareschal· imprimée en 1635· 5 actes· 1 804 vers· 10 personnages

Personnages

  • HYLAS, Amant de toutes
  • PÉRIANDRE, Amant de Dorinde
  • DORINDE, Compagne de Florice
  • FLORICE, Compagne de Dorinde
  • ALCANDRE, Père de Florice
  • PAGE
  • CORYLAS, Berger
  • STELLE, Bergère
  • ADAMAS, Druide
  • TROUPE DE BERGERS
MONSEIGNEUR,

À TRÈS-HAUT ET PUISSANT PRINCE Monseigneur Henry de Lorraine, Archevêque et Duc de Rheims, Premier Pair de France, Légat né du S. Siège Apostolique, Abbé de S. Denys en France, S. Rémy, Fécamp, Occamp, Corbie, Montierander, S. Martin lez Ponthoise, etc...

Légat : Légat-né du Saint-Siège, qualité que prennent quelques prélats. La qualité de légat-né est une dignité habituelle attribuée à certains sièges, tels que celui d'Arles et de Reims.

Si j'avais à traiter avec un esprit moindre que le vôtre, je rechercherais quelques vaines flatteries et ces beaux mots affectés, qui font le plus souvent tous les ornements d'une Lettre, et ne demanderais que les portes de vos oreilles pour entrer en votre coeur. Mais comme je sais que c'est un Autel qui ne reçoit point de fumée en sacrifice, et qu'on ne peut gagner vos affections sans parler à votre jugement, qui est un juge qu'on ne peut corrompre ; je m'adresse à lui sans pompe et sans fard, et ne le veux tenter que par la vérité, qui parle mieux que le mensonge le plus éloquent. Je n'irai pas la chercher dans l'Histoire, ni dans le Tombeau vénérable de tant de Héros qui ont rempli et l'un et l'autre ; puisqu'on vous peut louer à moins de bruit que d'éveiller les Morts, et de faire sonner les plus claires trompettes de la plus vieille et nouvelle Renommée. Je laisse donc à part cette illustre Maison, qui est venue par tant de triomphes et d'honneur des premiers siècles jusqu'au nôtre, qui malgré tous les vents ne doit tomber qu'en la chute du Monde, et qu'on ne saurait ignorer tant qu'il y aura des Aigles à Rome, des Lys en France, et des Croix dans la Palestine. Que d'autres se plaisent à l'ombre ; cette vieille Souche en a fait une si grande qu'elle a couvert l'Europe et l'Asie : pour moi je ressemble à ces Économes plus ménagers que voluptueux, j'estime l'arbre par le fruit. Je regarde votre mérite plutôt que cet éclat que vous tirez de votre naissance ; vous avez vos vertus à part aussi bien que vos Aïeux : ils vous ont moins laissé que vous ne leur avez déjà rendu ; et pour estimer plus noblement, j'admire votre Grandeur seulement du côté qu'elle vient de vous. Voilà, MONSEIGNEUR, comme je vous traite : je ne veux point vous donner de louanges empruntées ; et si je voulais croire votre modestie, je ne vous en donnerais point du tout. Mais il est impossible, à moins que de se taire ; et parler simplement de vous, c'est louer, c'est bénir, c'est exalter ; puisque vous n'avez point de qualités ni de perfections de qui l'on puisse discourir en d'autres termes. C'est par où le me trouve dans cette contrainte glorieuse qui fait la plus douce félicité des Esprits célestes ; qui n'ayant pour objets de leurs pensées et de leurs paroles que des vertus et des grâces, n'ont de voix aussi que pour adorer, et qui ne soient en effet des louanges et des hymnes. Toutefois, MONSEIGNEUR, pour obéir à la secrète et sévère défense que votre discrétion me fait de passer outre, et de peur de vous donner sur un bon dessein de mauvaises paroles, mon respect les finirait et me fermerait la bouche, n'était qu'Hylas dedans son humeur libre se plaint hautement que je l'ai oublié, et semble me faire un juste reproche, de ce qu'en le présentant à votre Grandeur, il ne m'est pas échappé seulement un mot en sa faveur. C'est contre la coutume je l'avoue, il faut estimer le présent qu'on donne, quand ce ne serait que pour le faire trouver, et plus digne et plus agréable. Ce dessein est fort juste : mais outre que l'on en abuse, et qu'en vantant ces dons d'esprit on se regarde plutôt que ceux à qui on les offre ; de peur de tomber dans ce vice si commun, je me suis tellement attaché à vous seul, et vos vertus ont si fort rempli ma pensée, qu'en vous admirant je n'ai pu la tourner vers un autre. Qu'Hylas s'en offense autant qu'il voudra : il m'était impossible de parler à vous, et de songer à lui ; je ne l'ai point abandonné, mais je vous ai suivi : je n'ai point manqué d'amitié pour lui, mais j'ai plus eu encore de respect pour vous. Ce lui est un témoignage assuré de mon amour de ce que je m'oblige peut-être à rougir pour lui, et que je ne feins point de l'offrir à votre Grandeur, à qui l'on ne devrait donner que l'Écarlate, et la Tiare. Qu'il vienne paré de ses grâces naturelles, qui l'ont fait souvent admirer sur le Théâtre, et dans les plus beaux Cabinets ; qu'il se serve, afin de vous aborder plus honorablement, des applaudissements qu'il a reçus de tous Paris, et d'une vieille réputation continuée de cinq à six ans ; mais qu'il n'attende de moi ni de vanité pour le louer, ni d'ambition et d'effronterie à le produire. C'est assez MONSEIGNEUR, que je lui aie donné connaissances des lumières est des rares perfections dont votre esprit est rempli, à qui il n'est rien de caché en ce genre d'écrire ; où vous-même excellez, et dont vous avez donné depuis peu de nouveaux témoignages, qui sont trop beaux pour demeurer entièrement secrets : il est suffisamment instruit de ce qu'il doit ou espérer ou craindre de votre capacité ; il sait que vous connaissez également le bien et le mal ; qu'il n'est point de défauts si cachés qu'un trait d'oeil ne vous découvre ; et qu'en un lieu où il cherche son Protecteur, il trouvera son Juge. Cela devait l'avoir intimidé, et ne lui a toutefois qu'enflé le courage : il ne serait pas cet Hylas, de qui l'humeur et l'esprit ont paru si agréables à toute la Cour, s'il craignait l'entretien du plus poli et plus parfait des Princes : et sur la foi qu'on peut tirer de tant de douces inclinations qui vous portent à aimer les honnêtes gens, j'ai bien osé tout discret que je suis, lui faire espérer ce votre bonté un accueil favorable, si sa réputation n'est point fausse, et s'il est de vrai aussi honnête homme que je suis parfaitement,

MONSEIGNEUR,

De votre Grandeur,

Le très Humble et très obéissant serviteur,

A. MARESCHAL.

AU LECTEUR

N'attends point de longue Préface au front de cette pièce, pour la rendre plus recommandable, ou pour me faire louer hautement par un Ami. Après l'applaudissement général et l'honneur qu'elle a reçu dessus un Théâtre de cinq ans, je m'imagine que son titre lui sert de recommandation ; et je ne suis pas assez vain, pour faire tomber un Ami dans cette lâcheté de me flatter. C'est tout dire en deux mots : VOICI HYLAS. Tous ceux qui l'ont connu l'attendent depuis un long temps avec impatience ; et ceux qui ne l'attendent point ne pourront s'empêcher de le connaître, s'ils se hasardent de le regarder ou de l'écouter un moment. Ce n'est pas qu'il ait l'esprit excellent, il touche de trop près au mien : mais c'est qu'il est de bonne humeur : éprouve-le, si tu ne m'en veux croire, et ne crains point de t'ennuyer.

ARGUMENT de l'Inconstance d'Hylas

HYLAS, le plus gentil esprit de la Province des Romains, et sorti de la meilleure famille de ces anciens Pâtres qui habitaient l'Île de Camargues, passa les premiers ans de sa jeunesse dans la ville d'Arles ; d'où l'amour la liberté et son inconstance le tirèrent, ou plutôt une honte d'avoir manqué Styliane, après avoir quitté Carlys sa première Maîtresse. Pour aller à Lyon il se mit sur le Rhône dans un Bateau de convoi, avecque nombre de personnes : où selon son humeur, moins par amour que par divertissement il en conta à Aymée, qu'il trouva plus sévère qu'il ne se l'était persuadé. Ce convoi branlant près d'une Île, on les déchargea sur le pré, où après avoir atteint à la course ; Floriante qui l'y avait attiré par jeu, il la fouetta, et dans la gentillesse de cette folâtre oublia la sévérité d'Aymée. Celle-là ne dura pas plus que celle-ci en son esprit : il se figura des appas dans la tristesse de Cloris ; dont les regrets qu'elle faisait sur le malheur de son Mari, qu'elle croyait bien plus blessé qu'il n'était en effet, furent le fondement d'une autre amour, que la compassion avait fait naître, et qui finit aussitôt que le sujet de ses plaintes. Ses plaintes en effet, ni la passion d'Hylas qui semblaient devoir être éternelles, n'allèrent que jusqu'à Lyon ; où la guérison de son mari commença sa joie, sa joie termina l'affection d'Hylas. Il devint depuis amoureux de la voix de Cyrcène dans le Temple, où il s'était laissé enfermer la nuit avecque les filles, bien que la loi en défendit l'entrée aux hommes sous punition de mort ; et qu'il eût sans doute encourue, si Palinice à qui il se découvrit par mégarde ne l'en eût retiré par pitié, en le cachant dessous son voile. Cette discrète charité sembla obliger Hylas à une autre, qui fut de lui donner son coeur, que Cyrcène ne tenait qu'à demi, et qu'elle eut tout entier, lorsque l'abordant quelque temps après pour parler en faveur de Clorian frère de Palinice, Hylas à son visage reconnut que c'était celle qu'il avait ouï chanter dedans le Temple, et lui adressa pour soi-même les prières qu'il devait porter pour son Ami. Une aventure depuis lui ravit Cyrcène, plutôt que son intention : lui, pour témoigner son amour pour elle, en un tournoi avait fait peindre pour devise une Syrène, afin de faire quelque rapport au nom de Cyrcène, et Ulysse attaché dans son vaisseau. Cette Syrène fut prise pour Parthénope jeune fille de Lyon, sur la rencontre de son nom avecque celui d'une des Syrènes qui s'appelle ainsi ; et Hylas qui n'y avait pas songé, ne fut point mari de confirmer la créance qu'on en avait prise, par les paroles d'amour qu'il lui tint à la première vue. Il les perdit toutes deux par la jalousie de Cyrcène, qui l'obligea de retourner à Palinice qu'il ne garda pas longtemps, pour se jeter dans l'amour de Florice qui dura quelque peu davantage. Elle fit toutefois un si grand bruit parmi toutes les compagnies de Lyon, que pour l'éteindre et apaiser les plaintes de son père Alcandre, Florice conjura Hylas de feindre d'en aimer une autre. Dorinde fut choisie à cet effet, qui pour lors était recherchée d'un Amant appelé Périandre, à qui Hylas sous couleur d'amitié qu'ils vont jurer ensemble dessus le Tombeau des deux Amis, ravit cette Maîtresse presque avant que d'avoir eu le loisir de l'aimer. Son dessein réussit par l'artifice d'un miroir, qu'il avait fait vendre à Dorinde, et qu'il fait croire à Périandre être porté par elle en sa faveur, comme un présent qu'elle avait désiré, avecque son portrait qu'il lui avait envoyé dedans ce miroir. Périandre le casse, voit le portrait d'Hylas, dit adieu à Dorinde, et par désespoir se retire dans un bois, tant pour ne troubler point son ami dedans la possession des faveurs de Dorinde, que pour fuir les lieux et les objets de son malheur. Dorinde éclate contre Hylas : il l'apaise et la jette dans l'amour ; dont Florice devient jalouse par la connaissance que lui en donne une lettre qu'elle dérobe à Hylas, comme ils s'entretiennent tous trois dedans un cabinet. Elle communique à Dorinde cette lettre, avecque beaucoup d'autres qu'Hylas lui avait données d'elle au commencement de sa feinte ; et ne pouvant par ce moyen ni la perdre auprès de Dorinde, dont il rabat la colère, ni le porter à revenir par jalousie, elle est enfin mariée à Théombre, de qui elle avait feint d'agréer la recherche, afin de réveiller l'amour d'Hylas par l'opposition de ce Rival. Son amour continue dans son mariage : Hylas qui n'appréhendait que ce seul lien, après s'être vengé revient à elle qui l'appelle, et qui l'oblige comme ils sont remis en bonne intelligence, de faire un affront à Dorinde, tant pour assouvir sa haine contre elle, que pour assurer son amour auprès de lui. C'est ce qu'il fait en la présence de son Ami Périandre, qui n'ayant pu souffrir l'absence de Dorinde était déjà retourné à Lyon, et avait reçu sa Maîtresse de la même main qui la lui avait dérobée. Pour se venger de cet affront et rendre le même à Florice, Dorinde en fait tenir une lettre à Théombre, qui l'alarme à un point qu'il emmène sa femme aux champs. Ainsi Hylas les ayant perdu toutes deux, et depuis Chryséide aussi, qui le laisse au commencement d'une nouvelle amour, il quitte Lyon comme un séjour odieux ; et sur le chemin pour aller dans le Forêts, fait reconnaître son inconstance à Laonice et Madonthe qu'il aime l'une après l'autre. Berger, il est pris, et commence par Phyllis ; continue sa façon d'aimer avec Alexis, qui était Céladon déguisé en fille, Druide, se pique d'amour pour le même dessous les habits d'Astrée ; et finit le cours de ses diverses amours par les voeux qu'il adresse à Stelle la plus inconstante des Bergères de Forêts. Il la reçoit des mains de Corylas, qu'elle avait autrefois aimé, par conséquent trompé, le laissant pour les mêmes Lysis et Semyre qu'elle avait quitté pour lui. Ce pair d'Inconstants autorise ses amours sous des conditions les plus étranges que la liberté puisse donner à leur humeur ; qui les joint sans lien par un Oracle qu'Amour rend, et qu'Adamas explique dans l'esprit d'Hylas ; qui s'accorde à la volonté des Dieux ; pourvu qu'elle ne soit pas contraire à la sienne.

ACTE I

SCÈNE I. Périandre, Dorinde.

SCÈNE II. Dorinde, Hylas.

DORINDE

Des mains.

SCÈNE III. Hylas, Florice.

SCÈNE IV. Alcandre, Florice.

SCÈNE V. Périandre, Hylas.

PÉRIANDRE, continuant

L'infracteur de la foi.

PÉRIANDRE

Ô Dieux !

ACTE II

SCÈNE I. Périandre, Hylas.

SCÈNE II. Dorinde, Périandre.

DORINDE, lui passant le Miroir devant les yeux pour se voir

Que celui qui me plaît.

SCÈNE III. Hylas, Page, Dorinde.

HYLAS

Cet Amant transporté fera quelque saillie ; Mon humeur m'affranchit de semblable folie, Que n'a-t-il aujourd'hui mon coeur et mon esprit ! Mais laissons le moins sage, et lisons cet écrit.

Lettre de Périandre à Hylas.

Vous seriez le plus heureux homme du monde aujourd'hui, Hylas, si je n'y étais point ; pour ce que l'amitié vous fera partager ma peine, et que la joie qui vous doit revenir de votre victoire, sera troublée par la perte de celui sur qui vous l'avez emportée. Je ne puis haïr mon malheur, puisqu'il cause votre félicité : mais bien les lieux qui en sont les témoins, et ces yeux ingrats qui en furent les complices. De même que je ne veux point toucher à votre gloire, je vous conjure de me laisser tout seul porter ma disgrâce, et de connaître combien je désire que tous vos contentements soient purs, puisqu'en perdant les miens je ne vous ai pas voulu donner le regret de me voir triste. Croiriez-vous que j'ai peine encore de vous envoyer l'adieu dans ce papier, de peur que cela vous afflige. Si vous me continuez votre affection, je n'ai pas tout perdu, et il y a encore quelque chose au monde qui peut consoler le misérable.

PÉRIANDRE.

DORINDE

Perdre...

SCÈNE IV.

PÉRIANDRE, dans un bois

STANCES.

SCÈNE V. Florice, Dorinde.

SCÈNE VI. Hylas, Florice, Dorinde.

FLORICE

De Dorinde.

DORINDE

De Florice.

FLORICE, ayant pris la lettre de la poche d'Hylas, et parlant bas

Sa trahison paraît : ah ! Ma Soeur.

ACTE III

SCÈNE I. Florice, Dorinde dans un cabinet.

SCÈNE II. Dorinde, Hylas.

SCÈNE III. Florice, Alcandre.

SCÈNE IV. Périandre, Hylas, Florice.

SCÈNE V. Dorinde, Périandre.

SCÈNE VI. Hylas, Dorinde, Périandre.

ACTE IV

SCÈNE I. Stelle, Corylas.

Ici la Scène change de face, et représente les bocages du Forez.

DIALOGUE.

SCÈNE II.

HYLAS, en berger

Ne ris-tu point, Amour, de voir cet équipage ? Mon ombre qui me suit me sert ici de Page ; Hylas est devenu, tant il aime à changer, De Pâtre Courtisan, de Courtisan berger : J'ai du tout oublié dans ce doux exercice La haine de Dorinde, et l'amour de Florice ; L'une par un Ami, qui devint suborneur, Se vengea sur Florice, et trahit mon bonheur, Une lettre surprise à Théombre rendue, Me ravit à son point la faveur attendue : Elles ne m'ont laissé d'amour, ni de regrets, Leur perte ne m'a point jeté dans le Forêts En donne qui voudra la gloire à Chryséïde, Un Démon plus puissant me gouverne et me guide ; Non, je n'y suis porté que d'un juste désir De goûter en tout lieu l'amour et le plaisir, De promener mes sens, parler à la Nature Dans ces bois qu'à Lyon l'on ne voit qu'en peinture, Connaître si l'Amour moins avare et plus net Est plus doux sur des fleurs que dans un cabinet, S'il n'est pas, en rendant toute chose fertile, Le Soleil de ces champs, comme il l'est de la ville : Aussi champêtre ici que le sont mes habits, Je conduis mes plaisirs et non pas des brebis ; Je cherche, après le fard, la beauté naturelle, Je n'ai plus de soupirs ni de coeur que pour elle ; J'ai trouvé le plaisir dans la simplicité, Sous le nom d'Alexis une divinité ; Les Bergères sans nombre ont mon âme surprise Cette seule Druide aujourd'hui la maîtrise ; Dans le dessein d'aimer de toutes les façons J'en ai pris auprès d'elle et donné des leçons, Et mon amour, qui suit tout objet qui recrée, Monte de la profane à la beauté sacrée : Mais mon esprit enfin craint sa sévérité, Et s'en lasse bien fort, s'il n'en est irrité ; Elle est pour mon humeur trop superbe et savante, Son visage me plaît, son esprit m'épouvante, Je ne recherche pas ces beautés de renom, Dont l'orgueil entend tout, et ne répond que (non ;) J'aime bien mieux languir d'une flamme légère Sans refus sur le sein d'une simple Bergère, Qui dans le même voeu que j'aurai pu former Ne saura de tout art que celui de m'aimer.

SCÈNE III. Corylas, Hylas, Stelle.

STELLE, se rendant

Où finit mon supplice.

CORYLAS

À tous les Inconstants qui vous feront un Temple.

Les conditions sous lesquelles Hylas et Stelle promettent de s'aimer.

SCÈNE IV. Périandre, Dorinde en bergère.

SCÈNE V. Hylas, Stelle, Périandre, Dorinde, Florice, Corylas, Troupe de Bergers.

HYLAS, tenant en main les conditions

Elles me plaisent fort, écrites de la sorte.

HYLAS

De Corylas, peut-être, ou du moins de Sylvandre ?

Débite : Sorte d'impôt. [SP]

SCÈNE VI. Hylas, Stelle, Dorinde, Florice, Périandre.

PÉRIANDRE

Il est mort.

SCÈNE VII. Corylas, Dorinde, Périandre, Hylas, Stelle.

ACTE V

SCÈNE I.

HYLAS

CHANSON.

Alidor sur un beau téton Prend l'aise du sommeil, après d'autres délices : L'Aurore, qui tenait le lit pour ses supplices,

Tithon : Nom propre d'un homme fabuleux. Tithonus. Il était fils de Laomédon Roi de Troye, et était très bien fait ; l'Aurôre l'aima et l'enleva dans son char en Éthiopie. Elle eut de lui Mémnon, et pour récompense il demanda une longue vie, de sorte qu'après plusieurs siècles son corps diminuant toujours, il fut changé en cigale. [T]

S'oublie, et dort près de Tithon. Ô Dieux ! Quelle merveille ! Dans le sein du repos chacun dort ; et je veille.
Je soupire ? Et pourquoi ? Quel si puissant objet À mes feux violents peut servir de sujet ? Ne suis-je plus Hylas ? Et ne saurais-je apprendre Si je serais passé de moi-même en Sylvandre ? Cet envieux Démon de constance et d'ennui Voudrait-il me punir et me changer en lui ? Non, c'en est un d'amour, qui me figure Stelle Avecque tous les traits qui la rendent si belle. Qu'il la peigne Divine, et par de faux appas Lui donne des beautés que même elle n'a pas ; Qu'elle ait sur mes esprits un Souverain Empire : Faut-il qu'elle soit vaine, et qu'Hylas en soupire ? Orgueilleuse Bergère, où prends-tu ce pouvoir De lui donner des soins plus qu'elle n'en veut avoir ? Ta beauté me poursuit, et m'attache en forsaire, Elle devient cruelle à force de me plaire, Et jusques dans mon lit ose mal à propos M'apporter de la peine et m'ôter le repos ; La plus grande beauté, combien que j'en jouisse, Je ne l'aimerais pas avecque ce supplice : Rêver, ne point dormir, se plaindre, et soupirer, Fût-ce dedans le Ciel, je n'y pourrais durer : Si mon coeur s'est ouvert à ton feu qui le touche, Ne dois-je plus fermer ni mes yeux, ni ma bouche ? Il faut que mon humeur ici règne à son tour, Tu m'as blessé la nuit, je m'en rirai le jour, Et ton coeur insolent au point qu'il me surmonte Saura dans un congé mon courage, et ta honte ; Comme si pour t'aimer je devais endurer Tout ce qui m'aurait pu ta haine procurer ?

Forsaire : Le mot forsaire n'est employé dans aucun ouvrage de référence. Il pourrait s'agir de forçaire qui vient du verbe forcé, l'auteur ayant remplacé le ç par s. Il s'agirait alors de forçat, ce qui conviendrait bien au sens. Et m'attache en forçat. Voir ci-dessous l'étymologie.

SCÈNE II. Périandre, Hylas.

HYLAS

À deux de jeu, chacun fasse nouveau parti.

Deux de jeu : Fig. Deux hommes sont à deux de jeu, quand l'un a pris sa revanche de l'autre, quand ils n'ont point d'avantage l'un sur l'autre ; et aussi quand ils se sont rendu réciproquement de mauvais services, ou qu'ils ont été également maltraités dans une affaire. [L]

PÉRIANDRE

Stelle ?...

HYLAS

Chassée.

PÉRIANDRE

Ô Dieux !

SCÈNE III. Périandre, Corylas, Stelle, Hylas.

HYLAS

Hylas allant d'un bout du Théâtre à l'autre.

Tu vois, je me promène.

CORYLAS

Vous rêvez.

HYLAS

En effet.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Dorinde, Adamas, Hylas, Corylas, Stelle, Périandre.

ADAMAS, lui montrant Amour sur une colonne de marbre au milieu de la Fontaine

Craignez-vous pas ce Dieu ?

ADAMAS

Puissant.

HYLAS

Tout nu.

1 804 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica