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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Le Jugement Equitable de Charles le Hardy Dernier Duc de Bourgogne

André Mareschal· imprimée en 1646· 5 actes· 1 620 vers· 10 personnages

Personnages

  • CHARLES, Duc de Bourgogne
  • RODOLFE, Son favori Gouverneur de Maastricht
  • FRÉDÉGONDE, Mère putative de Rodolfe
  • FRÉDÉRIC, Lieutenant de Rodolfe, et son Cousin
  • MATHILDE, Femme d'Albert
  • FERDINAND, Ami d'Albert, et Amant de Mathilde
  • DIONÉE, Damoiselle de Mathilde, et confidente de Ferdinand
  • RUTILE, Cavalier de Rodolfe
  • LEOPOLDE, Capitaine des gardes
  • GARDES, du Duc Charles
MONSIEUR,

À HAUT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSIRE JOSIAS COMTE DE RANSAU, LIEUTENANT GÉNÉRAL DU ROI dans ses Armées commandées par Son Altesse Royale, et Maréchal de France.

Parmi tant de louanges de la Cour, du Cabinet, et du Conseil, où votre mérite et vos rares qualités viennent de faire un bruit si honorable ; après l'accueil de tant d'illustres têtes et de têtes couronnées ; au milieu des transports de tous les Chefs et Gens de guerre qui vous environnent, et dans les acclamations publiques qui témoignent les ressentiments de la France reconnaissante ; à l'éclat de votre nouvelle dignité, et au plus fort des occupations où vous jette un si noble emploi, si important, et si nécessaire à l'État. Enfin, MONSEIGNEUR, après cet honneur que vous a fait la Reine, autant par ses paroles obligeantes que par les présents du Roi, après la voix et le suffrage de Monseigneur le Duc d'Orléans, qui n'attend plus qu'à vous donner ce BÂTON honorable qui vous allie à la France par des fleurs de Lys, et qui portant un souverain commandement dans les armées n'est pas moins le prix de vos héroïques travaux, pour celles qui vous doivent leurs victoires précédentes, qu'un présage infaillible des heureux succès qui doivent rendre triomphante celle que vous allez commander : j'ajoute encore après l'approbation très avantageuse et très particulière de SON ÉMINENCE, qui comme elle est la plus haute lumière ce l'État, vous a fait justice aussi pour tout l'État même ; après tous ses éloges éclatants et presque incomparables qu'elle a fait insérer dans votre Brevet, touchant votre illustre naissance, les grandeurs de la première Maison du Duché de Holstein, et la première aussi du Royaume de Danemark, aussi vieille et aussi fameuse que l'Empire, et tant de merveilleuses actions par qui vous la relevez tous les jours encore, et par qui la France obligée le respecte même au fond de l'Allemagne, et en terre ennemie, qu'en sa faveur et pour l'amour de vous elle doit peut-être un jour épargner : après, dis-je, tous ces titres d'honneur, qui rendent plus recommandable encore le don qu'on vous fait par ces qualités qu'on publie, qui sont les brillants de votre Couronne et les plus beaux rayons de votre gloire ; au milieu de tant de bouches Françaises qui vous applaudissent, voici une voix étrangère qui vient presque du Septentrion, et qui par un zèle précipité, et faible d'un si long chemin ; n'aspirant qu'à la gloire de se faire entendre la première, vous vient tumultuairement, à la hâte, et sans art saluer MARESCHAL DE FRANCE. Je sais, MONSEIGNEUR, qu'elle est téméraire et indiscrète, d'oser vous interrompre dans un concours si pressant de si hautes affaires ; et qu'étant parvenue à vous difficilement et à peine, à peine aurez-vous le loisir de même de l'ouïr. Mais considérez que c'est CHARLES LE HARDY qui vous demande audience pour elle, et que ce Prince que vous imitez par cette généreuse hardiesse qui vous a fait comme lui le Maître de tant de périls, et auquel vous avez déjà ôté ce surnom glorieux, ne peut moins mériter que de vous voir en montant à cheval, et de vous accompagner et vous entretenir en votre voyage. Ma plume ne vous appelle point dans le Cabinet, et bien loin de vous retarder, ce sera s'il vous plaît la première trompette qui vous aura suivi ici, et qui vous fera battre aux champs. Et certes, puisqu'il ne faut rien que de hardi auprès de vous, et que CHARLES ne devait être offert qu'au plus HARDY du monde ; j'ose espérer que ce héros étant reçu par l'autre favorablement, lui fera excuser la hardiesse de ma plume qui veut se mêler avecque vos trompettes, et cette audace officieuse et pleine de respect, qui vous convie de partir, et d'aller par une victoire signalée me fournir le Chant de vos derniers triomphes. Ce sera à votre retour qu'en vous présentant à vous-même, en la peinture des ces hautes actions que vous allez faire aux yeux de l'Europe, avecque moins de honte et plus d'éclat j'oserai me souscrire,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

A. MARESCHAL.

ACTE I

SCÈNE I. Rodolfe, Mathilde, Ferdinand, Dionée, Frédéric.

SCÈNE II. Frédéric, Rodolfe, Mathilde, Dionée.

SCÈNE III. Ferdinand, Dionée.

FERDINAND

Sa vertu me console. Je l'ai vu, Dionée, on m'a tenu parole : Dans les fers sa constance a même des appas ; Albert est innocent, ou le Ciel ne l'est pas : Je le maintiendrai tel, et mon sang et ma vie Soutiendront la Vertu lâchement asservie. Taisez-vous, mon amour ; taisez-vous, intérêt ; Je ne vous entends point contre un si juste arrêt ; J'égale à mon amour mon amitié fidèle ; Albert est innocent, comme Mathilde est belle ; Et je dois le servir, loin d'en être jaloux, Et comme un innocent, et comme son Époux ; Albert est innocent ? Arrête, fausse joie ; Le dois-je souhaiter, encor que je le croie ? Laissons faire Rodolfe, un Juge, un Souverain ; Voyons perdre un Rival, sans y mettre la main : Lorsque le destin m'offre un espoir légitime De posséder Mathilde et sans crainte, et sans crime, Qu'il semble avoir pitié de mes maux amoureux ; Ma pitié pour autrui me rendrait malheureux ? J'aimerais, je plaindrais Mathilde, et ce qu'elle aime ; Et je n'aurais amour, ni pitié pour moi-même ? Point : je dois me montrer, mais d'un coeur affermi, Et malheureux Amant, et généreux Ami. Doux et secret poison d'une âme intéressée, Cessez, espoir flatteur, de plaire à ma pensée ! Ayant aimé Mathilde, et généreusement, Je n'empêcherais pas son deuil et son tourment ? Quoi ? Je lui laisserais ce grand sujet de larmes ? Amour propre, intérêt, j'ai dissipé vos charmes : Mathilde attend mon aide, Albert est en prison ; Servons-la, mon amour ; servons-le, ma raison ; Comme constant Amant, soyons Ami fidèle.

SCÈNE IV. Rodolfe, Frédégonde.

SCÈNE V. Rodolfe, Frédéric.

RODOLFE

Non.

ACTE II

SCÈNE I. Fréderic, Rutile.

RUTILE

Hélas !

SCÈNE II. Charles, Mathilde, Rodolfe, Ferdinand, Dionée, Léopolde, Gardes.

MATHILDE

Grand Prince, ah ! Que je crains qu'un excès d'amitié Ne trahisse en vous-même et justice, et pitié ! Vous haïssez le crime ; ainsi j'ose me plaindre : Mais vous aimez Rodolfe ; ainsi je dois tout craindre ; Et son impunité, qui triomphe entre nous, Le tient ferme et hardi, quand je tremble à genoux : Son amour m'a perdue, et sa faveur m'opprime ; J'ai son rang à combattre encor plus que son crime : Mais j'attends de mon Prince un acte solennel, Qu'il punisse le crime, aimant le Criminel.

Elle se lève de genoux.

Voilà ce que le Ciel par ma voix vous demande : Rodolfe est très puissant ; votre amour est très grande ; Vos États, sa valeur, sa faveur, votre foi, Tout parle enfin pour lui ; le Ciel parle pour moi : Il doit être dans vous, contre une amour extrême, Et plus fort que Rodolfe, et plus fort que vous-même ; Lui, qui de tant d'États vous a fait Souverain, Vous regarde aujourd'hui la balance en la main, Pour faire à l'Univers en ce rang qu'il vous donne Reluire vos vertus plus que votre Couronne. C'est peu d'être nommé, d'un titre glorieux, Que le sang vous donna, qui vient de vos Aïeux, Souverain de Bourgogne et des dix-sept Provinces ; Ajoutez à ces noms, le plus juste des Princes : Qu'on vous nomme Hardy parmi les Conquérants ; L'autre nom est de Prince, et convient mieux aux Grands ; L'un brille dans la paix, l'autre éclate en la guerre : Mais l'un tend vers le Ciel, et l'autre vers la terre : Vous avez combattu pour elle tant de fois ; Combattez pour le Ciel, pour nous, et pour les lois.

CHARLES

Quel désordre en mes sens ! Où, flamme contre flamme, Je ne puis accorder mon coeur avec mon âme ; Où je sens qu'il me faut, pour me rendre vainqueur, Combattant contre moi, triompher de mon coeur : Pourrai-je n'aimer pas Rodolfe que j'estime ? Et pourrai-je l'aimer, s'il est chargé de crime ? Mais d'un crime, où le Ciel m'intéresse en effet ? Que ferai-je ? Rodolfe : ou plutôt qu'as-tu fait ? Te perdre ? Mais souffrir aussi ta violence ? C'est trop, amour, c'est trop me tenir en balance ; Sors enfin de mon coeur, et ce Rodolfe aussi ; Il est trop criminel ; traitons-le donc ainsi. Quoi ? Qui commet un rapt, contre un traître m'appelle ? Quand Rodolfe viole, il m'écrit d'un Rebelle ? Et le plus criminel, si j'en crois ma raison, Écrit, m'appelle, accuse et tient l'autre en prison. Non, ce n'est pas la peur d'une Ville surprise Qui m'oblige à venir, Albert, ni l'entreprise, Ni l'exemple de Liège à nos mutins offert, Les soupçons de LOUIS, ni la lettre d'Albert : Rien ne m'amène ici, que cet amour insigne Que j'avais pour Rodolfe ; et je l'en trouve indigne ? Et quand j'ai su qu'Albert dressait un attentat, J'ai pris soin de Maastricht, plus que de tout l'État ; Où j'avais à sauver dans la fureur civile Un, qui m'était plus cher que l'État ni la Ville. Cependant ce Rodolfe ; ah ! Le puis-je nommer ? Le puis-je voir encor ? Puis-je encore l'aimer ? Ce Monstre de faveur, à mes yeux, se diffame, Trouble tout dans Maastricht, trouble tout dans mon âme.

CHARLES

Qu'on l'emmène en mon appartement.

Les Gardes l'emmènent et puis reviennent.

SCÈNE III. Ferdinand, Rodolfe, Charles, Léopolde.

RODOLFE, y rêvant

C'était...

CHARLES

N'achève pas ce faux raisonnement : Je parlerai pour toi dans ton étonnement ; Le Ciel m'ouvrant l'esprit y répand sa lumière. C'était pour repousser son injure première, Pour venger son honneur, que ton crime a ravi ; Et que la mort d'Albert de bien près a suivi, Coupable seulement pour contenter ta flamme, Et coupable d'avoir une trop belle femme : J'apprends, comme du Ciel, de ta confusion, Que l'innocent n'est mort qu'à cette occasion. Quel trouble dans mon coeur cause ton insolence ! Albert, Mathilde, et moi, souffrons ta violence : Plus qu'on ne dit coupable, et plus que tu ne crois, De deux crimes atteint, je te charge de trois : Albert assassiné, Mathilde violée Aux deux crimes ont joint mon amour immolée ; J'ajoute à cette amour que je ne puis bannir Les tourments que j'aurai moi-même à te punir : Oui, cette violence en moi seul est étrange : Deux offenses ici paraissent ; on les venge : Mais qui punit le crime, et qui doit les venger Souffre pour le Coupable, avant que le juger ; Aimant le Criminel autant que sa personne Le Juge souffrira la peine qu'il ordonne. N'importe ; il faut punir et Rodolfe, et mon Coeur, Traiter ces Criminels tous deux à la rigueur ; Lui, d'avoir à son vice immolé deux victimes ; Mon coeur, d'avoir aimé le sien si plein de crimes. L'amour m'arrête encore, et me dit ; pardonnons : Mais le Ciel dit ; Condamne. Il le faut ; condamnons. Léopolde, menez... mener celui que j'aime ? Oui, menez dans la Tour et Rutile, et lui-même ; Qu'on l'ôte. Allons, mon coeur, pour la dernière fois Soupirer pour celui que condamne ma voix.

ACTE III

SCÈNE I. Frédégonde, Charles, Mathilde, Ferdinand, Léopolde, Dionée.

CHARLES

Vous aussi.

CHARLES

Disposez tout, Madame, et secondez mes soins.

Frédégonde s'en va avec Léopolde, pour tirer Rodolfe de prison.

SCÈNE II. Ferdinand, Charles.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Léopolde, Gardes, Rodolphe, Frédégonde.

SCÈNE V. Rodolphe, Léopolde, Gardes, Frédégonde.

RODOLFE

Son nom ?

ACTE IV

SCÈNE I. Frédéric, Léopolde, Gardes.

LÉOPOLDE

Allons donc.

SCÈNE II.

FERDINAND

Que vois-je ? Frédéric, que Léopolde emmène ? Quoi ? Rodolfe triomphe, et laisse l'autre en peine ? Dans le luxe et la joie il nage maintenant ; Et l'on tient d'autre part saisi son Lieutenant ? L'un souffre les tourments que l'autre dût attendre ? Quels caprices du sort ? Qui pourrait les comprendre ? CHARLES, par des effets qui trompent le plus fin, Semble confondre tout, avecque le destin ; De même qu'un éclair, qui luit pour disparaître, Sa Justice menace, et puis épargne un traître. Qu'ai-je dit ? Il l'épargne ? En souffrant cette loi Nous croirons que c'est peu pour Mathilde et pour moi ; Mais il le récompense, et la lui donne encore ; Mais Mathilde est le prix du crime qu'elle abhorre : Contre mes intérêts éloquent et trop fort Enfin je l'ai portée à l'hymen, à ma mort : Je l'aime sans espoir, lorsqu'Albert la possède ; Quand je puis l'espérer, je la donne et la cède ; Et telle est la rigueur de mon sort amoureux, Que ma foi, mon malheur fait partout des heureux. Mais c'est trop contre moi faire le magnanime ; Soyons-le à d'autres coups, et punissons le crime ; Ayant sacrifié MATHILDE à son honneur, Sacrifions au mien un traître, un suborneur ; Allons chercher Rodolfe ; et d'une main armée Vengeons ensemble Albert, et l'Amant, et l'aimée ; Par un coup généreux, et du Ciel ordonné, Ôtons-lui ce trésor, que nous avons donné ; Ayant sauvé par là l'honneur d'une Maîtresse, Sauvons-la, par ce coup, d'une main qui l'oppresse ; Justifions le Ciel, et nous, par son trépas, En faisant qu'il l'épouse, et n'en jouisse pas. Qu'il meure donc ; l'honneur, le Ciel me le commande : Allons verser son sang ; Albert, me le demande ; Allons, pour contenter son Ombre ; et mes désirs, Immoler sa Victime au milieu des plaisirs ; Sauvons, sauvons Mathilde ; allons, l'heure nous presse.

SCÈNE III. Dionée, Ferdinand.

SCÈNE IV. Mathilde, Dionée.

MATHILDE

Il n'est ni l'un ni l'autre ; et les pleurs de sa Mère Suspendent le supplice, et font qu'on le diffère : Elle n'a su du Prince obtenir quelque temps, Que pour lui révéler des secrets importants, Qui regardent l'État, dit-elle, et sa personne, L'intérêt de Rodolfe, et sa propre Couronne. Ah ! Quel secret retarde un trépas préparé, Qui peut n'arriver point, comme il est différé ? Quoique Charles pour lors n'ait pas voulu l'entendre, Que lui doit-elle dire ? Et moi, que dois-je attendre ? Que de trouble accompagne un si grand JUGEMENT ! Nulle fin ne répond à son commandement, D'Albert, de mon honneur poursuivant la vengeance ; Comme si contre eux deux j'étais d'intelligence ; Pour mon honneur, dit-on pour fin de mes travaux, Il me faut épouser l'auteur de tous mes maux ; Et quoique je résiste, et quoique je réclame, Un pouvoir souverain me force et rend sa femme : À peine ai-je loisir de plaindre mon malheur, Que l'on le sacrifie à ma juste douleur ; Sur un pompeux Théâtre, au milieu de la joie, Celui qui m'a tout pris devient enfin ma proie ; Et le Prince et le Ciel portent de mêmes coups Sur l'Amant, l'Assassin, le Voleur, et l'Époux : Par tant de changements j'admire leur Justice ; Quand le destin se change encor dans le supplice ; Et veut faire échapper par un tel changement Le Mari, le Voleur, l'Assassin, et l'Amant. Si c'est pour cet effet que le destin balance ; Charles peut oublier Albert, la violence, Mon déshonneur, son sang, mon outrage, et sa mort ; Différer le supplice, et suspendre le sort ; Porter, par un surcroît d'une faveur suprême, L'Assassin, le Voleur jusqu'en son trône même : Mais, l'eût-il couronné pour être mon Époux ; C'est une qualité qu'il n'aura pas de nous : Non, ne crains point, Albert, qu'à ton rang il succède ; Sa mort te doit venger, comme elle est mon remède.

ACTE V

SCÈNE I. Charles, Frédégonde, Ferdinand, Léopolde.

SCÈNE II. Charles, Ferdinand.

SCÈNE III. Mathilde, Dionée, Charles, Ferdinand.

SCÈNE IV. Léopolde, Charles, Ferdinand, Mathilde.

LÉOPOLDE

Il est mort, et la Parque sévère Vient de ravir Rodolfe.

Parque : Déesse qui selon les anciens païens, préside à la vie des hommes. [T]

LÉOPOLDE

Son Père ?

LÉOPOLDE

C'est tout dire ; il est mort : Mais il est mort, Seigneur, avec une constance, Qui des coeurs et des yeux de toute l'assistance A fait comme ondoyer, à grands vents, à grands flots, Une mer de soupirs, de pleurs, et de sanglots : Il est vrai qu'une perte à la sienne mêlée : La mort de Frédéric a son âme ébranlée ? M'est ce peu de mourir, et mourir dans Maastricht ? Quoi ? L'on me joint, dit-il, encore Frédéric ? Est-ce ici, cher Cousin, le fameux champ de gloire Qui devait élever nos noms à la mémoire ? Compagnon de ma vie, aujourd'hui de ma mort, Est-ce où te destinait ma faveur et mon sort ? D'une grandeur extrême est-ce ici le théâtre ? On les voit d'amitié l'un et l'autre combattre, Et comme à quelque honneur l'un par l'autre invité Se disputer la mort avec civilité ; Tous deux ont de l'ardeur, et de la déférence : Rodolfe le plus jeune, en cette occurrence, Aussi ferme de coeur, mais plus prompt, comme tel Passe et va le premier dessous le coup mortel ; Sa qualité, son rang, contre le droit d'aînesse, De ce triste avantage honorant sa jeunesse. Cependant Frédégonde arrivée en ce lieu, Pour le baiser dernier, pour le dernier adieu Dans ses larmes mêlant ce qu'un coeur a de tendre Tient Rodolfe embrassé, me conjure d'attendre ; Et par pleurs sur mon ordre obtenant un moment, L'entretient en secret, devant moi seulement, Lui révèle en deux mots son rang et sa naissance, Et tout ce dont vous-même avez connaissance. Rodolfe n'en paraît étonné ni confus ; Moi, je reste interdit, si jamais je le fus ; Un tel sang à verser me rend presque immobile : Mais ce temps écoulé ne fut pas inutile : Frédéric prévenant un semblable débat, Offre au Bourreau sa tête ; et d'un coup il l'abat.

SCÈNE V.

1 620 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica