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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Ou l'Aveugle Amante

La Soeur Valeureuse

André Mareschal· imprimée en 1634· 5 actes· 2 380 vers· 12 personnages

Personnages

  • ORONTE, Fille du Roi de Perse
  • LUCIDOR, Son frère, fils du Roi de Perse
  • LE ROI DE PERSE
  • LE ROI DE THRACE
  • OLYMPE, Fille du Roi de Thrace
  • DORAME, Prince de Bithynie, favori de Thrace
  • MÉLINDE, soeur de Dorame
  • GÉLANDRE, Autre Prince de Bithynie
  • LYCANTHE, Écuyer d'Olympe, Confident de Dorame
  • TROIS SOLDATS, Assassins, et complices de Lycanthe
  • PAGE D'ORONTE
  • AUTRE PAGE
MONSEIGNEUR,

À TRÈS-HAUT ET TRÈS PUISSANT PRINCE, CÉSAR DUC DE VENDÔME, DE MERCOEUR, DE PENTHIÈVRE, DE BEAUFORT, ET D'ÉTAMPES, Prince d'Anet et de Martigues, Pair de France.

Cette Princesse amoureuse et Étrangère qui vous vient chercher depuis la Perse jusqu'en France, pour vous rendre l'arbitre de son amour et de sa valeur ; ne prétend pour fruits d'un si long voyage que l'honneur de vous entretenir, et le triste contentement de faire croître au récit de ses aventures les Fontaines de Bourbon, par les larmes d'une si fidèle compagnie, que votre vertu y attire cette année plutôt que celle des Eaux. Ce n'est pas pour avoir sué dessous les armes, ou pour laver son front encore couvert d'une poussière sanglante que cette SOEUR VALEUREUSE vient aux bains ; mais seulement pour y noyer son amour et sa honte, et pour savoir si ces divines sources minérales parmi tant de qualités secrètes n'ont point celle du fleuve d'Oubli, afin d'y perdre la mémoire de son frère, que tous les effets d'une passion extrême n'ont pu lui rendre sensible. Je l'ai encouragé à ce dessein ; il est vrai, je l'avoue, MONSEIGNEUR, et lui ai promis ce qu'on n'attendrait jamais ni des bains de Bourbon, ni de Plombières, ni de Forges, ni de Pougues ; je veux dire la guérison d'un amour violente, et la facilité d'oublier un objet qu'elle a aimé dès le berceau. Il n'entre ici rien du miracle, ou de la Fable ; cette action n'attend aucun effort par-dessus la Nature, ni cette prose aucun ornement de la Poésie. Est-elle arrivée à Bourbon ? Elle est guérie cette AVEUGLE AMANTE ; et pour oublier son amour, son frère, et son pays, il ne lui a fallu de temps que ce peu qu'elle en a mis à vous regarder. Cet effet presque impossible que je lui avais promis, et qu'elle eût cherché vainement aux Eaux, elle l'a trouvé dans vos yeux ; où rencontrant aussi bien qu'en votre esprit toute chose à admirer, elle ne s'étonne que d'une seule, comme votre front chargé de lauriers ne l'est point encore de la Couronnez de toute l'Asie, puisque c'étaient de semblables visages qu'autrefois la perse faisait adorer dessus le Trône de ses illustres aïeux. Aussi vous voyez qu'elle en aime si parfaitement les traits, que pour les avoir toujours présent à ses yeux, elle porte aujourd'hui votre portrait sur son Écu, en cette même place où était celui de son frère, qu'elle avait déjà commencé d'effacer de ses pleurs, et que son amour pour vous a caché dessous une plus belle toile. Je ne croirai pas, MONSEIGNEUR, que vous soyez si peu sensible à la plus belle passion des hommes, pour n'agréer point la recherche d'une AMANTE de cette condition, et dont la passion ne cède qu'aux voeux infinis de celui qui vous la présente. Sans blesser son honneur, ni le respect inviolable qu'il vous doit, il a cette assurance de vous l'amener jusqu'au chevet de votre lit ; et il n'est pas si mal en votre estime qu'il n'espère que vous chérirez également et le don et celui qui vous le fait, et qu'après avoir pris plaisir à considérer la beauté de cette Fille, vous aurez assez de bonté pour le considérer lui-même comme,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur

A. MARESCHAL.

ARGUMENT

LUCIDOR et ORONTE deux Gémeaux, Fils et Fille de Belyman Roi des Perse et des Mèdes, avaient été élevés et nourris ensemble, et pendant leur enfance ils avaient joint à la conformité de leur visage une seconde d'humeur et de volonté, qui faisait douter à tous ceux qui les voyaient, qu'elle était des deux la plus grande, ou la ressemblance de leurs esprits, ou celle de leurs fronts. La Nature en ce doux accord, par une puissante inclination qu'elle donna à cette Fille, la porta peu à peu à aimer, suivre, et imiter son frère en tout, et même par un effort de courage à se rendre depuis compagnes d'exercices, comme elle l'avait été de berceau. Du commencement ce n'était que jeu, que le Roi leur père approuvait ; mais ils sont enfin séparés par la force et l'envie des années, qui font connaître à celle-ci qu'elle est Amante, et qui obligent celui-là à fuir d'horreur une passion, qui lui paraissait sinon criminelle pour le moins fort déréglée. Rien ne l'excusait qu'une loi de Perse, qui permettait à la soeur d'être femme de son frère, et de joindre par ce lien le sang qu'ailleurs une même naissance aurait disjoint. Mais ce prétexte n'était pas assez puissant, pour effacer ou courir en l'esprit d'Oronte un vice qu'elle avouait elle-même par la honte qu'elle ressentait à le commettre, ne put ôter aussi l'aversion de Lucidor. Il la quitte et la Perse même ; et après mille courses que ses armes lui rendirent glorieuses, borna heureusement sa fuite en Thrace ; ou parmi l'accueil et les honneurs qu'il reçut, il se trouva enfin amoureux et aimé d'Olympe, fille unique du Roi de ce pays. Cette amour réjouit le père, engagea doucement la Fille, et affligea Dorame qui en était amoureux, sur des prétentions qui semblaient auparavant assurées par la faveur qu'il avait auprès du Roi, et par la puissance absolue que cette faveur lui donnait dans tout le Royaume. Pour être politique, plein d'esprit et d'intelligence, il n'était pas moins malheureux. Gélandre son Cousin l'avait chassé de Bithynie, bien qu'il en eût la possession légitime ; et tous ses desseins depuis n'étaient qu'à se rétablir, et à reprendre les droits de la Souveraineté, qu'injustement son Cousin usurpait sur lui. Pour cet effet, et afin de perdre aussi bien son rival comme son Usurpateur, par un dessein et d'amour et d'ambition, il envoie à Gélandre Lucidor dans la Ville de Pruse, sous un prétexte spécieux qui les trompa tous deux, et qui fut tel. Lucidor accompagné de Mélinde soeur du favori, qui la lui avait donnée autant pour conduite et assurance que pour otage à Gélandre, pensait fuir la colère du Roi, qui était aussi fausse que tous ces complots que Dorame avait feint que sa Majesté dressait contre lui, fut l'enlèvement de sa fille Olympe : que ce rival ingénieux avait encore supposé. De même Gélandre en les recevant croyait s'assurer la Bithynie, vu que Dorame par lettres expresses renonçait à toutes ses prétentions, s'il pouvait réussir le mariage de sa soeur avec Lucidor, qu'il lui envoyait (disait-il) à cette intention. Sitôt qu'ils sont reçus dans Pruse, Dorame s'écrie à la force, se plaint au Roi que Lucidor a enlevé sa soeur, qu'il s'est retiré auprès de Gélandre son Usurpateur, et demande main forte pour se venger de l'un et de l'autre. Le Roi de Thrace envoie demander Mélinde ; Gélandre assuré sous main par Dorante la refuse ; les Thraces arment ; le Roi sort de Byzance avec Olympe ; Dorame a charge de toute l'Armée ; et du premier assaut l'on emporte sans résistance le Château d'Elvye fort peu distant de la Ville, où la Princesse choisit son quartier et sa retraite : enfin pour le dire court Pruse est assiégée. Mélinde dedans et instruite par son frère de ce qu'elle devait faire, lui envoie une lettre quelque temps après, par où (continuant leurs feintes) elle se plaignait de l'insolence et des poursuites violentes du Prince de Perse, qui ferait enfin quelque effort sur son honneur, si on lui en laissait le temps et les moyens dans les longueurs d'un siège ; que ce remède était trop lent et trop éloigné pour un mal si proche, et qu'il fallait prévenir ses mauvais desseins par un duel. Par cette lettre Olympe connaît ouvertement l'infidélité de Lucidor ; et c'était là le premier dessein de Dorame : pour le second ; le Roi lui permet de se battre ; et c'était ce qu'il avait prétendu par tant de feintes, et de le faire sans hasarder sa faveur ni sa fortune. Cependant qu'il travaille dans les soins de son combat, Mélinde en entreprend un autre suivant ses instructions, qui était d'obliger le Prince de Perse à l'aimer : mais elle y est si malheureuse, qu'au lieu de donner de l'amour à Lucidor, elle en prend elle même. Dans les élans de sa nouvelle passion elle reçoit le Cartel de son frère contre son amant, et son esprit divisé pour tous deux ne pouvant laisser perdre l'un ou l'autre, elle fait réponse au Cartel sans le montrer à Lucidor, et comme s'il l'eût écrit lui-même. Elle mande Dorame que la guerre étant ouverte, et lui si nécessaire à son parti, un Prince de la sorte ne se pouvait se battre qu'avec une Armée, et non pas en homme privé ; qu'il ne le verrait que trop tôt au front d'un Bataillon. Dorame qui n'attendait rien moins que cette réponse, y prend son avantage ; le Roi la voit, et s'en étonne ; et Lucidor est décrié dedans toute l'armée, où l'on prend ses raisons pour un refus. Olympe aussi en est au désespoir ; et ne pouvant souffrir l'inconstance de Lucidor, ni la vanité de Dorame, elle se résout de les punir tous deux par sa mort, en se battant contre celui-ci en faveur de celui-là, qu'elle aime trop encore pour survivre à cette double perte de son honneur et de sa fidélité. À cet effet elle fait tenir à Dorame une réponse à son Cartel, et lui assigne le combat au nom de Lucidor, au coin du bois, au-dessous du Château d'Éluye.

Pour le Ier Acte qui commence ici.

Déjà Oronte n'ayant pu souffrir l'absence de son frère Lucidor, pour le chercher avait quitté la Perse sous un habit d'homme qui ne répondait pas mal à son courage ; et après avoir fait un voyage aussi long que difficile, elle s'était rendue en Bithynie au près de Pruse, sur la promesse de l'Oracle qui l'avait engagée à cette entreprise, qu'elle avait consulté en Perse, et qui lui avait répondu :

ORACLE.

Dans la forêt d'Éluye, après être guéri, Ton coeur obligera père, frère, et Mari.

Comme elle dormait dans cette forêt, ayant mis bas son casque et son écu, sur lequel était peint son frère ; Olympe de même habillée en homme passe pour aller se battre, et la prend de loin pour Dorame, qu'elle croyait s'être là endormi en l'attendant. Elle reconnaît bientôt son erreur, admire son visage par la force des traits qu'elle y voit, qu'elle juge semblables à ceux de son amant Lucidor, dont la peinture qu'elle trouve sur l'écu redouble son étonnement. Les transports qui l'attachent à ces deux objets, conseillent à son désespoir de la porter à une désirable mort sous de si chères marques ; si bien qu'avec le calque et l'écu d'Oronte elle s'en va chercher Dorame, qui la prenant pour Lucidor commence le combat contre elle. Il la tenait à terre, et était déjà prêt à la tuer, lorsqu'Oronte y survient, qui cherchait partout celui qui lui avait dérobé ses armes. Honteuse de les voir à ce coup en de si mauvaises mains, elle arrache l'écu du bras d'Olympe, et va contre Dorame qu'elle blesse, pour ne vouloir pas rendre hommage à ce portrait qu'il avait offensé. Dorame abattu et pensant mourir, fait reproche à Olympe sous le nom de Lucidor, de la trahison qu'il croyait qu'on lui avait dressée par ce tiers qui était survenu. Le nom de Lucidor fait courir Oronte à Olympe pour voir si c'était son frère ; mais son front découvert lui fait voir en la place de Lucidor une Fille, et à Dorame sa Maîtresse. Leur étonnement est commun : Dorame connaît son malheur, et de combien son rival lui est préféré ; Olympe charmée à l'objet d'Oronte perd aussi l'envie de mourir ; et tous deux rendent grâces au Victorieux, (car Oronte est prise pour homme,) celle-ci pour lui être redevable de la vie, et celui-là pour lui devoir celle de sa Maîtresse, à qui ce coup, dont il lui avait été obligé même en le recevant, l'avait empêché de donner la mort.

Pour le 2ème Acte.

Ils se retirent tous trois au Château d'Éluye ; où Olympe ayant su d'Oronte que Lucidor est son frère, en devient amoureuse ; et Dorame guéri de sa blessure l'engage à une vraie amitié par une fausse, sur l'espérance qu'il a de l'employer vers Olympe, à qui il voyait qu'il était fort agréable. Il avait encore en l'esprit une pensée plus subtile, espérant si ses desseins ne pouvaient réussir contre Lucidor, d'engager par cette amitié Oronte en son parti, et d'opposer un frère à l'autre pour se maintenir. Cet ingénieux et mauvais Ami ne manquait pas de beaux projets, ni de prétextes pour les courir et les avancer ; mais le malheur semblait avoir entrepris de les ruiner. Il introduit Oronte auprès du Roi, le jette en la faveur, afin de s'en servir plus puissamment ; mais la même puissance qu'il lui a donnée à la fin lui fait peur. Il l'envoie à Olympe pour lui parler favorablement de son amour ; et c'est par cette occasion qu'Olympe fait voir à Oronte qu'elle l'aime, et que Dorame sachant le peu de succès qu'il doit en espérer, aveugle en ses soupçons autant qu'Olympe l'était en sa passion, il conçoit de la jalousie d'une fille pour une autre, et prend ombrage de tous les services que lui rend Oronte.

Cependant qu'Amour fait ces brouilleries dans le Camp, il en élève d'autres en la Ville. Mélinde pensant faire voir à Lucidor sa passion dans une lettre, par malheur au lieu d'elle lui présente le Cartel que son frère envoyait à Lucidor, et qu'elle lui avait caché. Les mouvements de ce Prince sont grands à cet objet : il se trouve trahi d'un temps du frère et de la soeur, haï de l'un autant qu'aimé de l'autre ; et pour se venger de tous deux, il oblige Mélinde à porter la même réponse au Cartel de son frère, et de l'appeler au combat. C'est un effet que l'amour tire difficilement de cette malheureuse Amante, qui enfin quitte les intérêts de Dorame, pour suivre ceux de Lucidor : de cet effet en vient un autre encore plus étrange ; et Lucidor se bat contre sa soeur Oronte, Lorsqu'il croyait avoir en tête son rival. Cette soeur valeureuse reconnue par son frère justifie auprès de lui son innocence, déclare que l'Oracle lui avait promis leur rencontre en ce lieu, rapporte cette loi de Perse que j'ai dite, et tout ce qu'elle peut pour lui faire excuser et agréer sa passion, qui n'a de lui que des reproches et injures pour réponses : sur quoi cette Fille outragée se porte au combat, et achève de rage ce qu'elle avait commencée par feinte. Gélandre averti par Mélinde fait une sortie pour les empêcher, et n'arrive qu'après les coups donnés et lorsque Lucidor est déjà blessé par Oronte qui soutenue avantageusement des Troupes de Dorame, qui tirent en campagne contre celles de la Ville, met Lucidor en fuite, Gélandre a les siens en déroute, et leur fait regagner la Ville sans se reconnaître.

Pour le 3ème Acte.

Par ces actions non-pareilles elle remporte une gloire qui lui donne des louanges de toute l'Armée, augmente l'amour en Olympe, et l'élève en une faveur si grande auprès du Roi, que Dorame jaloux déjà, en est ennuyeux tout ensemble. Ses soupçons et son désespoir s'augmentent de beaucoup à la rencontre de Lycanthe de qui il avait gagné l'esprit et l'affection, comme d'un homme qui lui pouvait grandement servir, en qualité d'Écuyer et de Confident d'Olympe. Celui-ci lui montre une lettre de sa Maîtresse à Oronte, si pleine de caresses et d'amour, que Dorame assuré de leur intelligence autant par cette lettre que par ce qu'il voit ensuite de leurs actions, que son aveuglement lui fait voir autres qu'elles ne sont en effet, donne charge à Lycanthe de prendre Oronte à main forte et de l'assassiner. Ce dessein criminel lui réussit aussi peu que les autres : Oronte est attaquée dedans la forêt d'Éluye par Lycanthe et trois de ses complices ; ils y demeurent tous : et cette valeureuse Fille blessée en divers endroits tombe à la fin sur le corps de son Page mort. Mélinde amoureuse à l'extrême, après le combat de Lucidor contre Oronte, se voyant pressée avait déclaré le fonds de tous les desseins de son frère : sur quoi Lucidor indigné l'avait fait mettre dans une prison ; et pour ruiner tout à fait Dorame avait envoyé quérir du secours en Perse, qui venait déjà à grandes journées, et même le Roi en personne.

Pour le 4ème acte.

Pendant la prison de Mélinde ; Gélandre qui en était amoureux, mais qui avait caché sa passion, de respect qu'il portait à Lucidor qu'il croyait avoir de l'amour pour elle ; voyant la sienne libre de ce côté-là, méprise la perte de son État pour acquérir Mélinde qu'il délivre de prison, afin de lui témoigner un témoignage de l'amour qu'il lui portait. Oronte que Népolème avait rencontrée, allant chercher Lycanthe de la part d'Olympe, à peine guérissait de ses blessures, que Dorame l'appelle pour se battre, étant venu par le commandement du Roi la trouver au lit pour la consoler. Cette fille après mille preuves de son aveugle amitié, ne lui voulant pas déclarer son sexe propre, et n'osant démentir celui qu'elle avait emprunté, se bat par force contre ce mauvais Ami ; qu'elle désarme sans dessein, lui ayant fait tomber l'épée par le coup qu'il reçoit dedans la jointure de la main pour s'être lui-même jeté entre ses armes.

Déjà les Persans étaient arrivés et Lucidor allant trouver son père au rendez-vous qu'ils s'étaient donnés en ce lieu pour se voir et parler ensemble, s'était tenu caché tandis que Dorame et Oronte s'y battaient. Il voit comme après ce coup Oronte assiste Dorame, le mène sous un arbre, lui demande pardon de cet outrage, et pleure sur sa plaie. C'est ce qui le fait approcher pour les ouïr ; mais il ne se peut empêcher de dire injure à ce Prince vaincu en l'état même où il le voit, et de lui faire honte qu'une Fille l'y ait mis. Oronte ne peut souffrir les injures que l'on donne à son Ami ; elle se bat contre son frère qu'elle haïssait à l'heure autant qu'elle l'avait aimé ; et Dorame ayant reconnu qu'Oronte est une Fille, tout étonné et tout sanglant se met entre eux deux pour les séparer. Le Roi de Perse arrive sur ce fait, reconnaît son fils Lucidor, le veut secourir contre Oronte ; qui se jetant à ses genoux lui demande pardon, et lui fait voir qu'elle est sa Fille. Le père est tout confus, et se plaint contre ses Enfants, de les avoir trouvés en cette sorte prêts à se tuer l'un l'autre ; rend grâces à Dorame de les avoir séparés, et lui donne un pardon qu'il lui demande de la faute sans l'avoir connue.

Pour le 5ème Acte.

Depuis ce temps le Roi de Perse veut tant de bien à Dorame, à cause qu'il l'avait vu s'opposer au meurtre de sa Fille et de son Fils, que pour reconnaissance de cette action il lui accorde Oronte en mariage, après que par le moyen de ce Prince s'étant vu et accommodé avecque le Roi de Thrace, sur une paix commune Olympe est jointe à Lucidor. Dorame avec Oronte prend aussi le Royaume des Mèdes et renonce à ses prétentions dans la Bithynie en faveur de Gélandre ; qui pour accomplir la paix et la joie possède Mélinde, et au milieu du désespoir se voit élevé et compris au nombre des heureux Amants.

ACTE I

SCÈNE I.

ORONTE, le casque en tête, et regardant un portrait de son frère sur son écu

À la fin des travaux d'un triste et long voyage, Dois-je remercier les Dieux, ou cette image ? Les Dieux ? Je n'en saurais adorer que ces yeux ; Qui font honte aux objets qu'on voit dedans les Cieux ; Je porte, beau Portrait, en ma triste aventure Tout mon mal en effet, et mon bien en peinture : Si tu me fais languir, réponds à mes sanglots, Ouvre-moi cette bouche, ou tiens ces beaux yeux clos ; Un mot empêchera qu'ici je ne périsse ; Si les uns font le mal, que l'autre le guérisse. Quoi ? Tu ne réponds rien ; tu n'agis seulement, Homicide Portrait, qu'à donner du tourment ; Si je n'étais ta soeur, tu chérirais Oronte, Quand je rougis d'amour, tu rougis de ma honte. Ferme doncque ces yeux, ouverts à mon malheur, Cache tout cet éclat qui nourrit ma douleur ; Je verrai sans rougir cet objet qui me dompte, Quand il ne verra plus ma fureur ni ma honte. Erreur de mes esprits ! Pensers fallacieux ! Vous lui cachez ma flamme, et la montrez aux Cieux : Lui cacher ? Et comment ? Si lorsque je l'appelle Ce nom de frère aimé l'offense, et me décèle : Ah ! Nature marâtre ! Amour, cruel Enfant ! L'un m'ordonne d'aimer, l'autre me le défend : Mais, pour les accorder devant cette peinture, Mets le bandeau d'Amour sur les yeux de Nature. Comme si l'on pouvait aveugler la raison ? Je me flatte moi-même, en prenant du poison ; Tout le monde connaît mon étrange manie, Et près de Lucidor je la cache, ou la nie ; Pour lui j'ai traversé les Pays étrangers, Et je crains de le voir après tant de dangers. Retourne sur tes pas, Âme lâche et timide, Fais mentir aujourd'hui l'Oracle qui te guide ; C'est lui qui t'a promis de rencontrer ici L'objet de ton amour et de ta honte aussi, Lui qui t'a fait quitter Parents et la Perse ; Songe au bien qu'il te garde après tant de traverse :

Penser : synonyme de pensée, au masculin.

SCÈNE II. Dorame, Lycanthe, Écuyer d'Olympe.

DORAME

Et j'en ai davantage : Enfin je touche au but cherché depuis longtemps, Qui peut rendre mes voeux glorieux et contents. Te dirai-je un secret d'une importance extrême, Dont je n'ose quasi me fier à moi-même ? Oui ; t'ayant à ce point fidèle reconnu, Lycanthe, je te veux montrer mon coeur à nu. L'Asie entière sait notre siège de PRUSE ; Mais apprends aujourd'hui que ce n'est qu'une ruse, Que dedans le secret, cette guerre est un tour De mon ambition, comme de mon amour. L'effort m'avait déjà ravi la Bithynie, Et le droit que Gélandre à mes titres dénie ; Ce Parent qui détient encore mon État, M'avait presque ôté le nom de Potentat : Battu, forcé, perdu, chassé de ma Province, Je trouvai mon refuge auprès de votre Prince, Roi qui fait de la Thrace un Temple aux affligés, Et les sujets de ceux qui lui sont obligés ; Je compte les moments par ses grâces reçues, Et quand je les tairais un chacun les as sues ; Je faisais dans mes mains reluire ses bienfaits, Qui surmontaient l'envie autant que mes souhaits ; Ayant gagné le père, il me gagna sa Fille ; Tu connus nos amours, toi seul de sa famille : Je goûtais dans la Thrace, après un long effroi, Et l'amitié d'Olympe, et les faveurs du Roi ; Ma fortune semblait avoir changé de face, J'étais, après le Roi, le plus puissant de Thrace ; Gélandre n'attendait de mon sceptre usurpé Qu'à rendre le Pays qu'il avait occupé : Lucidor en ce temps me vint à la traverse Sous le superbe nom de fils du Roi de Perse ; Sa qualité rendait notable son séjour, Même, au lieu de la faire, on lui faisait la Cour, C'était l'âme du Roi, le coeur de la Noblesse : Ah ! Fâcheux souvenir, dont la honte me blesse ! Sa grandeur offusqua la mienne à son abord, Chaque jour l'élevait, et rabaissait mon sort ; Le Roi tint quelque temps sa faveur partagée ; Mais sa Fille se vit dans l'amour engagée, Olympe, qu'on croyait destinée à mon choix, Quitta mon amitié pour entrer sous ses lois ; Le Roi même, ébloui d'une telle fortune, Tint sa recherche heureuse, et la mienne importune : La Cour en toute forme, et sous mille couleurs, Me parlant de son bien m'enseignait mes malheurs ; Son destin rompait l'art, et passait ma science ; Je prévoyais ma mort, chacun leur alliance ; Et les lois du Pays murmuraient sourdement Du joug que lui rendait ce fatal changement, Où Lucidor prenant un droit héréditaire À la Perse rendrait la Thrace tributaire : Lors j'avisai de rompre un coup si périlleux, Par un effort d'esprit subtil et merveilleux.

DORAME

Écoute ; et les prépare à bien d'autres merveilles. J'aborde Lucidor, je le tire en secret, Et par un feint soupir, témoin d'un faux regret En lui parlant des yeux, sans qu'il pût rien comprendre, Je le rends malheureux avant que de m'entendre ; Je parle et me retiens, afin de l'attirer, Et ma feinte le fait sans feinte soupirer : Je lui dis qu'à ce jour il connaîtrait Dorame, Qu'on dressait contre lui sourdement une trame ; Puis la lui déclarant et cachant à moitié, Je feignis un combat de crainte, et d'amitié : Il m'ouvre son esprit, j'entre en sa confidence : Lors je rends grâce aux Dieux, à cette providence Qui m'avait découvert le dangereux dessein Que le Roi contre lui couvait dedans le sein : Fuyez, Prince, fuyez l'embûche qui vous dresse Pour lit une prison, un tombeau pour Maîtresse ; Le Roi (lui dis-je) a su que vos secrets efforts Méditaient d'enlever Olympe de nos bords, Et ce fâcheux soupçon qu'en son coeur on imprime Préviendra le dessein, et punira le crime. À ces mots il pâlit ; et d'un songe inventé Je tombai par hasard dedans la vérité ; C'était, (mais qui l'eût cru ?) de vrai son entreprise : Il l'avoue ; et j'ajoute, après l'avoir apprise : Votre amour combattant les lois de ce Pays, D'eux-mêmes vos desseins par là se sont trahis ; Le Roi vous aime en Prince, et vous craint pour son Gendre ; Votre crime est connu, l'on attend qu'à vous prendre ; C'est ce que dans demain l'on doit mettre en effet : Mais que n'a pu souffrir un Ami si parfait, Qui vous offre à la fuite un asile, ou la porte.

DORAME

Et l'obligea de sorte, (Ma feinte prit aussi cet empire absolu,) Qu'il s'est porté depuis à ce que j'ai voulu. Dans ce chemin subtil où les destins me mirent D'un dessein j'en fis trois, et tous trois réussirent ; De le perdre, et Gélandre où je mis son appui, Et d'étouffer l'amour qu'Olympe avait pour lui. À ce dernier effet Mélinde ma soeur même, Avec ordre secret, servit au stratagème : Je l'offre à Lucidor, afin qu'en sûreté Il fût conduit au lieu que j'avais projeté ; Mais le dessein était bien autre en nos pensées : Et comme je feignais les affaires pressées ; Fuyez, repris-je, allez chez un Prince voisin, Tirez en Bithynie où règne mon Cousin. Il n'est point de retraite à l'heure qu'il refuse ; Il me presse au départ ; je l'envoyai dans Pruse : En ce lieu, sous couleur d'un refuge apparent, Je minutais sa perte, et celle d'un Parent : Gélandre le reçut, et ma soeur bien instruite À l'un servit d'otage, à l'autre de conduite : Une lettre assurait Gélandre de ma part Que son bien et le mien naîtraient de ce hasard, Que je lui céderais l'entière Bithynie Quand on verrait Mélinde à Lucidor unie ; Que ce Prince l'aimait, et ne quittait la Cour Que pour fuir Olympe, et suivre un autre amour, Que l'importunité de la Fille et du père Lui faisait voir ma soeur plus aimable et plus chère. Il le crut aisément ; et Mélinde parfois Lui confirmait à part le tout de vive voix ; Et d'autres fois aussi, de mes voeux informée Caressait Lucidor, tâchait d'en être aimée. Cependant que ma soeur les tient dans cette erreur, La Cour grossit de bruit, Olympe de fureur ; Je m'écrie à la force, et ma plainte élevée Soutient que Lucidor a ma soeur enlevée : Je me riais de voir le Peuple dans les cris, Olympe au désespoir, et le Roi tout surpris ; Il crut que ce complot offensait sa puissance, Qu'il devait réprimer une telle licence : Gélandre est menacé, je l'assure sous main ; On l'assiège ; il soutient et l'on travaille en vain.

LYCANTHE

L'un m'est aussi honteux que l'autre est honorable.

L'original porte ici Lycandre au lieu de Lycanthe, qui est le nom employé par toute la pièce.

SCÈNE III.

OLYMPE, habillée en homme, avec un chapeau couvert de plumes, et l'épée au côté

Lucidor me trahir ? Me promettre sa foi, Pour enlever Mélinde, et se moquer de moi ? Refuser un combat, et réduire en fumée Aussi bien notre amour, comme sa renommée ? Qu'il souffre cette honte ; et moi son changement ? Qu'on éteigne sa gloire, avant mon jugement ? Non ; j'aime encore trop l'Ingrat, et l'Infidèle, Parmi tant d'Ennemis seule je tiens pour elle ; Sa lâcheté m'inspire un dessein généreux, Et sa flamme en mourant a redoublé mes feux : Admire, Lucidor, qu'une Fille offensée S'arme pour un amant, bien qu'il l'ait délaissée ; Regarde une Princesse au milieu des hasards, Et tous les traits d'Amour changés en ceux de Mars : Cette main délicate, autrefois occupée À tenir un miroir, ose prendre une épée ; Un chapeau sans respect cache et n'épargne pas Ces cheveux où la grâce étalait ses appas, Qui s'en plaignent, honteux d'être mis en servage, Eux, qui tendraient des rets au plus libre courage ; Leurs noeuds prêtaient par onde un ombrage à ce front, Qui n'a plus que celui que ces plumes lui font ; Mon sein, que le Zéphyr n'aurait touché qu'en crainte Attend d'un fer cruel une mortelle atteinte ; Un rival odieux déploiera son courroux Sur un coeur, qui ne dût recevoir que tes coups ; Et qui fera bien voir, mourant pour ta défense, Que ta seule rigueur est le coup qui m'offense. Insensible, tu dors, quand je veille pour toi ; La perte de l'honneur suit celle de ta foi : Soule-toi de plaisirs dedans le sein d'une autre, Jouis de son amour, et méprise la nôtre, Mêle son infamie avecque mon malheur, Perds l'esprit et les sens ; mais sauve ta valeur : Lucidor appelé, (Dieux ! qui le pourrait croire) De peur de me gagner, laisse perdre sa gloire, Ton rival orgueilleux ne se peut contenir ; Viens, sinon pour me plaire, au moins pour le punir ; Songe à tes intérêts, mets les miens hors de compte, N'écoute point mes cris, considère ta honte, Que ton honneur se plaint... Mais c'est parler au vent ; Il demeure perfide et sourd comme devant : Allons, Olympe, allons où la gloire l'appelle, Sacrifier mon sang à sa propre querelle, Mourir pour un ingrat, un traître, un inconstant.

Olympe aperçoit Oronte qui dort, qu'elle prend pour Dorame.

Que vois-je ? N'est-ce pas son rival qui l'attend ? Sus, sus debout, Dormeur.

Considérant Oronte au lieu de Dorame.

Ô la merveille étrange ! Au lieu d'un Ennemi de rencontrer un Ange ? Que ce visage est beau ! Que j'y vois de rapport À celui d'un Ingrat qui me cause la mort ! Je sens à cet objet ma passion renaître, Sous des traits innocents j'adore encore un traître : N'étiez-vous appelés, mes yeux, qu'à ce combat ? Est-ce donc un duel, et comme l'on se bat ? Que cette guerre est douce ! Ô Dieux ! Mais qu'elle est forte ! Je sens bien d'autres coups que sa beauté me porte ; Que les traits sont plaisants d'un si bel Ennemi ! Et qu'il sait bien blesser, quoiqu'il soit endormi ! Mais Dieux ! À cet objet que le destin m'envoie Dois-je mourir ici de douleur, ou de joie ? Lui reprocher un mal que Lucidor m'a fait ? Ne voir qu'un faux visage, et l'aimer en effet ? Je t'adresse pourtant et ma plainte, et ma flamme, Tu parais insensible, et tu m'arraches l'âme ; Vois les coups que tu fais contre ma liberté ; Perdrai-je ainsi mon coeur sans l'avoir disputé ? Je ne détourne pas le cours de ta victoire ; Mais fais-moi résister, pour accroître ta gloire, Tâche un peu de gagner ce que je tiens vaincu.

Elle découvre le portrait de Lucidor qui est sur l'écu d'Oronte.

Quel autre Ange dépeint vois-je dans cet Écu ? Ô Dieux ! C'est mon amant, c'est Lucidor lui-même ; Après ce que j'ai dit, mérité-je qu'il m'aime ? Son portrait en rougit, et semble m'accuser ; Pardon !... Las ! On dirait qu'il me veut refuser, Il ne me parle point, et j'entends sa menace, Qui me reproche un crime où même il me surpasse : Arrête ; mon péché n'est pas encore fait, Il demeure en pensée et le tient en effet, Ta perfidie a mis l'inconstance en usage ; Moi, si j'en aime deux, ce n'est qu'en un visage ; Ici je vois ta bouche, et ton front, et tes yeux, Voilà tout mon péché, je t'adore en deux lieux : Je meurs en même temps, ô rencontre ennemie ! Pour une beauté peinte, et pour une endormie. Mais d'où pourraient venir ce corps, et ce Portrait ? Qui me percent le coeur presque d'un même trait ?

S'adressant à Oronte.

Ne dors-tu point, Amour, sous une forme humaine ?

Puis au Portrait.

Vis-tu point, Lucidor, en ta figure vaine ? Simple, et tu n'entends pas la volonté du sort, Qui ne te met aux yeux que des objets de mort ; Pour qui ces feux nouveaux, et pour qui tant de larmes ? L'un insensible aux pleurs, l'autre l'est à tes charmes : Va, poursuis ton dessein ; mais pour l'achever mieux Mets au bras cet Écu, ce casque sur tes yeux :

Elle met le casque et l'écu d'Oronte, qu'elle emporte, lui laissant son chapeau.

Ou ces Armes enfin pourront forcer les Parques, Ou je mourrai contente avec ces chères marques.

SCÈNE IV.

ORONTE, s'éveillant

Doux charmeur, n'es-tu pas, ô sommeil gracieux, L'image du repos qu'on goûte dans les Cieux ? Si les soins, les travaux sont l'enfer où nous sommes, On te doit bien nommer le Paradis des hommes : Que ce relâche est doux, après tant de souci ! Un Dieu voudrait ma peine, et reposer ainsi. Et toi, divin portrait...

Oronte se lève en surprise, ne voyant point son casque ni son écu, et les cherche dans le bois.

Ah ! Mon sang est de glace ; Je le cherche des yeux, et ne vois que sa place : Parlez, Arbres, Rochers, vîtes-vous l'enlever ? Transports, rages, fureurs, faites-le-moi trouver. Hélas ! Je cherche en vain ; et ce qui plus me trouble, Pour me tuer deux fois ce larcin paraît double ; Mon Casque suit l'Écu. Vous qui les emportez, Fuyez, hommes ou Dieux, dans ces bois écartés ; Le sensible sujet de mon nouveau martyre Vous éloignant de moi, c'est où plus il m'attire : Mon casque suit l'écu : mais un foudre mortel Va suivre le voleur jusques dessus l'Autel : Fût-il entre vos bras, faux Dieux, Images vaines ; Vous, et lui, répondez du crime, et de mes peines ; Partout je veux épandre et ma rage, et mon fiel, Et si la Terre est peu, je combattrai le Ciel. Dieux, imprimez en nous l'espoir de vos miracles ? Vous êtes aussi faux que le sont vos Oracles ; De peur on vous adore, et non de volonté, Vous n'avez de soucis non plus que de bonté ; Vos faveurs sont du vent, vos promesses un songe ; Nous achetons nos maux, vous vendez le mensonge ; Les douleurs et la mort sont fruits de votre amour, Et vous nous punissez en nous donnant le jour ; Ainsi dessus les lieux destinés à ma joie À tous les traits du sort vous m'exposez en proie ; M'aviez-vous pas promis qu'à l'endroit où je suis Je trouverais mon frère, et perdrais mes ennuis ? Menteurs, vous me jouez dedans votre imposture, Vous promîtes le corps, et m'ôtez la peinture Et de tout cet espoir si long, si décevant Vous me laissez ici des plumes, et du vent : Sommeil injurieux, dont le repos funeste...

En prenant le chapeau qu'Olympe avait laissé.

Ah ! Mets sans discourir, ce chapeau qui te reste : Hélas ! Que cet état me semble différend ! Et qu'un sort me rend mal ce qu'un autre me prend ! Mais cherchons mon Portrait en cette Forêt sombre, Consultons les Échos, ces cavernes, et l'ombre : Je règle mes désirs, Dieux, modérez mes maux ; Retenant mon vrai bien, au moins rendez le faux.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Dorame, Olympe.

DORAME, s'avançant à Olympe qu'il prend pour Lucidor

Tu rêves, Lucidor ; il n'est plus temps ; approche.

OLYMPE

Moi, je veux en ta mort signaler mes amours.

Dorame et Olympe se battent, et sur ce temps Oronte arrive.

SCÈNE VII. Oronte, Dorame, Olympe.

DORAME, se sentant presser par Oronte

Un tiers ? Un assassin ? Ah ! Quelle trahison !

DORAME

Ah ! Je tombe blessé ; ma trame est désourdie

Puis parlant à Olympe qu'il prend pour Lucidor.

Et tu vis, Lucidor, après ta perfidie ?

Désourdir : Défaire ce qui était ourdi. [FC]

ORONTE, parlant bas

Son coeur en est jaloux.

ACTE II

SCÈNE I.

MÉLINDE

Où m'avez-vous réduite, espoir, ambition ? Que le sort répond mal à mon intention ! Cet amant assiégé, que je perds, et que j'aime, Dans sa captivité triomphe de moi-même : Que te servent ces pleurs qui nourrissent tes feux ? Plus tu veux échapper, plus tu serres tes noeuds ; Mélinde, apprends qu'Amour dans l'obstacle s'irrite, Et que l'obéissance aura lieu de mérite ; Les traits de Lucidor, oui, te feront périr ; Mais quel bonheur plus grand que celui d'en mourir ? Mon frère, apprends l'effet de ta vaine entreprise, J'ai tâché de le prendre, et je me trouve prise ; Amour avecque lui combattait dans ses yeux ; Que pouvait une Fille, hélas ! Contre deux Dieux ? Je résistais pourtant, mais toutefois de sorte Que c'était malgré moi que j'étais la plus forte ; Sa grâce dans mon coeur, lasse à le disputer, Disait (rends-toi, Mélinde ;) il n'osait l'écouter : Lors, comme pour venger une injure soufferte, Je voyais ses appas s'animer à ma perte : Enfin je fus vaincue, et ce fatal séjour De l'objet de la haine en fit celui d'Amour. Qu'on tienne par dehors cette ville assiégée, Je me trouve au-dedans bien plus fort engagée ; Nous supposions, Dorame, un violent effort, Que tu sauras bientôt véritable en ma mort : Qu'on me force en effet, et par feinte l'écrire ? Publier un faux mal, et taire un vrai martyre ? N'est-ce pas rencontrer une punition Entre ma retenue et ma présomption ? Moi-même j'ai cherché ma peine légitime, L'ambition me donne à l'amour pour victime ; Lucidor a tourné contre moi mon dessein, Je lui portais un coup qui revient dans mon sein. Quelque reste d'espoir m'a conseillé de mettre Mes désirs et mes feux dépeints dans une lettre :

Elle montre une lettre qu'elle a faite pour Lucidor.

Ce langage est muet, la bouche dirait mieux ; Mais quoi ; je crains l'oreille, et le renvoie aux yeux ; Et s'il faut que ce mot trouve un esprit farouche, Ma main pare l'affront dont rougirait ma bouche ; C'est d'elle que ma honte implore ce devoir ; Ce que l'on ose dire, il le faut faire voir : Hélas...

SCÈNE II. Gélandre, Mélinde.

GÉLANDRE, la surprenant

Vous soupirez.

SCÈNE III. Lucidor, Mélinde.

MÉLINDE, l'écoutant et répondant en elle même

Tu me presserais moins sur ce que je te cache.

LUCIDOR

Parle.

LUCIDOR, lisant l'écrit qu'elle lui a donné

Cartel...

MÉLINDE, parlant bas

Oui bien d'amour.

LUCIDOR

De Dorame...

LUCIDOR

À Lucidor.

LUCIDOR, la retenant par la main

Arrêtez.

SCÈNE IV. Oronte, Dorame.

SCÈNE V.

OLYMPE

Que ton sort découvert rend mon esprit content ! Mais, Oronte, es-tu bien frère d'un inconstant ? Ton amitié dément le sang de ce Volage, Vous n'êtes, pour le plus, frères que de visage ; Le tien fait naître un feu dont l'éclat m'éblouit, Doux feu, qui me consume, et qui me réjouit ; Sa lumière m'aveugle à force de me luire, Et pour me plaire trop elle ne peut que nuire ; Laisse, Oronte, à mes sens un reste de vigueur, Et ce qu'il en faut pour dire (Prends mon coeur :) Quoi ? Veux-tu me le ravir, avant qu'on te donne ? Le forcer dans le temps que je te l'abandonne ? M'ôter en mes tourments l'usage des clameurs, Et la force, en mourant, de m'écrier (Je meurs ?) Je meurs, hélas ! Je meurs ; et tes beaux yeux Oronte, Qui flattent mon audace et condamnent ma honte, Me contraignent de faire en cette extrémité Une juste action d'une infidélité : Ma foi, non l'inconstance établit ton empire C'est choisir un beau feu, pour en éteindre un pire : Lucidor me rend libre, après sa trahison, Il changea par un crime, et moi c'est par raison ; Ta force et ma vertu me vengent de son vice Et tournent en plaisir ce qui fur mon supplice ; Je trouve sur le sien heureux ce changement ; Là se connaît sa faute, ici mon jugement ; Son amour n'était rien qu'une paille allumée, Qui s'éteint en brûlant, et qui passe en fumée Où je puis espérer d'un objet si parfait Avecque moins de peur plus d'amour en effet : Aussi beau, mais plus doux ; d'une égale naissance, Mais plus grand de courage, et rempli d'innocence, Oronte vertueux, encore as-tu ce point Que ton frère est parjure, et que tu ne l'est point, Que si ta volonté seconde ma défaite, S'est-il vu d'union plus douce ou plus parfaite ? Heureuse en mon malheur, si prise en tes liens À force de t'aimer je te mets dans les miens, Si l'amour...

Oronte paraît.

Ah ! Ce nom l'amène sur la place : Vois-je Oronte ? Ou ce Dieu sous une même grâce, Que de feux, que de traits, que de charmes puissants !...

SCÈNE VI. Oronte, Olympe.

ORONTE

L'amour.

ORONTE, se relevant de genoux et faisant une grande révérence

Je le prends pour le rendre à son juste vainqueur.

OLYMPE, ayant trouvé ce baiser trop froid

Que vous prenez pourtant...

ORONTE

Ma parole.

SCÈNE VII. Oronte, Mélinde en Héraut.

MÉLINDE, parlant bas

Ô Dieux ! Quelle imposture !

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Lucidor, Oronte.

ORONTE, se sentant pressé, met bas le casque, l'écu et l'épée

Pour ce que je les aime, et qu'ils me semblent doux.

Puis courant pour embrasser Lucidor.

Ah ! Mon frère.

LUCIDOR, reconnaissant sa soeur

Ô Prodige !

SCÈNE X. Mélinde, Gélandre, Lucidor.

MÉLINDE, dessus les murailles avec Gélandre, tandis que Lucidor et Oronte se battent

Par là vous comprenez...

GÉLANDRE

Déjà le camp remue, on marche ; hâtons-nous.

Ils vont pour faire une sortie.

SCÈNE XI. Mélinde, Gélandre, Oronte, Dorame, Lucidor.

Tandis qu'ils se battent, et que les trompettes sonnent ; Gélandre et Mélinde d'un côté arrivent avec leurs troupes, et Dorame d'un autre avec les siennes aussi.

ORONTE, furieuse, et ne voulant point quitter son frère

Me faut-il emporter la victoire à demi ?

ACTE III

SCÈNE I.

DORAME

Qu'on élève son nom jusques dedans les Cieux ? Lui rendre des honneurs que l'on ne doit qu'aux Dieux ? N'avoir devant les yeux, en la bouche, en pensée Qu'Oronte, dont la gloire à la mienne abaissée, Qui tient en la Faveur un lieu si souverain Qu'il me fait craindre enfin l'ouvrage de ma main ? Le Roi vivre en son coeur, régner en sa parole ? Olympe le chérir, en faire son Idole ? Les Soldats respirer la même affection ? C'est, Dorame, le fruit de ton ambition : La feinte et l'artifice élèvent l'innocence, Et tes prétentions ont bâti sa puissance, Il tire des esprits du Peuple et de la Cour Sur ton amitié fausse une parfaite amour ; Et j'attends son progrès, je le vois, je l'endure ? Destins, ce que j'ai fait j'empêcherai qu'il dure. On admire des Cieux le pouvoir nonpareil ; Pour ce qu'ils ont un foudre, et qu'ils ont un Soleil, Qui peuvent ici-bas tout perdre, et tout produire, L'un maintenir le monde, et l'autre le détruire : Montrons notre pouvoir à lui ravir le sien, Que sa faveur était une part de mon bien ; Et chassant un voleur de mon propre héritage, Que ce trésor n'est pas de ceux que l'on partage. Son emploi vers Olympe étant sans aucun fruit, Sa beauté me fait peine, et sa valeur me nuit ; Et je crains qu'à souffrir sa présence importune L'une m'ôte l'amour, et l'autre la fortune. Dieux ! Je perdrai la vie, et tout l'État devant Faux espoirs, vains projets, n'étiez-vous que du vent ? Que l'Astre des Grandeurs a sa course incertaine ! Que mon esprit ne serve aujourd'hui qu'à ma peine ? Oui, je forge mes fers, j'invente mes travaux, Et pour en perdre un seul je me fais deux rivaux, Simple je chasse un frère, et mets l'autre en sa place, Et le malheur de l'un sert à l'autre de grâce ; Enfin je suis par tout coupable, et malheureux. Mais qu'ajoute Lycanthe à mon sort rigoureux ?

V. 1197, on lit "à" au lieu de "a" dans l'édition original.

SCÈNE II. Dorame, Lycanthe.

LYCANTHE, lui présentant une lettre que la Princesse envoyait à Oronte

Oui : mais voyez en ce dessein perfide Avant que de mourir, la main de l'Homicide.

DORAME

D'un trait, qui par les yeux m'entrera dans le coeur :

Après avoir lu bas quelques lignes, et fait des signes de très grands indignation ; il reprend très haut en soupirant.

Ah ! Donnons à ce coeur tout enflé, tout farouche Du vent par mes soupirs, et de l'air par ma bouche.

LETTRE D'OLYMPE A ORONTE, que Dorame lit haut.

J'ai triomphé de vous même par votre bras, Oronte ; et l'Amour qui en ma faveur s'est montré plus fort que l'amitié et le sang, vous remercie par ma bouche de cette victoire, que vous m'avez donnée sur vous en l'emportant sur Dorame contre Lucidor. De vrai, pour me venger n'avoir pas feint de châtier l'Inconstance en la personne d'un frère ; ni d'en ôter l'honneur à un Ami, de qui vous avez quitté les intérêts pour les miens ; s'opposer aux fureurs de l'un, et prévenir celle de l'autre ; emprunter le nom de Dorame, pour soutenir la gloire du mien plus avantageusement ; prendre le personnage de ce Téméraire, pour punir un Parjure, et me venger des deux ensemble par un seul effort ; n'est-ce pas vous déclarer tout à moi ? M'assurer de votre défaite envers Olympe, par votre victoire contre eux ? Et me faire offrir par votre courage ce Coeur glorieux, que la bouche eût eu honte de me présenter sans autre effet que la parole ? Soyez toujours muet, et ne parlez plus, Oronte, que de cette sorte ; ôtez la bouche à l'Amour et lui redonnez les yeux, pour voir seulement vos miracles ; ne dites point que vous m'aimez, sinon par ce qui vous rend digne de l'affection que je vous porte : j'apprendrai l'art d'entendre cette honnête voix de votre amour au milieu du silence. De même toutes mes pensées vous parleront de la récompense que vous méritez, et que je prépare à votre vertu ? Qui comme elle est l'objet ensemble et le prix de ma foi, recevant de moi quelque grâce m'obligera du bien même que vous veut OLYMPE.

Lycanthe, il faut mourir ; l'Arrêt est dressé, Cette lettre le porte, et je l'ai prononcé ; Un Ami l'a voulu ; ma Maîtresse l'ordonne ; Vous l'entendez, ô Dieux ; et le Ciel m'abandonne ; Vous voyez le Méchant, vous l'ouïtes jurer : Mais, si vous le souffrez, me faut-il l'endurer ? Que ma perte et ma mort soient le prix d'un Parjure ? Qu'au lieu de la venger, j'augmente mon injure ? Non, non ; s'il faut armer la rage et le courroux, Employons-les sur lui plutôt que contre nous ; S'obstiner à sa perte est un coup de faiblesse, C'est mourir de nos mains, de crainte qu'on nous blesse ; Et dans un mal aussi qu'on ne peut éviter Chercher de la pitié c'est n'en point mériter : La crainte, la fureur, le désespoir, la rage, Comme à mon jugement, cèdent à mon courage ; Mon esprit est plus grand encore que mes maux, Au-dessous de ma force il a mis mes travaux ; Et sans me plaindre au Ciel qui n'écoute personne ; Je porte à mon côté le foudre qu'on lui donne, Je tire mon destin de ma seule vertu, J'arrache aux Dieux sur moi le pouvoir qu'ils ont eu : Que leur foudre en murmure ; il fait peur aux timides ; Le mien fait moins de bruit, et punit les perfides : Qu'il meure cet Ingrat, qui fit contre un Ami Un crime que sa mort n'efface qu'à demi. Mais, comme il m'offensa d'une malice extrême, Je veux lui préparer un supplice de même, Qu'il se trouve perdu plutôt que menacé, Qu'un crime venge un coeur par un crime offensé ; Une action si noire en veut une pareille : Avecque ma fureur la raison le conseille ; Et si Lycanthe encore entre dans mon parti, Je me vois par un coup d'un Dédale sorti.

SCÈNE III. Oronte, Olympe.

SCÈNE IV.

DORAME, voyant les actions d'Oronte, qui baise la main à Olympe, et parlant bas

Que me prends-tu, Voleur ? Est-ce là cet office ?

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Lucidor, Mélinde, Gélandre.

MÉLINDE

Allons donc.

GÉLANDRE, parlant haut

En un lieu moins horrible que toi.

Puis parlant bas et s'adressant à soi-même en se frappant l'estomac.

Que toi, dont la rigueur est un monstre à ta foi.

SCÈNE VII. Lycanthe, 3 Soldats armés.

SOLDAT 3

Nous irons...

SCÈNE VIII. Oronte, Lycanthe, 3 Soldats armés, Page.

LYCANTHE, lui présentant la lettre d'Olympe, mise à la pointe de son épée

Prends au bout de la mienne une lettre, et ta mort : Lis hardiment ; après, j'achèverai ton sort.

LYCANTHE, en mourant

Ah ! Ma vie en mon sang...

LE PAGE, après avoir pleuré le désastre d'Oronte ; s'encourageant et prenant l'épée de Lycanthe

Faisons venir ce fer au secours de mes larmes.

SOLDAT, tombant

Ah ! Je meurs.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Le Roi de Thrace, Dorame.

LE ROI DE THRACE, commandant à ses gens de se retirer

Qu'autre personne ici ne nous soit introduite.

SCÈNE III. Olympe, Oronte.

SCÈNE IV. Dorame, Olympe, Oronte.

DORAME, parlant bas

Passons : elle a touché le fait plus de moitié.

Puis s'avançant à Oronte, sans témoigner que les mots d'Olympe eussent porté dans son esprit.

Mon Prince, en quel état vous met votre victoire ?

DORAME

À Dieu.

DORAME, retournant

Sois autant importun que traître, et téméraire. Et bien, que diras-tu ?

Oronte tirant à Dorame son épée, pour s'en frapper.

Mais Dieux ! Que veux-tu faire ?

DORAME, s'en allant

À demain.

SCÈNE V. Mélinde, Gélandre.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Oronte, Dorame, Lucidor.

DORAME, voyant qu'Oronte ne fait que parer

Portez ; cette douceur en m'épargnant m'offense.

DORAME

Achevons.

DORAME, blessé dans la jointure de la main, qui lui fait tomber l'épée

Tu m'ôtes...

ORONTE, le conduisant sous un arbre

Venez, et reposez votre bras sur le mien.

ORONTE, attaquant son frère

Ces mots t'ôtent la vie.

SCÈNE VIII. Le Roi de Perse, Oronte, Dorame, Lucidor.

LUCIDOR, voyant son père, laisse tomber son épée

Ô Dieux !

ORONTE, d'aise, les voyant embrasser

Mon amitié triomphe.

ACTE V

SCÈNE I. Olympe, Lucidor.

OLYMPE

Qu'Oronte est une Fille ? Et Lucidor fidèle ? , Heureuse également l'une et l'autre nouvelle !

L'entête de la réplique est Lucidor au lieu d'Olympe dans l'original.

SCÈNE II. Les Rois de Thrace et de Perse, Lucidor, Olympe.

SCÈNE III. Dorame, Oronte en fille.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Gélandre, Mélinde, Page.

MÉLINDE

Moi seule...

Ici l'on entend les Trompettes, et un Page entre.

Ô Dieux ! Quel bruit ?

GÉLANDRE, parlant au Page

Avance.

Puis parlant à Mélinde.

Vous tremblez.

SCÈNE VI. Les Rois de Perse et de Thrace, Olympe, Lucidor.

ROI DE PERSE, lui présentant son fils

Mon amitié vous rend par un don mutuel...

LUCIDOR, lui faisant la révérence

En mon obéissance un voeu perpétuel.

SCÈNE VII. Dorame, Rois de Perse et de Thrace, Oronte, Lucidor.

ORONTE, à genoux devant son père

Mon erreur fit la sienne...

ORONTE, le baisant

Nos âmes sont unies.

SCÈNE VIII. Gélandre, Mélinde, Roi de Thrace, Dorame, Lucidor, Roi de Perse, Olympe, Oronte.

ROI DE THRACE, considérant ces Amants qui s'entre-saluent

J'ai de l'amour à voir ces Esprits amoureux.

LE ROI DE THRACE

Mélinde, approchez-vous.

DORAME, parlant à Gélandre, tandis que Mélinde salue les Rois

Prince, à la fin j'avoue Que le destin plus fort que mon ambition A fait céder ma haine à votre affection :

Il donne sa soeur en mariage à Gélandre, en faveur de quoi il renonce à la Bithynie.

Pour le fruit des travaux d'une guerre finie Je vous donne ma soeur, elle la Bithynie.

2 380 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica