Comédie en vers· Comedie, en Deux Actes et en Vers, Mêlée D'Ariettes
Le Huron
Personnages
- LE HURON
- MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
- MONSIEUR DE SAINT-YVES, son père
- MADEMOISELLE DE KERKABON
- MONSIEUR DE KERKABON, son frère
- LE BAILLI
- GILOTIN, son fils
- UN OFFICIER
- UN CAPORAL
- TROUPE DE SOLDATS
- TROUPE DE GENS DU BAILLI
ACTE PREMIER
Le Théâtre représente un Village.
SCÈNE PREMIÈRE. Mademoiselle de Kerkabon, Mademoiselle de Saint-Yves.
MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Quoi ! Déjà le Huron est parti pour la chasse ?MADEMOISELLE DE KERKABON
Bon ! Dès le point du jour il était dans les champs. Ho ! les Hurons sont diligents ; Ils ne tiennent jamais en place, Je les connais, j'avais un frère en Canada. Il mourut dans ce pays-là, Aussi bien que sa femme, à la fleur de son âge. Mais parlons de notre Sauvage : Comment le trouvez-vous ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Bon enfant tout-à-fait.MADEMOISELLE DE KERKABON
Bon ensant : l'éloge est modeste. Il est charmant ! Comme il est fait ! Comme il est gai ! Comme il est leste ! Il cherche à plaire ; il est galant à sa façon, Mon frère l'aime avec tendresse ; En l'instruisant il le caresse. Moi, je lui fais aussi quelquefois la leçon. Il rit de si bon coeur ! Il a dans son langage Tant de candeur et d'ingénuité !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Oui, c'est la simple vérité.MADEMOISELLE DE KERKABON
Qu'il aimera mieux qu'un Français,Modestement.
Moi, je ne m'y connais pas : mais... Je crois que pour aimer, rien n'est tel qu'un sauvage. Et par exemple, quel dommage Que le fils du bailli ne lui ressemble pas ! Vous seriez bien moins difficile.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ah ! Je l'ai vu, cet imbécile.MADEMOISELLE DE KERKABON
Vos pères hier au soir se sont parlé tout bas, Et je crois l'affaire conclue,MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Non, à le refuser je suis bien résolue.AIR.
SCÈNE II. Mademoiselle de Saint Yves, Mademoiselle de Kerkabon, Gilotin.
MADEMOISELLE DE KERKABON
Chasse-t-il de bon coeur ?GILOTIN
Ah ! C'est un vrai lutin.AIR.
Comme il y va ! Comment il détale ! Quel chasseur que ce Huron-là ! Il saut le voir dans ces vallons : Il a des ailes aux talons. Il tire à balle. Pan, pan , pan, il tue à tous coups. Les pauvres lièvres en sont tous Comme des sous. Feinte ni ruse, Rien ne l'abuse : Il fait leurs tours Et leurs détours. Ah ! Quel coureur ! Il vous les lasse. Ah quel tireur !. Il les terrasse. Pan, pan, pan, il tue à tous coups. Tout d'une haleine Il court la plaine, Sans être jamais las. Si celui-là n'est pas alerte, Certes, Je ne m'y connais pas. À la course, au vol, à cent pas, Il tire, et la pièce est à bas. Comme il y va, etc Il sera de la noce, il chassera pour nous.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
De quelle noce ?GILOTIN
De la nôtre.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
De la nôtre !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Qui donc ?GILOTIN
Qui ? Mon père et le vôtre.MADEMOISELLE DE KERKABON
Je m'en doutais.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ce soir !MADEMOISELLE DE KERKABON
Il est pressé ! -MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Mais comment se peut-il ?GILOTIN
Comment ? La chose est claire Un jour que je rêvais, j'étais là comme un sot, Mon père est physionomiste ; Et comme il entendit que je ne disais mot, Il devina que j'étais triste. Il me regarde entre deux yeux. Qu'as-tu donc, me fit il ? Moi ! je n'ai rien, lui fis-je. Tu mens : quelque chose t'afflige, Fit-il. Vous l'avez dit : j'ai de l'amour. Tant mieux ! Voyons, qui t'a donné dans l'aile ? Je dis que c'était vous. Oui-da, fit-il, c'est elle ? Et tu t'affliges pour cela ? Va, tu n'es qu'un benêt. (Il est badin mon père.) Hé bien, fit il, demandons-la. Sitôt dit, sitôt fait. Voilà tout le mystère.Gaiment.
Ma future, allons , touchez-là.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ô ciel !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Point du tout, Monsieur, ne vous déplaiseGILOTIN
Vous ne m'aimez donc pas ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Non.GILOTIN
Non ! Vous badinez.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Rien n'est plus sérieux.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Il n'en est rien.GILOTIN
N'importe, allez, laissez-moi faire.DUO.
Ne vous rebutez pas, Voilà que je vous aime. Cela vient pas à pas, Cela vient de soi-même. Vous m'aimerez aussi, Vous m'aimerez de même. Cela vient de soi-même, Du soir au lendemain. Pour obtenir le coeur, il saut avoir la main,MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Non, ne vous flattez pas : Il n'en est pas de même. Non, cela ne vient pas , Ne vient pas de soi-même. Je n'aime pas ainsi. Je n'aime pas de même. Non, non.GILOTIN
Si, si.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ne croyez pas qu'on aime , Du soir au lendemain. Il faut avoir le coeur, pour obtenir la main.SCÈNE III. Les Acteurs précédents, Le Huron.
MADEMOISELLE DE KERKABON, vivement
Ah ! Voici le Huron.GILOTIN, bas à Mademoiselle de Saint-Yves
C'est pour la noce.MADEMOISELLE DE SAINT YVES, avec impatience
Ah ! Laissez-nous.LE HURON
Les lièvres sont vivants. Comme ils n'avaient point d'ailes, À la course je les ai pris. Mais j'ai tiré sur les perdrix, Ne pouvant pas voler comme elles.LE HURON
As-tu peur ?MADEMOISELLE DE KERKABON
Un lièvre l'épouvante.LE HURON
Approche : allons, courage.GILOTIN, n'osant approcher
Le voir de loin c'est le plus sage.LE HURON
Cela s'appelle avoir du coeur.MADEMOISELLE DE KERKABON, d'un air d'amitié
Allons, reposez-vous, vous êtes tout en nage Vous chassez avec trop d'ardeur. Moi, je veux que l'on se ménage.GILOTIN
Il a le diable au corps.MADEMOISELLE DE KERKABON
Nous vous en servirons.LE HURON
Je m'en passe fort bien, À mon âge un Huron se suffit à lui-même ; Et, grâce à la nature, il ne me manque rien.Regardant Mademoiselle de Saint-Yves.
Qu'un objet, fait pour moi, qui me plaise et qui m'aime,D'un air caressant.
Asseyez-vous là.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, avec douceur
J'aime à me tenir debout.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Non.LE HURON
Pourquoi, non ?GILOTIN
Le drôle est de bon goût !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ce ne serait pas bien.LE HURON
Difficile ? On ne l'est point du tout. Si vous saviez combien votre sexe est docile, Et combien par l'amour le nôtre est adouci ! Ah ! Si dans nos forêts, où règne la nature, J'avais pu rencontrer ce que je trouve ici, J'y serais encor, je vous jure.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Vous n'aimez pas ce pays-ci ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Voyagez-vous encor ?LE HURON
Non. Je courais le monde, Pour voir un peu comme il est fait. Mais ce qu'il a de plus parfait, Je l'ai vu ; j'ai fini ma ronde.MADEMOISELLE DE KERKABON
On connaît donc l'amour au pays des Hurons ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Je voudrais bien savoir, quelle est en Huronie La façon d'exprimer son inclination.LE HURON, d'un air noble et tendre
C'est de faire, en aimant, quelque belle action, Qui plaise à ce qui vous ressemble.MADEMOISELLE DE KERKABON
Cet amour là vaut bien le nôtre, ce me semble.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, d'une voix timide
Avez-vous aimé ?LE HURON
Oui, la belle Abucaba. Elle chassait un lièvre, à vingt milles du gîte ; Un Algonquin le prît, et le lui déroba. J'attrapai l'Algonquin ; je l'amenai bien vite Tout tremblant à ses pieds. Elle lui pardonna, Et devant lui me couronna.MADEMOISELLE DE KERKABON
Et vous l'aimiez à la folie ?LE HURON
Vivement.
Oui, de toute mon âme. Elle était si jolie !AIR.
Les joncs ne sont pas plus droits : Elle en avait la souplesse, De la biche la vitesse , De l'hermine la finesse Et la blancheur à la fois. La colombe est moins fidèle ; L'aigle n'est pas plus fier qu'elle ; Et les agneaux sont moins doux. Aussi fraîche que la rose, Elle eut même quelque chose, Oui, quelque chose de vous.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Qu'est-elle devenue ?LE HURON
Un ours me l'a mangée.GILOTIN
C'est dommage !MADEMOISELLE DE KERKABON
Vous ne la plaindrez pas toujours.LE HURON, en regardant Mademoiselle de Saint-Yves
Oh ! non. Je sens déjà ma douleur soulagée.MADEMOISELLE DE KERKABON
Mais quel bijou frappe mes yeux ?LE HURON, avec vivacité et sentiment
Ah ! S'il vous paraît curieux, Recevez-le des mains de la reconnaissance. Je n'ai rien de plus précieux.MADEMOISELLE DE KERKABON
Que vois-je ! Quelle ressemblance !Vivement.
Et d'où tenez-vous ces portraits ?LE HURON
Je les avais dès ma naissance.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Voyons.MADEMOISELLE DE KERKABON, vivement
Je vous quitte ; Je vais trouver mon frère, et reviens au plus vite.SCENE IV. Le Huron , Mademoiselle De Saint-Yves, Gilotin.
MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Qu'est-ce ?LE HURON
Une double image. Dès l'enfance on m'a dit qu'en la portant sur moi, Je serais heureux : je vous vois ; Vous accomplissez le présage.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Mais, vous me dites des douceurs.LE HURON
Que vous dirais-je, hélas ? Pour vous de tous les coeurs Tel sera toujours le langage.AIR.
Vous me charmez : Vous enflammez Jusques à l'air que je respire. Absent de vous, je ne sais quoi, Plus fort que moi, Vers vous m'attire. Je jouis dès que je vous vois ; Mais en jouissant je désire. Quel est ce désir : D'où naît ce plaisir ? C'est un délire, Le vrai délire, L'heureux délire du plaisir, Ah ! Si votre coeur pouvait lire, S'il pouvait lire dans le mien... Ce qu'un Sauvage ne sait dire, Croyez, croyez qu'il le sent bien.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, un peu émue
Mais... Voyez donc ma bonne amie ; Qui me laisse avec vous. Je ne sais pas pourquoi.GILOTIN, d'un ton grave
J'y suis. N'ayez pas peur.LE HURON, voulant la retenir
Un moment.SCÈNE V. Le Huron, Gilotin.
LE HURON
De l'amour ! Pourquoi non ? Je suis jeuneV ; elle est belle : Ah ! Peut-on sans amour avoir vu tant d'appas ?GILOTIN
Oh ! Ce n'est pas ici comme dans l'Huronie. C'est à moi, s'il vous plaît, qu'elle doit être unie ; C'est à moi de l'aimer.LE HURON
Que dis-tu ?LE HURON
Elle y consent !LE HURON
Non ; mais tu dépens d'elle. Il faut savoir lui plaire, Ou lui laisser choisir l'époux qui lui plaira.GILOTIN
Et si je plais à son père ?LE HURON
Son père t'épousera. Pour elle, c'est une autre affaire : Quelque choix qu'elle fasse, il sera volontaire, Et son coeur en décidera.AIR.
Qu'on mette à prix le coeur d'Hortence ; Je désirai tous mes rivaux. Il n'est ni dangers ni travaux Qui puissent lasser ma constance. Fallût-il repasser les mers ; Franchir les torrents à la nage ; Braver la rigueur des hivers ; Affronter les vents et l'orage ; À son amant tout sera doux Pour obtenir le nom d'époux.SCÈNE VI. Monsieur et Mademoiselle de Kerkabon, Mademoiselle de Saint-Yves, Le Huron.
MONSIEUR DE KERKABON, transporté
Venez, embrassez-moi, mon neveu ; car vous l'êtes.LE HURON
Moi ! Votre neveu !MONSIEUR DE KERKABON
Ces portraits, Votre pays, votre âge, et les temps, et les faits, Tous s'accordent : preuves complètes.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ciel !MONSIEUR DE KERKABON
Vous n'avez jamais vu vos parents ?LE HURON
Jamais.MONSIEUR DE KERKABON
Justement.MONSIEUR DE KERKABON
Il a les traits de son père.MADEMOISELLE DE KERKABON
Il a les yeux de sa mère.MONSIEUR et MADEMOISELLE DE KERKABON
Voilà ses yeux, voilà ses traits, Ces traits de caractère. Il est Français.LE HURON
Je suis Français.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Il est Français.MONSIEUR et MADEMOISELLE DE KERKABON
Voilà ces traits de caractère.MONSIEUR et MADEMOISELLE DE KERKABON
Voilà tes yeux, voilà tes traits.MONSIEUR et MADEMOISELLE DE KERKABON, et MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ah ! Quel bonheur ! Il est François.LE HURON
Ah ! Cela semble fait exprès.MADEMOISELLE DE KERKABON, avec plus d'attention
Cependant, mon cher frère, Regardez bien ses yeux. Il les a beaucoup mieux. Je vois, je crois, Je ne sais quoi.MADEMOISELLE DE KERKABON, se rétractant
Ah ! Oui. Ce sont les yeux de sa mère.MONSIEUR DE KERKABON
Ce sont les traits de son père.TOUS ENSEMBLE
Ah ! Quel bonheur ! Il est Français.MONSIEUR DE KERKABON
Mon neveu, pour voir nos amis, Il faut demain être bien mis, Et t'habiller à la Française.LE HURON
Pourquoi ? Je suis fort bien, car je suis à mon aise. Mon habit m'est commode, et j'y suis attaché.MONSIEUR DE KERKABON
Mais que dirait-on ?LE HURON
Quoi qu'on dise, Comme je vis pour moi, je veux vivre à ma guise ; Et je le mets dans mon marché. Chacun son goût : c'est ma devise.MONSIEUR DE KERKABON
Mais il n'est pas possible.LE HURON
Écoutez, parlons clair : Je suis né libre comme l'air, Et partout je veux être en pays de franchise. Me voulez-vous tel que je suis ? Simple, honnête, faisant tout le bien que je puis ? Voyez. N'ayez pas peur que jamais je m'avise De vous gêner sur rien. Pleine aisance entre nous.MONSIEUR DE KERKABON
Du pays où l'on est, il faut suivre les goûts.LE HURON
Chez les singes, fort bien, mais non pas chez les hommes. À quoi bon se ressembler tous ? Nous naissons différents ; soyons ce que nous sommes.MONSIEUR DE KERKABON
Je suis ton oncle, et.LE HURON
Oui, j'y donne mon aveu ; Et j'aime bien autant que ce soit vous qu'un autre. Mais suivons librement, moi mon goût, vous le vôtre ; Sans quoi plus d'oncle et de neveu.MONSIEUR DE KERKABON
Parlez, Mademoiselle, et lui faites entendre.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, avec modestie
À le persuader je n'ose pas prétendre.Au Huron, avec douceur.
Vous êtes obstiné !LE HURON
Non, je suis libre.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, timidement et en baissant les yeux
Eh quoi ! Vous ne seriez donc pas quelque chose pour moi ?LE HURON, vivement
Ah ! Parlez, commandez. À vos lois je me livre. Dites comment je dois agir, penser et vivre ; Comment je dois être vêtu, À la Huronne, à la Française ; Tout me devient égal, pourvu que je vous plaiseMONSIEUR DE KERKABON
Eh bien, te détermines-tu ?LE HURON, très vivement
Tout ce qu'elle voudra , mon oncle ; elle est charmante.À part.
Mais sera-t-elle à Gilotin ? Il dit qu'on la lui donne ; et cela me tourmente.MONSIEUR DE KERKABON, à part
Je crois qu'on peut lui faire un plus heureux destin. Son père est mon ami ; viens que je te présente.SCÈNE VII. Mademoiselle de Kerkabon, Mademoiselle de Saint-Yves.
MADEMOISELLE DE KERKABON, à demi-sichée
Mon frère est enchanté ; mais, moi ? Je suis bien aise aussi , je ne sais pas pourquoi. Le beau plaisir que d'être tante !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, avec une joie naïve
Quoi ! Vous n'en êtes pas dans le ravissement !MADEMOISELLE DE KERKABON
Vous en parlez bien à votre aise.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Tantôt vous le trouviez charmant.MADEMOISELLE DE KERKABON
Oh ! Ce n'est pas qu'il me déplaise ; Mais tout a bien changé de face en un moment !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
AIR.
Ma bonne amie, est-il possible D'avoir un plus joli neveu ? Son air est doux, son coeur sensible ; Il est tout âme, il est tout feu. De sa bonté touchante J'ai déjà vu cent traits. Ah ! Si j'étais sa tante , Ah ! Que je l'aimerais.MADEMOISELLE DE KERKABON
Vous l'aimez sans cela : c'est moi qui vous l'assureMADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Moi !MADEMOISELLE DE KERKABON
N'en rougissez pas.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
C'est donc sans le savoir.MADEMOISELLE DE KERKABON
Vous le savez fort bien ; et lui-même, j'augure Qu'il a pu s'en apercevoir.AIR.
L'amour naissant n'a pas encore Appris à garder son secret. C'est au moment qu'il vient d'éclore, Qu'il fait le moins être discret. Il part toujours quelque étincelle D'un feu qui vient de s'allumer. Tout le trahit, tout le décèle , Jusqu'au soin de le renfermer. Coup d'oeil rapide, Regard timide, Soupirs échappés, Mots entrecoupés : À quoi ne reconnaît-on pas Un coeur qui soupire tout bas ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, confuse
On croit voir ce qu'on imagine.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Quoi ?MADEMOISELLE DE KERKABON
Rien.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, vivement
Ah ! de grâce, parlez.MADEMOISELLE DE KERKABON
Non. C'est que je badine.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Vous m'impatientez.MADEMOISELLE DE KERKABON, d'un ton ironique
Vous ne l'aimez donc pas ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Et si je l'aimais ?MADEMOISELLE DE KERKABON
En ce cas, Mon frère aurait peut-être envie De faire à Gilotin préférer son neveu ; Mais cela vous touche si peu !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ah ! Vous ne doutez pas que je n'en sois ravie.MADEMOISELLE DE KERKABON
L'avais-je dit ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Je l'aime, il le faut avouer.MADEMOISELLE DE KERKABON
Je vous servirai. Mais j'enrage De me voir réduire à jouer Le rôle de tante à mon âge.SCÈNE VIII. Le Huron, les Acteurs précédents.
LE HURON, impatienté
Quelles gens ! Je suis aux abois, Je ne sais plus auquel entendre. Tous m'interrogent à la fois. J'ai beau leur répéter que je n'ai qu'une voix ; Aucun n'a le bon sens d'attendre.AIR. Il les contrefait.
Dans quel canton Est l'Huronie ? Est-ce en Turquie ? En Arabie ? Hé non, non, non. En Laponie ? Hé non, non, non. Dans l'Huronie Comment vit-on : S'amuse-t-on ? Y parle-t-on Le bas Breton ? Hé non, non, non. Les époux Sont-ils jaloux ? Les jeunes filles Gentilles ? Et oui, et non ; mais c'est selon. Dans l'Huronie Comment vit-on ? S'amuse-t-on : Boit-on du vin ? Fait-on l'amour ? Fait-on l'amour dans l'Huronie ? Quelle manie ! Ah ! Je suis sourd. Messieurs ! Messieurs ! Dans l'Huronie Chacun parle à son tour.SCÈNE IX. Le Huron, Mademoiselle de Saint-Yves.
LE HURON, vivement
Je n'irai pas bien loin, si j'en crois mon envie Enfin me voila libre, Hé bien ? Je suis Français ; En êtes vous bien aise ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Et croyez-vous aussi que mon père y consente ?LE HURON
Il le faut bien. Et puis, qu'avons-nous besoin d'eux Le bonheur est en nous, il dépend de nous deuxOn entend un bruit de guerre.
SCÈNE X. Le Huron, Mademoiselle de Saint-Yves, un Officier et des Soldats.
L'OFFICIER
AIR.
Vaillants Français, courez aux armes : Les Anglais menacent vos ports. Si la gloire a pour vous des charmes, Volez à sa voix sur ces bords. Quand on sert un Roi que l'on aime, C'est une fête qu'un combat. Chacun s'enrôle de soi-même ; Et tout sujet devient soldat. Vaillants François , etc.Pendant cet air le peuple s'assemble et prend les armes.
SCÈNE XI. UN CAPORAL ET GILOTIN, Les Acteurs précédents.
LE CAPORAL, menant Gilotin
Allons, marche.GILOTIN, tremblant
Messieurs, je suis fils du Bailli.Bailli : Officier royal d'épée qui rendait la justice dans un certain ressort, et avait droit de commander la noblesse quand elle était convoquée pour l'arrière-ban. [L]
LE CAPORAL
Tu trembles, lâche !L'OFFICIER
Prends cette épée.L'OFFICIER
Nous le verrons dans peu.L'OFFICIER
Prends.LE HURON, fièrement
Donnez-la moi, mon Capitaine.L'OFFICIER
À toi ?L'OFFICIER
Va-t-en.GILOTIN, enchanté et s'enfuyant bien vite
Ah ! Le charmant Huron !SCÈNE XII. Mademoiselle DE SAINT-Yves, Le Huron, L'Ossicier, le Caporal, les Soldats.
L'OFFICIER
Es-tu Français ?LE HURON
On dit que j'ai l'honneur de l'être, Et sur parole je le crois ; Mais Hortence est Française, et ma patrie à moi ; C'est le pays qui l'a vu naître.L'OFFICIER
Ton nom ?LE HURON
Hercule Kerkabon.L'OFFICIER
Ce nom promet beaucoup sans doute.LE HURON
J'espère vous tenir ce que promet mon nom. Une seule chose me coûte ; C'est de me séparer de cette aimable enfant.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
J'y consens. Tu me sais trembler ; mais je sens Que je t'en aime davantage.MARCHE GUERRIÈRE.
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE II. Gilotin, Mademoiselle de Saint-Yves.
MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
On s'est battu ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Vous étiez là ?GILOTIN, naïvement
Moi, non, j'étais dans notre cave, En attendant le succès. Mais c'est le bruit du village : Les ennemis attaqués Ont déjà plié bagage. Les uns se sont rembarqués, D'autres s'en vont à la nage.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Et le Huron ? L'a-t-on vu ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, avec effroi
Ah ! Je m'applaudissais d'un excès de valeur Qui peut-être a fait son malheur.Vivement.
Allez, voyez, sachez, s'il revient , s'il respire, S'il est blessé, s'il est. Je tremble de le dire. Allez, vous dis-je.SCÈNE III.
MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, seule
Il est trop vrai : l'essroi de plus en plus me presse.RÉCITATIF OBLIGÉ.
Ah ! Quel tourment ! Peut-être il est blessé. Parmi les morts peut-être on l'a laissé. Sa faible voix appelle son amante ; Sa faible voix m'appelle à son secours. Ah ! Je l'entends, cette voix défaillante. Oui, cher amant, je t'entends et j'accours... Où m'emportent mes alarmes ? Moi ! Seule ! Au milieu des armes ! M'exposer aux yeux de tous !... Il n'est point mon époux, Et je dépends d'un père, Devoir, honneur sévère, Pourquoi, m'enchaînez-vous ? Que dis-je, hélas : cruelle ! Peut-être mon amant Expire en ce moment. Je l'entends qui m'appelle : Viens me fermer les yeux, Je meurs, je meurs fidèle. Viens, reçois mes adieux...AIR.
Ah ! Mon coeur se déchire. C'est un trop long martyre. Je cède à mon effroi. Je dois à ce que j'aime, Je dois plus qu'à moi-même ; Et la douleur extrême Ne connaît point de loi. Mon père lui-même Aura pitié de moi.SCÈNE IV. Le Huron, Mademoiselle de Saint-Yves.
LE HURON, d'un air triomphant
Eh bien ? Le savons-nous renvoyés lestement ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Te voilà ! je succombe à mon ravissement.Elle tombe pâmée dans les bras du Huron.
LE HURON
Hortence !... Ô Ciel ! Est-il possible Que tu m'aimes si tendrement ! Hélas ! Tu n'es que trop sensible. Respire, ouvre les yeux, rassure ton amant.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, reprenant ses esprits
Tu m'es rendu ! Mon coeur se livre Au plus délicieux transport.LE HURON
Du péril échappé, je rends grÄce à mon sort ; Car pour toi, mon Hortence, il est bien doux de vivre !DUO.
Ah ! Que tu m'attendris ! Quoi ! Tu me chéris Autant que je t'aime :MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
J'aurais dû me défendre.LE HURON
Quoi : d'un amour si tendre ?MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Me seras-tu fidèle ?LE HURON
Ma flamme est éternelle. Oui, non coeur t'est connu : Ce coeur ingénu N'a jamais su feindre.TOUS DEUX
Qu'il nous enchaîne pour jamais.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
On vient ; je ne veux plus qu'avec moi on te voit.SCÈNE V. Monsieur et Mademoiselle de Kerkabon, Le Huron.
MONSIEUR DE KERKABON
Mon neveu !MADEMOISELLE DE KERKABON
Mon neveu !MONSIEUR DE KERKABON
Quel bonheur !MADEMOISELLE DE KERKABON
Quelle joie ! Oui, me voilà frais et dispos, Prêt à recommencer si ces gens là reviennent.MADEMOISELLE DE KERKABON, avec frayeur
Ah ! Que plutôt ils s'en souviennent, Et qu'ils nous laissent en repos.SCÈNE VI. Monsieur de Saint-Yves, les Acteurs précédents.
MONSIEUR DE SAINT-YVES
Monsieur de Kerkabon, que je vous félicite. Vous avez un neveu dont je suis enchanté.MONSIEUR DE SAINT-YVES
Je le dois à votre mérite.MONSIEUR DE KERKABON
Allons, raconte nous tout ce qui s'est passé.MADEMOISELLE DE KERKABON
Mais il doit être las. Non, je suis délassé. Vous voyez d'ici le rivage ? L'ennemi s'était rangé là. Il nous attend, et nous voilà. Nous marchons ; le combat s'engage.RÉCITATIF OBLIGÉ.
Sur nos étendards flottants De ses vaisseaux l'airain gronde. Cent tonnerres éclatants S'élancent du sein de l'onde. L'ardeur s'anime, et j'entends : Feu ! Feu ! Feu ! qu'on leur réponde. Des deux côtés c'est le même fracas. Et puis, silence ! Doublez le pas. Ne tirez pas ! Doublez le pas. Avance, avance. C'est là, quand le fer peut agir, C'est-là, c'est-là le carnage. Le feu n'est qu'un badinage ; C'est quand le fer peut agir C'est-là, c'est-là le carnage On voit les sables rougir. Et dans le sang la mort nage Nous avançons ; Nous enfonçons ; Les ennemis balancent ; Les uns sont renversés, Les autres dispersés ; Dans les eaux ils s'élancent. Et nous, le verre en main, Sur le champ de la gloire, Nous chantons la victoire, Et nous buvons leur vin.MONSIEUR DE KERKABON
Mon neveu, rendez grâce à Monsieur de Saint-Yves. vous nous avez causé des alarmes bien vives ; Il les partageait avec nous.MONSIEUR DE SAINT-YVES
Je ne le cache point, j'ai tremblé pour sa vie.MONSIEUR DE SAINT-YVES, à part à Monsieur de Kerkabon
Je le souhaite. Allons, me voilà décidé : Venez.SCÈNE VII. Mademoiselle de Kerkabon, Le Huron.
MADEMOISELLE DE KERKABON
Réjouis-toi.LE HURON
Comment ?LE HURON
Oui ?MADEMOISELLE DE KERKABON
Je viens de l'entendre.MADEMOISELLE DE KERKABON
Il hésitait d'abord : Mais, ma foi, ta valeur vient de lui gagner l'âme, Ainsi tout le monde est d'accord ? Allons.MADEMOISELLE DE KERKABON
Où vas-tu ?LE HURON
Voir ma femme.SCÈNE VIII. Mademoiselle de Kerkabon, Gilotin.
GILOTIN
AIR.
Me prend-on pour un sot ? Et suis-je fait pour l'être ? Croit-on m'envoyer paître, Sans que je sous le un mot ? Je suis fils d'un bailli, Oui. Je ne suis pas Huron, Non. On connaîtra mon père. Quand il est en colère Il est pis qu'un démon. Nous sommes gens de plume ; Nous savons la coutume, Et la forme et le fonds. S'il faut plaider, plaidons...MADEMOISELLE DE KERKABON
Mais l'on ne t'aime point.GILOTIN
Ah ! J'en sais bien la cause : C'est qu'on trouve l'autre mieux fait, Plus beau que moi ; voilà le fait. Mais à tout cela je m'oppose. Oui, vous n'avez qu'à dire à votre beau neveu, Que ce n'est pas pour lui que se fera la fête ; Qu'un bailli n'est pas une bête ; Et que nous allons voir beau jeu.SCÈNE IX. Mademoiselle de Kerkabon, Le Huron.
LE HURON
AIR.
Qu'ai-je donc fait qui les offense ? N'est-elle pas à moi ? N'a-t-elle pas ma foi ? Pourquoi cette défense ? Moi ! Ne plus la revoir ? Ne plus revoir Hortence ! Ma belle Hortence ! Ma chère Hortence ! Je suis au désespoir. On est d'accord ; Elle est femme ; Je lui porte un coeur tout de flamme ; Et l'on blâme Ce transport ! Qu'ai-je donc fait ? etc. Tremblante aux genoux de son père, Elle pleurait, Et l'implorait ; Mais rien n'a fléchi sa colère. Sans pitié, comme sans raison, Il m'a chassé de la maison. Qu'ai-je donc fait ? etc.SCÈNE X. Mademoiselle et Mademoiselle de Saint-Yves, Le Huron, Mademoiselle de Kerkabon.
MONSIEUR DE SAINT-YVES, irrité
Quoi ! je te vois encore ! Ote-toi de mes yeux.SCÈNE XI. Monsieur et Mademoiselle de Saint-Yves, Mademoiselle de Kerkabon.
MONSIEUR DE SAINT-YVES
A-t-on jamais rien vu de plus audacieux ? Chez moi-même, à mes gens venir parler en maître ! Sans moi, sans mon aveu, demander à vous voir, S'annoncer votre époux ! ( il est bien loin de l'être. ) Et parce que mes gens, qui savent leur devoir, Refusent de le recevoir, Oser les menacer d'entrer par la fenêtre !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, tremblante et suppliantes
Mon père !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Mon père !MONSIEUR DE SAINT-YVES
Quel emportement ! Et moi, j'allais imprudemment !. Je suis trop faible et trop facile ; Mais cela peut se réparer. Ma fille, il faut nous séparer, Et pour toi le Couvent est le plus sûr asile.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Le Couvent !MONSIEUR DE SAINT-YVES
Obéis. Tu le dois. Je le veux.MADEMOISELLE DE SAINT-YVES, à Mademoiselle de Kerkabon
Ah ! Consolez ce malheureux.SCÈNE XII. Le Huron, Mademoiselle de Kerkabon.
LE HURON, vivement
Est-il apaisé ?LE HURON
Le Couvent ! Qu'est cela ?MADEMOISELLE DE KERKABON
Un séjour où l'on est invisible.SCÈNE XIII.
LE HURON, seul
AIR.
Que ne suis-je encor dans nos bois, Loin de ces funestes rivages ! C'est vous, cruels, vous et vos lois, C'est vous qu'on doit nommer sauvages. Que ne suis-je encor dans nos bois, Loin de ces funestes rivages !Récitatif obligé.
Que dis-je ! Chère amante, hélas ! Pardonne à ma douleur, pardonne. Moi ! Que jamais je t'abandonne ! Moi ! Vouloir être où tu n'es pas !... Mais on l'enlève, on m'en sépare ! Non, non, père injuste et barbare, Non, non, je suis partout ses pas... Ah ! Mon malheur est à son terme. Amis, accourez à ma voix. Forçons les murs, brûlons les toits De la prison qui la renferme... Mais si je brûle ta prison, Toi-même au milieu de la flamme... Hélas ! J'ai perdu la raison ; Un trouble affreux règne en mon âme Que ne suis-je encor dans nos bois, etc.Il sort.
SCÈNE XIV. Mademoiselle de Kerkabon, Monsieur de Kerkabon, Monsieur de Saint-Yves.
Ils ont vu le Huron sortir désespéré.
MADEMOISELLE DE KERKABON
Vous voyez sa douleur. Pardonnez son offense. Il a commis une imprudence ; Mais il ne connaît point nos usages, nos moeurs.MONSIEUR DE SAINT-YVES, irrité
Oui, j'ai tort ; je devais choisir sans doute ailleurs Un homme qui connût les égards, la décence, Qui sut respecter ma maison.MONSIEUR DE KERKABON
Vous êtes bien sévère !MONSIEUR DE SAINT-YVES
Et n'ai-je pas raison ?MONSIEUR DE KERKABON
Ah ! Monsieur, croyez-moi, s'il manque de lumières, Il a des sentiments, que j'estime encor plus. On donne aisément des manières ; On ne donne point de vertus. Il est vaillant, honnête ; il pense avec noblesse ; L'ombre du mensonge le blesse ; La nature l'a fait sensible et bienfaisant ; L'amour est sa seule faiblesse ; Et je crains qu'il ne perde en se civilisant.SCÈNE XV. Gilotin et les acteurs précédents.
MONSIEUR DE SAINT-YVES
Qu'entends-je ?MONSIEUR DE SAINT-YVES
Ma fille ! Ô ciel !SCÈNE XVI. Les Acteurs précédents, Le Huron, Mademoiselle de Saint-Yves, L'Officier, Troupe des gens du bailli.
MONSIEUR DE SAINT-YVES
Téméraire !L'OFFICIER
Pourquoi désoler ce jeune homme ?Vivement.
Et savez-vous ici ce que vous lui devez ? . Savez-vous que peut-être il vous a tous sauvés ? Et qu'il a plus de part aux succès que moi même ? Il est Français ; il est bien né : Monsieur, à votre fille, il était destiné ; Pourquoi lui ravir ce qu'il aime ?LE HURON, vivement et tendrement
Et reprendre le bien que vous m'avez donné ?MONSIEUR DE SAINT-YVES, avec chaleur
Ah ! C'est un jeune sou.SCÈNE XVII ET DERNIÈRE. Le Bailli et les acteurs précédents.
LE BAILLI
Je t'arrête de par le Roi.L'OFFICIER, d'un ton imposant
Monsieur !LE BAILLI
Son crime est manifeste : C'est un enlèvement ; tout le monde l'atteste ; Et je ne fais ici qu'exécuter la loi.MONSIEUR DE SAINT-YVES, d'un air noble et tranquille
La loi ne punit point ce qu'autorise un père. Personne ici que moi n'a droit d'être sévère ; Et je veux bien dans ce moment Pardonner à l'époux le crime de l'amant.LE BAILLI
Quoi ? C'est donc là ?MONSIEUR DE SAINT-YVES
Point de colère, J'avais d'autres desseins, mais nul engagement. Croyez-moi, laissez là votre ressentiment. L'ennemi vous dira pourquoi je le préfère.Le bailli et Gilotin se retirent.
MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ah ! Mon père !LE HURON et MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Ah ! Monsieur !MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
Mon père, son coeur est honnête ; Et tout le reste peut changer.DUO et CHOEUR.
MADEMOISELLE DE SAINT-YVES et LE HURON
Plus de larmes. Amour, tes charmes Du sein de nos alarmes Font naître les plaisirs, Sensible à nos soupirs. Ta main couronne nos désirs. Que de plaisirs ! Non, plus de larmes, etc,CHOEUR
Dans l'Empire de l'Amour Il n'est plus de Sauvages ; L'air de ce charmant séjour Les rend doux et sagesLE HURON et MADEMOISELLE DE SAINT-YVES
D'aimer autant que je vivrai J'ai l'heureuse assurance. De plaire autant que j'aimerai J'ai la douce espérance. Nous plaire et nous aimer toujours ! Pour nous que d'heureux jours.CHOEUR
Dans l'empire de l'amour Il n'est plus de Sauvages. - L'air de ce charmant séjour Les rend doux et sages. Tout s'apprivoise en un jour Sous les lois de l'amour.853 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0