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Comédie Vaudeville en vers et en prose· Comédie-Vaudeville en Deux Actes

Le Procès du Baiser

Michel Masson· créée en 1829· 2 actes· 305 vers· 12 personnages

Représentée , pour la première fois, sur le Théâtre des Variétés, le 7 novembre 1829.

Personnages

  • ALFRED DE MALZEN, Monsieur DAUDEL
  • PÉTERSTHAL, bourgmestre. Monsieur CLÉMENT
  • MICHEL, son neveu. Monsieur SYLVESTRE
  • MADAME ROMARIN, Mme MILEN
  • MINA, sa nièce. Mme LAFOND
  • GEORGETTE, fille d'auberge. Melle AUGUSTINE
  • UN DOMESTIQUE, Monsieur GEORGE
  • UN INVITÉ, M. BEGAT
  • DAME INVITÉE, Mademoiselle COLINET
  • DAME INVITÉE, Mademoiselle ANNETTE
  • DAME INVITÉE, Mademoiselle PALMYRE
  • GENS DE LA NOCE

ACTE PREMIER

Le théâtre représente une salle ouverte au fond sur une galerie. Portes à droite et à gauche. Sur le premier plan, une fenêtre ; plusieurs quinquets sont attachés aux boiseries de la salle. Un lustre éclaire la galerie ; des chaises sont rangées de chaque côté du théâtre.

SCÈNE PREMIÈRE. Alfred en habit de voyage, puis Georgette.

ALFRED

Il sonne.

Ah ! Ça, mais on ne peut donc parler à personne dans cette auberge ?... Pas une servante qui veuille entendre deux paroles... Tous les gens que j'appelle se sauvent sans me répondre.

GEORGETTE

Dam', Monsieur, aussi vous arrivez justement un jour de remue-ménage ; monsieur_le_bourgmestre a loué tous les salons pour un bal, on est à table dans ce moment-ci, et...

ALFRED, vivement

Je vais le payer, son bal, et trois autres avec, si l'on veut ; mais qu'on me serve, ou du moins qu'on m'écoute !

GEORGETTE

Eh bien ! Je vais vous écouter, moi, Monsieur, mais ne vous fâchez plus.

ALFRED

Non, vous êtes trop gentille pour ça, ma petite, et vraiment, je ne me plaindrais plus de l'abandon auquel on me condamne, si vous vouliez le partager un moment.

GEORGETTE

Tous les messieurs qui, comme vous, viennent en chaise de poste, me disent de ces choses là, mais je n'y fais pas attention, parce que, voyez-vous, Georgette_Franck n'écoutera les compliments que de celui qui voudra l'épouser, et comme vous êtes comte, d'après ce que disent vos domestiques, que vous êtes riche, à en juger par votre voiture et votre dépense, vous n'avez pas, sans doute, l'intention de me demander en mariage.

ALFRED, galment

Ma foi, je vous assure qu'il n'y aurait rien là de bien impossible depuis trois ans que je cherche une femme sans me décider, je n'en ai pas vu de plus jolie, et j'en ai vu beaucoup qui n'étaient pas de si bonne humeur...

GEORGETTE

Comment, voilà trois ans que vous cherchez, et vous n'avez pas encore trouvé ?... Il faut que monsieur soit bien difficile !

ALFRED

Mais, pas trop... Je me suis dit, en commençant mes voyages, il est temps de me marier ; qu'est-ce qu'il faut pour être heureux ?... Une femme jeune, riche, belle, musicienne , spirituelle et vaccinée... Eh bien ! Je n'ai jamais pu mettre la main dessus... et cette idée m'a déjà coûté bien des frais de poste.

GEORGETTE

Ah ! Tenez, monsieur, vous me faites rire, et pendant ce temps là...

ALFRED

Un moment, vous m'avez promis de m'écouter... Dites-moi donc un peu ce que je pourrais faire dans cette petite ville pendant qu'on raccommode ma calèche, car les routes de votre duché_de_Berg sont aussi mauvaises que ses auberges sont incommodes... les jours de bal, s'entend ; il n'y a pas moyen de lire avec le tapage de vos convives, qui va se renforcer tout_à_l_heure de celui de vos musiciens... Voyons, indiquez-moi quelque curiosité.

GEORGETTE, faisant quelques pas pour sortir

Mais il fait déjà nuit.

ALFRED, la retenant

C'est, ma foi, vrai, et je n'aurai pas même la ressource du sommeil.

GEORGETTE, à part

Mais, au fait... Eh ! Oui, c'est un moyen de m'en débarrasser.

Haut.

Nous allons chercher bien loin ce qui peut vous distraire, quand vous en avez ici même l'occasion... Venez au bal...

ALFRED

Sans invitation... Vous plaisantez ?...

GEORGETTE

Rien n'est plus simple, mon père est autorisé par Monsieur_Pétersthal, le bourgmestre, à faire entrer les voyageurs dont il pourrait répondre, les gens comme il faut, et je crois qu'à cet égard là...

ALFRED

Oh ! Je ne déparerais pas la société ; vous avez raison... C'est original de faire un tour de valse entre deux relais... Mais il faudrait une toilette.

GEORGETTE

Votre malle a été détachée...

ALFRED

Et puis, d'ailleurs, s'habiller, c'est un un moyen comme un autre de passer le temps, il y a des gens qui n'ont pas d'autre occupation...

GEORGETTE

Allons, Monsieur, dépêchez-vous !

ALFRED

Vous avez d'excellentes idées.

AIR : Mes amis, partons bien vite. (Semaine des Amours.)

GEORGETTE, un moment seule

Il voulait m'embrasser, ce monsieur !... Ces étrangers, qui ne connaissent pas nos lois, sont tous de même... Moi, qui ai été élevée dans la crainte des baisers, je ne sais pas où je me sauverais pour en éviter un.

SCÈNE II. Georgette, Michel.

MICHEL, à la cantonade

Ne faites pas attention à moi, mangez toujours, je vais voir si les violons sont arrivés.

Il descend la scène.

Il faut se multiplier, ici... Ah ! Georgette, te voilà, eh ! bien, et le bal ?

GEORGETTE

L'auberge est illuminée du haut en bas ! les tables de jeu, les buffets, le punch et les musiciens, tout est prêt.

En ce moment on entend crier : À la santé de Monsieur Pétersthal.

MICHEL

Voilà encore qu'ils boivent à la santé du nouveau bourgmestre il leur donne là une fameuse fête pour son installation !

Nouveaux cris.

Quel tapage ! Ils finiront par étourdir mon pauvre oncle, et en sa qualité de protecteur de la tranquillité publique, il sera forcé de se condamner à l'amende.

GEORGETTE, riant

Aujourd'hui, c'est un extraordinaire ; aussi faut-il espérer qu'il fermera les yeux là-dessus.

MICHEL

Fermer les yeux ! Mon oncle fermer les yeux sur un délit ! Georgette, vous êtes bien jeune !.. Nous avons des lois ! Nous en avons même une jolie collection de lois ! et d'uniques encore ! Aussi le nouveau bourgmestre doit mettre gloire à les maintenir !... En attendant, avertissez l'orchestre de donner le premier coup_d_archet ; moi je retourne au festin, lancer un dernier coup_d_oeil à ma fiancée.

GEORGETTE

Mam'zelle Mina... Hein ! Comme elle est jolie ce soir... Dam', elle est riche celle-là... Vous ferez-là un bon mariage.

MICHEL

Mais je ne crois pas qu'elle en fasse un mauvais.

GEORGETTE

Il va pour sortir.

Dites donc, Monsieur_Michel, que je vous dise... Vous aurez ce soir un danseur étranger... Oh ! Mais qui fera honneur à votre bal...

MICHEL

Quelque voyageur sans doute, je ne sais pas où mon oncle a eu l'idée de permettre qu'on en laissât entrer ! Si on m'avait cru...

GEORGETTE

Soyez tranquille, ce n'est pas un aventurier celui-là ; d'abord c'est un comte.

MICHEL

Un comte ? C'est un conte... et puis on ne voit que cela dans ce pays-ci.

GEORGETTE

Il a une voiture fort distinguée, et une tournure qui l'est encore davantage.

MICHEL

Allons, c'est bon, va-t-en, car je crois que l'on sort de table ; justement voici mon oncle.

SCÈNE III. Madame Romarin, Mina, Pétersthal, Michel.

Georgette sort.

MADAME ROMARIN, à Mina

Venez par ici, ma nièce, il fait une chaleur là-dedans.

PÉTERSTHAL

Ah ! Oui, respirons un peu, j'étouffe de joie !.. Les compliments de mes administrés et le vin du Rhin m'ont porté à la tête... Fait elle un bruit ma nomination !

MADAME ROMARIN

Maintenant, cousin, que j'ai fait les honneurs de votre table, vous me permettrez de me retirer avec ma nièce.

MINA

Mais, ma tante, on parle d'un bal.

MADAME ROMARIN

C'est justement pourquoi nous ne pouvons pas rester ici, mon enfant.

AIR : Ah ! Si madame me voyait !

Les coeurs purs restent étrangers À cet enivrement perfide.

MADAME ROMARIN

Eh bien, voilà de jolies idées.

PÉTERSTHAL

Cela m'arrangerait assez, cousine, car je ne pourrai jamais, seul, répondre à tout le monde.

MADAME ROMARIN

Y pensez-vous, quand il y a tant de jeunes gens ici, et lorsque nos moeurs sont si sévères sur l'innocence des demoiselles ; un baiser pris équivaut chez nous à une promesse de mariage ; il faut, vous le savez, que la jeune fille qui se laisse dérober une telle faveur, épouse l'audacieux, où elle est déshonorée ; vous voyez bien que je ne peux pas exposer ma nièce...

MICHEL

C'est juste, la cousine Romain a raison ; il y a même des exemples de procès pour des baisers pris sans conséquence, au bal, par des étrangers qui ne connaissaient pas les usages du pays... Leur ignorance ne les a pas sauvés, ils ont perdu.

MINA

C'est-à-dire, ils ont épousé.

MICHEL

Eh bien ! Qu'est- ce que je dis donc ?... C'est la même chose.

MADAME ROMARIN

Oui, ma nièce ; ainsi, vois à quoi une action légère peut nous entraîner.

MICHEL

Cela peut avoir des suites terribles pour les délinquants... car, grâce à cette bonne vieille loi sur le respect dû aux fiancées, les jeunes filles du duché_de_Berg sont toujours certaines d'avoir des maris.

AIR : Restez, restez troupe jolie.

Pour son honneur, aucune belle Ne craint ici de sort fatal ; Elle a, pour lui rester fidèle, Sa sagesse et le tribunal, Et l'on a peur du tribunal. Cette loi, qui sait la défendre, Dit, à qui veut se hasarder : Vous êtes libre de la prendre,

bis.

Mais je vous force à la garder.

bis.

PÉTERSTHAL

Un moment... J'ai une idée : vous restez au bal toutes deux, j'ai trouvé un danseur pour Mina.

MINA, avec joie

Vraiment !

MADAME ROMARIN

Mais...

PÉTERSTHAL

Oh ! Celui-là ne compromettra pas la fiancée de Michel ; c'est mon greffier, Monsieur_Stylmann !

MINA

Il est bien vieux !

PÉTERSTHAL

Soixante-deux ans, tout au plus ; c'est un homme qui m'est tout dévoué.

MICHEL

Je vais l'avertir.

Il rentre dans la salle.

MADAME ROMARIN

Pourvu que je ne m'en repente pas !

PÉTERSTHAL

Il n'est pas dangereux.

PÉTERSTHAL, allant au fond

On se lève de table... On vient par ici, Dieu me pardonne, il y a encore plus de monde que tout_à_l_heure...

À la cantonnade.

Par ici, messieurs, par ici, mesdames.

MADAME ROMARIN, à sa nièce

Asseyons nous là.

Elles vont s'asseoir à gauche.

SCÈNE IV. Les mêmes, Invités.

CHOEUR des invités

AIR : Contredanse de la Dame blanche !

De la cour jusqu'à vos salons On se marche sur les talons ; On se foule, on se porte De la cour jusqu'à vos salons. L'homme en place, il faut y songer, Afin d'éviter maint danger, Doit élargir sa porte Et sa salle à manger.

Pendant le choeur, les dames viennent s'asseoir sur la banquette à gauche ; les hommes se tiennent debout au fond et à droite.

MADAME ROMARIN, à Mina

Baissez les yeux, petite fille ; ne voyez-vous pas que les hommes nous regardent ?

PÉTERSTHAL, aux invités

Allons, messieurs, invitez vos dames, le bal va commencer.

UN DOMESTIQUE, entrant, à Pétersthal

On demande encore une table de jeu, l'aubergiste dit qu'il n'a plus de meubles à disposer.

PÉTERSTHAL

Je vais voir cela, servez des rafraîchissements ici.

Il sort. Les hommes invitent des dames et sortent tour-à-tour, tandis que l'orchestre exécute une contredanse qui continue en sourdine jusqu'à la fin de la cinquième scène.

UN INVITÉ, à Madame Romarin

Voulez-vous permettre, Madame ?

MADAME ROMARIN, d'un air aimable

Monsieur, je ne danse pas sans ma nièce.

L'INVITÉ

Je vous demande si vous voulez me permettre d'avoir l'honneur de danser avec mademoiselle votre nièce ?

MADAME ROMARIN, sèchement

Ma nièce ne danse pas sans moi, et mon cavalier est sorti.

L'INVITÉ s'éloigne, dit à des hommes restés debout dans un coin à droite du spectateur

Venez avec moi, les jolies sont de l'autre coté.

Les hommes sortent.

SCÈNE V. Mina, Madame Romarin, Quatre dames, assises sur la banquette ; Michel, arrivant.

MICHEL, à la cantonade

Je fais la huitième avec la cousine Romarin, ne prenez pas ma place.

MINA

Eh bien votre greffier ?

MICHEL

Il viendra dès qu'il sera décavé...

Décaver : Terme de jeu. Gagner toute la cave d'un joueur, tout l'argent qu'il a devant lui. Il m'a décavé en deux coups. [L]

MADAME ROMARIN

Il est à la bouillotte ?

Bouillotte : Sorte de jeu de cartes. [L]

MICHEL

Il a pris le jeu de sa femme parce qu'il prétend quelle se carre toujours.

Se carrer : À la bouillotte, un joueur se carre, quand il s'assure de la priorité en doublant sa mise. [L]

MADAME ROMARIN

Tu vois, ma chère amie, que ce n'est pas ma faute si nous ne dansons pas.

MICHEL

Un moment... Vous dansez, vous, cousine, et avec moi encore.

MADAME ROMARIN

Du tout.

MICHEL

Il n'y a pas de du tout... Votre place est retenue, j'ai promis que vous la rempliriez, et on y compte.

MINA

Allez, ma tante, puisqu'il vous en prie.

MADAME ROMARIN se levant

Te laisser, mon enfant, je ne le veux pas.

MICHEL

Ces dames veilleront sur ma jolie fiancée.

LES DAMES

Certainement... Avec plaisir.

MICHEL

Venez... On commence ; le président des assises demande à être de votre quadrille.

MADAME ROMARIN

Monsieur le président des assises veut danser à mon quadrille ? Ah ! Mon Dieu ! Si j'étais sûre que ces dames voulussent bien...

UNE DAME

Nous ne la quitterons pas.

MICHEL, allant au fond

Là ! Le premier avant-deux est fini, et voilà monsieur président qui n'a point de vis_à_vis.

Il vient lui prendre la main.

MADAME ROMARIN

Nous n'en danserons qu'une, par exemple.

MICHEL, l'entraînant

Allons donc, nous n'arriverons qu'au chassez.

En sortant il s'écrie :

Nous voilà ! Nous voilà !

Les dames causent entre elles.

MINA, à part

Elle va danser ; ah ça ! Il n'y a donc pas autant de danger qu'elle me le disait... ou peut-être n'y en a-t-il plus à son âge... C'est étonnant, on a beau me faire peur du plaisir, jamais l'harmonie d'une contredanse n'a pu m'effrayer.

Pendant l'aparté de Mina, des messieurs sont entrés ; l'un d'eux invite une dame, qui accepte et se retourne vers la voisine en disant : Je vous recommande la jeune personne, ainsi de suite, jusqu'à la dernière dame qui se retourne du côté de Mina.

LA DAME, à Mina

Je vous recomman...

MINA

Plaît-il, madame ?

LA DAME

Pardon, Mademoiselle, je ne peux pas refuser... mais je reviens à l'instant.

Elle sort avec son cavalier.

SCÈNE VI.

MINA, seule

Eh bien ! On me laisse seule... Au fait, j'aime autant cela... du moins, je pourrai voir...

Elle va au fond.

Dieu ! Que c'est joli, un bal ! Les belles toilettes ! Quelles lumières éblouissantes !... Que ces danses légères ont de charmes pour moi !... Si j'osais... Personne ne peut me voir, répétons les pas que je leur vois faire.

AIR : Ah ! qu'ils sont heureux de danser (de Panseron).

C'est bien ainsi que l'on se place ; Un cavalier vient sur vos pas, On semble fuir, il vous enlace ; Mais moi, l'on ne me poursuit pas ! Écoutons bien, faisons silence, Et retenons cette cadence : C'est ainsi qu'on doit traverser ; Mais c'est à deux que l'on balance... Ah ! qu'ils sont heureux de danser. Si je l'osais ! ah ! sur leurs traces Combien j'aimerais à valser : Alors, pour admirer mes grâces, En foule on viendrait se presser ; Mais, écoutons, faisons silence, Oui, l'on redit cette cadence : Je suis prête à m'élancer ; Mais, seule, il faut que je balance... Ah ! Qu'ils sont heureux de danser.

SCÈNE VII. Alfred, Mina.

ALFRED, entrant par la droite, et mettant ses gants

À Mina.

Mademoiselle, si vous n'êtes pas invitée.

MINA

Ah ! Mon Dieu, Monsieur, laissez-moi, vous vous trompez.

Elle va s'asseoir sur le banc.

ALFRED

Remettez-vous, mademoiselle ; je ne croyais pas vous causer tant d'effroi... Mais quand on entre dans un bal, et que la première danseuse libre se trouve être si jolie...

MINA

Monsieur !

MINA

C'est à ma tante, monsieur, que s'adressent ces sortes de demandes.

ALFRED

Elle doit avoir souvent à répondre, car, jolie comme vous l'êtes...

MINA, à part

Il s'exprime bien, ce monsieur.

Haut.

Je vous en prie, si vous la voyez, ma tante, ne lui dites pas que vous m'avez trouvé... occupée à danser, car elle se fâcherait.

ALFRED

Voudrais-je vous causer même une peine légère ? Et puis comment pourrais-je parler à madame votre tante ? Étranger dans cette ville que je ne voulais que traverser, un accident arrivé à ma calèche m'y retient quelques heures ; l'aubergiste m'a offert, comme moyen de passer le temps, d'entrer dans le bal, et je cherchais la personne qui le donne pour prendre sa permission et lui adresser mes remerciements.

MINA

Vous aurez beaucoup de peine à parler à monsieur Pétersthal, car il est si occupé aujourd'hui.

ALFRED

Il paraît que les danseurs sont en grand nombre, car j'ai vu des quadrilles se former au rez-de-chaussée.

MINA

Comment ! On danse en bas aussi...

ALFRED

On danse partout, Mademoiselle, on valse même, et si j'osais...

MINA

Oh ! Non, ma tante ne voudrait pas ; elle est si sévère sur cet article-là.

ALFRED

Dites-moi où je pourrai la trouver, et je suis certain quelle permettra...

MINA, à part

Pourtant si elle le voulait bien...

Haut.

Monsieur, ma tante est dans la salle voisine.

ALFRED

Veuillez me la montrer, et je vais...

Revenant sur ses pas.

Mais il n'y a que des personnes qui dansent.

MINA

Ma tante est une de ces personnes-là.

ALFRED

Comment, cette tante sévère !...

MINA

Oh ! C'est quelle n'a pas comme moi des dangers à éviter.

ALFRED

Quels dangers ?

MINA

C'est ce que je voulais lui demander, mais avec elle j'obéis et ne raisonne pas, car c'est la sagesse même.

AIR : Pour le trouver je vais en Allemagne.

Chacun ici, comme moi, la contemple. Elle a nos respects, notre amour.

MINA

Au fait, je n'avais jamais examiné la question sous ce point de vue.

ALFRED

Vous voyez donc bien que vous ne pouvez pas vous dispenser, et puis, que pouvez-vous craindre ? Je pars dans quelques minutes... La valse terminée, je monte en voiture pour continuer mon tour d'Europe.

MINA

Si j'étais bien certaine de votre départ après la valse.

ALFRED, la menant à la terrasse

Voyez la voiture... et mon domestique qui attache les malles... Germain, tu vas envoyer chercher les chevaux... Êtes-vous convaincue, Mademoiselle ?...

MINA, vivement

Ainsi, ma tante pourrait ne rien savoir ?

ALFRED

Et lorsqu'elle vous parlerait des dangers du bal, vous sauriez au moins à quoi vous en tenir. L'heure m'appelle, mademoiselle, n'aurais-je pas l'honneur de vous donner la main ?... Eh bien ?

MINA, après un moment d'hésitation

Eh bien ! J'accepte... parce que vous me l'avez dit : ce que fait ma tante ne peut être mal.

À part.

Et puis, il va partir.

AIR : Allons, viens au bal (de l'Orpheline).

Il faut nous presser De danser. Que je suis contente ! Mais quand mon désir Va s'accomplir, Je suis tremblante.

SCÈNE VIII. Pétersthal, Un domestique.

PÉTERSTHAL

Comment, le gouverneur de la province qui arrive, il veut être de la fête aussi... Dieu ! Que ça coûte cher les honneurs ! C'est fini, j'écris au ministre de ne plus penser à moi, car s'il m'accordait une faveur nouvelle, je serais un homme ruiné...

Le domestique sort.

SCÈNE IX. Pétersthal, Madame Romarin, Michel.

MADAME ROMA[R]IN

C'est charmant ! C'est charmant ! J'ai retrouvé mes jambes de vingt ans.

MICHEL

Celles-là reviennent de loin !

MADAME ROMARIN

Ah ! Ma nièce, si tu avais été là !... Eh bien ! Où est-elle donc ?

PÉTERSTHAL

La petite cousine Mina ? Je ne l'ai pas vue.

MICHEL

La ! Je vous le disais bien, Madame ! Romarin, en voilà assez, mais vous aviez le président pour vis_à_vis, et il n'y avait pas moyen de vous arrêter.

MADAME ROMARIN, à Pétersthal

J'espère que vous allez m'aider à la trouver.

PÉTERSTHAL

Sitôt que j'aurai reçu le gouverneur de la province qui vient me visiter.

Il sort.

MADAME ROMARIN

Au moins, je compte sur vous, Michel.

MICHEL

Certainement que vous pouvez y compter, mais je ne peux pas me dispenser d'aller danser celle-ci, je suis engagé...

Il sort.

MADAME ROMARIN

Quel sang-froid ! Quelle indifférence !... Comme les jeunes gens d'autrefois sont changés... Mais ma nièce, cherchons-là !

SCÈNE X.

On voit au fond passer des valseurs. Quand le choeur est fini, Mina et Alfred se séparent de la chaîne qui se continue encore quelques instants.

MINA, ramenant Alfred

En voilà assez... en voilà assez... Je n'y vois plus, ma tête se trouble... mes yeux sont éblouis... et mon coeur bat avec une rapidité.

S'asseyant.

Ah ! Je n'ai plus la force de me soutenir.

ALFRED

Vous valsez comme un ange.

MINA

Adieu, monsieur, je vous remercie, adieu.

ALFRED

Comment, vous me renvoyez ?

MINA

Mais ne deviez-vous pas partir après la valse ?... J'y comptais... c'est à cette condition que j'ai accepté... Ma tante n'aurait qu'à venir... j'ai besoin d'être seule pour rappeler mes idées... C'est étonnant, j'ai souvent valsé avec mes jeunes amies, mais jamais...

ALFRED, s'asseyant à côté d'elle

Êtes-vous indisposée ? Dois-je appeler quelqu'un ?

MINA

Oh ! Non... non... Cela va se passer, surtout quand vous ne serez plus là.

ALFRED

Puisque vous l'exigez, je me retire, en emportant un bien doux souvenir du bonheur que je dus au hasard.

MINA

Et moi aussi, je me le rappellerai longtemps.

ALFRED, à part

Elle est d'une ingénuité charmante.

MINA

Eh bien ! Monsieur, vous restez auprès de moi ? Ah ! Tenez, éloignez -vous : ma tante avait raison, le bal a des dangers.

ALFRED

Ainsi, vous regrettez d'avoir satisfait un innocent désir ?...

MINA

Pas autant que je le devrais...

ALFRED, l'embrassant

On ne peut être ni plus naïve, ni plus jolie !

SCÈNE XI. Les mêmes, Michel, ensuite Madame Romarin.

MICHEL, s'arrêtant au fond

Qu'est-ce que je viens d'entendre ?

ALFRED

Ah ! Bon_Dieu ! Du scandale pour mon début ! Sauvons-nous.

SCÈNE XII. Michel, Mina.

MICHEL, courant après Alfred

Il sort.

Monsieur, monsieur... Il descend les escaliers quatre_à_quatre.

À Mina.

C'est très bien, Mademoiselle... nous le retrouverons... Je suis arrivé tout à point, j'espère.

MINA

Mais, mon cousin...

MICHEL

Cousin, tant que vous voudrez ; ce titre-là ne peut pas se ordre : quant à celui de futur, c'est une autre affaire.

SCÈNE XIII. Les mêmes, Madame Romarin.

MADAME ROMARIN

Ma nièce !... Est- elle ici ? Pauvre enfant ! Je t'ai bien cherchée.

À Michel.

Vous lui teniez compagnie ? Je suis tranquille, à présent.

MICHEL

Ah ! Vous êtes tranquille, Madame_Romarin ? C'est à merveille ; mais il y avait là quelqu'un qui ne l'était guère tout_à_l_heure.

MADAME ROMARIN

Que voulez-vous dire ?

MICHEL

C'est bien assez d'avoir vu la chose sans être obligé de la raconter ; à mon oncle à la bonne heure, et je cours le chercher pour qu'il vienne vous retirer sa parole.

SCÈNE XIV. Madame Romarin, Mina.

MADAME ROMARIN

Qu'ai-je entendu, Mina ?

MINA

Hélas ! Excusez moi ; un étranger... ma tante, il était si aimable !

MADAME ROMARIN

Ah ! Bon Dieu ! Qu'est-ce que cela m'annonce !... Eh bien ! Cet étranger...

MINA

M'a suppliée de faire un tour de valse, et ses manières étaient si distinguées, si pressantes, que je n'ai pu refuser.

MADAME ROMARIN

Je respire !... C'est une légèreté, sans doute, de ta part, mais je trouve que Monsieur_Michel a pris bien vivement cette étourderie.

MINA

Il est arrivé pendant que ce monsieur prenait congé de moi...

MADAME ROMARIN

C'est un petit mouvement de jalousie, cela se passera.

MINA, inquiète

Mais, ma tante, comme il arrivait, l'étranger... Je ne sais comment cela s'est fait... m'a embrassée.

MADAME ROMARIN

Ah ! Qu'allons-nous devenir ! Comment, Mademoiselle, vous vous exposez à de pareilles aventures !... Un inconnu !

MADAME ROMARIN

Vraiment, je ne sais que lui dire... impossible de la gronder... C'est ma faute, si je ne l'avais pas quittée !...

SCÈNE XV. Les mêmes, Petersthal, Michel.

PÉTERSTHAL

Il ne manquait vraiment plus que cela pour compléter ma mauvaise humeur.

MADAME ROMARIN

Ah ! Monsieur_Pétersthal, pourquoi me suis-je avisée de venir à votre fête !

PÉTERSTHAL

Ah ! Madame_Romarin, pourquoi me suis-je avisé d'en donner une !

MADAME ROMARIN

Pourquoi aussi recevoir des gens dont on n'est pas sûr ?

PÉTERSTHAL

Pourquoi aussi danser quand on a votre âge ?

MICHEL

Mon oncle, la chose est connue je l'ai confiée à une vingtaine de personnes, sous le secret, il est vrai, mais je suis bien sûr que cela va se répandre.

MADAME ROMARIN

Vous aviez bien besoin de faire tant de bruit ! Puisque vous étiez seul, cela se passait en famille.

MICHEL

Bien obligé.

PÉTERSTHAL

Enfin, cela te fait manquer un mariage très avantageux... Une femme que tu aimes.

MICHEL

Mon oncle, on n'est pas maître de ces mouvements-là... et puis je ne veux pas qu'on me montre au doigt.

MADAME ROMARIN

Allons, puisque le mal est fait, il faut le réparer... Qu'on cherche à l'instant le coupable et qu'il épouse.

PÉTERSTHAL

Je cesse d'être oncle pour devenir magistrat ; mademoiselle reconnaîtra sans doute cet étranger... Va-t'en, Michel, dire dans le bal qu'on a dérobé quelque chose : comme je ne reçois que d'honnêtes gens, tout le monde viendra pour se justifier, et Mina pourra nous désigner l'audacieux.

MICHEL

Vous me faites jouer là un singulier rôle... Mais enfin, si j'y perds une dot, je ne veux pas y gagner un ridicule.

MADAME ROMARIN

Monsieur_Pétersthal, si on ne le trouve pas, voilà ma nièce déshonorée !... Aidez -moi, je vous en supplie ; qu'on le trouve, qu'il se marie, sauf à divorcer après.

PÉTERSTHAL

Reposez-vous sur moi, Madame_Romarin.

SCÈNE XVI. Les mêmes, d'abord Michel, puis toute la société.

ENSEMBLE.

MADAME ROMARIN

Je vous demande pardon, Mina ne reconnaît pas parmi vous l'insolent.

MICHEL

Cependant, ça ne peut pas en rester là ; ce n'est pas pour le baiser, mais pour les conséquences et les suites...

PÉTERSTHAL

Qu'on me mette sur les traces du ravisseur, et je réponds du succès de l'affaire.

MINA

Je ne demanderais pas mieux.

MADAME ROMAIN

Songez qu'il y va de l'honneur de toutes les demoiselles de la ville qui peuvent se trouver dans le même cas.

TOUS

Certainement.

MADAME ROMARIN

Il faut que ma nièce soit vengée !...

MICHEL, qui a réfléchi

Et elle le sera, car je connais le monsieur.

TOUS

Vous le connaissez ?

MICHEL

Oui, c'est un inconnu... Je ne sais qui il est, mais Georgette nous le dira.

À part.

Pas de doute, c'est l'étranger quelle m'a annoncé.

Il appelle par la fenêtre.

Georgette !

PÉTERSTHAL

Alors, consolez-vous, mon enfant, vous aurez un mari par arrêt de justice.

GEORGETTE, arrivant

Monsieur !

MICHEL

Cet étranger dont tu m'as parlé et qui habite l'auberge... Il est venu au bal ?

GEORGETTE

Oui, Monsieur, et il l'a trouvé charmant.

PÉTERSTHAL

Nous le tenons.

MADAME ROMARIN

A-t-il un nom ?... Une naissance ?

GEORGETTE

Je crois bien ; c'est monsieur_le_comte_Alfred_de_Malzen.

MADAME ROMARIN, avec joie

C'est un comte !

MINA, à part

Il se nomme Alfred.

MICHEL

Va vite le chercher.

GEORGETTE

Monsieur, il monte en voiture pour partir.

MADAME ROMARIN

Courez vite, au nom du ciel.

On entend le fouet des postillons et le roulement d'une voiture.

GEORGETTE

Il n'est plus temps !

MICHEL, à la fenêtre, pendant que la société couvre la terrasse, et agite des mouchoirs

Postillon !... Quatre chevaux qui vont comme le vent.

FINAL.

AIR du premier acte de la Lune de miel.

PÉTERSTHAL

Courez tous.

MADAME ROMARIN

Il faut s'empresser.

ACTE SECOND

Le théâtre représente un salon. Portes latérales et au fond.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Mina, Michel, Pétersthal, Madame Romarin.

MICHEL, entrant avec Madame Romarin, et Pétersthal

Non, non ! Je ne vous dirai la nouvelle que devant ma cousine !... Ça l'intéresse encore plus que vous, car il y va de son bonheur et du mien.

MINA

Me voilà !... Expliquez-vous.

PÉTERSTHAL et MADAME ROMARIN

Oui, parle !

MICHEL

La famille est-elle au complet ?... Oui !

À Mina.

M'aimez-vous beaucoup ? Oui... Voulez-vous être ma femme ! Oui.

PÉTERSTHAL

Tu fais les demandes et les réponses.

MICHEL

C'est pour que ça aille plus vite...

À Mina.

Soyez heureuse... Je serai votre mari... Figurez-vous que je viens de l'auberge du Grand-Canard... Vous savez, cette malheureuse auberge du bal et du baiser... Tout-à-coup une chaise de poste entre dans la cour, et j'en vois descendre un jeune homme... fort bien ma foi... Manteau écossais, col noir, barbe de sapeur, chemise bleue... Jolie tenue de voyage... Il demande avec empressement la demeure du major_de_Muldorff... Je m'avance pour lui répondre... Que vois-je ! Le Comte_de_Malzen !

TOUS

Grand Dieu !

MINA

Se peut-il ?

MICHEL

Je ne sais pas si ça se peut, mais ça est... À cette vue je ne peux pas me retenir... Je suis nerveux... Je lui mets la main sur le collet.

PÉTERSTHAL

Tu l'as arrêté ?

MICHEL

Oui... Mais il a cru que je voulais lui ôter son manteau, et il me l'a jeté sur le bras en disant : « Tiens, mon ami. »་་

PÉTERSTHAL

Il t'a pris pour un domestique ?

MICHEL

J'en ai peur... Alors, avec ma présence d'esprit naturelle, je lui ai dit poliment : « Monsieur, je sais où demeure le major que vous demandez, et, si vous voulez, je vais vous y conduire. Non, répond-il, il faut que je m'habille ; mais donne-moi l'adresse. » Et moi, savez-vous l'adresse que je lui ai donnée ?... La vôtre, madame Romarin, et dans un_quart d'heure il sera ici.

PÉTERSTHAL

Ah ! Nous le tenons, enfin !

MINA, avec joie

Je vais donc le revoir !

MADAME ROMARIN

Quel air de joie quand on te parle de l'homme qui t'a offensée !

PÉTERSTHAL

Grâce au jugement, il ne peut plus sortir du duché sans avoir épousé... Aujourd'hui même la noce.

MADAME ROMARIN

Et demain, le divorce.

MICHEL

Et huit jours après, mon mariage... Voilà l'ordre et la marche !

PÉTERSTHAL, qui pendant le couplet a écrit sur un papier

Michel, cours bien vite chez nos parents et amis, pour qu'ils aient à se rendre ici.

MADAME ROMARIN

Allons, ma nièce, allons, ma chère Mina, sèche tes pleurs, va t'habiller, reçois-le avec un air sévère, et tâche que rien ne manque à ta toilette.

PÉTERSTHAL

Voici le moment du triomphe.

PÉTERSTHAL, MICHEL, MADAME ROMARIN

Enfin, malgré sa résistance,

etc.

ENSEMBLE

Ah ! Si, malgré sa résistance, Mon coeur eût plaidé ce procès, Nous remportions tous deux, je pense, Un plus prompt et plus doux succès.

Madame Romarin entraîne sa nièce par la porte de côté. Michel va pour sortir par la porte du fond.

SCÈNE III. Pétersthal, Michel.

PÉTERSTHAL, rappelant Michel

Ah ! Michel ! Michel !... Un instant !... Il ne faut pas perdre la tête ici !...

Lui donnant le papier.

Porte cet ordre au poste voisin.

Michel va pour sortir.

Michel !

Michel revient.

Il est arrivé seul ?

MICHEL

Seul...

PÉTERSTHAL

Que l'on tienne cinquante hommes à ma disposition, et que la maison soit cernée dès que monsieur le comte y sera entré.

MICHEL, partant

C'est bon !

PÉTERSTHAL

Ah !

MICHEL, revenant

Quoi ?

PÉTERSTHAL

Rien !

MICHEL

Ça sera exécuté.

Il sort en courant.

SCÈNE IV. Pétersthal, ensuite Michel.

PÉTERSTHAL

Toutes mes dispositions sont faites, l'ennemi peut paraître.

MICHEL, rentrant épouvanté

Le voilà qui monte l'escalier !

PÉTERSTHAL

Diable ! Tu me laisses surprendre ! sors bien vite par cette porte, et sois prompt.

Michel sort par la porte à gauche.

PÉTERSTHAL, seul

Du sang-froid, Pétersthal, du sang-froid !

SCÈNE V. Pétersthal, Alfred.

ALFRED, entrant

Le major_Muldorf, Monsieur ?

PÉTERSTHAL, à part

C'est bien lui !

Haut.

Monsieur le comte, votre présence était vivement désirée dans cette maison.

Il va fermer la porte du fond.

ALFRED, à part

On m'attendait.

Voyant le bourgmestre fermer la porte.

Que faites-vous donc, Monsieur ?

PÉTERSTHAL

Ne faites pas attention, c'est une petite formalité.

ALFRED

Veuillez avertir Monsieur_de_Muldorf.

PÉTERSTHAL

Monsieur, vous souvenez-vous d'un bal auquel vous avez assisté, il y a un an, à l'auberge_du_Grand-Canard ?

ALFRED

Oui, monsieur, il était fort bien composé.

À part.

Quel original est-ce là ?

Haut.

Le major_Muldorf est chez lui ?

PÉTERSTHAL, sans l'écouter

Monsieur, à ce bal se trouvait une jeune et jolie personne que vous avez embrassée.

ALFRED

Comment, on en parle encore depuis ce temps ?... Mais permettez, je ne suis pas venu ici pour subir un interrogatoire.

PÉTERSTHAL

Ce n'est pas non plus un interrogatoire, c'est un arrêt que vous allez écouter.

ALFRED, impatienté

Un arrêt ! Ah ! Je suis fatigué enfin !...

PÉTERSTHAL, lui avançant une chaise

Donnez-vous la peine de vous asseoir... Monsieur_le_Comte ne connaît pas notre pays ?

ALFRED

Je sais qu'on y trouve des routes détestables et des personnages très fâcheux.

PÉTERSTHAL

On y trouve aussi une loi qui condamne tout célibataire, convaincu d'avoir fait manquer le mariage d'une jeune fille en l'embrassant publiquement, à épouser sa victime.

Il tire un livre de sa poche.

Voyez, article_215 ; et comme vous êtes précisément dans ce cas, un arrêt du tribunal suprême vous enjoint d'épouser, en bonne et due forme, Mademoiselle_Mina_Romarin, sous peine de prison.

ALFRED

Qui, moi, le Comte_de_Malzen ?

PÉTERSTHAL

Est-ce que le Comte_de_Malzen ne se marierait pas comme les autres ? Je vous ferai remarquer que vous parlez ici à un bourgmestre qui n'est pas un sot.

ALFRED

C'est incroyable !

PÉTERSTHAL

J'ai pris toutes les précautions, et vous ne pouvez éviter le mariage.

ALFRED

Mais c'est un guet-apens !

PÉTERSTHAL

Du reste, vous n'aurez pas le temps de faire mauvais ménage, car vous divorcez demain.

ALFRED, avec joie

Je divorce demain ?... Mais c'est bien différent alors, et vous dites Mademoiselle... Comment appelez-vous ma femme ?

PÉTERSTHAL

Mina Romarin.

ALFRED

Que Mademoiselle_Mina_Romarin est jeune et jolie !... Parbleu ! Je l'épouserai. Vingt-quatre_heures de mariage !... C'est très piquant, et puisque je dois jouer bientôt au sérieux le rôle de mari, cette noce me servira de répétition.

PÉTERSTHAL

Ah ! Monsieur_le_Comte a des projets de mariage ?

ALFRED

Je vous avouerai même que je venais dans ce pays pour les réaliser ; je dois épouser la soeur du major_Muldorf : c'est une dette sacrée qu'il faut que j'acquitte.

PÉTERSTHAL

Il paraît que Monsieur_le_Comte a beaucoup de créanciers de ce genre... Mais nous devons être les premiers payés, ainsi pressons la cérémonie, et dépêchez-vous de prendre un engagement pour être plutôt libre... La maison du pasteur est ici près... Je vais hâter l'exécution.

Revenant au Comte.

Je dois vous prévenir que cette maison est entourée par la force armée.

ALFRED

Allez au diable !

PÉTERSTHAL, saluant

Au revoir, Monsieur_le_Comte.

Il sort.

SCÈNE VI.

ALFRED, seul

Il sort.

Où me suis-je fourré ?... L'aventure est piquante !... Je vais donc être marié... marié jusqu'à demain !... C'est tout au plus si je reconnaîtrai ma femme !... à peine si je l'ai vue à ce bal !... et depuis un an... Je crois pourtant qu'elle n'était pas mal... J'ai une idée confuse... Obéissons à la loi qui fait faire de si singuliers mariages.

AIR : Notre armée était bien malade.

C'est au tribunal qu'on désigne Ici les tendres rendez -vous ; Car je reçois, de celle qui m'assigne, Un jugement au lieu d'un billet doux. Contre moi l'on requiert la force ; J'aime par arrêt de la cour. J'ai pour contrat un projet de divorce, Et des huissiers pour messagers d'amour.

Bis.

SCÈNE VII. Alfred, Michel, tous les invités a la noce, ensuite Pétersthal, Madame Romarin, Mina.

MICHEL, ouvrant la porte du fond

Entrez tous, le futur condamné est ici.

À part.

Je vais chercher la mariée.

Au comte.

C'est votre noce.

Il s'enfuit chez Madame Romarin.

ALFRED

Mais, c'est le monsieur qui m'a donné cette adresse.

Il l'appelle.

Monsieur ! Monsieur !

CHOEUR des invités qui entrent

AIR : Final de Simple Histoire.

Chantons le jour propice Où l'Hymen, à son tour, Va faire enfin justice Des torts faits à l'Amour.

ALFRED, qui, pendant ce choeur, a salué et a cherché parmi les dames

À part.

Impossible de la reconnaître !

Haut.

Laquelle de vous, Mesdames, dois-je épouser ?

PÉTERSTHAL, donnant la main à Mina, qui est en mariée

La voilà !

Michel donne la main à Madame Romarin, qui est parée. Ces quatre personnages entrent sur une ritournelle du Muletier.

ALFRED, après avoir salué Mina, qui lui fait la révérence en baissant les yeux

Serait-ce vous, Mademoiselle, qui devez être ma femme ?

MINA, avec timidité

Je crois qu'oui, Monsieur.

À part.

Il ne se rappelle pas mes traits !... Moi, je l'ai bien reconnu.

MADAME ROMARIN

Oui, Monsieur_le_Comte, voilà l'épouse que le tribunal vous a destinée.

ALFRED

Le tribunal a fait pour moi un choix bien flatteur.

MICHEL, à Alfred

Merci, cousin.

ALFRED

Comment, cousin ?

MICHEL

Dame ! Je suis le cousin de votre femme ; et, comme c'est moi qui épouse après vous, je suis flatté que ma fiancée vous flatte.

PÉTERSTHAL

Monsieur_le_Comte veut-il qu'avant de partir, je lui donne lecture du jugement ?

ALFRED

Je vous en dispense.... On m'attend, je suis pressé de terminer.

MINA, à part

Il ne m'aime pas.

ALFRED, à Mina

Voulez-vous me permettre, Mademoiselle, de vous donner la main ?

MINA, hésitant

Monsieur...

ALFRED

C'est pour si peu de temps.

MINA, avec timidité

La voilà, Monsieur !

ALFRED, à Mina, en lui mettant un diamant au doigt

Ce jour va vous rendre comtesse, Et cet anneau vous le rappellera.

CHOEUR

Pour un jour qu'hymen les engage, etc.

Tout le monde sort comme dans une cérémonie de mariage. Michel reste le dernier.

SCÈNE VIII.

MICHEL, seul

Il a été jusqu'à la porte et revient vivement.

Eh bien ! Qu'est-ce qui me prend donc ? C'est plus fort que moi, je ne puis pas assister à la cérémonie !... J'ai beau me dire que je ne pouvais pas épouser ma cousine avant qu'on ne lui ait fait une réparation... Quand j'ai vu mon rival prendre sa main, ça m'a donné un coup.... Bah ! Bah ! Il faut s'étourdir là-dessus !

AIR : J'ai d'l'argent.

Ça va bien !

bis.

Après ce lien, Le mien ! Ça va bien ! Je vois bien Que tout se fait pour mon bien. Mina ne peut refuser De se laisser épouser, Et ce jeune homme, après tout, Ne s'y prend pas mal du tout... Ça va bien !

Etc., etc.

bis.

UN DOMESTIQUE, en livrée

Monsieur, c'est une lettre pour Monsieur_le_Comte_Alfred_de_Malzen.

MICHEL

Pour mon cousin le Comte !.. Donnez.

LE DOMESTIQUE

Monsieur, je ne puis la remettre qu'à lui-même.

MICHEL

Je suis un autre lui-même ! Que diable, dans ce moment, il épouse ma femme, et je ne souffrirai pas qu'on le dérange.

LE DOMESTIQUE, donnant la lettre

C'est différent !

À part en sortant.

C'est drôle !

On entend un grand bruit en dehors.

MICHEL

Je crois que je les entends !.. Oui, ce sont eux !

SCÈNE IX. Michel, Pétersthal, Madame Romarin, Alfred, Mina

Pétersthal entre le premier, Madame Romarin ensuite. Alfred donne la main à Mina.

PÉTERSTHAL

Victoire ! Victoire ! Mina est vengée !

ALFRED

Il ne me reste plus qu'à signer un acte nécessaire au bonheur de Madame_la_Comtesse_de_Malzen.

PÉTERSTHAL

Oui, le consentement au divorce.

MADAME ROMARIN

Je suis pourtant la tante d'une comtesse !

MICHEL

Et moi je serai son mari...

PÉTERSTHAL, présentant un papier à Alfred

Voici cet acte.

MICHEL, lui présentant la lettre

Ah !.. Et voici une lettre.

ALFRED, qui a ouvert la lettre vivement

De Mademoiselle_de_Muldorf !

Il lit.

MINA

De celle qui doit être sa femme !

MICHEL

Mais j'y pense... Nous sommes là comme des ignorants... Tranchons le mot, comme des imbéciles, à faire et à casser des mariages.

MADAME ROMARIN

Eh ! Bien... après.

ALFRED, à part

Ah ! Diable, voilà qui change bien les choses.

MICHEL

Vous êtes des femmes, vous croyez que cela se pratique comme ça ; mais mon oncle, qu'on n'a pas mis en place pour faire des bêtises, à ce que je présume du moins, doit savoir qu'on ne séparera pas les époux s'ils n'ont pas des torts graves à se reprocher mutuellement.

PÉTERSTHAL

C'est juste.

ALFRED, après avoir lu la lettre

Oui, Monsieur_Michel a raison, on nous demandera des torts.

MINA, à Alfred

Il ne vous coûtera pas beaucoup d'en avoir de nouveaux envers moi.

PÉTERSTHAL

Allons, allons, quand on est convenu de se détester, et qu'on est marié, ça va tout seul, je vais verbaliser.

Il va à la table.

MADAME ROMARIN

Qu'est-ce qui va avoir le premier tort ?

MICHEL, à Alfred

Un homme galant doit céder le pas aux dames.

ALFRED, à Mina

Alors, Madame_la_Comtesse...

MINA, à Alfred

Non... Je préfère qu'ils viennent tous de vous.

MADAME ROMARIN

Cette douceur est très déplacée, ma nièce ; on vous a réunis pour une séparation.

MICHEL

Ah ! Une idée ! Que mon cousin, monsieur le comte, réponde à la lettre de Mademoiselle_de_Muldorf... Cela donnera de la jalousie à sa femme... Aussitôt, brouille dans le ménage, incompatibilité d'humeur, et_coetera, et_coetera.

ALFRED

Il est inutile que j'écrive... On sait tout ce qu'on peut à une femme...

MINA, piquée

Qu'on aime !... Je m'en rapporte à vous !

MADAME ROMARIN

Et ma nièce vous avouera à son tour qu'elle aime son cousin Michel.

MICHEL

Présent !

ALFRED

Je le savais !... Et je m'en félicite !

MICHEL

Et moi aussi, je m'en félicite.

PÉTERSTHAL

La dispute va venir !

ALFRED

Je ne demande plus qu'une chose : c'est d'entendre ma femme me répéter qu'elle aime Monsieur_Michel.

MADAME ROMARIN, avec joie

Répète ! Répète ! Ma chère comtesse.

Regardant Mina.

Ah ! Mon Dieu ! Ma nièce est tout en larmes !

ALFRED, à part

Il se pourrait ?

MINA, bas à sa tante

Ah ! Ma tante, ne lui dites rien !...

ALFRED

Je vois ce qui cause sa peine... Monsieur le bourgmestre et vous surtout, Monsieur_Michel, votre présence l'intimide, et je ne puis devant vous la contraindre.

PÉTERSTHAL

Quoi ! Monsieur_le_Comte !...

ALFRED, montrant l'appartement de Madame Romarin

Ici près, vous serez à même de paraître quand il en sera temps.

MICHEL

C'est juste... Nous paraîtrons quand la querelle sera bien en train.

MINA, à part

Que fait-il donc ?

MADAME ROMARIN, à Alfred

Comment, vous les renvoyez ?

ALFRED

Non, je les prie de s'éloigner...

Michel et Pétersthal entrent chez Madame Romarin.

MADAME ROMARIN

Dans le fait, pourvu que je reste...

ALFRED, revenant auprès de la tante

Et quant à vous, Madame, je compte sur votre complaisance....

MADAME ROMARIN

Plaît-il ?

MINA, à part

Est-ce qu'il va mettre ma tante à la porte, à présent ?...

ALFRED, à Madame Romarin

Elle est ma femme, et c'est le seul moyen d'en finir.

MADAME ROMARIN

Eh bien ! C'est à ma nièce à décider si je dois me retirer.

MINA, à sa tante

Ma bonne tante, si c'est le seul moyen ?

MADAME ROMARIN

Tu le veux ? Mais songe qu'il y va de ton honneur !... Une bonne querelle... À ta place, j'irais jusqu'au geste.

Elle montre sa chambre.

ALFRED, lui présentant la main

Pardon, de vous interrompre.

Il la conduit à la porte.

MADAME ROMARIN, à part, en sortant

À sa place, quel soufflet !...

ALFRED

Donnez-vous la peine d'entrer.

Madame Romarin entre.

SCÈNE X. Mina, Alfred.

ALFRED, fermant la porte du fond

Ah ! L'on veut que je fasse le mari !

MINA, à part

Me voilà seul avec lui !...

ALFRED

Vous voyez, Madame_la_Comtesse, que notre séparation marche bien ?

MINA

Vous lui avez fait faire un chemin si rapide en si temps !

ALFRED

Oh ! Vous m'avez bien aidé un peu.

MINA

Moi, monsieur... Je vous ai laissé faire...

ALFRED

Avec joie, sans doute ?

MINA

Vous y preniez tant de plaisir !... Tout nous a prouvé votre peu de indifférence !

ALFRED

Vous vous trompez !... En exécutant mon arrêt, il y avait dans mon coeur de la colère, de l'indignation... et ce n'est pas la même chose que de l'indifférence.

ALFRED, ému

Comment, votre coeur me défendait ?

MINA

Oui, alors... Mais à présent votre cause est perdue... Je ne veux... Je ne dois plus vous entendre... Vos paroles...

ALFRED, vivement

Elles vous déplaisent... Ah ! Il faut me le dire.

MICHEL, paraissant à la porte de la chambre

Ça va bien ; allons chercher les témoins.

Il sort par la porte du fond.

ALFRED

Entre mari et femme on ne se gêne pas ; quand ce que l'un déplaît à l'autre, on parle tous les deux en même temps... Oh ! Il y a en ménage une foule de petits moyens très variés pour ne pas s'entendre.

MINA

Et vous considérez cette entrevue comme un ménage ?

ALFRED

Parfaitement établi ; il n'y manque rien : d'abord, un couple bien d'accord...

MINA

Pour se désunir !

ALFRED

N'importe pourquoi ! L'accord y est, c'est le principal... Ensuite une parente un peu vive qui donne des conseils...

MINA, vivement

Monsieur, ma tante ne veut que me voir heureuse !

ALFRED

Eh ! Ne vous conseillait-elle pas de cacher vos chagrins ? Ne me faisait-elle pas le plus grand tort en vous obligeant de déguiser, sous des dehors peu favorables, un caractère dont, malgré vous, j'ai deviné toute la bonté.

MINA

Mais, monsieur, vous ne m'avez jamais parlé ainsi !

ALFRED

C'est que ces choses-là se disent en petit comité. Quand il n'y a plus là un tiers fâcheux qui force un mari comme je le suis, par arrêt du tribunal, qui le force, dis-je, d'être impoli, sous peine de passer pour un sot... Comme j'avais à choisir, j'ai pris le parti de l'impolitesse, aimant mieux blesser le coeur de celle qui recevait mon nom, que la faire rougir pour moi.

MINA, à part

Ce mari-là me rend très malheureuse, il faudra le quitter.

ALFRED

En agissant ainsi, d'ailleurs, je ménageais l'amour-propre de Monsieur_Michel.

MINA

De Monsieur_Michel !

ALFRED, avec intention

Il doit vous épouser... Vous l'aimez, je le sais, on me l'a dit ; et vous allez me le confirmer, parce qu'entre époux on ne doit rien se cacher.

MINA

Voilà pourquoi vous m'avez si bien déclaré votre tendresse pour mademoiselle_de_Muldorf.

ALFRED

On me tyrannisait pour que j'eusse un premier tort avec vous, j'ai fait choix du plus facile.

MINA, piquée

C'est vrai, il vous a été bien facile d'avouer cet amour.

ALFRED

Parce qu'il ne m'engageait à rien auprès de Mademoiselle_de_Muldorf.

MINA

Comment cela ?

ALFRED

Elle est engagée à tout envers un autre.

MINA, vivement

Elle est mariée ?

ALFRED

Secrètement ; je viens de l'apprendre par cette lettre.

MINA

Comment, monsieur, vous voulez vous séparer de moi quand vous ne devez épouser personne ?

ALFRED

Au moins, vous n'êtes pas dans le même embarras.

MINA

Mais, pour me parler ainsi, vous ne savez donc pas que mon cousin Michel est un imbécile !

ALFRED

Si fait... Je m'en suis aperçu, mais je n'en disais rien... Il a de ces vérités...

MINA

Apprenez qu'il l'est encore plus que vous ne croyez...

ALFRED

C'est beaucoup trop, alors...

MINA

Oui, de croire que j'ai pu l'aimer après vous avoir connu !

ALFRED

Mais c'est une déclaration.

MINA

Dame ! Vous me l'avez dit, entre époux on ne doit rien se cacher ! Vous le voyez, Mina est toujours la même : petite fille... Elle suivait les leçons de sa tante... Grande dame, elle profite des leçons de son mari.

ALFRED, transporté

Ah ! Puisqu'un baiser a fait le procès, qu'un baiser le termine.

MINA

Plus de procès !

ALFRED, après l'avoir embrassée

Ah ! Je suis le plus heureux des hommes.

Il tape dans ses mains.

Monsieur le bourgmestre !

MINA, appelant

Ma tante ! Ma tante !

SCÈNE XI. Les mêmes, Madame Romarin, Pétersthal, Michel, entrant avec les choeurs.

MADAME ROMARIN, PÉTERSTHAL, MICHEL, entrant

Bravo ! Bravo ! Quelle dispute !

MADAME ROMARIN

Oui, monsieur, je déclare avoir entendu le bruit du soufflet ; il a été bien donné !

MINA, joyeuse

Oui, ma tante, oui, ma tante, et celui-là m'a fait un plaisir...

PÉTERSTHAL

Alors, je vais lire le procès-verbal.

ALFRED

Vous nous le lirez demain, au château_de_Malzen, où Madame_la_Comtesse vous invite à déjeuner.

TOUS

Est-il possible !

MADAME ROMARIN

Ma nièce !

MINA

Mon mari le permet.

PÉTERSTHAL

Monsieur, est-ce une mystification ?

ALFRED

Je me suis trouvé trop bien d'avoir fait le mari, pour ne pas continuer.

MICHEL

Mon mariage est manqué !

MADAME ROMARIN

Tu lui pardonnes... Tu n'as pas de caractère !

305 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0