Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Saynète en prose

L'Homme qui Bat les Femmes.

Jules Moinaux· imprimée en 1881· 4 personnages

Personnages

  • LE NARRATEUR
  • LE PRÉSIDENT
  • LA FEMME BURON, prévenue
  • MADAME LOCHEROT, portière

L'HOMME QUI BAT LES FEMMES.

LE NARRATEUR

On étonnerait fort les gens qui connaissent Monsieur_Ribois, si on leur disait qu'il bat les femmes ! La vérité est que cet homme, inoffensif et doux, s'est oublié à envoyer a Mademoiselle_Justine_Jambin, bonne d'enfants, un de ces coups de pied qui, généralement, ne blessent que l'amour-propre. Nous allons savoir à quelle occasion Monsieur_Ribois est sorti de son caractère.

MONSIEUR RIBOIS

C'est vrai, messieurs, dit-il au tribunal de police_correctionnelle, c'est malheureusement trop vrai ; j'ai cédé, pour la première fois de ma vie, à un mouvement de vivacité ; mais cette voie de fait était un coup de pied postérieur à des procédés de cette personne qui m'exaspéraient depuis longtemps. Permettez-moi de vous les faire connaître : Mademoiselle... Ah ! d'abord, il faut vous dire que j'ai deux enfants... charmants. »

Rire ironique de Mademoiselle_Jambin.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Taisez-vous ! C'est inconvenant.

MADEMOISELLE JAMBIN

Non, mais charmant est à mourir de rire.

MONSIEUR RIBOIS

Alors, Mademoiselle, qui est bonne_d_enfants, est chargée de garder deux polissons insupportables et si mal élevés que je défends aux miens, qui ont d'excellentes manières...

MADEMOISELLE JAMBIN

L'un a trois ans et l'autre vingt-six mois.

Rires.

MONSIEUR RIBOIS

Ils n'en ont que plus de mérite.

MADEMOISELLE JAMBIN

Charmants !... Deux gorilles !... Et sales !

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Voulez-vous vous taire !

MADEMOISELLE JAMBIN

Je n'ai pas besoin qu'il débine ceux de Madame.

MONSIEUR RIBOIS

Finalement, Messieurs, que je défends aux miens de fréquenter les deux monstres de Mademoiselle.

MADEMOISELLE JAMBIN

Monsieur_le_Président, monsieur me diffame, il a l'air de dire que j'élève les enfants de Madame comme des petits pignoufs.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Je vous ai déjà engagée à vous taire.

MONSIEUR RIBOIS

Enfin, l'un de ces petits polissons a un petit fusil, avec une petite baguette et des petites capsules.

MADEMOISELLE JAMBIN, riant

Ha ! ha ! ha !... C'est à s'en tenir la rate.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Je vais vous faire sortir.

MADEMOISELLE JAMBIN

C'est si ridicule que je sors tout de suite.

Elle sort.

MONSIEUR RIBOIS

Eh bien, messieurs, il a manqué de blesser mon jeune en lui fourrant la baguette dans l'oreille, si bien qu'ayant défendu à mes enfants de jouer avec ces deux drôles, savez-vous ce qu'a fait cette demoiselle ? Elle bat les miens pour les forcer à jouer avec les siens.

MADEMOISELLE JAMBIN, au fond de l'auditoire

C'est pas vrai !

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Gardes ! Expulsez cette femme !

MONSIEUR RIBOIS

Si bien que le jour en question, j'entends encore crier mes enfants ; je me mets à la fenêtre pour voir ; qu'est-ce que je vois ? Cette demoiselle flanquant des coups de torchon à ces pauvres petites créatures ; oh ! alors, la colère me prend, je descends ; mademoiselle avait le dos tourné... et...

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Oui, eh bien, vous avez eu tort de la frapper.

MONSIEUR RIBOIS

Eh ! Monsieur, mon pied a obéi à mon coeur ; quel est le père qui, en voyant donner des coups de torchon à ses enfants, pourrait rester calme ? Du reste, j'ai donné congé, je m'en vais au terme ; cela en mettra, un à tous ces désagréments que me donne...

Monsieur Ribois s'arrête en entendant prononcer contre lui une condamnation à 16 francs d'amende. Il sourit, remercie gracieusement le tribunal et se retire avec un air d'entière satisfaction.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica