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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Saynète en prose

L'Homme Universel.

Jules Moinaux· imprimée en 1881· 3 personnages

Personnages

  • LE NARRATEUR
  • LE PRÉSIDENT
  • LE PRÉVENU

L'HOMME UNIVERSEL.

LE NARRATEUR

Le 14_juillet, une jeune ouvrière était sur le balcon de ses patrons, lequel est placé au-dessus d'un établissement où des consommateurs se rafraîchissaient ; l'ouvrière a fait partir des pétards, les pétards ont fait partir les consommateurs, ce qui a fait partir des injures de la bouche du chef de l'établissement, et voilà une affaire en police_correctionnelle.

La demoiselle fait connaître les injures dont elle se plaint, et son adversaire, est invité à s'expliquer :

LE PRÉVENU

Depuis le matin, Messieurs, les pétards ne cessaient pas, ce qui renvoyait mes clients.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Qu'est-ce que c'étaient que vos clients ?

LE PRÉVENU

Mes consommateurs.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Vous êtes donc limonadier ?

LE PRÉVENU

Oui, Monsieur ; alors, pendant que j'étais à retirer mes gaufres du moule....

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Vous êtes donc pâtissier ?

LE PRÉVENU

Je fais des gaufres, seulement pour manger avec la bière ; pour lors, voilà un pétard qui tombe sur la montre d'un de mes clients qui regardait l'heure ; il lâche sa montre en jurant et il me dit : « Elle est arrêtée, il y a quelque chose de cassé ; c'est dégoûtant, ça ! » Je lui dis : « Donnez, je vais voir ce que c'est. »

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Vous êtes donc horloger ?

LE PRÉVENU

Je l'ai, été autrefois ; pour lors, je regarde la montre ; c'était un petit rouage qui était dérangé ; je dis au client : « Il n'y a pas de mal. » À ce moment-là, ma femme que les pétards embêtaient rudement aussi, m'apporte mon cornet_à_piston et me dit : « Embête-les avec ça, jusqu'à ce qu'ils cessent leurs pétards. »

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Vous êtes donc musicien ?

LE PRÉVENU

J'ai tenu, dans le temps, un bal ; alors, je me mets à souffler de toutes mes forces dans mon piston ; pan ! Un autre pétard qui tombe sur le paletot d'un client et y fait une brûlure. Le client était furieux ; moi je regarde le trou que ça avait fait et je dis : « Il ne faut pas plus de dix_minutes pour arranger ça, ça ne se verra pas ; je vas vous faire la réparation tout de suite. »

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Vous êtes donc tailleur ?

LE PRÉVENU

Je travaille dans ma loge.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Dans votre loge ? Vous êtes donc concierge ?

LE PRÉVENU

Ma femme ; moi, je suis simplement limonadier.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Oh ! simplement.... Enfin reconnaissez-vous avoir injurié cette demoiselle ?

LE PRÉVENU

Je ne me rappelle pas ce que je lui ai dit... Pensez ! J'étais si en colère... Je trouve d'autant plus dégoûtant de la part de mademoiselle d'avoir tiré des pétards sachant qu'elle me faisait tort, que, chaque fois qu'elle va au bal, je la coiffe gratis.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Vous êtes donc coiffeur ?

LE PRÉVENU

On m'avait tait apprendre cet état-là, mais je l'ai quitté.

Le tribunal prononce une amende de SEIZE francs et voilà le prévenu condamné ; c'est cela de plus à ajouter à tout ce qu'il a déjà.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica