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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou les Contre-Temps

L'Etourdi

Molière· créée en 1658, imprimée en 1663· 5 actes· 2 068 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois en novembre 1658 à Paris au Théâtre du Petit-Bourbon et avait été joué à Lyon en 1655.

Personnages

  • LÉLIE, fils de Pandolphe
  • CÉLIE, esclave de Trufaldin
  • MASCARILLE, valet de Lelie
  • HIPPOLITE, fils d'Anselme
  • ANSELME, vieillard
  • TRUFALDIN, vieillard
  • PANDOLPHE, vieillard
  • LÉANDRE, fils de famille
  • ANDRÈS, cru égyptien
  • ERGASTE, valet
  • UN COURRIER
  • Deux troupes de masques
MONSIEUR,

À MESSIRE ARMAND JEAN DE RIANTS, CHEVALIER, BARON de Riverey, Seigneur de la Gallesierre, Oudangeau, et autres lieux, Conseiller du Roi en tous ses conseils, et Procureur de sa majesté au Châtelet, Prévôté et Vicomté de Paris.

Après voir longtemps cherché quelque chose qui fut digne de vous être offert, pour ne pas laisser échapper aucune occasion de vous témoigner mes respects, et qui put en même temps faire connaître à tout le monde que j'ai essayé de rendre à votre mérité quelques marques particulières de mon zèle ; j'ai cru que vous ne désavouiez pas l'Étourdi ou les Contre-temps, quand vous savez que c'est un étourdi tout couvert de gloire, de s'être fait admirer par la plus galante Cour du Monde, et qui a reçu des avantages, que de plus prudents que lui se tiendrait glorieux d'avoir pu mériter ; toutes ces choses là font voir qu'il y a de la différence entre lui, et ceux qui portent son nom ; néanmoins je crains qu'il ne perde aujourd'hui la haute réputation qu'il s'est acquise, quand on saura qu'il vient à contre-temps se présenter à vous, et vous divertir des grandes et sérieuses occupations que vous donne l'illustre charge que vous possédez, et qui demande que vous ayez soin de la plus célèbre ville de la Terre : Vous le faites, MONSIEUR, avec tant d'applaudissement, et vous vous acquittez de cette charges avec tant de gloire, que le Prince, et les peuples en sont également satisfaits ; aussi chacun sait-il que vous marchez sur les traces de vos illustres aïeuls, dont la mémoire ne périra jamais. Oui, MONSIEUR, l'on se souviendra toujours de ce Denis de Riants, dont vous sortez, qui s'acquitta si dignement pour lui, et pour tout le Monde, de la charge d'Avocat Général, et de Président au Mortier, qu'il possédait dans le premier parlement de France, et qui obligea cette Auguste Compagnie de faire voir combien elle l'avait toujours estimé, lorsqu'étant priée par ses parents de trouver de se trouver aux honneurs funèbres que l'on lui devait rendre ; elle répondit, par l'organe de son premier président, Qu'elle était bien marie du trépas d'un personnage de si grand savoir, et de si grande vertu, et qu'elle lui rendrait tout l'honneur qu'elle lui devait. Après cela, MONSIEUR, l'on peut juger de la vénération que l'on a eu en France pour votre nom, et s'y soutenant, comme vous faites l'éclat et la gloire de vos ancêtres, je ne dois pas craindre de passer pour téméraire, en voulant faire votre panégyrique. L'on sait assez que leurs grandes actions et les vôtres, ne fourniraient trop de matière, s'il m'était permis de l'entreprendre ; mais les voulant laisser à d'autres plus capables de les décrire, je serai satisfait, si je puis vous persuader que je suis, plus personne du monde,

MONSIEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

BARBIN.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Lélie, Mascarille.

MASCARILLE

Quoi ?

MASCARILLE

Tant pis.

LÉLIE

Où ?

LÉLIE

Quoi ?

MASCARILLE

Je ne sais.

SCÈNE III. Lélie, Célie, Mascarille.

TRUFALDIN, dans la maison

Célie !

MASCARILLE

Hé bien ?

SCÈNE IV. Trufaldin, Célie, Mascarille et Lélie retiré dans un coin.

TRUFALDIN

Très humble serviteur.

Le demi-vers 135 est fer à droite dans l'édition originale, nous le positionnons fer à gauche.

SCÈNE V. Anselme, Mascarille.

ANSELME

Et qui ?

MASCARILLE

Votre Nérine.

ANSELME

Elle ?

ANSELME

Quoi ?

ANSELME

La ?

ANSELME

Adieu.

ANSELME

Laisse-moi.

SCÈNE VI. Lélie, Anselme, Mascarille.

MASCARILLE

Il fallait, en effet, être bien raffiné.

Raffiné : Malin, intelligent. [L]

SCÈNE VII. Pandolfe, Mascarille.

PANDOLFE

Mascarille.

Vers 294, on lit une virgule après Mascarille.

MASCARILLE

Monsieur.

On lit un point-virgule après Monsieur.

PANDOLFE

Querelle ?

PANDOLFE

Parle.

PANDOLFE

Tu dis bien.

SCÈNE VIII. Hippolyte, Mascarille.

SCÈNE IX. Mascarille, Lélie.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Lélie, Mascarille.

SCÈNE II. Mascarille, Anselme.

SCÈNE III. Anselme, Mascarille, Lélie.

LÉLIE

Ah !

LÉLIE

Ah !

LÉLIE

Ah !

LÉLIE

Ah !

LÉLIE

Ah !

LÉLIE, s'en allant

Ah !

MASCARILLE

Ah !

MASCARILLE

Ah !

SCÈNE IV. Anselme, Pandolfe.

ANSELME

Ah ! Bons dieux, je frémis ! Pandolfe qui revient ! Fût-il bien endormi. Comme depuis sa mort sa face est amaigrie ! Las ! Ne m'approchez pas de plus près, je vous prie ; J'ai trop de répugnance à coudoyer un mort.

Coudoyer : Fig. et familièrement. On n'est pas tous les jours coudoyé par un homme de génie, c'est-à-dire un homme de génie se rencontre rarement. [L]

SCÈNE V. Lélie, Anselme.

LÉLIE

Oui.

SCÈNE VI. Mascarille, Lélie.

MASCARILLE

Tout de bon ?

MASCARILLE

Point.

MASCARILLE

Non.

MASCARILLE

Oui.

MASCARILLE

Non.

MASCARILLE

Tuez-vous donc vite : ah ! Que de longs devis !

Devis : Menus propos, entretien familier. [L]

SCÈNE VII. Léandre, Trufaldin, Lélie, Mascarille.

MASCARILLE

Je ne sais.

LÉANDRE

Qui ?

MASCARILLE

Lélie.

LÉANDRE

Ah ! Vraiment il a tort.

On lit un deux-points en cette fin de ligne.

SCÈNE VIII. Hippolyte, Léandre, Mascarille.

SCÈNE IX. Trufaldin, Mascarille.

MASCARILLE

Holà.

SCÈNE X. La Courrier, Trufaldin, Mascarille.

TRUFALDIN

Et qui ?

SCÈNE XI. Lélie, Mascarille.

MASCARILLE

Fort bien.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

MASCARILLE, seul

Taisez-vous, ma bonté, cessez votre entretien ; Vous êtes une sotte, et je n'en ferai rien. Oui, vous avez raison, mon courroux, je l'avoue ; Relier tant de fois ce qu'un brouillon dénoue, C'est trop de patience ; et je dois en sortir Après de si beaux coups qu'il a su divertir. Mais aussi, raisonnons un peu sans violence ; Si je suis maintenant ma juste impatience, On dira que je cède à la difficulté, Que je me trouve à bout de ma subtilité ; Et que deviendra lors cette publique estime, Qui te vante partout pour un fourbe sublime, Et que tu t'es acquise en tant d'occasions, À ne t'être jamais vu court d'inventions ? L'honneur, ô Mascarille, est une belle chose : À tes nobles travaux ne fais aucune pause ; Et, quoi qu'un maître ait fait pour te faire enrager, Achève pour ta gloire, et non pour l'obliger : Mais quoi ! Que feras-tu, que de l'eau toute claire, Traversé sans repos par ce démon contraire ? Tu vois qu'à chaque instant il te fait déchanter, Et que c'est battre l'eau, de prétendre arrêter Ce torrent effréné, qui de tes artifices Renverse en un moment les plus beaux édifices. Hé bien, pour toute grâce, encore un coup du moins, Au hasard du succès, sacrifions des soins ; Et s'il poursuit encore à rompre notre chance, J'y consens, ôtons-lui toute notre assistance. Cependant notre affaire encore n'irait pas mal, Si par là nous pouvions perdre notre rival, Et que Léandre enfin, lassé de sa poursuite, Nous laissât jour entier pour ce que je médite. Oui, je roule en ma tête un trait ingénieux, Dont je promettrais bien un succès glorieux, Si je puis n'avoir plus cet obstacle à combattre : Bon, voyons si son feu se rend opiniâtre.

SCÈNE II. Mascarille, Léandre.

LÉANDRE

Poursuis.

LÉANDRE

Célie...

SCÈNE III. Lélie, Léandre.

LÉANDRE

Moi ?

LÉLIE

Quoi ?

LÉLIE

Oui ?

LÉANDRE

Lui-même.

SCÈNE IV. Lélie, Mascarille, Léandre.

MASCARILLE

Quoi ?

MASCARILLE

Ahii !

MASCARILLE, bas

Doucement.

MASCARILLE

Courage, mon garçon, tout heur nous accompagne, Mettons flamberge au vent, et bravoure en campagne, Faisons l'olibrius, l'occiseur d'innocents.

Glamberge : Mettre flamberge au vent, tirer son épée ; et fig. faire bravade. [L]

MASCARILLE

Tant pis.

MASCARILLE

De quelle vision sa cervelle est frappée ! Vous êtes de l'humeur de ces amis d'épée, Que l'on trouve toujours plus prompts à dégainer, Qu'à tirer un teston, s'il fallait le donner.

Teston ; Ancienne monnaie d'argent, qui, sous François Ier, valait dix sous quelques deniers, et dont l'usage a fini sous Louis XIII, lorsque leur valeur était montée par degrés à dix-neuf sous et demi. [L]

SCÈNE V. Ergaste, Mascarille.

MASCARILLE

Quoi donc ?

MASCARILLE

Non.

SCÈNE VI. Lélie, Ergaste.

SCÈNE VII. Trufaldin, Lélie.

TRUFALDIN

Pourquoi ?

LÉLIE

Certaines gens font une mascarade, Pour vous venir donner une fâcheuse aubade ; Ils veulent enlever votre Célie.

Aubade : Concert qu'on donne dès le matin à la porte ou sous les fenêtres de quelqu'un pour l'honorer, ou pour se réjouir. [F]

SCÈNE VIII. Lélie, Trufaldin, Mascarille masqué.

MASCARILLE

Tarare, allons camarades, allons. J'entends venir des gens qui sont sur nos talons.

Tarare : Interj. Il marque la moquerie, le dédain. [L]

SCÈNE IX. Léandre masqué et sa suite, Trufaldin.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Mascarille, Lélie.

MASCARILLE

D'un zèle simulé j'ai bridé le bon sire ; Avec empressement je suis venu lui dire, S'il ne songeait à lui, que l'on le surprendrait, Que l'on couchait en joue, et de plus d'un endroit, Celle dont il a vu qu'une lettre en avance, Avait si faussement divulgué la naissance ; Qu'on avait bien voulu m'y mêler quelque peu ; Mais que j'avais tiré mon épingle du jeu : Et que, touché d'ardeur pour ce qui le regarde, Je venais l'avertir de se donner de garde. De là, moralisant, j'ai fait de grands discours, Sur les fourbes qu'on voit ici-bas tous les jours ; Que, pour moi, las du monde, et de sa vie infâme, Je voulais travailler au salut de mon âme ; À m'éloigner du trouble, et pouvoir longuement, Près de quelque honnête homme être paisiblement ; Que s'il le trouvait bon, je n'aurais d'autre envie, Que de passer chez lui le reste de ma vie ; Et que même à tel point il m'avait su ravir, Que sans lui demander gages pour le servir, Je mettrais en ses mains, que je tenais certaines, Quelque bien de mon père et le fruit de mes peines, Dont, advenant que Dieu de ce monde m'ôtât, J'entendais tout de bon que lui seul héritât. C'était le vrai moyen d'acquérir sa tendresse, Et, comme pour résoudre avec votre maîtresse. Des biais qu'on doit prendre à terminer vos voeux, Je voulais en secret vous aboucher tous deux, Lui-même a su m'ouvrir une voie assez belle, De pouvoir hautement vous loger avec elle, Venant m'entretenir d'un fils privé du jour, Dont cette nuit en songe, il a vu le retour : À ce propos, voici l'histoire qu'il m'a dite, Et sur qui j'ai tantôt notre fourbe construite.

MASCARILLE

Ah ! De peur de tomber, ne courons pas si fort. Voyez-vous, vous avez la caboche un peu dure : Rendez-vous affermi dessus cette aventure. Autrefois Trufaldin de Naples est sorti, Et s'appelait alors Zanobio Ruberti ; Un parti qui causa quelque émeute civile, Dont il fut seulement soupçonné dans sa ville, De fait, il n'est pas homme à troubler un état, L'obligea d'en sortir une nuit sans éclat. Une fille fort jeune et sa femme laissées, À quelque temps de là se trouvant trépassées, Il en eut la nouvelle, et dans ce grand ennui, Voulant dans quelque ville emmener avec lui, Outre ses biens, l'espoir qui restait de sa race, Un sien fils écolier, qui se nommait Horace, Il écrit à Bologne, où pour mieux être instruit, Un certain maître Albert jeune l'avait conduit ; Mais pour se joindre tous le rendez-vous qu'il donne, Durant deux ans entiers, ne lui fit voir personne : Si bien, que les jugeant morts après ce temps-là, Il vint en cette ville, et prit le nom qu'il a ; Sans que de cet Albert, ni de ce fils Horace, Douze ans aient découvert jamais la moindre trace. Voilà l'histoire en gros, redite seulement, Afin de vous servir ici de fondement. Maintenant, vous serez un marchand d'Arménie, Qui les aurez vus sains l'un et l'autre en Turquie. Si j'ai plutôt qu'aucun, un tel moyen trouvé, Pour les ressusciter sur ce qu'il a refusé, C'est qu'en fait d'aventure, il est très ordinaire De voir gens pris sur mer par quelque Turc corsaire, Puis être à leur famille à point nommé rendus, Après quinze ou vingt ans qu'on les a crus perdus. Pour moi, j'ai vu déjà cent contes de la sorte. Sans nous alambiquer, servons-nous-en, qu'importe ? Vous leur aurez ouï leur disgrâce conter ; Et leur aurez fourni de quoi se racheter. Mais que parti plus tôt, pour chose nécessaire, Horace vous chargea de voir ici son père, Dont il a su le sort, et chez qui vous devez Attendre quelques jours qu'ils seraient arrivés ; Je vous ai fait tantôt des leçons étendues.

SCÈNE II. Trufaldin, Mascarille, Lélie.

TRUFALDIN

Ah !

TRUFALDIN

Entrez donc.

SCÈNE III. Léandre, Anselme.

ANSELME

Arrêtez-vous, Léandre, et souffrez un discours Qui cherche le repos et l'honneur de vos jours : Je ne vous parle point en père de ma fille, En homme intéressé pour ma propre famille ; Mais comme votre père ému pour votre bien, Sans vouloir vous flatter, et vous déguiser rien ; Bref, comme je voudrais, d'une âme franche et pure, Que l'on fît à mon sang, en pareille aventure. Savez-vous de quel oeil chacun voit cet amour, Qui dedans une nuit vient d'éclater au jour ? À combien de discours, et de traits de risée, Votre entreprise d'hier est partout exposée ? Quel jugement on fait du choix capricieux, Qui pour femme, dit-on, vous désigne en ces lieux ? Un rebut de l'Égypte, une fille coureuse, De qui le noble emploi, n'est qu'un métier de gueuse ? J'en ai rougi pour vous, encore plus que pour moi, Qui me trouve compris dans l'éclat que je vois, Moi, dis-je, dont la fille à vos ardeurs promise, Ne peut sans quelque affront souffrir qu'on la méprise. Ah ! Léandre, sortez de cet abaissement ; Ouvrez un peu les yeux sur votre aveuglement : Si notre esprit n'est pas sage à toutes les heures, Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures. Quand on ne prend en dot que la seule beauté, Le remords est bien près de la solennité, Et la plus belle femme a très peu de défense, Contre cette tiédeur qui suit la jouissance : Je vous le dis encore, ces bouillants mouvements, Ces ardeurs de jeunesse, et ces emportements, Nous font trouver d'abord quelques nuits agréables : Mais ces félicités ne sont guère durables, Et notre passion alentissant son cours, Après ces bonnes nuits donnent de mauvais jours. De là viennent les soins, les soucis, les misères, Les fils déshérités par le courroux des pères.

SCÈNE IV. Lélie, Mascarille.

SCÈNE V. Lélie, Mascarille, Trufaldin.

SCÈNE VI. Lélie, Trufaldin, Mascarille.

LÉLIE

Moi !

LÉLIE

Soit.

MASCARILLE

Si vous y manquez, votre fièvre quartaine.

Quartaine : on ne s'en sert guère qu'en ces phrases communes : « vos fièvres quartaines », quand on fait quelque imprécation contre quelqu'un. [F]

SCÈNE VII. Ergaste, Mascarille.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Mascarille, Ergaste.

SCÈNE II. C2lie, Andrès.

SCÈNE III. Mascarille, Célie, Andrès.

MASCARILLE

Moi, pour serfir à fous.

Serfir à fous : servir à vous. Mascarille prend un accent suisse, voir vers 1824.

ANDRÈS

Oui.

ANDRÈS

Quoi ?

ANDRÈS

Non.

SCÈNE IV. Lélie, Andrès.

LÉLIE

Célie.

SCÈNE V. Mascarille, Lélie, Andrès.

MASCARILLE

Et bien ! Ne voilà pas mon enragé de maître ! Il nous va faire encor quelque nouveau bissêtre.

Bissêtre : accident causé par l'imprudence de quelqu'un. [F]

LÉLIE

Le plaisant baragouin ! Il est bon, sur ma foi.

Baragouin : langage corrompu ou inconnu qu'on n'entend pas. [F]

MASCARILLE

Si vous êtes d'accord par un bonheur extrême, Je me dessuisse donc, et redeviens moi-même.

Dessuissser : barbarisme pour signifier qu'il arrête de feindre l'accent suisse.

SCÈNE VI. Célie, Mascarille, Lélie, Andrès.

SCÈNE VII. Mascarille, Célie.

SCÈNE VIII. Hippolyte, Célie.

SCÈNE IX. Mascarille, Célie, Hyppolyte.

CÉLIE

Quoi ?

MASCARILLE

Passait dedans la place, et ne songeait à rien, Alors qu'une autre vieille assez défigurée, L'ayant de près, au nez, longtemps considérée ; Par un bruit enroué de mots injurieux, A donné le signal d'un combat furieux : Qui pour armes pourtant, mousquets, dagues, ou flèches, Ne faisait voir en l'air que quatre griffes sèches ; Dont ces deux combattants s'efforçaient d'arracher, Ce peu que sur leurs os les ans laissent de chair : On n'entend que ces mots : chienne, louve, bagace ; D'abord leurs scoffions ont volé par la place, Et laissant voir à nu deux têtes sans cheveux, Ont rendu le combat risiblement affreux. Andrès, et Trufaldin, à l'éclat du murmure, Ainsi que force monde, accourus d'aventure, Ont, à les décharpir, eu de la peine assez, Tant leurs esprits étaient par la fureur poussés ; Cependant que chacune, après cette tempête, Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête, Et que l'on veut savoir qui causait cette humeur, Celle qui la première avait fait la rumeur, Malgré la passion dont elle était émue, Ayant sur Trufaldin tenu longtemps la vue ; C'est vous, si quelque erreur n'abuse ici mes yeux, Qu'on m'a dit qui viviez inconnu dans ces lieux, A-t-elle dit tout haut, ô ! Rencontre opportune ! Oui, seigneur Zanobio Ruberti, la fortune Me fait vous reconnaître, et dans le même instant, Que pour votre intérêt je me tourmentais tant : Lorsque Naples vous vit quitter votre famille, J'avais, vous le savez, en mes mains votre fille, Dont j'élevais l'enfance, et qui par mille traits, Faisait voir dès quatre ans sa grâce et ses attraits. Celle que vous voyez, cette infâme sorcière, Dedans notre maison se rendant familière, Me vola ce trésor. Hélas ! De ce malheur Votre femme, je crois, conçut tant de douleur, Que cela servit fort pour avancer sa vie : Si bien qu'entre mes mains cette fille ravie, Me faisant redouter un reproche fâcheux, Je vous fis annoncer la mort de toutes deux : Mais il faut maintenant, puisque je l'ai connue, Qu'elle fasse savoir ce qu'elle est devenue ; Au nom de Zanobio Ruberti, que sa voix Pendant tout ce récit répétait plusieurs fois : Andrès, ayant changé quelque temps de visage, À Trufaldin surpris, a tenu ce langage : Quoi donc ! Le ciel me fait trouver heureusement, Celui que jusqu'ici j'ai cherché vainement ! Et que j'avais pu voir, sans pourtant reconnaître La source de mon sang, et l'auteur de mon être ! Oui, mon père, je suis Horace votre fils : D'Albert qui me gardait les jours étant finis, Me sentant naître au coeur d'autres inquiétudes, Je sortis de Bologne, et quittant mes études, Portai durant six ans mes pas en divers lieux, Selon que me poussait un désir curieux ; Pourtant, après ce temps, une secrète envie Me pressa de revoir les miens, et ma patrie ; Mais dans Naples, hélas ! Je ne vous trouvai plus, Et n'y sus votre sort que par des bruits confus : Si bien qu'à votre quête ayant perdu mes peines, Venise pour un temps borna mes courses vaines ; Et j'ai vécu depuis, sans que de ma maison J'eusse d'autres clartés que d'en savoir le nom. Je vous laisse à juger si pendant ces affaires, Trufaldin ressentait des transports ordinaires. Enfin, pour retrancher ce que plus à loisir, Vous aurez le moyen de vous faire éclaircir, Par la confession de votre Égyptienne, Trufaldin maintenant vous reconnaît pour sienne ; Andrès est votre frère, et comme de sa soeur Il ne peut plus songer à se voir possesseur, Une obligation qu'il prétend reconnaître, A fait qu'il vous obtient pour épouse à mon maître ; Dont le père témoin de tout l'événement, Donne à cette hyménée un plein consentement ; Et pour mettre une joie entière en sa famille, Pour le nouvel Horace a proposé sa fille. Voyez que d'incidents à la fois enfantés.

Bagace : ou bagasse, vieux mot qui était un terme injurieux dont se servaient les petites gens en se querellant. [F]

Scoffion : escoffion, Ancienne coiffure à l'usage du peuple. |L]

Décharpir : séparer deux personnes qui se battent, qui se tiennent saisis au corps et aux cheveux. [F]

SCÈNE X. Trufaldin, Anselme, Pandolphe, Andrès, Célie, Hippolyte.

SCÈNE XI. Trufaldin, Mascarille, Lélie, Anselme, Pandolfe, Andrès, Hypolite, Léandre.

2 068 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica