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un seul est le mot juste.

Tragédie-ballet en vers· Tragi-Ballet

Psyché

Molière, Pierre Corneille, Philippe Quinault, Jean-Baptiste Lully· créée en 1671, imprimée en 1673· 6 actes· 2 134 vers· 14 personnages

Représentée pour le roi dans la grande salle des machines du Palais des tuileries en janvier et durant tout le carnaval de l'année 1671 par la Troupe du Roi et donnée au public sur le Théâtre de la salle du Palais-Royal, le 24e juillet 1671.

Personnages

  • FLORE
  • VERTUMNE, Dieu des Jardins
  • PALÉMON, Dieu des Eaux
  • AEGIALE, Grâce
  • VÉNUS, Grâce
  • L'AMOUR
  • ÉGIALE, grâce
  • PHAENE, grâce
  • NYMPHES, de la suite de Flore, chantantes
  • DRYADES, de la Suite de Vertumne, dansant
  • SYLVAINS, de la Suite de Vertumne, dansants et chantants
  • DIEUX DES FLEUVES, de la Suite de Palémon, dansants
  • NAÏADES
  • AMOURS, de la suite de Vénus, dansants
AVERTISSEMENT

Cet ouvrage n'est pas tout d'une même main. Le Carnaval approchait, et les ordres pressants du Roi, qui voulait en voir plusieurs représentations avant le Carême, obligèrent Molière à avoir recours à d'autres personnes. Il n'y a que le plan et la disposition du sujet, les vers qui se récitent dans le prologue, le prologue, le premier acte, la première scène du second acte, et la première scène du troisième. Le reste de la pièce est de Pierre Corneille, qui y a employé une quinzaine de jours. Les paroles qui se chantent, sont de Quinault, à la réserve de la plainte italienne.

PROLOGUE

Le théâtre représente, sur le devant, un lieu champêtre, et la mer dans le fond.

SCÈNE PREMIÈRE. Flore, Vertumne, Palémon, Nymphes de Flore, Dryades, Sylvains, Fleuves, Naïades.

On voit des nuages suspendus en l'air qui, en descendant, roulent, s'ouvrent, s'étendent ; et, répandu dans toute la largeur du théâtre, laissent voir Vénus et l'Amour accompagnés de six Amours, et, à leurs côtés, Égiale et Phaene.

FLORE

Ce n'est plus le temps de la guerre ; Le plus puissant des Rois Interrompt ses exploits, Pour donner la paix à la terre. Descendez, Mère des Amours, Venez nous donner de beaux jours.

Vertumne et Palaemon, avec les divinités qui les accompagnent, joignent leurs voix à celle de Flore, et chantent ces paroles.

CHOEUR DES DIVINITÉS DE LA TERRE ET DES EAUX

Nous goûtons une paix profonde ; Les plus doux jeux sont ici-bas ; On doit ce repos plein d'appas Au plus Grand Roi du Monde. Descendez, mère des Amours, Venez nous donner de beaux jours.

Il se fait ensuite une entrée de ballet, composée de deux Dryades, quatre Sylvains, deux Fleuves et deux Naïades. Après laquelle, Vertumne et Palaemon chantent ce dialogue.

[VERTUMNE, PALAEMON]

Ils répètent ensemble ces derniers vers.

C'est la beauté qui commence de plaire. Mais la douceur achève de charmer.

PALAEMON

C'est la beauté qui commence de plaire, Mais la douceur achève de charmer.

Flore répond au Dialogue de Vertumne et de Palaemon, par ce menuet ; et les autres Divinités y mêlent leurs danses.

FLORE

Est-on sage Dans le bel âge, Est-on sage De n'aimer pas ? Que sans cesse L'on se presse De goûter les plaisirs ici-bas : La sagesse De la jeunesse, C'est de savoir jouir de ses appas. L'amour charme Ceux qu'il désarme ; L'Amour charme, Cédons-lui tous, Notre peine Serait vaine De vouloir résister à ses coups : Quelque chaîne Qu'un amant prenne, La liberté n'a rien qui soit si doux.

Vénus descend du ciel dans une grande machine avec l'Amour son fils, et deux petites Grâces, nommés AEgiale et Phaène, et les Divinités de la Terre et des Eaux recommencent de joindre toutes leurs voix, et continuent par leurs danses de lui témoigner la joie qu'elles ressentent à son abord.

VÉNUS

Va, ne résiste point aux souhaits de ta mère, N'applique tes raisonnements Qu'à chercher les plus prompts moments De faire un sacrifice à ma gloire outragée. Pars, pour toute réponse à mes empressements, Et ne me revois point que je ne sois vengée.

L'Amour s'envole, et Vénus se retire avec les Grâces.

La scène est changée en une grande ville, où l'on découvre des deux côtés, des palais et des maisons de différents ordres d'architecture.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Aglaure, Cidippe.

SCÈNE II. Cléomène, Agénor, Aglaure, Cidippe.

SCÈNE III. Psyché, Cidippe, Aglaure, Cléomène, Agénor.

PSYCHÉ

Le choix que vous m'offrez, Princes, montre à mes yeux De quoi remplir les voeux de l'âme la plus fière, Et vous me le parez tous deux d'une manière, Qu'on ne peut rien offrir qui soit plus précieux. Vos feux, votre amitié, votre vertu suprême, Tout me relève en vous l'offre de votre foi, Et j'y vois un mérite à s'opposer lui-même À ce que vous voulez de moi. Ce n'est pas à mon coeur qu'il faut que je défère Pour entrer sous de tels liens ; Ma main, pour se donner, attend l'ordre d'un père, Et mes soeurs ont des droits qui vont devant les miens, Mais si l'on me rendait sur mes voeux absolue, Vous y pourriez avoir trop de part à la fois, Et toute mon estime entre vous suspendue, Ne pourrait sur aucun laisser tomber mon choix. À l'ardeur de votre poursuite Je répondrais assez de mes voeux les plus doux ; Mais c'est parmi tant de mérite Trop que deux coeurs pour moi, trop peu qu'un coeur pour vous. De mes plus doux souhaits j'aurais l'âme gênée. À l'effort de votre amitié, Et j'y vois l'un de vous prendre une destinée À me faire trop de pitié. Oui, Princes, à tous ceux dont l'amour suit le vôtre, Je vous préférerais tous deux avec ardeur ; Mais je n'aurais jamais le coeur De pouvoir préférer l'un de vous deux à l'autre. À celui que je choisirais, Ma tendresse ferait un trop grand sacrifice, Et je m'imputerais à barbare injustice, Le tort qu'à l'autre je ferais. Oui, tous deux vous brillez de trop de grandeur d'âme. Pour en faire aucun malheureux, Et vous devez chercher dans l'amoureuse flamme Le moyen d'être heureux tous deux. Si votre coeur me considère Assez pour me souffrir de disposer de vous, J'ai deux soeurs capables de plaire, Qui peuvent bien vous faire un destin assez doux, Et l'amitié me rend leur personne assez chère, Pour vous souhaiter leurs époux.

SCÈNE IV. Lycas, Psyché, Aglaure, Cidippe, Cléomène, Agénor.

PSYCHÉ

Qu'as-tu ?

LYCAS

Le Roi...

PSYCHÉ

Quoi ?

SCÈNE V. Aglaure, Cidippe, Lycas.

SCÈNE VI. Aglaure, Cidippe.

PREMIER INTERMÈDE.

La scène est changée en des rochers affreux, et fait voir en éloignement une grotte effroyable.

C'est dans ce désert que Psyché doit être exposée pour obéir à l'Oracle. Une troupe de personnes affligées y viennent déplorer sa disgrâce. Une partie de cette troupe désolée témoigne sa pitié par des plaintes touchantes, et par des concerts lugubres ; et l'autre exprime sa désolation par une danse pleine de toutes les marques du plus violent désespoir.

PLAINTES EN ITALIEN, chantées par une femme désolée, et deux hommes affligés

PREMIER HOMME AFFLIGÉ

Ahi dolore !

SECOND HOMME AFFLIGÉ

Ahi martire !

PREMIER HOMME AFFLIGÉ

Cruda morte !

SECOND HOMME AFFLIGÉ

Empia sorte !

PREMIER HOMME AFFLIGÉ

Nume fiero !

SECOND HOMME AFFLIGÉ

Dio severo !

PREMIER HOMME AFFLIGÉ

Ahi dolore !

etc. Come Sopra

Ces plaintes sont entrecoupées et finies par une entrée de ballet de huit personnes affligées.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Psyché, Aglaure, Cidippe, Lycas, Suite.

LE ROI

Ah, cherche un meilleur fondement Aux consolations que ton coeur me présente, Et de la fausseté de ce raisonnement Ne fais point un accablement À cette douleur si cuisante, Dont je souffre ici le tourment. Crois-tu là me donner une raison puissante, Pour ne me plaindre point de cet arrêt des Cieux ? Et dans le procédé des Dieux Dont tu veux que je me contente, Une rigueur assassinante Ne paraît-elle pas aux yeux ? Vois l'état où ces Dieux me forcent à te rendre, Et l'autre où te reçut mon coeur infortuné : Tu connaîtras par là qu'ils me viennent reprendre Bien plus que ce qu'ils m'ont donné. Je reçus d'eux en toi, ma Fille, Un présent que mon coeur ne leur demandait pas ; J'y trouvais alors peu d'appas, Et leur en vis sans joie accroître ma famille. Mais mon coeur ainsi que mes yeux S'est fait de ce présent une douce habitude : J'ai mis quinze ans de soins, de veilles et d'étude, À me le rendre précieux, Je l'ai paré de l'aimable richesse De mille brillantes vertus, En lui j'ai renfermé par des soins assidus Tous les plus beaux trésors que fournit la Sagesse, À lui j'ai de mon âme attaché la tendresse, J'en ai fait de ce coeur le charme et l'allégresse, La consolation de mes sens abattus, Le doux espoir de ma vieillesse. Ils m'ôtent tout cela, ces Dieux, Et tu veux que je n'aie aucun sujet de plainte, Sur cet affreux arrêt dont je souffre l'atteinte ? Ah ! Leur pouvoir se joue avec trop de rigueur Des tendresses de notre coeur : Pour m'ôter leur présent, leur fallait-il attendre Que j'en eusse fait tout mon bien ? Ou plutôt, s'ils avaient dessein de le reprendre, N'eût-il pas été mieux de ne me donner rien ?

LE ROI

Oui, je dois t'épargner mon deuil inconsolable. Voici l'instant fatal de m'arracher de toi : Mais comment prononcer ce mot épouvantable ? Il le faut toutefois, le Ciel m'en fait la loi, Une rigueur inévitable M'oblige à te laisser en ce funeste lieu. Adieu, je vais... Adieu.

Ce qui suit, jusqu'à la fin de la pièce, est de M. C[orneille], à la réserve de la première scène du troisième acte, qui est de la même main que ce qui a précédé.

SCÈNE II. Psyché, Aglaure, Cidippe.

CIDIPPE

C'est en votre faveur espérer un miracle, Ou vous accompagner jusques au monument.

Monument : Dans le style élevé. Tombeau. [L]

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Cléomène, Agénor, Psyché.

CLÉOMÈNE

Princesse...

SCÈNE V.

SECOND INTERMÈDE.

La scène se change en une Cour magnifique, ornée de colonnes de lapis enrichies de figures d'or, qui forment un palais pompeux et brillant, que l'Amour destine pour Psyché. Six cyclopes, avec quatre fées y font une entrée de ballet, où ils achèvent en cadence quatre gros vases d'argent que les fées leur ont apportés. Cette entrée est entrecoupée par ce récit de Vulcain, qu'il fait à deux reprises.

ACTE III

SCÈNE I. L'Amour, Zéphyr.

SCÈNE II.

SCÈNE III. L'Amour, Psyché, Zéphyr.

PSYCHÉ

Qu'un monstre tel que vous inspire peu de crainte ! Et que s'il a quelque poison, Une âme aurait peu de raison De hasarder la moindre plainte, Contre une favorable atteinte Dont tout le coeur craindrait la guérison ! À peine je vous vois, que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l'image du trépas, Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu que je ne connais pas. J'ai senti de l'estime et de la complaisance, De l'amitié, de la reconnaissance, De la compassion les chagrins innocents M'en ont fait sentir la puissance, Mais je n'ai point encore senti ce que je sens. Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'il me charme ; Que je n'en conçois point d'alarme ; Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmée : Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même, Et je dirais que je vous aime, Seigneur, si je savais ce que c'est que d'aimer. Ne les détournez point, ces yeux qui m'empoisonnent, Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux, Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent. Hélas ! Plus ils sont dangereux, Plus je me plais à m'attacher sur eux. Par quel ordre du Ciel que je ne puis comprendre Vous dis-je plus que je ne dois, Moi de qui la pudeur devrait du moins attendre Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous vois ? Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire, Vos sens comme les miens paraissent interdits, C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire, Et cependant c'est moi qui vous le dis.

TROISIÈME INTERMÈDE.

Il se fait une entrée de ballet de quatre Amours et quatre Zéphyrs interrompue deux fois par un dialogue chanté par un Amour et un Zéphyr.

LES DEUX ENSEMBLE

S'il faut des soins et des travaux, En aimant, On est payé de mille maux Par un heureux moment.

Le théâtre devient un autre palais magnifique, coupé dans le fond par un vestibule, au travers duquel on voit un jardin superbe et charmant, décoré de plusieurs vases d'orangers et d'arbres chargés de toutes sortes de fruits.

ACTE IV

SCÈNE I. Aglaure, Cidippe.

SCÈNE II. Psyché, Aglaure, Cidippe.

AGLAURE

Nous savons toutes deux ce qu'il faut taire, ou dire, Et n'avons pas besoin sur ce point de leçons.

Le Zéphyr enlève les deux soeurs de Psyché dans un nuage qui descend jusqu'à terre, et dans lequel il les emporte avec rapidité.

SCÈNE III. L'Amour, Psyché.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Vénus, Psyché.

QUATRIÈME INERMÈDE.

La scène représente les Enfers. On y voit une mer toute de feu, dont les flots sont dans une perpétuelle agitation. Cette mer effroyable est bornée par des ruines enflammées ; et au milieu de ses flots agités, au travers d'une gueule affreuse, paraît le palais infernal de Pluton. Huit Furies en sortent, et forment une entrée de ballet, où elles se réjouissent de la rage qu'elles ont allumée dans l'âme de la plus douce des Divinités. Un Lutin mêle quantité de sauts périlleux à leurs danses, cependant que Psyché qui a passé aux Enfers par le commandement de Vénus, repasse dans la barque de Charon, avec la boîte qu'elle a reçue de Proserpine pour cette déesse.

ACTE V

SCÈNE I.

PSYCHÉ

Effroyables replis des ondes infernales, Noirs palais où Mégère et ses soeurs font leur Cour, Éternels ennemis du jour, Parmi vos Ixions, et parmi vos Tantales, Parmi tant de tourments, qui n'ont point d'intervalles, Est-il dans votre affreux séjour Quelques peines qui soient égales Aux travaux où Vénus condamne mon amour ? Elle n'en peut être assouvie : Et depuis qu'à ses lois je me trouve asservie, Depuis qu'elle me livre à ses ressentiments, Il m'a fallu dans ces cruels moments Plus d'une âme, et plus d'une vie, Pour remplir ses commandements. Je souffrirais tout avec joie, Si parmi les rigueurs que sa haine déploie, Mes yeux pouvaient revoir, ne fût-ce qu'un moment, Ce cher, cet adorable amant : Je n'ose le nommer ; ma bouche criminelle D'avoir trop exigé de lui, S'en est rendue indigne, et dans ce dur ennui, La souffrance la plus mortelle Dont m'accable à toute heure un renaissant trépas, Est celle de ne le voir pas. Si son courroux durait encore, Jamais aucun malheur n'approcherait du mien : Mais s'il avait pitié d'une âme qui l'adore, Quoi qu'il fallût souffrir, je ne souffrirais rien. Oui, Destins, s'il calmait cette juste colère, Tous mes malheurs seraient finis : Pour me rendre insensible aux fureurs de la mère, Il ne faut qu'un regard d'un fils. Je n'en veux plus douter, il partage ma peine, Il voit ce que je souffre, et souffre comme moi, Tout ce que j'endure le gêne, Lui-même il s'en impose une amoureuse loi : En dépit de Vénus, en dépit de mon crime, C'est lui qui me soutient, c'est lui qui me ranime, Au milieu des périls où l'on me fait courir : Il garde la tendresse où son feu le convie, Et prend soin de me rendre une nouvelle vie, Chaque fois qu'il me faut mourir. Mais que me veulent ces deux Ombres Qu'à travers le faux jour de ces demeures sombres J'entrevois s'avancer vers moi ?

SCÈNE II. Psyché, Cléomène, Agénor.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. L'Amour, Psyché, évanouie.

L'AMOUR

Votre péril, Psyché, dissipe ma colère, Ou plutôt de mes feux l'ardeur n'a point cessé, Et, bien qu'au dernier point vous m'ayez su déplaire, Je ne me suis intéressé Que contre celle de ma mère. J'ai vu tous vos travaux, j'ai suivi vos malheurs, Mes soupirs ont partout accompagné vos pleurs ; Tournez les yeux vers moi, je suis encor le même. Quoi ! Je dis et redis tout haut que je vous aime, Et vous ne dites point, Psyché, que vous m'aimez ! Est-ce que pour jamais vos beaux yeux sont fermés ? Qu'à jamais la clarté leur vient d'être ravie ? Ô Mort, devais-tu prendre un dard si criminel, Et sans aucun respect pour mon Être éternel Attenter à ma propre vie ? Combien de fois, ingrate Déité, Ai-je grossi ton noir empire, Par les mépris et par la cruauté D'une orgueilleuse ou farouche beauté ? Combien même, s'il le faut dire, T'ai-je immolé de fidèles amants À force de ravissements ? Va, je ne blesserai plus d'âmes, Je ne percerai plus de coeurs, Qu'avec des dards trempés aux divines liqueurs Qui nourrissent du Ciel les immortelles flammes, Et n'en lancerai plus que pour faire à tes yeux, Autant d'amants, autant de Dieux. Et vous, impitoyable Mère, Qui la forcez à m'arracher Tout ce que j'avais de plus cher, Craignez à votre tour l'effet de ma colère. Vous me voulez faire la loi, Vous qu'on voit si souvent la recevoir de moi ! Vous qui portez un coeur sensible comme un autre, Vous enviez au mien les délices du vôtre ! Mais dans ce même coeur j'enfoncerai des coups, Qui ne seront suivis que de chagrins jaloux ; Je vous accablerai de honteuses surprises, Et choisirai partout à vos voeux les plus doux Des Adonis et des Anchises Qui n'auront que haine pour vous.

Anchise : Prince troyen fils de Capys et arrière petit-fils de Tros, fut aimé de Vénus et en eut Enée. [B]

Adonis : jeune homme d'une beauté remarquable, était, suivant les Grecs,le fruit du commerce incestueux de Cinyras avec sa fille Myrrha. Il fut changé en anémone. [B]

SCÈNE V. Vénus, L'Amour, Psyché, évanouie.

SCÈNE DERNIÈRE. Jupiter, Vénus, L'Amour, Psyché.

JUPITER

Venez, amants, venez aux Cieux Achever un si grand et si digne hyménée ; Viens-y, belle Psyché, changer de destinée, Viens prendre place au rang des Dieux.

Deux grandes machines descendent aux deux côtés de Jupiter, cependant qu'il dit ces derniers vers. Vénus avec sa suite monte dans l'une, l'Amour avec Psyché dans l'autre, et tous ensemble remontent au ciel.

Les Divinités, qui avaient été partagées entre Vénus et son fils, se réunissent en les voyant d'accord ; et toutes ensemble, par des concerts, des chants, et des danses, célèbrent la fête des noces de l'Amour.

Apollon paraît le premier et comme Dieu de l'Harmonie commence à chanter pour inviter les autres Dieux à se réjouir.

Mome déclare qu'il n'a point de plus doux emploi que de médire, et que ce n'est qu'à l'Amour seul qu'il n'ose se jouer.

ENTRÉE DE BALLET.

Composée de deux Ménades et de deux égyptiens qui suivent Bachus.

ENTRÉE DE BALLET.

Composée de quatre polichinelles et de deux matassins qui suivent Mome, et viennent joindre leur plaisanterie et leur badinage aux divertissements de cette grande fête.

Bacchus et Mome, qui les conduisent, chantent au milieu d'eux chacun une chanson, Bacchus à la louange du vin, et Mome une chanson enjouée sur le sujet et les avantages de la raillerie.

ENTRÉE DE BALLET.

Suivants de Mars, qui font en dansant avec des enseignes, une manière d'exercice.

DERNIÈRE ENTRÉE DE BALLET.

Les troupes différentes de la suite d'Apollon, de Bacchus, de Mome, et de Mars, après avoir achevé leurs entrées particulières, s'unissent ensemble, et forment la dernière entrée, qui renferme toutes les autres.

Un choeur de toutes les voix et de tous les instruments, qui sont au nombre de quarante, se joint à la danse générale et termine la fête des noces de l'Amour et de Psyché.

2 134 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica