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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comedie en vers

Les Abderites

François-Augustin Paradis de Moncrif· créée en 1732, imprimée en 1737· 635 vers· 10 personnages

Représenté le 26 et le 27 juillet 1732 chez la Duchesse de Bourbon, puis le 4 novembre de la même année au Château de Fontainebleau.

Personnages

  • NICANDRE, premier Sénateur d'Abdere
  • ANAXIMÈNE, collègue de Nicandre
  • PHORBAS, collègue de Nicandre
  • MIRTO, femme de Nicandre
  • CARITE, fille de Nicandre et de Mirto, promise à Lisis
  • LISIS, jeune citoyen d'Abdere, amant de Carite
  • ARISTÈME, abdérite, amoureux de Carite
  • TERGALION, envoyé de Sardis
  • DROMON, Valet de Lisis
  • UN ESCLAVE, de Nicandre
Préface

À SON ALTESSE SERENISSIME MADAME LA DUCHESSE DOUAIRIERE,

MADAME,

Le sort de cette comédie honorerait les ouvrages du premier Ordre. Uniquement faite dans l'espérance qu'elle seraìt représentée devant votre ALTESSE SERENISSIME, elle a paru attirer son suffrage , et pour comble de succès, vous m'accordez, par honneur de Vous la dédier, la gloire de Vous en renouveler publiquement l'hommage. J'éprouve avec une profonde reconnaissance, que le zèle peut être aussi bien récompensé que le mérite ; mais ce même zèle, animé par les bontés de votre ALTESSE SERENISSIME, ne pourrait-il pas se plaindre des bornes qu'Elle lui impose. II Vous a déplu dans la seule représentation, que Vous avez permise du prologue de cette pièce ; parce qu'il a osé Vous parler de Vous-même ? On n'a que des vérités flatteuses à Vous faire entendre, et Vous n'aimez pas qu'on Vous en entretienne. Cependant ces grâces de l'esprit, cette douceur de caractère, cette âme sensible a l'amitié ; toutes ces qualités fi heureusement rassemblées dans Monseigneur le Comte de Clermont, et que mon devoir (pour le bonheur de ma vie) me met tous les jours plus à portée de connaître : Vous les entendez vanter avec plaisir, sans songer que ressemblant, comme il fait par un grand nombre de traits à son auguste Mère, toutes les louanges qu'il mérite, font autant d'éloges pour Elle. Voilà donc une carrière que Vous ne pouvez interdire à mon zèle : cette manière de Vous louer, la seule qui Vous soit agréable, me donnera chaque jour de nouveaux sujets de Vous plaire ; et Vous fera approuver l'attachement et le très profond respect avec lequel je fuis, MADAME, DE VOTRE ALTESSE SERENISSIME, le très humble , et très obéissant serviteur,

***

PROLOGUE

Thalie, Vénus.

THALIE

Du dépit.

SCÈNE PREMIÈRE. Lisis, Dromon.

DROMON

Écoutez moi patiemment, Et malgré-vous, vous m'allez croire : Comment aurais-je oublié, Que dès le grand matin, chagrin, estropié, Je fuis à votre suite arrivé dans Abdère, Où tout dormait tranquillement, où je pestais contre vous de colère, De n'en pouvoir faire autant.

Abdère : ancienne ville de Thrace, à l'embouchure du Nestus, en face de l'île de Thasos. (...) Les Abdéritains passaient pour stupides ; cependant ils aimaient la musique et la poésie et l'on compte parmi eux des philosophes célèbres : Démocrite, Protagoras, Anaxarque. (Dict. Univ. d'Hist. et Géo, Bouillet)

SCÈNE II. Lisis, Dromon, Mirto, Carite.

CARITE, apercevant Lisis au fond du théâtre

Maman, c'est Lisis ! Je le vois.

LISIS

À Mirto.

Oui.

À Carite.

Mon coeur !

CARITE

Lisis.

DROMON, à part

Dromon est un ivrogne.

MIRTO

Il s'est engoué d'Aristeme. De ma fille peut-être, il en fera l'époux.

Engouer : se dit figurémment, pour dire, se préoccuper, s'entêter en faveur de quelque personne, ou de quelque ouvrage qui ont peu de mérite. (Dict. Furetière)

LISIS

D'accord.

MIRTO

Anaximene est, ne vous en déplaise, D'esprit si gauche et si diffus : On voit qu'il est tant à son aise, Quand il saisit le faux pour l'outrer encor plus. Les voilà : le bel assemblage !

On voit Nicandre, Phorbas et Anaxirnene, ridiculement parés de quelques fragments d'habits de théâtre, par dessus leurs habits de sénateur, et faisant des actions de déclamation.

Ô cela fait pleurer, les voir en cet état.

SCÈNE III. Lisis, Nicandre, Phorbas, Anaximène

NICANDRE

Adieu Lisis.

SCÈNE V. Nicandre, Phorbas, Anaximène.

NICANDRE, assís entre les deux autres Sénateurs et regardant Lisis qui sort

C'est un bon citoyen, il n'est pas sans mérite : Qu'en dit Phorbas ?

PHORBAS, à Nicandre

Le croyez-vous ?

NICANDRE

Sans doute.

NICANDRE

Fort bien ; mais à propos, il est temps de peser Un intérêt qui paraît d'importance : L'envoyé de Sardis attend son audience ; Il vient, dit-on, nous proposer Un traité de commerce.

Sardis ou Sardes : capitale du Royaume de Lydie, sur le Pactole, près de son confluent avec l'Hermus, dans une plaine délicieuse et fertile au pied du mont Timolus. (...) Sa richesse longtemps proverbiale, baissa pendant la période persane (...). (Dict. Univ. D'Hist. et Géo., Bouillet)

PHORBAS à l'esclave

Allez ; il peut venir.

SCÈNE V. Tergalion et les acteurs de la scène précédente.

TERGALION, avant de s'asseoir examinant les trois sénateurs

À part.

Que vois-je ! Suis-je au Sénat !

Aux Sénateurs.

C'est vous qui régissez l'État ?

ANAXIMÈNE, regardant l'Ambassadeur sans le voir

Votre fille vivra je puis vous le prédire, Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.

Calchas : sacrificateur et devin grec, fils de Thestor, prit part à l'expédition des Grecs contre Troie. (Dict. d'Hist. et Géo. Bouillet), voir Iphigénie de Jean Racine.

NICANDRE, déclame aussi en même temps que les deux autres

La Grèce en ma faveur, est trop inquiétée, D'un soin plus important, je l'ai cru agitée, Seigneur, et fur le nom de son ambassadeur, J'avais dans ses desseins conçu plus de grandeur.

Les trois Sénateurs, en disant les deux derniers vers, marchent vers le fond du théâtre, et baissent un peu la voix.

TERGALION

Quel bruit ! Que d'impertinences ! Ce Sénat est majestueux : On ne peut faire avec eux, Qu'un commerce d'extravagances.

Il s'en va en les contrefaisant par les gestes et les tons qu'il outre encore davantage ; et les Sénateurs se rencontrant nez-à-nez se taisent tous à la fois, sortant tout-à-coup de leur distraction.

NICANDRE, apercevant que l'Ambassadeur est sorti

Quoi ! Tandis que mous déclamions, L'Ambassadeur a quitté l'audience ?

NICANDRE, à Phorbas

Et vous, Seigneur ?

PHORBAS

Et moi.. .

NICANDRE

Aller choisir des fleurs pour coiffer les actrices. J'aurai soin d'ordonner la pompe des habits.

Phorbas et Anaximene sortent ; Nicandre reste.

Pompe : dépense magnifique qu'on fait pour rendre quelque action plus recommandable, plus solemmnelle et plus éclatante. (Dict. Furetière)

SCÈNE VI. Nicandre, Un Esclave.

SCÈNE VII. Nicandre, Aristème, que l'esclave produit.

ARISTÈME

Le moment De la reconnaissance et d'Électre et d'Oreste. Vous êtes le public, songez à vous placer : Allons, la troupe est prête.

Électre : personnage de la mythologie grecque, elle est la fille d'Agamemnon et soeur d'Oreste. Sophocle et Euripide ont écrit chacun une tragédie sur ce sujet.

Parmi les contemporains, Longepierre en 1702 et Prosper Jolyot de Crébillon en 1709 ont écrit chacun une tragédie d'Électre.

NICANDRE, assis

Elle peut commencer.

Aristème jette une robe qui cachait ses habits ; il parait vêtu en habit de théâtre, et tout-à-coup une barbe lui descendu menton, et une partie de sa coiffure devient une couronne.

ARISTÈME, représentant Égiste

Égiste, enfin le sort va remplir ta vengeance, Tu vois ton ennemi tomber en ta puissance, Oreste est dans ces lieux, par Alecton conduit : Et tu vas le plonger dans l'éternelle nuit. Sous le nom d'assassin, il a cru me surprendre : D'Oreste, disait-il, j'apporte ici la cendre ; Mais malgré ce rapport adroitement tissu, À sa secrète horreur, mon coeur l'a reconnu. D'un mensonge inventé, je vais faire un oracle. Tu supposais ta mort, j'en aurai le spectacle : Électre qui d'un frère en toi voit l'assassin Te cherche, et d'un poignard va te percer le sein. Mais, il vient, et je vois Électre qui s'avance : Sortons , laissons au fort le soin de ma vengeance.

La barbe d''Égiste disparaît, il devient Oreste.

Oreste, que ces lieux irritent ta douleur ! Palais d'Agamemnon, vous me frappez d'horreur ; Dieux ! Vous l'avez permis ; le meurtre de mon père, Est pour comble d'horreur, le crime de ma mère. Égiste a consommé ses barbares fureurs : Mais quelle est cette esclave ? Elle répand des pleurs !

Oreste ne fait que se tourner, Électre paraît : l'habit d'Aristème par le dos, représente celui d'une actrice, un masque sert de visage. Électre a un mouchoir et un poignard pendus à sa ceinture.

Égiste : personnage de la mythologie grecque, il tua Atrée, son père, et Agamemnon, son oncle, et fut tué par Oreste.

Alecton : dit l'Implacable, est une des trois Furies (ou Euménides en grec) qui poursuivaient Oreste, parricide et mari incestueux de sa mère Clytemnestre. Voir la tragédie "Les Euménides" d'Eschyle.

ORESTE

Électre.

ARISTÈME, à Nicandre qui pleure

Hé bien, la Troupe ?

NICANDRE

Allez faire dresser cet acte intéressant, Qui de l'hymen forme les chaînes.

Nicandre se promène et imite ce qu''il a vu faire à Aristème, se tournant tantôt comme Électre, et tantôt comme Oreste.

SCÈNE VIII. Nicandre, Lisis, Mirto, Carite.

CARITE

Lisis.

CARITE

À Lisis.

Non vraiment.

À Nicandre.

Eh ! n'en croyez rien.

LISIS, à Carite

Un moment.

NICANDRE

Vous nous annoncez-là d'étonnantes merveilles.

Il paraît dans l'enfoncement deux acteurs, en attitudes de danseurs.

CARITE

Pourquoi ? Tenez, j'entends un geste de Lisis, Mieux que d'un autre les paroles.

Les danseurs exécutent une danse, qui représente une intrigue d'amour.

NICANDRE

La scène achevée.

C'est la fin.

LISIS, aux danseurs

Allez.

LISIS

Hé non.

LISIS

Quoi !

SCÈNE IX. Phorbas, Anaximène, Aristème, Nicandre, Mirto, Carite, Lisis.

NICANDRE, à Anaximène

Hé bien !

LISIS à Aristème

C'est-là votre contrat ?

ARISTÈME

Oui.

LISIS

Donnez.

LISIS, rendant le contrat, après avoir jeté les yeux dessus

C'est-là votre contrat ?

ARISTÈME

Oui.

LISIS, à Nicandre

Carite est à moi.

À Aristeme.

Vous y renoncez, je le vois.

ARISTÈME

Moi ?

NICANDRE

Comment ?

ANAXIMÈNE, avec indignation

En prose ?

NICANDRE, avec dédain

En prose ?

PHORBAS, imitant Nicandre

En prose ?

ARISTÈME

Assurément.

NICANDRE

Lisez.

LISIS

Ce fut.

PHORBAS

Lisez.

NICANDRE, à Phorbas

Taisez-vous.

PHORBAS, avec satisfaction

Oui, me taire.

MIRTO, l'embrassant

Oh le gendre charmant !

Nicandre et Phorbas alternativement.

635 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica