Pièce en prose
La Grisette et l'Etudiant Pièce en un Acte.
Personnages
- L'ÉTUDIANT
- LA GRISETTE
- LA VOIX DE MONSIEUR PRUDHOMME
AVERTISSEMENT
M. Henry Monnier répudie énergiquement la paternité de cette comédie
Que Joseph Prudhomme, à l'instar de l'Eumolpe de Pétrone, rougisse au moyen du fard des gaîtés de sa jeunesse, devant les imbéciles divers, nous le voulons bien : ; mais, de lui à nous, cette pudeur empruntée à la chimie est hors de propos.
Lorsqu'il vint offrir la Grisette et l'Étudiant à l'administration du théâtre de la rue de la Santé, Monnier avait passé la soixantaine.
Lui-même fit parler les trois personnages de la comédie.
Lui-même vint recevoir, avec l'im-per-tur-ba-bi-li-té cons-ti-tu-ti-in-neel-le du cabotin induré des fé-li-ci-ta-tions des spectateurs idolâtres et vertueux, parmi lesquels on remarquait MM. Paul Féval, Paul Blaquière, alors mélancolique et poitrinaire(*), Charles Bataille, Edmond Duranty, etc., etc, sur lesquels planaient visiblement les ombres de tous les rapporteurs éventuels du prix Monthyon.
Le manuscrit autographe de M. Henry Monnier, dont nous sommes l'heureux possesseur, ne peut d'ailleurs laisser de doute sur le concubinage auquel cet égrillard funèbre s'est livré avec Mademoiselle Musa, afin de procrée La Grisette et l'Étudiant.
Voyons, Monnier, tu as vraiment tort de renier ton essai de comédie libre. Il te sera compté pour plus que les rengaines sont tu attristes les soupers où ta place est marquée comme auteur des bas-Fonds ; - et il vaut mieux, mille fois, que ta pièce Peintres et Bourgeois, faite en collaboration avec un commis voyageur mis à pied, et qui a obtenu un four si funèbre, dedans l'Odéon, noir caveau.
M. Monnier a donné deux représentation de la Grisette et l'étudiant sur le Théâtre de la rue de la Santé.
Nous le jurons !
Et il nie le récidiviste !
* Thérésa lui a depuis fait deux files ; La Vénus aux Carottes et La Femme à barbe. La mère et les enfants se portent bien.
LA GRISETTE ET L'ÉTUDIANT
L'ÉTUDIANT, lisant une lettre
... Mardi, à midi, je serai chez toi, plutôt avant qu'après. Aime-moi toujours comme je t'aime. Sois bien sage et bien raisonnable, mais pas trop cochon. Si nous voulons, nous ferons des bêtises...
Parlé.
Onze heures dix... Elle ne viendra pas.
Relisant.
... Mardi, à midi...
Parlé.
Elle n'est pas en retard... Mettons sa chaise... Onze_heures_et_demie !
Relisant.
... Je serai chez toi plutôt avant qu'après...
Parlé.
Onze heures trois quart !...
On entend toc, toc, à la porte.
Qui est là ?...
UNE VOIX FLUTÉE
Moi !
L'ÉTUDIANT, faisant semblant de na pas la reconnaître
Qui ça, vous ?...
LA MÊME VOIX FLUTÉE
Moi ! !...
Il ouvre. Entre la grisette, rouge comme une pivoine qui aurait monté aux étages.
LA GRISETTE
Bonjour mon chien. Comment ça va ?... Dieu que c'est haut ! Je suis toute essoufflée... Et ta portière qui me demande toujours où je vais, comprends-tu ça ? Elle me fait répéter pour me faire endêver... aussi je l'abomine, cette vieille bosco-là !... M'embrasses-tu ?... Laisse-moi ôter mon chapeau.
Endêver : Avoir grand dépit de quelque chose. [L]
Bosco : Petit bossu, petite bossue. [L]
L'ÉTUDIANT, avec l'empressement de l'homme qui bande
Donne le moi, mon ange.
LA GRISETTE, se débarrassant de son chapeau
Tiens... M'aimes-tu mon chat ?... Viens m'embrasser.
L'ÉTUDIANT, qui la tient dans ses bras
Oui...
LA GRISETTE, avançant son petit museau contre les lèvres de son amant
Nous serons bien sages, par exemple !
L'ÉTUDIANT, qui bande plus que jamais, lui faisant une langue
Oui...
LA GRISETTE
Ah ! Pas comme ça, tit_chat, pas comme ça... Ah ! T'es cochon !... Pas la langue, non, t'en prie, pas la langue... Devine ce que j'ai sous mon châle ?...
L'ÉTUDIANT, qui bande trop pour deviner quoi que ce soit
Des bretelles brodées par toi ?...
LA GRISETTE, qui s'est soustraite, pour un instant, aux langues de son amant, et qui sautille dans la chambre comme une bergeronnette
Non... Dans un pot ?...
LA GRISETTE, riant aux éclats
T'es bête ! Dans un pot, c'est un raisiné que maman m'a envoyé pour mon hiver... Tu l'aimes, le raisiné, n'est-ce pas gros minet ? Nous le mangerons.
Raisiné : Confiture faite avec du jus de raisin et des fruits, surtout des poires. [L]
L'ÉTUDIANT, qui n'a d'autres préoccupation que de baiser la grisette
Oui...
LA GRISETTE, s'arrêtant devant le cheminée
Tiens ! Où est la pendule ?...
L'ÉTUDIANT
Chez l'horloger.
LA GRISETTE
Et le verre, n'est-ce pas ? Elle est chez ma tante !...
L'ÉTUDIANT
J'en ai peur.
LA GRISETTE
Ah ! Oui, je sais... C'est pour l'autre jour, avec ta Madame_Machin, que vous avez été à Meudon me faire des queues...
Avec élan.
J'avais justement l'argent, vingt-cinq_francs... Je te les aurais prêtés !...
L'ÉTUDIANT, qui est parvenu à l'attirer sur une chaise
T'es bête, va !...
LA GRISETTE
Baisez-moi vite, mauvais sujet... Baisez-moi !...
Il lui fait une langue prolongée.
Non... Pas comme ça mon chien, pas comme ça... T'en prie !... Recommencez... Pas de bêtises, tit_chat !... T'en prie !...
Il lui pince amoureusement la cul.
Je ne veux pas... Non !... Travaille !...
Il lui patine le poitrine.
Non... Laisse-moi... Te dis... Je viens ici pour que tu travailles... Je vais me mettre à côté de toi...
Elle saute sur une chaise voisine.
C'est ça... Sois bien gentil !... Y a-t-il longtemps que je t'ai vu !... Baisez-moi, vilain méchant... Baisez-moi mieux que ça... Dis donc, a-t-elle autant de gorge que moi, ta madame ?...
L'ÉTUDIANT, qui en a plein les mains
Hou ! Hou !...
LA GRISETTE, se cambrant pour mieux faire saillir ses tétons
Je suis sûre qu'elle ne se tient pas comme la mienne... C'est que tu n'en trouveras pas comme ça tous les deux jours, sais-tu tit_chat ? Non !... Elle est mieux mise, ta dédame, mais elle n'a pas mon corps... Tiens, vois mes nénets, comme ils sont engraissés...
Elle les met à la fenêtre de son corsage.
Les aimes-tu, mes pommes ?...
Il les branle du doigt et de la langue.
Oh ! Non... N'y touchez pas, monsieur :... Je veux les conserver longtemps... Non, t'en prie... Ah !... Non... Tit_chat... Non... Travaille... Ah !... Cochon !...
L'ÉTUDIANT, l'attirant sur ses genoux, et lui retroussant la robe
Mais je travaille aussi.
LA GRISETTE
Pas ce travail-là... Je veux que tu sois raisonnable...
Il lui écarte les cuisses.
Eh bien !... Eh bien ! Où vas-tu comme ça ?... Qu'est ce que tu fourrages là-dedans ?... Ah ! Comme t'es cochon ! Comme t'es cochon !... Je ne veux pas, non... Je te connais : quand tu l'as fais, tu me renvoies... Non... T'en prie ! Non... Te dis... Tit_chat... Non !... Non !... Pas comme ça... ça me tire l'estomac...
Il la branle.
Laisse mon bouton... Mon tit bouton... Bien !... Ah !... Oui !...
D'une voix languissante.
Travaille...
L'ÉTUDIANT, remplaçant son doigt par sa pine
Je travaillerai après...
LA GRISETTE, qui commence à faire ses yeux blancs
Non... Tit_chat... Sais bien ce que t'as fais l'autre fois... Non ! Oh ! Non !... Faut donc toujours vous céder ?... Oui... Tu veux le faire... Ah !...
L'ÉTUDIANT, poussant sa pointe
Oui...
LA GRISETTE
Sur le lit mon chien... Sur le lit... On est mieux pour faire ça...
Il la porte sur le lit, et commence l'assaut avec une certaine furie.
Attends... Attends donc que je relève ma robe du dessous... Tu veux donc tout me déchirer !... Tiens... Ma voilà... Va... Pas comme ça, donc ! Tu vas chez le voisin... Laisse moi le conduire... Na !... Attends, mon petit homme... Oh !... Attends !... Faisons le longtemps, bien longtemps ; n'est-ce pas, tit_chien ?... Tu y es... Me sens-tu ?...
L'ÉTUDIANT, jouant avec vigueur des reins
Oui...
LA GRISETTE, jouissant, et ne pouvant retenir ses soupirs de bonheur, qui ressemble au cri du geindre
Han !... Han !... Han !... Que c'est bon !... Je jouis !... Va !.... Han !... Ah ! Que c'est bon...
L'ÉTUDIANT, jouissant aussi, mais plus silencieusement
Cher ange !... Je t'aime !...
LA GRISETTE, répondant aux coupsde pine de son amant par autant de coups de cul
Tu... m'ai... meras... tou... toujours ?....
L'ÉTUDIANT, qui n'est pas encore désarçonné
Oui...
LA GRISETTE, au paroxisme de la jouissance, et criant
Va !.. Va !... Va !... Petit homme... Pas tout de suite... Pars encore... Ah ! Cela vient... Tu me mouilles.... Ah ! Come je jouis, Mon Dieu ! Comme je jouis !... ça me va dans la plante des cheveux... Ah ! Oui ! Tue-moi !... Ah ! Tue-moi... Ah ! Tu-moi !...
LA VOIX DE MONSIEUR PRUDHOMME
Pas d'assassinats dans la maison s'il vous plaît !... Eh ! Là-bas, avez vous bientôt fini vos turpitudes ?...
LA GRISETTE, gigotant encore
Qu'est ce qu'est donc là, à côté ?
LA VOIX DE MONSIEUR PRUDHOMME
Vous allez me porter à de regrettables attentats sur ma personne...
Les deux amants qui n'ont pas encore tout-à-fait fini, ne soufflent mot ; le lit sul parle pour eux, éloquemment.
LA GRISETTE, dans les dernières convulsions du bonheur
Qu'est-ce donc là à côté ?
L'ÉTUDIANT, limant encore, pour l'acquit de sa conscience, car il ne bande plus aussi raide
Une vieille bête !...
LA GRISETTE, qui bande encore
Nous le faisions si bien !... Je voudrais recommencer... Et toi, tit_chat ?...
L'ÉTUDIANT, la branlant, pour laisser un instant souffler sa pine
Moi aussi...
LA GRISETTE, qui est pour la jouissance sérieuse, et non pour les a-peu-près
Pas comme ça !... Polyte, mon Lilyte ôte ta main ; ôte ta main... Non ! Veux pas... Ôte te main... T'en prie !...
LA VOIX DE MONSIEUR PRUDHOMME
Hippolyte, ôtez donc votre main !
L'ÉTUDIANT, à Monsieur Prudhomme
Vous n'allez pas nous foutre la paix, vous !...
LA VOIX DE MONSIEUR PRUDHOMME
Très bien, Monsieur... Vous me faites sortir de mon lit... J'abandonne la place... Je vais achever ma sieste dans une chambre voisine, pendant que vous achèverez vos impudicités dans la vôtre...
L'ÉTUDIANT
Enfin, il est parti, cet imbécile... Qu'est ce que nous disions déjà ?...
LA GRISETTE, qui ne perd pas son sujet de vue et de main
Nous disions, tit_chat, que nous faisions des bêtises... Je voudrais bien vous embrasser... Donnez-moi votre petit bécot...
Lui pelotant les couilles et lui chatouillant le membre.
Je veux voir si vous êtes en état.
S'apercevant qu'il bande.
Oui, vous êtes en état, cochon !...
Avec admiration, et voulant profiter de l'occasion.
Il est plus fort qu'il n'était tout_à_l_heure... Et dur ! On dirait du fer !... Comment une si grosse affaire ne vous crève-t-elle pas le ventre quand elle entre ?...
Elle s'en empare avidement et de l'introduit.
Attends, mon chien, attends... ça y est bien, à présent... Va !... Ah !... Maman !... Maman !...
L'ÉTUDIANT, qui jouit plus silencieusement, mais tout aussi profondément. félicités
Ah ! Cher ange ! Cher ange !...
LA GRISETTE, nageant dons un lac de félicités
Oh ! Va ! Va !... Mais va donc !... Pousse, tit_homme... Pousse... Mais pousse donc !... Ah ! Comme je te sens bien !... Ah ! Maman, maman, que c'est bon !... Comme tu fais bien ça, mon chéri... As-tu autant de bonheur que moi ?... Parle-moi, t'en prie... Ah ! Que c'est bon !... Dis que tu m'aimes bien... Mais, là, bien !
L'ÉTUDIANT, poussant toujours
Oui...
LA GRISETTE, tortillant des fesses
Dis-le toi-même !...
L'ÉTUDIANT
Je t'aime bien.
LA GRISETTE, suppliante
Donne moi ta langue... Ta chère bonne petite languette...
Impérieusement.
Ta langue ! Ta langue ! Ah ! Mon minet... Ah !... Ah !... Ah !...
L'ÉTUDIANT
Ma poulette !...
LA GRISETTE, pâmée
Ta poulette, oui... Ta petite poule chérie... Ta... Ta... poule... chérie...
L'ÉTUDIANT
Oui...
LA GRISETTE, faisant casse-noisette
Sans-tu comme je te le serre ?... Va au fond... Bien au fond... Pousse, mon petit homme... Pousse... Tu me dira quand ça viendra...
Casse-noisette : Familièrement. Figure, menton de casse-noisette, en casse-noisette, menton qui se relève et se porte vers le nez.
L'ÉTUDIANT, précipitant ses coups
Oui...
LA GRISETTE, suppliant
Pas sans moi ! Pas sans moi !... Ensemble !... Jouis... Jouissons... ensemble... bien... ensemble ... Oh ! Maman !... Maman !... Maman !... Que c'est bon !... Tue-moi !... Tue-moi !... Tue-moi !... Oh !
L'ÉTUDIANT, qui a déchargé
Oui...
LA GRISETTE, crispant pieds et mains
Ah !... Ah !... Ah !... J'ai bien joui... Oui !... Et toi tit_chat ? Et toi ?...
L'ÉTUDIANT, retirant sa queue
Moi aussi...
LA GRISETTE, avec reproche
Ah ! Tu te retires !... Pourquoi ne l'as-tu pas laissée dans moi ?... Je ne l'aurais pas mangé, va !... Reste encore comme avant... là contre mon ventre... Déjà fini !... Ah ! C'est bête !... Ça devrait durer toute le vie...
Silence... Les deux amants, toujours entrelacés, se bécotent tendrement encore, mais sans jouer des reins. La grisette serre avec énergie l'étudiant contre sa poitrine, en soupirant et en tressaillant sous les derniers frissons de la jouissance ; pour un peu, elle recommencerait ; déjà même, sa main, se faufilant, sous les couilles de son amant, s'apprête à les chatouiller et à réveiller en elles le sperme qui dort ; mais l'étudiant, qui n'a que deux coups à son arc, se soustrait brusquement à cette incitation, en sautant au bas du lit.
L'ÉTUDIANT
Est-ce que je ne t'ai pas dit que j'avais à sortir ?
LA GRISETTE, étonnée
Non... Vois comme tu es cochon... Quand tu l'as fait tu me renvoies !... C'est toujours la même chanson...
L'ÉTUDIANT
Puisque j'ai à sortir.
LA GRISETTE, toujours sur le lit et plurant à chaudes larmes
Hi ! Hi ! Hi !... Hi ! Hi !...
L'ÉTUDIANT, contrarié
Ah ! Si tu pleures, nous allons gentiment nous amuser.
LA GRISETTE, toujours pleurant
Moi qui comptais tant que nous sortirions ensemble !... Hi ! He ! Hi !...
L'ÉTUDIANT, avec impatience
Puisque je te dis que j'ai une commission pour ma mère !
LA GRISETTE
Elle vient donc d'arriver, ta mère ?
L'ÉTUDIANT
Je ne te l'ai pas dit ?...
LA GRISETTE
Tu me l'as dit la dernière fois... Ah ! Je suis pas heureuse, moi... Non... J'ai pas de chance.... C'est comme le robe que tu m'avais promise...
L'ÉTUDIANT
Tu l'auras !...
LA GRISETTE, sautant au bas du lit
Quand ?... Le semaine_des_quatre_jeudis, n'est ce pas ?....
Le semaine des quatre jeudis : expression pour exprimer une date hypothétique voire inexistante.
L'ÉTUDIANT, allant à son secrétaire
Tiens, la voilà, ta robe !...
Il lui jette avec colère une pièce de vingt francs.
LA GRISETTE, éclatant de douleur
C'est pas comme ça que je la voulais !... C'est pas comme ça !... Ah ! Mon Dieu !... Mon Dieu !...
Elle sanglote et se pâme.
L'ÉTUDIANT
Eh bien ! Quoi ! i Tu vas te trouver mal à présent ! Fanny ! Fanny !... Je t'en prie !...
Il la prend dans ses bras, et la caresse tendrement.
Tu pleure !... Fi ! Que c'est vilain !... Voulez-vous bien vite essuyer ces vilaines larmes-là !...
LA GRISETTE, riant d'un oeil et pleurant encore de l'autre
Non ! Je pleure plus... Je ris... Tiens !... Et toi aussi, t'as pleuré... Baise-moi, et sois plus méchant, tit_chat !... T'en veux plus, mais plus du tout !...
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica