Comédie en vers
L'Impromptu de l'Hôtel de Condé
Représentée pour la première fois, en l'Hôtel de Condé, le 11 décembre 1663.
Personnages
- LE MARQUIS
- LA MARQUISE
- ALCIDON
- LÉANDRE, solliciteur de procès
- ALIS, marchande de livres
- CASCARET, valet du marquis
- BEAU-CHÂTEAU
- DE VILLIERS
L'IMPROMPTU DE L'HÔTEL DE CONDÉ
SCÈNE PREMIÈRE. De Villiers, Beau-Château, Léandre.
DE VILLIERS
Il faut nous dépêcher de faire notre emplette : Je vois un chicaneur dont la tête mal faite...LÉANDRE
Ah, ah ! Bonjour, Messieurs ; avez-vous des procès ? Je suis de vos amis, et prends part au succès. Qui vous mène au palais ?LÉANDRE
Eh ! vous en faut-il tant ?DE VILLIERS
Comment, s'il nous en faut ! Vous pouvez en juger : demain Monsieur Boursaut Fait jouer sa réponse, et j'ai l'honneur d'y faire Un Marquis malaisé qui ne saurait se taire. Jugez, après cela, s'il nous faut des rubans.Edme Boursault (1638-1701) est une auteur dramatique (16 pièces) et d'une Gazette burlesque.
LÉANDRE
Comment, votre réponse ? Elle vient bien à temps ; Tout Paris voudra voir une telle entreprise.BEAU-CHÂTEAU
Nous la donnons demain sans aucune remise.LÉANDRE
Molière a donc poussé sa pointe jusqu'au bout, Il vous en a donné sur le ventre et partout. Sur mon âme, il a bien contrefait vos postures, Bien imité vos tons, votre port, vos figures. De quoi diable alliez-vous aussi vous aviser, Quand vous fîtes dessein de le satiriser ? Aussi mal-à-propos vous vous faites de fête. Dites donc, il vous a fort mal lavé la tête.Références à "l'Impromptu de Versailles" de Molière donné en 14 octobre 1663 et "L'Impromptu de l'Hôtel de Condé" le 11 décembre.
DE VILLIERS
Il s'en faut consoler, mais enfin notre espoir Est que, Monsieur Boursaut faisant bien son devoir, Nous en aurons raison.LÉANDRE
Boursaut ? Que peut-il dire ? Quoi ! Contre le daubeur vous le faites écrire ?Daubeur : Celui qui raille les gens, qui en parle mal. [L]
BEAU-CHÂTEAU
Vous êtes son ami ; nous le voyons, Monsieur.LÉANDRE
À vous dire le vrai, je suis son serviteur ; Mais contre L'In-promptu, ma foi, point de réplique.BEAU-CHÂTEAU
On en disait autant, quand il fit la critique ; Et le portrait du peintre a pourtant des appas."Le Portrait du peintre ou la contre-citique de l'ECole des Femmes" est une comédie d'Edme Boursault (1663).
SCÈNE II. De Villiers, Beau-Château.
DE VILLIERS
Le bon original !BEAU-CHÂTEAU
Si ce n'est un Marquis, il ne le fait pas mal.DE VILLIERS
Comme je dois jouer un pareil personnage, Je vais l'étudier ; je crois qu'il n'est pas sage De se tant démener.BEAU-CHÂTEAU
C'est qu'il a le bel air ; Rangeons-nous à l'écart pour l'entendre parler.Bel air : les manières élégantes. [L]
SCÈNE III. Le Marquis, Alis, Cascaret.
LE MARQUIS
Hé, laquais ?CASCARET
Monsieur.LE MARQUIS
Vois dans cette autre boutique Si tu n'y verras pas la Marquise Angélique ; Je crois qu'on doit juger son procès aujourd'hui. Si tu vois Alcidon avec elle, dis lui...Cascaret sort.
Rien. Ils s'entr'aiment fort l'un et l'autre, et je gage Que le gain du procès fera leur mariage.À Alis.
La Marquise est ici ?LE MARQUIS
Non ?... Et son Procureur ?ALIS
Vraiment il n'a pas tant de soin de ses parties, Il vient tard, et s'en va dès qu'elles sont sorties.LE MARQUIS
Comme c'est aujourd'hui qu'on juge son procès, Je veux, si je le puis, en savoir le succès ; Car j'y prends quelque part ; mais il les faut attendre.LE MARQUIS
Avez-vous du bon sens ?ALIS
Si j'en ai ? Je le crois, c'est de Monsieur Corneille : C'est du siècle présent l'honneur et la merveille ; Et les oeuvres, Monsieur, d'un homme si vanté, Le feront adorer de la postérité. Nous n'avons point d'auteur dont la veine pareille..."Sophonisbe" de Pierres corneile a été publié pour la première fois en 1663.
ALIS
Voilà Tibérinus ; c'est de Monsieur Quinault.Philippe Quinault n'aurait pas écrit de pièce nommée Tibère ni de Tibérinius.
LE MARQUIS
Hé ! Gardez-moi cela pour quelqu'archi-badaud ; Des pièces qu'il nous fait le sujet est si tendre, Qu'il fait toujours pleurer ceux qui vont pour l'entendre ; Et vous ne savez pas fort bien ce qu'il me faut.LE MARQUIS
Hé ! Morbleu, brûlez-moi de telle marchandise ; Dieu me damne ! j'aurais le goût bien dépravé.ALIS
Si vous le méprisez, d'autres l'ont approuvé. Monsieur, voulez-vous voir le Baron de la Crasse ?"Le Baron de la Crasse" est une comédie de Raymond Poisson, elle fut représentée en juin 1662 à l'Hôtel de Bourgogne.
ALIS, lit
OEuvres du Sieur Boyer : Monsieur, si vous voulez...Claude Boyer (1618-1698) auteur dramatique et académicien (1666). Il ne rencontra que rarement le succès malgré une grande production.
LE MARQUIS
De qui ? Belle demande ! De Molière, morbleu ! De Molière, de lui, De lui, de cet auteur burlesque d'aujourd'hui ; De ce daubeur de moeurs, qui, sans aucun scrupule, Fait un portrait naïf de chaque ridicule, De ce fléau des cocus, de ce bouffon du temps, De ce héros de farce acharné sur les gens, Dont pour peindre les moeurs la veine est si savante, Qu'il paraît tout semblable à ceux qu'il représente.ALIS, lui présentant des livres
Tenez.LE MARQUIS
Voyons un peu son École des femmes, Je l'ai, je m'en souviens, promise à quelques dames.En regardant le premier feuillet de l'École des femmes où Molière est dépeint.
N'est-ce pas là Molière ?ALIS
Oui.LE MARQUIS
Oui, c'est son portrait.ALIS
Oui, Monsieur, comme c'est un sermon qu'il y fait. De peur qu'on n'en doutât, il s'est fait peindre en chaise.LE MARQUIS
Point : c'est qu'étant assis on est plus à son aise. Plus je le vois, et plus je le trouve bien fait. Ma foi, je ris encor, quand je vois ce portrait.LE MARQUIS
Je ris de souvenance. Voyant dans ce portrait Agnès en sa présence ; Il me souvient toujours à propos de cela. Que Molière lui dit : « Là, regardez-moi là ». Dieu me damne ! Il est bon cet endroit.Agnès est une personnage jeune et naïf de l'Ecole des Femmes.
ALIS
Elle n'ose.ALIS
Mais...LE MARQUIS
Il faut que tout cède au bouffon d'aujourd'hui. Sur mon âme, à présent on ne rit que chez lui ; Car pour le sérieux à quoi l'hôtel s'applique, Il fait, quand on y va, qu'on ne rit qu'au comique. Mais au palais royal, quand Molière est des deux, On rit dans le comique et dans le sérieux, Dieu me damne !ALIS
Après tout...LE MARQUIS
Tout le monde le prise.SCÈNE IV. Le Marquis, Alcidon, La Marquise, Alis, Cascaret.
LA MARQUISE
Hé bien ! mon procureur est-il venu ?LE MARQUIS
Marquise, Cependant qu'il viendra (car il n'est pas venu) Molière, dites-nous, vous est-il inconnu ? Et ne l'aimez-vous pas ?LA MARQUISE
Il faut que je le die, Je l'aime, et j'ai toujours aimé la comédie ; J'ai voulu la jouer, et, sans ma qualité, Je ne sais pas trop bien ce qu'il en eût été. J'aime à dire des vers, et je crois sur mon âme, Que j'aurais si bien dit, « Obscénité, Madame ».Voir "La Critique de l'ECole des femmes", scène III, Climène.
LE MARQUIS
Vous ne l'entendez pas.LA MARQUISE
Pourquoi non ?LA MARQUISE
Mais pourtant c'est bien là sa manière.LE MARQUIS
Oui, morbleu ! Je le suis, protecteur déclaré : Dis ce que tu voudras, il fait fort à mon gré.ALCIDON
L'on pourrait faire mieux.ALCIDON
Il est vrai qu'il récite avecque beaucoup d'art, Témoin dedans Pompée, alors qu'il fait César. Madame, avez-vous vu dans ces tapisseries Ces héros de romans ?La Mort de Pompée, tragédie de Pierre Corneille (1644). Pompée est dans le titre mais ce n'est pas un personnage de la pièce.
LA MARQUISE
Oui.LE MARQUIS
Belles railleries !ALCIDON
Il est fait tout de même ; il vient le nez au vent, Les pieds en parenthèse, et l'épaule en avant ; Sa perruque, qui suit le côté qu'il avance, Plus pleine de lauriers qu'un jambon de Mayence ; Les mains sur les côtés d'un air peu négligé, La tête sur le dos comme un mulet chargé, Les yeux fort égarés ; puis débitant ses rôles, Un hoquet éternel sépare ses paroles, Et lorsque l'on lui dit, « et commandez ici.Il répond :
Connaissez-vous César, de lui parler ainsi ? Que m'offrirait de pis la fortune ennemie, À moi qui tiens le sceptre égal à l'infamie ? »Les trois vers qui suivent sont les v.808-810 de La Mort de Pompée de Pierre Corneille.
LE MARQUIS
Mais tu ne songes pas bien à ce que tu fais. Parle donc, notre ami, nous sommeS au palais.ALCIDON
Et pour être au palais ?LE MARQUIS
Est-ce pour faire rire Que tu veux mille gens témoins de ta satyre ? Sais-tu ce qu'on dira ?ALCIDON
Que dira-t-on de moi ?ALCIDON
Mais au Palais-Royal, ami, quand on y joue, Arnolphe jette bien son manteau dans la boue, Quand auprès de sa porte, accablé de chagrin, Il vient interroger Georgette avec Alain ; Puis, pour instruire Agnès, et : pour se mettre en vue, Il se fait apporter un siège dans la rue, Et dans son Impromptu, comme j'ai su de toi, Met sa scène dedans l'antichambre du Roi. Et pour être au palais je n'oserais te faire Ce burlesque portrait ? Là, dis donc que Molière...Le théâtre du Palais-Royal est le lieu où est établie la troupe de Molière.
LE MARQUIS
Non ; pour le sérieux c'est un méchant acteur : J'en demeure d'accord, mais il est bon farceur. Mais, toi, de ce qu'il fait fais encor raillerie. « Voyez un peu la ruse et la friponnerie. » Que dis-tu de ce ton : friponnerie ? Hé bien ? Là, dis donc, qu'en dis-tu ?Le vers cité est le vers 472 de L'École des maris de Molière, Acte II, scène 3, Sganarelle.
ALCIDON
Qui, moi ? Je n'en dis rien.ALCIDON
Témoin dans cet endroit de l'école des femmes : « Mon pauvre petit bec, tu le peux, si tu veux : Écoute seulement ce soupir amoureux, Vois ce regard mourant, contemple ma personne, Et quitte ce morveux et l'amour qu'il te donne ; Sans cesse nuit et jour je te caresserai, Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai. »Les vers cités sont de l'École des femmes de Molière, Anolphe à Agnès, Acte V scène 4, v.1586-1594.
LE MARQUIS
Hé bien ! N'est-ce pas là le ton à faire rire ? Si l'on t'avait donné ces mêmes vers à dire, Dirais-tu pas ainsi ?ALCIDON
Quoi ! Se faire si laid ?ALCIDON
Mais, aux grimaces près, on peut mieux réciter. C'est sur l'air naturel que le récit se fonde.LE MARQUIS
Et plus humainement... encore ! Ho, ho ! tu railles ; Voudrais-tu point dauber l'Impromptu de Versailles ?ALCIDON
On m'a dit...LE MARQUIS
Par ma foi, je n'ai jamais tant ri, Que quand ce singe adroit contrefit Montfleury.Il souffle comme fait Molière dans l'Impromptu de Versailles.
Montfleury accepte ici la caricature qu'on fit de lui-même.
ALCIDON
Je le crois.LE MARQUIS
Qu'en dis-tu ?ALCIDON
Tout ce que tu voudras, mais dans cet Impromptu, Quoi que tu puisses dire, on ne peut mettre en doute...LE MARQUIS
Il contrefait, morbleu ! Ceux de l'hôtel.L'Hotel signifie l'Hôtel de Bourgogne et sa troupe.
ALCIDON
Écoute ; S'il contrefait si bien leurs tons et leurs détours, Il devrait, par ma foi, les imiter toujours ; Ce serait pour Molière une assez bonne affaire, S'il quittait son récit pour les bien contrefaire ; Car l'on voit à l'hôtel des acteurs merveilleux.LE MARQUIS
Molière, dieu me damne ! en fait vingt fois plus qu'eux. Ces acteurs, dans les vers que l'on leur donne à dire, Ignorent les endroits qui pourraient faire rire, Ils ont beau faire efforts, ils les cherchent en vain ; Mais Molière les trouve, et, c'est le fin du fin. Car, quand il contrefait de Villiers dans OEdipe, Beau-Château dans le Cid, sa femme qu'il constipe, Et que dans Nicomède il fait voir Montfleury, L'on rit dans les endroits où l'on n'a jamais ri ; Et dedans cet endroit où sa main les assemble, Il fait plus rire seul que tous ces quatre ensemble.ALCIDON
Mais ne t'y trompe pas.LE MARQUIS
Consolez-vous tous deux.ALCIDON
C'est de lui que l'on rit, Marquis ; ce n'est pas d'eux, Car dessus ce sujet, quoi que tu puisses dire, Le dessein des acteurs n'est pas de faire rire ; On récite chez eux comme il faut réciter. Crois-tu que dans les vers que l'autre vient citer, Il faille faire rire ? Et peux-tu reconnaître...LE MARQUIS
Si ce n'est leur dessein, morbleu ! Ce devrait l'être ; Car pour le sérieux on devient négligent, Et l'on veut aujourd'hui rire pour son argent. L'on aime mieux entendre une turlupinade, Que...Turlupinade : Plaisanterie basse, de mauvais goût, fondée sur quelque froid jeu de mots. [L]
ALCIDON
Par ma foi, Marquis, notre siècle est malade. N'es-tu point de ces gens qu'on ne saurait souffrir, Et qui disent partout qu'ils le veulent guérir ?LA MARQUISE
Mais Molière, après tout, quoiqu'il fasse le fier, Peut, en les imitant, apprendre son métier ; Mais eux, qu'avec plaisir tout Paris vient entendre, En le contrefaisant, ne peuvent rien apprendre ; J'avouerai cependant, pour devenir bouffons, Qu'ils pourraient bien avoir besoin de ses leçons.LE MARQUIS
Mais je crois qu'ils feront beaucoup mieux de se taire ; Sont-ils assez méchants pour le bien contrefaire ?ALCIDON
Et quand ils en auraient même la volonté, Le plus hardi d'entr'eux serait déconcerté. S'ils y songent, il faut que leur dessein avorte, Car, qui diable croirait un vers de cette sorte ?LE MARQUIS
D'où va venir ce vers ?ALCIDON
Attendez, il est pris De... (si je m'en souviens) L'École des maris, Quand il parle à son frère. Oui, lorsqu'il lui propose De signer : « Taisez-vous, vous dit-on, et pour cause. »Citation au vers 1023 de l'Ecole des Maris de Molière.
ALCIDON
Puisque c'est ton avis, je le veux croire tel. Dis ce que tu voudras, Marquis, moi, je m'engage À faire voir à tous...LE MARQUIS
Dieu me damne ! J'enrage, Quand je vois des lourdauds faire les gens d'esprit. Blâme encor la façon dont ce grand homme écrit ; Dis-moi, trouves-tu pas cette pointe divine : « Marquis, à tes canons fais prendre médecine... Pourquoi, Marquis, pourquoi ?... C'est qu'ils se portent mal. »Citation de l'Impromptu de Versailles.
ALCIDON
Mais dans cet Impromptu que tu fais si plaisant, S'il est comme tu dis, si fort divertissant, Pourquoi rit-on si peu ?LE MARQUIS
Pourquoi ? C'est qu'on admire. Crois-tu, s'il eût voulu, qu'il n'eût pas bien fait rire ? Quoi ! Ne pouvait-il pas, ayant le même corps, En faire encore agir les burlesques ressorts ? Et n'a-t-il pas en lui, cet homme inimitable, De ses contorsions la source inépuisable ? Madame, donnez-nous un peu son impromptu.LE MARQUIS
Comment !LE MARQUIS
Cette pièce est fort bonne ; Molière est mon ami, je veux qu'il vous la donne ; Pour de l'argent, s'entend.LE MARQUIS
Non, non ; c'est l'Impromptu...LE MARQUIS
De trois ans ?ALIS
Oui, Monsieur.LE MARQUIS
De trois ans ; comment diable !ALIS
Il a joué cela vingt fois au bout des tables, Et l'on fait dans Paris que, faute d'un bon-mot, De cela chez les Grands il payait son écot.Payer son écot : Fig. Il paye bien son écot, se dit d'un homme agréable, à table, en société, ce qui fait qu'on lui donne volontiers à dîner.
ALCIDON
Dis donc, viendras-tu point me dire, Touchant cet Impromptu, qu'il faut que je l'admire ? Et quand, après trois ans, il vient nous faire voir...LE MARQUIS
C'est-là, morbleu, c'est-là ce qui le fait valoir. Malgré toi, dieu me damne ! Il faut que l'on l'admire. Quoi ! D'une vieille farce où l'on n'a point fait rire, D'un méchant pot-pourri qu'à peine souffre-t-on, En faire un Impromptu plaisant ! Dis donc que non !À Alis.
Vous en vendrez beaucoup, et par toutes les places...ALIS
Il faudrait donc, Monsieur, vendre aussi ses grimaces, Et de peur qu'en lisant on n'en vît pas l'effet, Au bout de chaque vers il faudrait un portrait. Ma foi, je n'en veux point ; pas un de nos Libraires N'en veut.LE MARQUIS
Mais...ALIS
Mais, Monsieur, chacun sait ses affaires. Si, quand il fait des vers, il les dit plaisamment, Ces vers, sur le papier, perdent leur agrément ; On est désabusé de sa façon d'écrire, L'on rit à les entendre, et l'on pleure à les lire ; Et de ces mêmes vers, tels qui seront charmés ? Ne les connaissent plus, quand ils sont imprimés. Sitôt que l'on les lit, un chacun nous vient dire : Je voudrais bien la voir de quoi nous pouvions rire ; Car de tout ce qu'il fait on ne reconnait rien Que le titre, le nom des acteurs et le sien.LE MARQUIS, apercevant Cléante, lui fait signe de son chapeau
Marquis, Marquis ! Laquais, cours après pour lui dire Qu'il vienne jusqu'ici, s'il a dessein de rire. Là, Madame, parbleu ! Dussiez-vous vous fâcher, Notre ami le Marquis vous entendra prêcher.SCÈNE V. Le Marquis, Cléante, Alcidon, La Marquise, Alis, Cascaret.
LE MARQUIS
Bonjour, Marquis.LE MARQUIS
Morbleu ! C'est du ton de Molière. Te moques-tu, toi-même, approche, approche-toi. Madame, que voilà, disputait contre moi, Et blâme l'Impromptu.CLÉANTE
Une chose à mon sens choque la bienséance, Touchant ce grand auteur ; c'est de voir que partout À se faire louer lui-même il se résout ; Car la Marquise, enfin, fait son panégyrique Dedans son IMpromptu, comme dans sa critique. Cette prude est suspect, et je crois ce défaut...ALCIDON
Qu'il prenne garde à lui, Marquis ; car je t'annonce Qu'avant qu'il soit deux jours on jouera la réponse, Qu'il y sera daubé, mais daubé finement ; Et tu peux l'avertir d'y songer promptement.LE MARQUIS
Oui, l'on dit que, pendant que la noise redouble, Un certain Montfleury veut pêcher en eau trouble, Et qu'il s'en veut mêler.CLÉANTE
Et que fera Boursaut ?LE MARQUIS
J'ignore la raison qui l'a mis en défaut : Mais le premier venu pourra prendre sa place ; Car on ne pense pas pour cela qu'il la fasse. Ce ne sera pas lui, cela fera donc beau ?CLÉANTE
On dit que le dessein en est assez nouveau ; Enfin, l'on y travaille, et j'en sais bien le titre, Et l'on doit finement dessus certain chapitre...LE MARQUIS
« Hé, mon_Dieu ! Notre ami, ne te tourmente point. Bien huppé qui pourra l'attraper sur ce point. » Qu'à leur gré ces messieurs satirisent Molière, Qu'ils blâment son récit, son port et sa manière, Il ne répondra plus ; car il veut que le temps...Citation imprécise de l'École des femmes de Molière, vers 73-74.
SCÈNE VI. Le Marquis, La Marquise, Cléante, Alcidon, Alis, Cascaret, Léandre,
LA MARQUISE, apercevant Léandre
Monsieur, et mon affaire ?LÉANDRE
Madame, elle est jugée.LA MARQUISE
Et de quelle manière ?LÉANDRE
Hors de cours, sans dépens.LA MARQUISE
Je gagne mon procès ?LÉANDRE
Assurément, Madame.LA MARQUISE
Ô dieu ! L'heureux succès !LA MARQUISE
Mais l'on peut s'en aller.LE MARQUIS
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