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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie Tirée de l'Ecriture Sainte

Hérode

Augustin Nadal· créée en 1709· 5 actes· 1 608 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois le 15 février 1709 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • HÉRODE, roi de Judée
  • ALEXANDRE, fils d'Hérode et de Mariamne
  • ANTIPATER, fils d'Hérode, d'un premier lit
  • GLAPHIRA, fille d'Archélaüs, Roi de Cappadoce, accordée à Alexandre
  • SALOMÉ, soeur d'Hérode
  • THIRRON, ministre sous les Règnes précédents
  • NARBAL, confident d'Hérode
  • PHILON, juif
  • ACHAS, juif
  • PHÉNICE, confidente de Glaphira
  • PHÉDIME, confidente de Salomé
  • GARDES
PRÉFACE

Ce n'est pas seulement pour ne point blesser les bienséances de mon état, que je m'attache aux sujets que l'Histoire Sainte et l'Écriture nous fournissent ; la dignité de ces mêmes sujets et leur nouveauté est une des raisons principales qui m'engagent à les traiter. J'ai regardé la mort des enfants d'Hérode comme une action propre pour la Scène. La nature, l'amour, l'ambition, la jalousie de l'autorité, tout est de la partie, et entre dans les mouvements que j'ai tâché d'exprimer. Quelque scrupuleux que l'on doive être sur la vérité des événements, surtout dans ce qui regarde une histoire consacrée par la Religion, on doit encore s'attacher plus particulièrement à rendre les caractères, et à ramener à ce point tous les incidents. J'ai cru avoir mis sur la Scène, Hérode et Salomé avec tous les traits qui pouvaient les faire reconnaître. J'ai donné à Salomé un objet et des vues, qui à la vérité n'empêchent point qu'elle ne soit odieuse ; mais qui donnent à son crime je ne sais quel éclat qui ne laisse pas de trouver des admirateurs. Josèphe nous parle de ses intelligences avec Silléus. Aristobule, dit-il, lui avait mandé que le Roi la voulait faire mourir, sur ce qu'on lui avait rapporté que sa passion pour Silléus, qu'Hérode regardait comme son ennemi, lui faisait secrètement donner avis à cet Arabe de tout ce qu'elle savait de ses projets. Je n'ai point parlé d'Aristobule fils d'Hérode ; soit que j'aie appréhendé qu'on ne le confondit avec Aristobule frère de Mariamne, et Prince d'une grande espérance, qu'Hérode avait fait noyer ; soit que ne pouvant le regarder que dans les mêmes intérêts et dans la même situation qu'Alexandre son frère aîné, je craignisse de multiplier les mêmes caractères. Josèphe m'a fourni l'idée de Thirron : tout ce que j'ai fait a été d'en élever le caractère, et de charger les remontrances qu'il fit à Hérode. C'est un morceau tout neuf sur le Théâtre, dont tout le monde a été également frappé ; ce qui est une preuve sensible qu'il y a dans le fond du coeur humain un respect pour la vertu à l'épreuve de tout.

MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE DUC D'AUMONT, PAIR DE FRANCE, PREMIER GENTILHOMME DE LA Chambre du Roi, Gouverneur de Boulogne et du Pays Boulonnais, etc.

Vous m'avez permis de vous dédier la Tragédie d'Hérode : mais en même temps vous avez souhaité que je supprimasse tous ces « éloges, dont la flatterie peut-être a gâté l'usage. Je crois pouvoir vous obéir, sans garder tout le silence que vous exigez de moi. Il y a des qualités, MONSEIGNEUR, sur lesquelles la modestie n'a point de droit : telles sont les vertus de la société, que vous avez poussées à leur de gré de perfection. Ce n'est pas vous louer non plus, que de relever et l'antiquité de votre nom : il y a un certain point de gloire et de grandeur au-dessus de toutes les louanges ; et je ne pourrais que saisir cette conformité de vos qualités, avec celles de tous les grands hommes de votre Maison, qui depuis les temps les plus reculés ont été revêtus des premières Dignités de l'État, parés de tous les Titres les plus brillants que la subordination a établis, et honorés de la confiance et de l'amitié de nos Rois. Qu'il est beau, dans le rang où la Providence vous a placé, de se ramener, comme vous faites, aux plus légères bienséances de la vie ; de réunir avec tous les sentiments d'une âme élevée, cette bonté, cette générosité, cette onction, qui est bien moins l'effet d'une politesse recherchée, que d'un fond de vertu qui vous attache à tous les devoirs de l'humanité. Avec de telles qualités, MONSEIGNEUR, les grands ne perdent rien à être vus de près ; on leur rend avec plaisir ce tribut de respect et de considération qui nous est imposé : on fait plus, on les aime. Pour moi, MONSEIGNEUR, depuis que vous m'avez donné la plus glorieuse marque de votre estime, en m'attachant à votre personne, j'ai senti qu'on devenait encore plus honnête homme en vous approchant. J'ai trouvé en vous des principes et des maximes, qui passent de bien loin les idées ordinaires de l'honneur et de la vertu. J'y ai trouvé un exemple sensible de ces grands sentiments que nous mettons sur la Scène avec confiance. Quel heureux mélange tout cela ne fait-il point avec le goût parfait qui est en vous pour toutes les beautés et les mystères de l'art dans toutes les espèces de productions ? Si la Tragédie, MONSEIGNEUR, passe pour le chef-d'oeuvre de l'esprit humain, avec quelle admiration ne devons-nous point regarder ce feu d'esprit et d'intelligence que vous possédez souverainement, qui en saisit les rapports et les liaisons, qui suit les caractères, et cherche cette unité que forment tous les incidents que l'art y a préparés ? C'est ce que j'ai utilement éprouvé aux lectures que j'ai eu l'honneur de vous faire d'Hérode. Oui, MONSEIGNEUR, vous lui deviez une protection particulière ; vous êtes naturellement engagé à soutenir une Pièce qui est faite pour l'esprit et pour la raison, et où l'on met à la place des vains sentiments d'une passion frivole, les images et les instructions terribles qui forment le principal objet de la Tragédie. La manière vive et généreuse avec laquelle vous en avez appuyé la représentation, suffirait pour m'obliger à vous la consacrer : mais la reconnaissance est ici de trop ; votre mérite personnel, dépouillé de tout ce qui vous environne, me détermine tout seul à vous rendre un témoignage public du respect avec lequel je suis,

MONSEIGNEUR, Votre très humble et très obéissant Serviteur, l'Abbé Nadal.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Salomé, Philon.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Alexandre, Philon.

ALEXANDRE

Dois-je me confier aux caresses du Roi ? Ai-je donc oublié que sa haine couverte Me conduisit à Rome, y poursuivit ma perte ? Ou plutôt sans douleur puis-je m'en souvenir ? Au sort de Glaphira l'hymen m'allait unir : Je l'aimais, tout semblait flatter mon espérance : Son père Archélaüs hâtait cette alliance. Cependant il fallut m'écarter de ces lieux, Et dévorer des pleurs qu'arrachaient nos adieux. Du Roi dans le chemin les perfides caresses Cachèrent contre moi ses fureurs vengeresses, J'admirais en secret l'excès de sa bonté : Mais de quel trouble affreux me trouvai-je agité, Quand du Peuple Romain obtenant audience, Il arma contre moi sa funeste éloquence, M'imputa des forfaits dignes de sa fureur ? Rome alors, cher Philon, ne put voir sans horreur Tous les cruels effets de son courroux funeste ; Un Roi qui de son sang poursuit en moi le reste ; Un père demandant la tête de son fils, Et là de ses travaux terminant tout le prix. Je trouvais, à sa haine opposant un refuge, Un bourreau dans mon père, un père dans mon Juge. Auguste, le Sénat, tout le Peuple à la fois, Du sang qu'il trahissait prirent en main les droits ; Et la fureur d'Hérode excitant leur murmure, Pour moi dans tous les coeurs fit parler la nature. Malgré tous leurs efforts, tous leurs soins redoublés, Les amis de Salomé en parurent troublés. Le Roi lui-même alors, confus de sa poursuite, Retourna dans Solime en attendre la suite. Dans cet état, Philon, toujours mêlé d'effroi, Les conseils de Thirron passèrent jusqu'à moi. Il se rendit à Rome : à ses maîtres fidèle, Sa tendresse égalait l'ardeur de votre zèle, Sa douleur en tous lieux réveilla mes amis : De Rome contre Hérode il éleva les cris. Heureux si secondant le zèle qui l'anime, Le Ciel me le rendait aujourd'hui dans Solime ! Mais vous, qui d'une Cour sujette aux changements Avez part aux conseils, ainsi qu'aux mouvements, Ne me déguisez rien, Philon ; que votre bouche Me fasse un digne aveu de tout ce qui me touche. Le Roi, je l'avouerai, m'a reçu dans ses bras Avec des sentiments que je n'espérais pas. J'ai trouvé Glaphira de mon retour charmée, Et s'il se peut encor plus digne d'être aimée : Mais parmi les transports qu'elle a fait éclater, Quelque trouble secret semblait l'inquiéter. Elle se prête à peine à l'espoir qui m'anime. Enfin depuis huit jours de retour dans Solime, Par quels ordres, Philon, par quels motifs secrets Vois-je de mon hymen reculer les apprêts ? Et parmi les honneurs que la Cour me défère, N'ai-je pu qu'en public entretenir mon père ?

SCÈNE IV. Salomé, Alexandre, Philon, Phédime.

SCÈNE V. Salomé, Philon, Phédime.

SCÈNE VI. Salomé, Phédime.

PHÉDIME

Eh bien ?

SCÈNE VII. Salomé, Antipater, Phédime.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Glaphira, Phénice.

SCÈNE II. Glaphira, Antipater, Phénice.

SCÈNE III. Glaphira, Alexandre, Antipater, Phénice.

SCÈNE IV. Hérode, Glaphira, Alexandre, Antipater, Phénice, Narbal, Gardes.

SCÈNE V.

HÉRODE, seul

C'en est fait, la Princesse entre mes mains remise, Recevra de mon fils la foi déjà promise : Mais de ton coeur pour elle, Hérode en ces moments As-tu bien démêlé les secrets mouvements ? Destinée à ton fils, par quelle complaisance En as-tu jusqu'ici recherché la présence ? Quel charme a quelque fois suspendu ton ennui ? Est-ce penchant pour elle ? Ou tendresse pour lui ? En faut-il accuser l'amour ou la nature ? Que dis-je ? Malheureux ? Dans les maux que j'endure, Ignorerais-je encor quels sont mes sentiments ? L'amour s'accorde-t-il avec tant de tourments ? Sans doute je m'abuse, et ma flamme éternelle Adore encor des traits que je retrouve en elle. Mais quand par un hymen utile et glorieux, Je vais placer ton fils au rang de ses aïeux, Que des droits de son sang un Trône est le salaire, Divine Mariamne, apaise ta colère. D'un « époux malheureux calme le juste effroi ; Avec la même horreur ne règne plus sur moi. Hé que n'ai-je point fait pour expier mon crime ? Auteur de son trépas, j'en devins la victime ; Pour redonner le calme à mes sens alarmés, J'entreprends le bonheur des peuples opprimés ; Des vertus d'Israël je recherchai les traces : Ma main de tous côtés a répandu les grâces. Vains efforts ! Ma douleur s'irritant dans son cours, Dans ma fureur bientôt trouva d'autres secours ; Je crus que d'autres soins rempliraient mieux mon âme ; Qu'employant le poison, et le fer et la flamme ; Qu'abusant jusqu'au bout des droits des Potentats, Je vaincrais ma douleur à force d'attentats. Mais si les dons offerts, ni l'éclat de mes crimes, Ni le sang des mortels, ni celui des victimes, Rien ne m'a soulagé. Par des moyens plus doux Je puis du Ciel peut-être apaiser le courroux...

SCÈNE VI. Hérode, Salomé.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Salomé, Phédime.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Salomé, Thirron, Phédime.

SCÈNE III. Alexandre, Thirron.

ALEXANDRE

Ciel !

SCÈNE IV. Alexandre, Philon.

PHILON

Le Roi.

ALEXANDRE

Mon père ?

ALEXANDRE

La cruelle ?

SCÈNE V. Alexandre, Glaphira, Phénice.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Glaphira, Phénice.

SCÈNE II. Antipater, Glaphira, Phénice.

ANTIPATER

Qui, Madame ?

GLAPHIRA

Alexandre ?

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Antipater, Salomé.

SCÈNE V. Hérode, Salomé.

HÉRODE

Hé bien, Madame, allons ; ménageons les moments. Vous-même de Thirron suivez les mouvements. D'un fils qui me trahit la perte est toute prête : Le Conseil assemblé me répond de sa tête ; C'en est fait, pour l'ingrat il n'est plus de retour : J'ai senti dans mon coeur expirer mon amour. Et toi, qui dans ton sein élevas son enfance, Rome, en vain tu voudrais embrasser sa défense : Je vais te prévenir. En de tels intérêts Il faut exécuter ; on délibère après. Roi, père, maître enfin, n'en ai-je qu'un vain titre ? Rome de ses destins ne fut que trop l'arbitre. Ah ! Que sur Silléus tombe à son gré son choix, Ton salut te devient le premier de tes droits. Et qui sait pour ce fils si la faveur ouverte Ne va point préparer sa puissance et ma perte ? Tout vers son châtiment me porte avec ardeur, Et j'ai d'Archélaüs mandé l'ambassadeur. Loin d'accomplir ici cette union qu'il presse, Je vais entre ses mains remettre la Princesse : Mais prêt à l'éloigner de ce fatal séjour, Je puis me soulager, et révéler au jour Un feu qui me consume, et que mon coeur condamne. Oui, je sens que je l'aime. Entre elle et Mariamne Partagé tour à tour, ou plutôt déchiré, Brûlé de nouveaux feux, de douleur pénétré, Agité de remords, de désirs et de crainte, Je souffre sans espoir, et j'aime avec contrainte. N'irritons point du Ciel l'implacable rigueur ; Si je vois Glaphira, je crains tout de mon coeur. Sans doute l'on dirait qu'une main vengeresse Assassine le fils pour ravir la maîtresse. Peut-être l'univers l'attend avec effroi, Et le crime du moins en est digne de moi. Déjà j'ai soulevé les nations entières...

SCÈNE VI. Hérode, Salomé, Achas.

SCÈNE VII.

HÉRODE, seul

Mes soins pour t'apaiser ont été superflus, Fils ingrat ! Mais bientôt je ne te craindrai plus. Mais tout_à_coup en moi quel mouvement s'élève ? Quel trouble me saisit ? Père cruel achève ; Laisse agir le Conseil. Après ce que tu fis, Il ne te manquait plus que d'immoler ton fils. Contre toi des Enfers arme encor la colère : Joins son Ombre sanglante aux Mânes de sa mère. Et des Rois ses aïeux déchirés et meurtris, Dans la nuit du tombeau réveille encor les cris. Mais cependant pour lui quelle pitié m'abuse ? Et forme un sentiment que l'ingrat me refuse ? J'ai détourné son bras tout prêt à le venger : Dans le sang de son père il allait le plonger. Arrête. Que dis-tu ? Sa fureur te condamne ! Ton crime a fait le sien : bourreau de Mariamne ! N'impute qu'à toi seul son courroux obstiné. Que dis-je ? En plein Sénat par toi-même traîné, Victime de l'envie et de ton injustice, Tes cris ont demandé sa perte, et son supplice ? Rome frémit encor de tant de cruautés : Et même sans égard à la foi des traités, Tu suspends un hymen que son amour espère. À ces traits a-t-il dû reconnaître son père ? Qu'attendais-tu d'un fils accablé sous tes coups ? Il mourra cependant. Instruit de ton courroux Le Conseil contre lui va suivre ses maximes ; Et même en un besoin lui trouverait des crimes. Malheureux ! Qu'attends-tu de l'équité des lois ? Règnent-elles toujours dans le conseil des Rois ? Leur sentiment ouvert et le règle et l'entraîne : Notre volonté seule est la loi souveraine : Victimes d'un pouvoir qui peut tout asservir ; On veut nous satisfaire, et non pas nous servir. Non, tu ne mourras point : j'en jure par ce trouble, Qu'en mon coeur éperdu chaque moment redouble : La nature, entre nous divisée aujourd'hui, Exige plus de moi qu'elle n'a fait de lui. Et vous moyens cruels, bien plus que légitimes, Appuis de la fortune, et source des grands crimes, Qui donnez aux forfaits le dehors des vertus, Dures raisons d'État, je ne vous connais plus. Mais on vient : C'est Achas.

SCÈNE VIII. Hérode, Achas.

HÉRODE

Je sais de vos pareils la conduite ordinaire. D'une infidèle Cour les voeux intéressés Entre Hérode et son fils ne sont plus balancés : Et fatigués d'un Roi, dont les destins s'achèvent, Vers cet astre naissant tous vos regards s'élèvent. Indociles au joug, qui vous tient abattus, Votre malignité lui prête des vertus : Un long règne vous pèse et lasse votre hommage, Et de la tyrannie il a pour vous l'image : Chacun forme à son gré son sort dans l'avenir, Et sous un nouveau règne on croit tout obtenir. Espérances sans borne, et toujours indiscrètes ! Eh ! Ne savez-vous pas, aveugles que vous êtes, Qu'un prince sur le Trône attendu, souhaité, N'est plus en y montant tel qu'il avait été ? Que le Trône a ses moeurs ? Qu'en vain chacun espère ? Qu'en nous l'ingratitude est souvent nécessaire ? Que de raisons d'État formant toutes nos Lois, Les crimes des sujets sont des vertus aux Rois ? Combien, contre mon gré, pour calmer des tempêtes, Ai-je versé de sang, et fait voler des têtes ? Solime à peine encor commence à respirer. Mais jusqu'où mon esprit se va-t-il égarer ? Et qu'est-ce que j'attends d'une lente justice ? Allons, d'un fils ingrat ordonner le supplice ; Éteindre dans son sang l'espoir qui l'a flatté, Mettre aux dépens des siens mes jours en sûreté, De ses amis cruels troubler l'intelligence. Je saurai les connaître ; et ma juste vengeance Après tant de devoirs, et tant de droits trahis, Ne se bornera point à la mort de mon fils.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

ALEXANDRE

C'en est donc fait : je vais rejoindre Mariamne ; Au sort qu'elle a subi mon père me condamne ! Mânes sacrés, chère Ombre, attachée à mes pas, Dont les cris m'excitaient à venger son trépas, Au lieu de tout le sang que je dois à sa cendre, Daigne enfin accepter le mien qu'on va répandre. Et du moins à ce prix apaise tes clameurs, Il est vrai, je n'ai pu te venger : mais je meurs. Je touche, tu le vois, à l'heure infortunée Où le Ciel pour jamais tranche ma destinée. Mais d'où vient que mon coeur dans ce dernier moment, Se trouve plus de calme et de soulagement ? La crainte de la mort nous trouble et nous accable : Mais dès lors que l'arrêt en est irrévocable, Le coeur n'est plus frappé de tout ce qu'il a craint ; La vertu se ranime, où l'espoir est éteint. Trône, Sceptre, Grandeurs, dont s'irrite l'envie, Qui faites le tourment et l'éclat de la vie, Je ne sens plus sur moi ce que vous avez pu ; Le voile se déchire, et le charme est rompu : Je ne vois plus de vous que l'affreux précipice Qu'a creusé sous mes pas la plus noire injustice, Dans cet état funeste où la rigueur du sort Ne laisse plus d'espace entre nous et la mort, Où prête à s'affranchir d'une indigne matière, L'âme agit toute seule, et règne toute entière. Sous des traits différents je commence à vous voir, Vains et brillants objets, dont je n'eus que l'espoir. Mais lorsque contre moi je puis voir sans murmure Dans ses droits, les plus saints outrager la nature, Que d'un supplice infâme et l'horreur et l'effroi, Au lieu de m'accabler, ne règnent plus sur moi, Aimable Glaphira, vous m'occuper encore, Mon infortune accroît les charmes que j'adore. Je brûle, avant ma mort, de vous entretenir ! Sachez ce que j'ai fait pour pouvoir l'obtenir. J'ai demandé Salomé, et par son entremise Votre vue en ces lieux pourra m'être permise, Je n'ai pu recourir qu'à ce dernier effort : C'est le bien que j'attends pour tout fruit de ma mort, Oui, je vais l'obtenir, je m'en fie à sa rage : Elle croira par là m'accabler davantage ; Et qu'à mes yeux encore, offrant ce que je perds, Elle mettra le comble aux maux que j'ai soufferts. Mais on vient.

SCÈNE II. Alexandre, Salomé.

SCÈNE III. Hérode, Alexandre.

SCÈNE IV. Hérode, Alexandre, Achas.

HÉRODE

Thirron !

ALEXANDRE

Ciel !

SCÈNE V. Hérode, Thirron, Achas.

SCÈNE VI. Hérode, Achas.

SCÈNE VII. Hérode, Narbal.

SCÈNE VIII. Hérode, Salomé, Narbal, Achas.

SCÈNE DERNIÈRE. Hérode, Narbal, Achas.

1 608 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica