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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie Tirée de l'Ecriture Sainte

Saül

Augustin Nadal· imprimée en 1731· 5 actes· 1 542 vers· 9 personnages

Personnages

  • SAÜL, roi d'Israël
  • JONATHAS, fils de Saül
  • MICHOL, fille de Saül et Femme de David
  • DAVID, mari de Michol
  • ASSER, confident de Saül
  • ÉLISE, confidente de Michol
  • ACHAS, confident de Jonathas
  • La PHYTONISSE, ou magicienne
  • ISRAÉLITES, de la suite du Roi
PRÉFACE

J'ai toujours regardé Saül comme un sujet, qui dans l'Écriture Sainte revenait en quelque sorte à celui d'OEdipe dans la Fable, c'est-à-dire, comme un sujet qui avait toutes les qualités qu'Aristote demande pour la perfection du Poète Dramatique.

Saül, en effet, ne nous paraît d'abord ni juste, ni méchant dans un souverain degré, et à ne regarder que d'une première vue ce qui a donné lieu à sa réprobation, il serait difficile de le condamner jusqu'à lui refuser sa pitié. Il entre même dans sa désobéissance, je ne sais quelle religion et quelle vertu ; et s'il tombe ensuite dans une infinité de crimes, c'est comme involontairement, et comme emporté par l'effet d'une Justice terrible.

Le Prophète Samuel lui ordonne de se rendre à Galgala, et de l'y attendre pendant sept jours pour offrir le Sacrifice au Seigneur. Saül pressé par les Philistins, et même abandonné par les siens, voyant que le septième jour était venu, et qu'il n'avait point encore de nouvelles de Samüel, crut qu'il ne devait point engager le combat sans avoir apaisé le Seigneur ; Il osa donc lui sacrifier, et Samuel arriva lorsqu'il achevait d'offrir l'Holocauste. Cette précipitation de Saül contre les ordres de Dieu et de son Prophète, a été la première cause de sa réprobation.

Les Amalécites étaient venus fondre avec toutes leurs forces sur le Peuple de Dieu, au sortir de l'Égypte. Dieu fut irrité contre la perfidie d'un peuple, qui étant sorti d'Ésaü, et par conséquent d'Abraham, comme les Israélites, se devait considérer à leur égard comme leur étant uni par le lien du sang. Dieu dans sa colère dit à Moïse, J'exterminerai Amalec ; et il y aura une guerre de race en race entre lui et moi. Quatre cents ans après, Dieu choisit Saul pour exécuter sa volonté dans la ruine de ce Peuple. Il lui fit dire par Samuel de marcher contre Amalec, et de passer tout au fil de l'épée, depuis l'homme jusqu'à l'enfant qui serait à la mamelle, et jusques aux vils troupeaux. Saül tailla en pièces tout ce qui se trouva depuis Hevila jusqu'à Sur, qui est vis à vis de l'Égypte ; mais il épargna Agag leur Roi qu'il avait pris vif, et réserva ce qu'il y avait de meilleur dans les Troupeaux pour l'immoler au Seigneur.

Telle a été la seconde désobéissance de Saül ; de là ce trouble dans son esprit, qui succéda à l'esprit de Dieu, de là le meurtre de plus de quatre-vingts Prêtres revêtus de leurs habits sacrés ; la désolation de toute la Ville Sacerdotale de Nobé ; cette haine si injuste et si cruelle dont Saül fut animé contre David ; cette consultation de la Pythonisse sur la défaite d'Israël ; et enfin la mort de ce malheureux Roi, qui est l'action de ma Tragédie.

J'ai dérobé l'apparition de l'ombre de Samuel au Spectateur, non seulement par la difficulté de l'exécution sur le Théâtre, mais encore parce qu'il m'a semblé que l'ombre en paraissant, n'ajouterait rien à la terreur que j'ai cru qu'exciterait la reconnaissance du Roi, de la manière qu'elle est amenée. D'ailleurs la conduite que je gardais en cela, rejetait dans le quatrième acte le récit de cette même apparition, qui pouvait être assez vif pour se soutenir encore après la Scène de la Pythonisse et de Saül. Je ne dois chercher à justifier ma conduite en cela, que par le grand succès de cette même Scène, qui (si j'ose le dire) a également saisi la Cour et la Ville.

Les Interprètes de l'Écriture demeurent d'accord, que cette apparition de l'ombre de Samuel se fit par un ordre particulier de la Justice de Dieu, qui prit le moment d'une évocation vaine et stérile, pour produire un événement aussi extraordinaire que celui-là, et qui épouvanta la Pythonisse elle-même.

Quelques-uns disent que le Démon qui se transforme en Ange de lumière, se présenta alors à Saül sous la figure de Samuel ; et le sentiment de quelques autres est que l'âme même de Samuel s'apparut à Saül. Ce qui est dit dans l'Ecclésiastique favorise cette dernière opinion : Samuel, dit l'Écriture, s'endormit du sommeil des Justes, et il fit connaître au Roi la fin de sa vie. Sa voix s'éleva du fond de la terre pour prophétiser la ruine des Impies.

L'Épisode d'Asser m'a parut nécessaire. J'ai cru qu'il fallait mettre David dans un plus grand péril, et par conséquent lui proposer quelqu'un qui fût intéressé à le perdre, et à qui je donnerais toute la confiance de Saül. C'est ce qui m'a obligé même de rendre Asser amoureux de Michol, pour lui donner par là des motifs plus pressants pour agir contre David.

Je fais venir David du Camp des Philistins dans celui de Saül ; quoique ayant été quelque temps dans l'Armée ennemie, disposé même en apparence à combattre contre Israël, il eût cependant été obligé, sur l'émulation des Chefs des Troupes des Philistins, de se retirer dans Siceleg, qu'Achis Roi de Geth lui avait abandonné pour sa demeure, et qui passa depuis de cette manière sous la domination des Rois de Juda. Mais cette licence m'a paru d'autant plus permise, qu'elle m'a servi à déployer le caractère, et à mettre dans un plus grand jour les moeurs et les sentiments de David. Je n'ai point cru que Saül dût expirer sur sa haine. Et voulant sauver aux yeux du Spectateur cet air de réprobation qui aurait pu le lui rendre odieux, je me suis servi du retour de David pour ménager une réconciliation entre lui et Saül mourant d'un coup mortel qu'il vient de se donner, et qui semble lui rendre toute son innocence.

J'ai pris quelques libertés à l'égard de quelques noms, pour ne me servir que de noms connus et consacrés. J'ai parlé de Sion, comme étant sous la domination de Saül, quoique je n'ignorasse pas que les Jébuséens en fussent alors les maîtres, et que ce fut sur eux que David longtemps après reprit cette Forteresse. Le Poète ne peut ni ne doit être aussi exact et aussi scrupuleux que l'Historien, et ceux qui ont traité de sacrilège la moindre altération des circonstances tant soit peu considérables de l'Écriture Sainte, nous ont appris par leur exemple à négliger quelquefois leurs préceptes.

MONSEIGNEUR,

À SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS.

Votre Altesse Royale, a bien voulu me permettre la liberté que je prends de lui offrir cette Tragédie, mais je la supplie de croire, que quelque puissante que soit sa protection, c'est un hommage rendu à des qualités plus précieuses que toute la gloire et tous les avantages de son Sang. Cet esprit de discernement, qui dans les Ouvrages les plus élevés, saisit d'abord ce qu'il y a de bon et de mauvais, qui se fait jour au travers de toutes les expressions, et de toutes les Images qui peuvent nous séduire et nous éblouir davantage, pour considérer les choses de plus près, et ne les regarder qu'en elles-mêmes ; cet esprit de discernement, Monseigneur, tel que nous l'admirons dans V. A. R. n'est d'ordinaire que le partage des âmes du premier Ordre, et ne marche guères, si j'ose le dire, qu'avec les plus grandes vertus. Quel bonheur pour toutes les personnes, dont la profession est de cultiver les belles Lettres, de trouver dans un grand Prince, comme vous, le Protecteur de ces mêmes Ouvrages, dont vous êtes devenu l'Arbitre par la netteté de vos jugements et de vos décisions ! Si lorsqu'on entreprend de faire des Tragédies, on se proposait l'honneur de vous plaire, et de travailler selon votre goût, ce serait sans doute un objet capable de remuer puissamment, et d'élever l'âme d'un Poète. Il faut le dire aussi, Monseigneur, rien n'est plus digne du loisir des plus grands Hommes, que ces sortes de spectacles, qui sont faits pour le coeur et pour l'esprit, et dont la raison elle-même s'est servie, pour nous ramener à nos devoirs par le plaisir le plus noble et le plus délicat. Pour moi, Monseigneur, excité par une approbation aussi glorieuse que la vôtre, j'oserai tenter de nouveaux efforts. Heureux, si ayant à peindre des Héros, non pas toujours tels qu'ils devaient être, cette occasion me procurait l'honneur d'approcher de plus près Votre Altesse Royale, et me mettre à la source de ces grands sentiments dont nous n'avons que de légères idées. Je suis avec un respect profond,

MONSEIGNEUR, De Votre Altesse Royale, Le très humble et très obéissant Serviteur,

l'Abbé Nadal.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Jonathas, Achas.

JONATHAS

Et ne connais-tu pas le trouble de mon Père ? Dans les divers transports dont il est combattu, De ses malheurs, du moins, sépare sa vertu. J'en rougis comme toi ; mais parmi tant d'alarmes, Il faut le plaindre, Achas, et lui donner des larmes. Tu sais pour l'élever au suprême degré, De quel état obscur le Ciel l'ayant tiré, Fit monter sur un Trône où tant de splendeur brille, De Benjamin en lui la dernière famille. De sa grandeur alors plus qu'un autre étonné, Longtemps à s'y soustraire on le vit obstiné. Mais si jamais le Ciel par d'éclatantes marques, Justifia le Sceptre et le choix des Monarques, Si sa voix aux mortels peut se faire écouter, Tout l'appelait au Trône où tu l'as vu monter. De ce nouvel empire enfin dépositaire, Des Décrets du Seigneur il perçait le mystère. Du feu de l'Esprit saint effets prodigieux ! Le plus sombre avenir se montrait à ses yeux. Par sa bouche le Ciel annonçait ses Oracles, Il confirmait son choix par de nouveaux miracles ; Et sa faveur depuis se déclarant toujours, Par d'immortels exploits signalait tous ses jours. Mais depuis qu'épargnant une odieuse race, L'ennemi du Seigneur devant lui trouva grâce, Reste impur d'Amalec à nos coups échappé, D'une secrète horreur il est toujours frappé. David, surtout David, est l'objet qui le blesse. Appliqué sans relâche à nourrir sa faiblesse, Dans d'éternels soupçons conçus sans fondement, Son esprit inquiet trouve son châtiment ; Et rappelant en vain sa vertu démentie, Il semble que du Ciel la main appesantie, Cherche à venger sur lui le mépris de ses Lois, Et veut par son exemple effrayer tous les Rois.

SCÈNE II. Jonathas, Michol, Achas, Élise.

SCÈNE III. Saül, Jonathas, Michol, Achas, Asser et Élise.

SCÈNE IV. Saül, Jonathas, Michol, Asser, Achas.

SCÈNE V. Jonathas, Michol, Achas, Élise.

SCÈNE VI. Michol, Élise.

ACTE II

SCÈNE I. Michol, Élise.

SCÈNE II. Saül, Michol, Achas, Élise.

SCÈNE III. Saül, Michol, Élise.

SCÈNE IV. Saül, Michol, Achas, Élise.

SCÈNE V. Saül, Jonathas, Achas, Asser, Michol, Élise.

SCÈNE VI. Saül, Jonathas, David, Michol, Asser, Achas, Élise.

DAVID

Ah, Seigneur ! Est-ce à moi que ce discours s'adresse ? Et de ma foi toujours peut-on se défier ? Mais plutôt est-ce à moi de me justifier ? Ma vertu jusques là ne doit point se contraindre. L'innocence en effet ne peut jamais rien craindre. Le Ciel sait la défendre, et même la venger. Entre Saül et moi c'est à lui de juger. D'ailleurs enfin le temps, le péril, tout nous presse, Un soin plus important tous deux nous intéresse. Longtemps dans Siceleg contraint de me cacher, Le salut d'Israël vient de m'en arracher. D'un long exil, Seigneur, la honte et la souffrance, M'a de vos ennemis acquis la confiance ; De leur prévention mon zèle s'est servi, J'ai passé dans leur Camp, de quelques Juifs suivi. Le Ciel de mes desseins aplanissaient la voie, Le Roi de Geth, Achis me reçoit avec joie. Bientôt me prodiguant ses secrets entretiens, Il cherche à m'attacher par les plus forts liens, Et veut d'un malheureux que votre haine chasse, Par l'Hymen de sa fille honorer la disgrâce. Mais frappé d'un discours que j'écoute à regret, Tous mes sens soulevés frémissent en secret, Et mon coeur rappelant des flammes légitimes De ses offres alors lui fait autant de crimes. Enfin dans son parti ces Rois intéressés, Ces mille légions, tous ces chars hérissés, Prêt de fondre sur vous l'impétueux orage Du plus pressant péril me laissant voir l'image ; Malgré le peu d'espoir dont mon coeur est flatté, Je propose une paix, et je suis écouté. L'ennemi dans mes mains a remis sa querelle : Dans votre Camp, Seigneur, voilà ce qui m'appelle. Du désir de la paix si vous étiez pressé, Parlez, je cours finir ce que j'ai commencé. Mais si toujours ardent contre un peuple idolâtre, Le grand coeur de Saül ne cherche qu'à combattre, DE l'honneur d'Israël et du vôtre jaloux, Souffrez que je soutienne un si noble courroux. Commandez, permettez que marchant sur mes traces, Six cents Juifs qu'à mon sort attachent leurs disgrâces, Dans leur proscription fidèles à leur roi, Viennent vaincre, Seigneur, ou mourir avec moi.

SCÈNE VII. Saül, Asser.

ASSER

Ciel !

ACTE III

SCÈNE I. David, Michol.

SCÈNE II. David, Michol, Asser.

SCÈNE III. Michol, Asser.

SCÈNE IV. Saül, Michol, Asser.

SCÈNE V. Saül, Asser.

SCÈNE VI.

SAÜL, seul

De mon coeur tout_à_coup quel mouvement s'empare ? Quelle horreur me saisit ! Par quel destin bizarre, Par de nouveaux objets à toute heure emporté, Redoutai-je de voir ce que j'ai souhaité ? Ah ! Qu'Israël touché du courroux qui t'opprime, Pleure sur tes malheurs sans détester ton crime. Sauve ta gloire au moins de ce dernier écueil, Et retire tes pas sur les bords du cercueil. Mais quel ordre invincible, et quel arrêt funeste M'attache à des desseins que mon âme déteste ? Un pouvoir dont le mien ne peut me dégager, M'entraîne dans l'abîme où je cours me plonger. Ah ! Que dis-je ? Et que craindre après ce que j'endure ? Sans doute mes malheurs ont comblé la mesure. Dans l'état où du Ciel m'a réduit le pouvoir, Il ne me reste plus que mon seul désespoir, Assez et trop longtemps son silence m'accable. Un nouveau crime enfin soulage un coeur coupable : Ce coeur de tous côtés si longtemps combattu, Même de sa fureur se fait une vertu. C'en est trop, arrachons un secret qu'on me cèle. D'un désastre prévu l'atteinte est moins cruelle. Hâtons-en le succès, et sans perdre de temps, Allons. Où veux-je aller, et qu'est-ce que j'attends ? Rebelle aux lois du Ciel dont le courroux m'assiège, Je deviens téméraire, impie et sacrilège. Non, non, retirons-nous de ces funestes lieux, Où bientôt tout l'Enfer va paraître à mes yeux. Sortons, le moment presse ; et pour punir mon crime, Déjà gronde la foudre et j'entrevois l'abîme. Fuyons la Pythonisse, éloignons-la de moi. Qu'entends-je ? On entre ; Ô Ciel ! Elle vient. Je la vois.

SCÈNE VII. Saül, La Pythonisse.

SAÜL

Samuel.

LA PYTHONISSE

Hé bien, tu vas le voir. De qui sert ta fureur, respecte le pouvoir. Écarte-toi, profane, et pour cette entrevue Laisse à mes pas du moins une libre étendue. Ô vous, de qui je tiens mes secrets souverains, Esprit dont la puissance est remise en mes mains ; Vous, Fantômes muets qui régnez sur les Ombres, Pâles Divinités de ces Empires sombres Que ne perça jamais la clarté qui nous luit. Lieux où règnent la mort, le silence et la nuit ; Pour achever ici de terribles mystères, Prêtez-moi le secours de vos noirs ministères. Opposez au Ciel même un redoutable appui, Exercez un pouvoir que vous tenez de lui. Je ne viens point au jour dérobant la lumière, Replonger l'Univers dans sa masse première. Mais que de la Nature interrompant les lois, L'Ombre de Samuel apparaisse à ma voix. Soutenez votre gloire à la mienne enchaînée, Autorisez la foi que je vous ai donnée, Et rendez-moi le prix de cet affreux serment, Que l'Enfer même ouït avec frémissement. Mon impuissance ici vous ferait trop d'injure. Justifiez mes droits ; et je vous en conjure, Par le sang des enfants que pour vous j'ai versé, Par ce bras tant de fois aux meurtres exercé, Par ces cruels apprêts que ma fureur ordonne, Accomplissez... Mais quoi ? Déjà mon coeur frissonne ? Je sens tous mes cheveux sur mon front se dresser. Quels spectres devant moi viennent se retracer ? Le Ciel de tous côté fait gronder son tonnerre. Le jour perce la nuit. Je vois trembler la Terre. Dans son centre entrouvert se présente à mes yeux Un vieillard vénérable et semblable à nos Dieux ; Ou du moins dans ses traits leur majesté s'est peinte. Moi-même il me saisit et de trouble et de crainte. L'Ombre déjà s'ébranle, à mes sens décillés S'offrent d'un sang impur ses vêtements souillés ; Et du meurtre d'un Roi ses mains fument encore, Son aspect fait frémir jusqu'à ceux que j'implore. Mais que m'apprend sa voix en montant jusqu'à moi ? Ah ! Dieux ! Je suis perdue, et vous êtes le Roi. Ma mort seule est le prix que tant d'audace exige. Qu'ai-je fait ? Malheureuse !

SCÈNE VIII. Saül, Jonathas, La Pythonisse.

JONATHAS, qui trouve de la résistance en entrant

Tous vos efforts sont vains, et je veux voir mon Père.

LA PYTHONISSE, à Saül

Fuyons. Pour savoir vos destins, Venez, et suivez-moi dans ces antres voisins.

Elle sort avec précipitation.

SCÈNE IX.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Saül, Jonathas.

JONATHAS

Quoi donc ?

JONATHAS

Qui ?

SAÜL

David.

JONATHAS

Samuel !

SAÜL

Oui, mon Fils, jugez de quel effroi Mon âme à son aspect a demeuré saisie. À des charmes puissants sa grande Ombre asservie, M'est apparue au fond d'un antre ténébreux, À peine on l'évoquait, ô prodiges affreux ! Le Ciel a vainement fait gronder son tonnerre. Tout l'Enfer obéit ; et du sein de la terre, Non point comme ces morts au sortir des tombeaux, Pâles, meurtris, plaintifs et couverts de lambeaux, Mais formidable, il sort. Présage de ma perte, D'un ornement sacré sa tête était couverte. Tel que vengeant l'oubli des arrêts immortels, Son bras du sang d'Agag arrosa nos Autels, Du meurtre de ce Prince il dégoûtait encore, Triste et fatal auteur des maux que je déplore, Quels éclairs, quelle flamme ont parti de ses yeux, Qui seuls perçaient l'horreur de ces funestes lieux ! Ce n'est point un fantôme ou des chimères vaines, C'était lui. Tout mon sang s'est glacé dans mes veines. Pourquoi m'appelles-tu ? Quel dessein criminel Te fais rompre des morts le silence éternel ? Dans la nuit du tombeau quelle fureur me trouble ? A-t-il dit. À ces mots ma frayeur se redouble. Une nouvelle horreur se répand parmi nous. Immobile, longtemps, je tombe à ses genoux. Je demande à savoir ce que je crains d'apprendre. J'implore sa pitié. Que m'a-t-il fait entendre ? Grand Dieu ! De quels malheurs sommes-nous menacés ? Que devins-je à ces mots que l'Ombre a prononcés ? N'attends de moi ni pitié ni reproche. Le Sceptre va bientôt sortir de Benjamin, Et de ton ennemi le Règne enfin s'approche. Tel est le décret souverain. Du Dieu vivant la colère t'assiège. Rien à ses châtiments ne peut se dérober ; Et ce sang qu'épargna ta pitié sacrilège, Sur le sang innocent doit même retomber : Par toi de tous les Juifs la race est criminelle. Il dit, et soudain rentre en la nuit éternelle, Et par un signe affreux qui me glace d'effroi, Semble en ouvrir la route, et m'appelle à soi.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. David, Jonathas.

SCÈNE V. Jonathas, David, Un Israélite.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. David, Michol, Élise.

SCÈNE VIII. Asser, Michol, David, Élise, Troupe de Gardes.

SCÈNE IX. Michol, Élise.

SCÈNE X. Saül, Michol.

SCÈNE XI. Saül, Michol, Asser.

ACTE V

SCÈNE I. Michol, Élise.

SCÈNE II. Michol, Élise, Asser, Troupe de Gardes.

SCÈNE III. Saül, Michol, Asser, Élise, Gardes.

SCÈNE IV. Saül, Michol, Élise, Un Israélite.

SCÈNE V. Saül, Michol, David, Élise.

SAÜL

Achevez.

SCÈNE DERNIÈRE. Saül, Michol, David, Élise, Achas.

SAÜL, se jette sur l'épée d'Achas, et s'en frappe

Ô Justice sévère ! Avec le sang du Fils reçois celui du Père.

1 542 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica