Comédie en vers
L'Examen de Conscience d'une Jeune Fille
Personnages
- UNE JEUNE FILLE
L'EXAMEN DE CONSCIENCE D'UNE JEUNE FILLE
[LA JEUNE FILLE]
Je le sais par expérience
(Je suis grande, j'ai dix-sept ans),
On doit faire de temps en temps
Son examen de conscience.
Cela repose et fait du bien ;
Je vais donc commencer le mien.
Ce matin, j'ai fait ma prière ;
Je l'ai faite encore ce soir.
J'accomplis ce double devoir
D'une façon très régulière,
Et sur ce point, j'ai beau chercher,
Je n'ai rien à me reprocher.
Comme nous sommes en carême,
J'ai dû jouir d'un long sermon
Par monsieur l'Abbé Salomon.
Je puis m'avouer à moi-même
Que je n'ai pas très-bien saisi
Le sujet qu'il avait choisi.
Il a beaucoup parlé du doute
C'est affreux, à ce qu'il disait.
Moi, je ne sais pas ce que c'est ;
On n'entend que ce qu'on écoute ;
Or, je n'ai jamais écouté
Ce qui n'est pas la vérité.
Continuons notre journée :
J'ai rencontré sur mon chemin
Un pauvre ; mais j'avais la main
Dans un gant neuf emprisonnée.
Les gants, les gants, en vérité,
C'est la mort de la charité.
J'ai pris ma leçon de musique.
Mon maître est un de ces vieux beaux
Préoccupés mal à propos
De ce qu'ils nomment leur physique.
Il croit être un grand conquérant...
Un fort bon homme au demeurant.
Voyons, qu'ai-je pu faire encore ?
Gourmande. je ne le suis pas ;
Mais je fais bien mes trois repas.
Je ne veux pas imiter Laure
Qui se laisse mourir de faim
Pour ne pas engraisser... Enfin...
Chacun son goût et sa folie.
Pour moi, je n'ai jamais compris
Que la maigreur eût tant de prix.
Je ne suis pas très, très jolie ;
Mais ce n'est pas déjà si mal
Que d'être au diapason normal.
D'ailleurs, on peut, sans être belle,
Avoir du charme, de l'esprit ;
La lèvre qui cause et sourit.
Eh bien, eh bien, mademoiselle,
Voilà qui peut être porté
Au compte de la vanité.
Auriez-vous péché par envie ?
Ce matin, vous faisiez des voeux
Pour aller au « seront chez eux »
De vos oncle et tante Octavie.
Ma foi, non ! Pour prendre du thé,
Du whist et du piano forte,
Ce ne sont pas choses pressées.
Et puis, le luxe, les splendeurs,
Le bruit, la musique, les fleurs
Donnent de mauvaises pensées...
Ma foi, non ! Le monde où je vais
N'est ni si beau ni si mauvais.
78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica