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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

À propos en prose· A Propos en un Acte et en Vers

Au Déclin

Jacques de Nittis· créée en 1664, imprimée en 1895· 314 vers· 7 personnages

Représentée pour la première fois au Louvre, par ordre de sa majesté, le 29e du mois de janvier 1664, et donnée depuis au public sur le Théâtre du Palais-Royal le 15e du mois de février de la même année 1664 par la Troupe de Monsieur, frère unique du Roi.

Personnages

  • MADAME DE MAINTENON, Melle ARBES
  • LAURE DE NAVES, CHAPELAS
  • RACINE, M. JAHAN
  • LOUIS XIV, père de Dorimène. Béjart
  • MANICAMP, M. TALDY
  • COURTISANS
  • SUIVANTES de MADAME DE MAINTENON
Dédicace

Au Maître Josè-Maria de HRRÈDIA

Patris familiarissimum, nobis jam inde a puero amicuro, eximium aitificem, vclim hune libellum non ingratus ad te déferre jubeas.

JACQUES DP. NITTIS

AU DÉCLIN

Une galerie de Marly.

SCÈNE PREMIÈRE. Racine, Manicamp.

Ils causent.

RACINE, saluant

Monsieur !...

SCÈNE II.

RACINE, seul

Ô rêves ! Ô désirs ! Cruels et durs vainqueurs ! Vous, que rien ne saurait étouffer dans les coeurs Où vous dormez, sommeil prudent que tout agite ! Notre sagesse est vaine et n'est que la faillite Des beaux espoirs, qu'enfants, nous conçûmes parfois Lorsque vous nous parliez avec vos douces voix. Nos coeurs sont la forêt où l'ombre s'accumule, Où des oiseaux, qui se sont tus au crépuscule S'éveillent en sursaut, si la brise du soir Fait frissonner le bois. Il suffit d'un espoir Pour réveiller en nous les angoisses passées Les amours d'autrefois, les peines trépassées... Je me leurrais en vain du prétexte menteur De vouloir soulager le peuple et son malheur. À de plus doux objets mon âme s'intéresse Et je suis revenu, poussé par ma tendresse. Ô faible coeur humain ! La fatigue et les ans N'en peuvent apaiser les soucis séduisants. Hélas ! Les vrais amants aiment toute la vie ! Leur âme, large ouverte et jamais assouvie Ne saurait se plier au mol apaisement De la sagesse, sans plaisir et sans tourment. Or, j'ai voulu revoir, tant ce rêve m'oppresse, La douce enfant qui me montra quelque tendresse : Un amour très câlin, pur comme un malin clair Quand, à Saint-Cyr, jadis, elle jouait Esther. Mais, depuis ce temps-là !... L'enfant s'est faite femme Et peut-être, son coeur chanta l'épithalame De quelque amour nouveau ?... J'avais le souvenir, N'ai-je pas eu grand tort, mon_Dieu, de revenir ? Et pourtant !... Et pourtant, que l'espoir est vivace ! Comme ce bref bonheur de naguère m'enlace : La caresse de ses yeux noirs et de ses mains Dans les miennes ! Depuis, loin des tracas mondains Je voulais oublier tout dans la solitude ...Et, ce regard d'enfant troublait ma quiétude. Se souvient-elle encor qu'elle faillit m'aimer ? Le temps inexorable a pu la transformer À tel point que j'aurai peine à la reconnaître ?

Laure entre sans te voir.

Ah ! C'est elle ! Mon_Dieu ! Ne laissons rien paraître.

SCÈNE III. Racine, Laure de Naves.

RACINE, haut

Mademoiselle...

RACINE, à part

Aurait-elle compris ?

LAURE, avec hésitation

Vous n'avez pas la foi ?

LAURE, faiblement

Hélas !

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Racine, Madame de Maintenon.

SCÈNE VI. Racine, Le Roi, Madame de Maintenon.

Madame de Maintenon fait un mouvement pour dissimuler le placet. Le Roi les examine, moitié riant, déjà soupçonneux.

MADAME DE MAINTENON, émue encore

Sire, c'est un placet.

MADAME DE MAINTENON, à part

Ah ! Je suis atterrée !

LE ROI, qui s'efforce de lire le placet qu'on ne lui donne pas

Mémoire pour le peuple ?

Avec hauteur.

Alors, il faut parler. S'agirait-il d'abus qu'on veut me signaler ?

MADAME DE MAINTENON, effrayée

Racine !

MADAME DE MAINTENON, à part et regardant Racine

Hélas ! Le malheureux ! Je crois qu'il perd l'esprit !

Elle sort à la suite du Roi.

SCÈNE VII.

RACINE, seul

Ô Roi ! Si tu montrais le fond de ta pensée ! Vanité tyrannique et toujours encensée Par les nobles valets attachés à tes pas ; Égoïsme intraitable et qui ne rougit pas De bâtir des palais quand le peuple mendie... — Peuple d'esclaves, mais dont la plainte assourdie Peut soudain se changer en longs cris de fureur ; Âpre orgueil qui se croit au-dessus de l'erreur ; Haine des êtres fiers de leur indépendance, Indulgent seulement pour quiconque l'encense ; Seul besoin de splendeur ; superbe et vanité C'est tout ce que contient ton âme, en vérité ! Que, pour ta politique et pour ta fantaisie Tout un peuple s'épuise ; et que se rassasie Ta monstrueuse ambition sans s'émouvoir Des appétits d'en bas ; tu ne sais concevoir Que l'or et le gala de ta cour solennelle. Et quand tu protégeas — de façon paternelle Comme l'on dit — les Arts, tu ne voyais en eux Qu'une gloire de plus pour ton règne ruineux. Mais tu n'entends donc pas la houle inassouvie Qui monte, réclamant une part de la vie ? Comme un rocher rompant tout l'effort de la mer, Entre ton peuple et toi,tu mets un mur de fer ! Pour toi, tout ! Et pour lui,l'angoisse et la souffrance ! Ô despote ! Crois-tu donc que toute la France C'est toi seul ! Fou d'orgueil, enivré par ton rang, Prodiguant sans remords sa richesse et son sang ? ... Et si, quoiqu'un, venant troubler ta quiétude, Te révèle combien souffre la multitude, Seul, ton orgueil écoute ! Et de mots protecteurs Il te plaît d'offenser tes plus vieux serviteurs.

Une pause.

Allons, le coeur frappé d'une double blessure, Je rentrerai, plus las, dans ma retraite obscure

SCÈNE VIII. Racine, Laure.

RACINE

Je vous trompais Ou plutôt, je me suis leurré. Je vous aimais D'amour !

Madame de Maintenon entre soucieuse, un peu solennelle. Laure demeure muette et clouée sur place par la surprise que lui cause le mot de Racine.

SCÈNE IX. Racine, Laure, Madame de Maintenon.

MADAME DE MAINTENON, frappée d'une compréhension subite

J'ai compris maintenant ; c'est elle qu'il adore !

RACINE regarde Laure

Madame, j'en mourrai !

314 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica